
Ferrari trouve son origine dans la passion d’Enzo Ferrari pour la compétition automobile, bien avant que son nom n’apparaisse sur le capot d’une voiture de série. Née à Modène à la fin des années 1920 sous la forme d’une écurie de course, l’entreprise évolue progressivement vers la construction automobile à Maranello. La compétition, le moteur V12, les grandes GT et quelques modèles devenus emblématiques façonnent rapidement sa réputation. Son histoire est aussi marquée par l’entrée de Fiat au capital, la disparition de son fondateur, une profonde transformation dans les années 1990, puis une nouvelle indépendance financière et l’arrivée progressive de l’hybridation et de l’électrique.
1929 : Enzo Ferrari crée la Scuderia Ferrari à Modène
L’histoire commence en 1929, mais Ferrari n’est alors pas encore un constructeur automobile. Enzo Ferrari, ancien pilote déjà bien introduit dans le milieu de la compétition italienne, fonde à Modène la Scuderia Ferrari. Son activité consiste principalement à engager, préparer et faire courir des voitures pour des pilotes clients. La jeune structure travaille étroitement avec Alfa Romeo, dont elle exploite les voitures en compétition.
Cette origine sportive est essentielle pour comprendre la suite. Ferrari ne créera pas une écurie afin de promouvoir des automobiles déjà existantes. Le processus est presque inverse : la course précède la marque automobile. La Scuderia devient progressivement une composante importante du programme sportif d’Alfa Romeo, tandis qu’Enzo Ferrari développe son expérience de la gestion d’une équipe, de la préparation mécanique et du recrutement de pilotes.
La relation avec Alfa Romeo prend fin à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Enzo Ferrari quitte l’entreprise en 1939 et fonde Auto Avio Costruzioni. Une clause liée à son départ l’empêche temporairement d’utiliser son nom comme marque automobile. En 1940, son entreprise réalise l’AAC 815, une voiture de compétition qui constitue une étape vers l’indépendance, mais qui ne doit pas être présentée comme la première Ferrari. En 1943, l’activité est transférée de Modène à Maranello, lieu qui deviendra définitivement associé au constructeur.
1947 : la 125 S fait naître Ferrari comme constructeur automobile
Après la guerre, Enzo Ferrari peut enfin développer une automobile portant son propre nom. En 1947 apparaît la Ferrari 125 S. Cette voiture de compétition est la première automobile à porter officiellement le nom Ferrari, ce qui fait de 1947 la date de naissance la plus pertinente lorsqu’il est question de Ferrari en tant que constructeur.
La 125 S pose également une base technique appelée à devenir indissociable de la marque : le moteur V12. Ferrari ne cherche toutefois pas à produire des voitures en très grande série. Enzo Ferrari envisage la vente d’automobiles à des clients comme un moyen de développer l’entreprise et de soutenir une activité sportive qui reste centrale.
Cette évolution devient concrète dès 1948 avec la 166 Inter, considérée comme la première Ferrari spécifiquement destinée à la route. Les voitures de grand tourisme commencent ainsi à coexister avec les machines de compétition. Cette double activité, voitures routières exclusives d’un côté et engagement sportif de l’autre, structure durablement le modèle Ferrari.
1949 : les victoires en compétition construisent rapidement la réputation de Ferrari
Ferrari n’a que quelques années d’existence comme constructeur lorsque ses résultats sportifs lui donnent déjà une visibilité internationale. En 1949, la marque remporte les 24 Heures du Mans. Elle participe ensuite au nouveau championnat du monde de Formule 1 dès sa première saison, en 1950, obtient sa première victoire dans un Grand Prix comptant pour le championnat en 1951, puis accompagne Alberto Ascari vers le titre mondial des pilotes en 1952.
Ces succès ne constituent pas seulement un palmarès. Ils donnent de la crédibilité aux voitures commercialisées auprès d’une clientèle privée et permettent à Ferrari de bâtir son image autour de technologies éprouvées en compétition. Le développement des GT accompagne cette montée en puissance. Dans les années 1950 et au début des années 1960, la famille des 250 illustre particulièrement ce lien entre route et course.
La 250 GTO, apparue en 1962, en devient l’un des exemples les plus représentatifs. Conçue pour la compétition tout en dérivant de la famille 250 GT, elle participe aux succès de Ferrari dans les épreuves réservées aux voitures de grand tourisme. Sa place dans l’histoire de la marque tient moins aux sommes atteintes beaucoup plus tard par certains exemplaires de collection qu’à ce qu’elle représente : une époque où une même culture technique relie encore très directement les Ferrari destinées à la route et celles engagées en course.
1969 : l’entrée de Fiat au capital donne à Ferrari de nouveaux moyens
Au cours des années 1960, le développement des voitures et le coût croissant de la compétition imposent des moyens financiers de plus en plus importants. Enzo Ferrari cherche un partenaire capable d’assurer l’avenir de l’entreprise. Des négociations avancées sont notamment menées avec Ford en 1963, mais elles n’aboutissent pas. L’épisode donnera naissance à de nombreux récits, parfois romancés, mais le fait essentiel est que Ferrari cherchait déjà un soutien industriel et financier.
La solution arrive finalement en 1969 lorsque Fiat acquiert 50 % du capital de Ferrari. Il ne s’agit pas du sauvetage d’une entreprise officiellement en faillite, ni d’une disparition de Ferrari dans Fiat. Enzo Ferrari conserve une influence déterminante, notamment sur l’activité sportive, tandis que le soutien du grand groupe italien permet d’accompagner l’expansion industrielle du constructeur.
Cette période correspond également à une diversification progressive des voitures de route. Les Dino à moteur central ouvrent la voie à une architecture différente des grandes GT à V12 avant, puis la 308 GTB lancée en 1975 contribue à installer durablement le V8 central dans la gamme. Ferrari augmente ses capacités et élargit son offre sans devenir pour autant un constructeur de grande diffusion.
Sur le plan sportif, une décision importante intervient en 1973. Après avoir longtemps mené de front la Formule 1 et les grandes courses d’endurance, Ferrari met fin à son programme officiel dans la catégorie reine de l’endurance afin de concentrer davantage ses ressources sur la F1. Cette orientation contribue à faire du championnat du monde de Formule 1 le principal théâtre de l’identité sportive de Ferrari pendant les décennies suivantes.
1988 : la mort d’Enzo Ferrari met fin à l’époque du fondateur
Les années 1980 voient Ferrari poursuivre son développement avec des voitures comme la Testarossa, tandis que l’entreprise reste fortement associée à la personnalité de son fondateur. En 1987, la F40 est présentée pour les quarante ans du constructeur. Cette sportive occupe une place particulière dans la chronologie puisqu’elle est la dernière voiture de route Ferrari approuvée personnellement par Enzo Ferrari.
Enzo Ferrari meurt en août 1988 à l’âge de 90 ans. Sa disparition constitue un changement beaucoup plus profond qu’un simple passage de génération. Fiat porte alors sa participation à 90 % du capital, tandis que Piero Ferrari, fils d’Enzo, conserve les 10 % restants. L’entreprise entre ainsi dans une période où elle doit préserver une identité construite autour de son fondateur tout en fonctionnant dans un cadre plus institutionnel.
La transformation s’accélère avec le retour de Luca di Montezemolo à la tête de Ferrari en 1991. L’entreprise renouvelle ses voitures, développe sa présence internationale et entreprend de restaurer sa position au sommet du sport automobile. Cette politique produit notamment ses effets en Formule 1 : Ferrari retrouve le championnat des constructeurs en 1999, puis connaît au début des années 2000 une période de domination avec Michael Schumacher. Ces résultats rétablissent un lien fort entre succès commerciaux, prestige international et compétition.
2013 : LaFerrari ouvre une nouvelle étape technologique avec l’hybridation
Au début des années 2010, Ferrari doit intégrer des technologies d’électrification sans abandonner les performances qui caractérisent ses voitures. LaFerrari, présentée en 2013, constitue un tournant majeur. Son système hybride associe un moteur thermique à une assistance électrique issue de technologies développées en partie grâce à l’expérience acquise en compétition.
Cette première étape reste réservée à un modèle très exclusif, mais elle montre que l’électrification peut être utilisée par Ferrari comme un outil de performance plutôt que simplement comme une réponse aux contraintes environnementales. L’évolution se poursuivra ensuite sur des voitures produites à une échelle plus importante, faisant de l’hybridation une technologie durable de la gamme et non une expérience isolée.
2015 : Ferrari entre en Bourse puis devient indépendante de Fiat Chrysler Automobiles
Un changement majeur intervient dans la structure de l’entreprise au milieu des années 2010. Ferrari est introduite à la Bourse de New York en octobre 2015 sous le symbole RACE. Le processus conduit ensuite à sa séparation complète de Fiat Chrysler Automobiles, achevée en janvier 2016.
Ferrari redevient alors une société indépendante et cotée, même si son histoire reste naturellement liée aux décennies passées aux côtés de Fiat. Ce statut distingue également Ferrari de nombreuses autres marques automobiles intégrées à de grands groupes. Il serait donc incorrect de la présenter aujourd’hui comme une marque de Stellantis.
Cette nouvelle période s’accompagne d’une évolution plus visible de la gamme. En 2019, la SF90 Stradale devient la première Ferrari hybride rechargeable produite en série, avec une architecture associant moteur thermique et moteurs électriques. En 2022, le Purosangue marque une autre rupture en devenant la première Ferrari à quatre portes et quatre places. Ces choix montrent une extension progressive des formats et des technologies acceptés par le constructeur, sans transformation de Ferrari en marque généraliste.
2023 : Ferrari revient au sommet de l’endurance après cinquante ans d’absence
En 2023, Ferrari reprend officiellement place dans la catégorie reine du championnat du monde d’endurance avec la 499P. Ce retour intervient cinquante ans après l’arrêt du programme officiel de prototypes décidé en 1973. Il possède donc une portée historique qui dépasse largement le lancement d’une nouvelle voiture de course.
La 499P remporte les 24 Heures du Mans dès cette première saison de retour, lors de l’édition du centenaire de l’épreuve. Ferrari renoue ainsi avec une compétition qui avait joué un rôle déterminant dans la construction de sa réputation au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. La Formule 1 demeure un engagement central, mais elle n’est plus le seul programme officiel permettant à Ferrari de viser les plus grandes victoires internationales.
2026 : la Ferrari Luce fait entrer Maranello dans l’ère 100 % électrique
L’électrification franchit une nouvelle étape en 2026 avec la Ferrari Luce, première Ferrari entièrement électrique. Ce lancement ne remplace pas immédiatement les moteurs thermiques et hybrides : il ajoute une troisième technologie à la stratégie du constructeur. Ferrari prévoit ainsi de continuer à faire coexister plusieurs types de motorisation plutôt que de basculer toute sa gamme vers une solution unique.
Cette arrivée de l’électrique constitue néanmoins une rupture historique comparable, par son principe, aux changements techniques qui ont auparavant élargi le territoire de la marque. Après avoir construit sa réputation autour du V12, adopté durablement le V8 à moteur central puis introduit l’hybridation, Ferrari ajoute désormais la propulsion entièrement électrique à son histoire industrielle. La marque aborde cette nouvelle période en restant une entreprise indépendante cotée, toujours installée à Maranello et toujours engagée directement dans la compétition automobile.
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