
Great Wall Motor trouve ses origines à Baoding, dans la province chinoise du Hebei. Son prédécesseur industriel est officiellement constitué en 1984, avant que Wei Jianjun ne prenne sa direction en 1990 et ne transforme progressivement une petite entreprise automobile en constructeur de premier plan. Great Wall s’est d’abord fait connaître grâce aux pick-up, puis aux SUV, avant de bâtir un groupe multimarque actif dans l’électrification et présent sur de nombreux marchés internationaux. Son histoire est surtout celle d’une spécialisation réussie, suivie d’une montée en gamme industrielle et technologique.
1984 : le prédécesseur de Great Wall Motor est créé à Baoding
L’histoire officielle de Great Wall Motor commence en 1984 avec la création de Baoding Great Wall Motor Industry Company. Implantée à Baoding, dans le Hebei, cette entreprise exerce alors principalement des activités de transformation et de modification de véhicules. Elle reste encore très éloignée du grand constructeur automobile que deviendra GWM plusieurs décennies plus tard.
Certaines sources historiques font remonter les racines de l’entreprise à 1976, avec un atelier lié à Wei Deliang, l’oncle de Wei Jianjun. Cette origine plus ancienne doit toutefois être distinguée de la fondation juridiquement documentée de l’entreprise automobile en 1984. Pour comprendre l’essor moderne de Great Wall, un autre millésime est encore plus déterminant : 1990.
1990 : Wei Jianjun prend la direction et réoriente l’entreprise
Wei Jianjun devient directeur général du prédécesseur de Great Wall en 1990. L’entreprise est alors de taille modeste et traverse une situation financière difficile. C’est sous sa direction qu’elle abandonne progressivement une logique de production dispersée pour rechercher un segment où elle peut réellement se différencier.
Great Wall tente d’abord de produire des voitures particulières, mais l’environnement réglementaire chinois du début des années 1990 rend cette voie difficile pour un petit constructeur indépendant. La politique automobile mise en place au milieu de la décennie favorise une industrie plus structurée et limite les possibilités de certains acteurs. Wei Jianjun choisit alors de concentrer les efforts de l’entreprise sur les véhicules utilitaires légers, en particulier les pick-up.
Ce changement de cap est fondamental. Plutôt que d’affronter directement les grands constructeurs établis sur le marché des berlines, Great Wall se spécialise dans une catégorie encore relativement ouverte et adaptée aux besoins d’une Chine en plein développement économique.
1996 : le pick-up Deer donne à Great Wall sa première véritable spécialité
Le lancement du Great Wall Deer au milieu des années 1990 concrétise cette stratégie. Le pick-up devient rapidement le produit autour duquel l’entreprise construit sa réputation. Son positionnement simple, robuste et accessible correspond aux besoins des professionnels, des régions rurales et des marchés émergents.
Great Wall commence également à regarder au-delà de la Chine. Des pick-up sont exportés vers le Moyen-Orient dès 1997 et, l’année suivante, l’entreprise revendique la première place sur le marché chinois du pick-up. Ce succès apporte des volumes, une identité claire et les ressources nécessaires pour préparer une nouvelle étape.
En 1998, l’entreprise est réorganisée sous la forme d’une société à responsabilité limitée. Il ne s’agit pas d’une faillite suivie d’un rachat par un constructeur extérieur, mais d’une transformation progressive de sa structure juridique et industrielle. Cette évolution se poursuit au début des années 2000 avec le développement de capacités internes dans les moteurs et la recherche technique.
2003 : la cotation à Hong Kong accompagne le passage du pick-up au SUV
Le 15 décembre 2003, Great Wall Motor est introduit à la Bourse de Hong Kong. Cette cotation constitue une étape importante dans la transformation du constructeur : l’entreprise dispose désormais d’un accès plus large aux capitaux alors qu’elle investit dans ses usines, sa recherche et le développement de nouvelles familles de véhicules.
Great Wall a déjà commencé à explorer le marché du SUV avec le Safe, qui rencontre un certain succès en Chine. Mais le véritable changement d’échelle intervient avec Haval. La production de modèles Haval débute en 2005 et ouvre un second pilier stratégique à côté du pick-up. Le constructeur comprend alors que son expérience des véhicules hauts, robustes et adaptés aux usages difficiles peut être transposée à un marché des SUV en pleine croissance.
Cette évolution favorise également les exportations. Des Haval commencent notamment à être commercialisés en Europe au milieu des années 2000. Great Wall n’est plus seulement un fabricant régional de véhicules utilitaires : il cherche désormais à construire une gamme automobile plus large tout en restant concentré sur les catégories où il possède une réelle expérience.
2011 : le Haval H6 change l’échelle de Great Wall
Le lancement du Haval H6 en 2011 constitue l’un des tournants majeurs de l’histoire du constructeur. Produit dans la nouvelle usine de Tianjin, ce SUV devient progressivement le modèle emblématique de Great Wall et accompagne la forte croissance de l’entreprise sur le marché chinois. Plutôt que de multiplier les berlines généralistes, le groupe renforce ainsi son expertise dans un segment qui connaît alors une expansion spectaculaire.
La même année, Great Wall Motor est introduit en actions A à la Bourse de Shanghai, après sa cotation à Hong Kong huit ans auparavant. Le constructeur dispose désormais d’une stature financière et industrielle sans commune mesure avec celle de l’entreprise dirigée par Wei Jianjun en 1990.
La compétition participe aussi à la construction de cette nouvelle image. Haval s’engage au Rallye Dakar à partir de 2010. L’intérêt historique de cet engagement ne réside pas dans l’accumulation de résultats sportifs, mais dans la volonté d’associer la marque à l’endurance, au tout-terrain et à la fiabilité internationale. Cette stratégie accompagne directement le positionnement choisi pour ses SUV.
2013 : Haval devient une marque autonome
En 2013, Great Wall franchit une étape organisationnelle majeure en faisant de Haval une marque automobile distincte. Jusqu’alors, Haval désignait essentiellement une gamme de SUV au sein de l’offre Great Wall. Son autonomisation traduit la volonté du groupe de construire plusieurs identités commerciales spécialisées plutôt que de commercialiser tous ses véhicules sous un seul nom.
Cette décision est importante pour comprendre la structure actuelle de l’entreprise. Great Wall Motor, souvent abrégé GWM, désigne progressivement le groupe constructeur, tandis que ses différentes marques reçoivent chacune un positionnement spécifique. Haval reste centré sur les SUV généralistes et devient l’un des principaux moteurs commerciaux du groupe.
Le succès de cette stratégie contribue à faire changer Great Wall de dimension. En 2016, l’entreprise dépasse pour la première fois le seuil d’un million de véhicules vendus en une année, avec un peu plus de 1,07 million d’unités.
2016 : Great Wall devient un groupe multimarque
À partir de 2016, Great Wall ne se contente plus de décliner son succès dans les SUV. Le groupe cherche à couvrir des positionnements plus variés. La marque WEY est lancée pour attaquer le marché premium, tandis que ORA est dévoilée en 2018 avec une orientation entièrement tournée vers la voiture électrique.
Cette diversification montre que GWM prépare l’après-croissance du Haval H6. Le groupe commence à organiser ses compétences techniques, ses plateformes et ses investissements autour de plusieurs marques capables de répondre à des clientèles différentes. Il s’agit moins d’élargir simplement un catalogue que de modifier en profondeur son organisation.
En 2018, Great Wall signe également un accord avec BMW pour créer la coentreprise Spotlight Automotive. Ce partenariat doit notamment permettre de développer et produire des véhicules électrifiés en Chine. Il constitue une étape supplémentaire dans la montée en compétence du constructeur et dans son intégration à une industrie automobile devenue de plus en plus internationale.
2019 : l’usine russe de Tula fait passer Great Wall de l’exportation à la production mondiale
L’ouverture de l’usine de Tula, en Russie, en 2019 représente une rupture dans l’internationalisation de Great Wall. Jusqu’alors, le constructeur s’était surtout développé hors de Chine par l’exportation et par différents systèmes d’assemblage local. Tula constitue son premier grand site automobile complet détenu à 100 % à l’étranger.
Cette implantation marque le passage à une stratégie plus profonde : produire au plus près de certains marchés, développer des réseaux locaux et adapter davantage les véhicules aux attentes régionales. La même logique sera ensuite appliquée en Thaïlande, où GWM reprend un site industriel à Rayong, puis au Brésil avec l’acquisition et la transformation d’une usine destinée à la production locale.
En parallèle, le groupe poursuit la spécialisation de ses marques. Le succès du Tank 300 conduit ainsi à l’autonomisation de TANK en 2021, consacrée aux SUV et tout-terrain plus robustes. Great Wall Motor fonctionne désormais clairement comme un groupe automobile réunissant plusieurs marques distinctes.
2023 : l’hybridation devient un axe central de la stratégie technologique
Great Wall présente en 2023 son système hybride Hi4, conçu pour associer électrification et transmission intégrale. Cette technologie est particulièrement cohérente avec l’histoire du constructeur : plutôt que d’abandonner son savoir-faire dans les SUV et le tout-terrain, GWM cherche à l’adapter aux nouvelles contraintes de consommation, d’émissions et d’électrification.
Le groupe ne mise donc pas sur une seule motorisation. Son offre récente combine véhicules thermiques, hybrides, hybrides rechargeables et électriques à batterie. Cette approche permet à Great Wall de conserver ses marchés historiques tout en développant des technologies nouvelles sous ses différentes marques.
La transformation industrielle se poursuit aussi hors de Chine. En 2025, le site brésilien d’Iracemápolis entre en production après avoir été racheté puis réaménagé par GWM. La même année, le groupe vend environ 1,32 million de véhicules, dont plus de 500 000 hors de Chine et plus de 400 000 véhicules classés parmi les nouvelles énergies. Début 2026, la plateforme GWM ONE prolonge cette stratégie en prévoyant une architecture capable d’accueillir plusieurs types de motorisations.
Great Wall Motor reste contrôlé par Wei Jianjun et n’a pas connu de rachat par un grand constructeur concurrent. Parti d’une petite entreprise de Baoding spécialisée dans la transformation automobile, le groupe s’est construit successivement autour du pick-up, du SUV, d’une organisation multimarque puis d’une production internationale et de technologies électrifiées. Cette continuité explique la place particulière de Great Wall parmi les grands constructeurs automobiles chinois contemporains.
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