
Italdesign naît en 1968 dans la région de Turin autour de Giorgetto Giugiaro et de l’ingénieur Aldo Mantovani. L’entreprise se distingue immédiatement des simples studios de style : elle veut réunir dessin, ingénierie, prototypage et préparation à l’industrialisation au sein d’une même structure. Cette approche lui permet de participer à certains des programmes automobiles les plus importants des décennies suivantes, de l’Alfa Romeo Alfasud à la première Volkswagen Golf. Longtemps partenaire des grands constructeurs plutôt que constructeur à part entière, Italdesign change ensuite de dimension avec son intégration au groupe Volkswagen, puis avec le lancement de voitures en très petite série sous son propre nom.
1968 : Giorgetto Giugiaro et Aldo Mantovani fondent Italdesign
Le 13 février 1968, Giorgetto Giugiaro et Aldo Mantovani créent dans l’aire turinoise une société initialement connue sous le sigle SIRP. Giugiaro possède déjà une solide réputation après des passages chez Fiat, Bertone et Ghia, tandis que Mantovani apporte une expérience d’ingénierie acquise notamment chez Fiat. Leur projet ne consiste pas seulement à dessiner des carrosseries séduisantes. Ils veulent proposer aux constructeurs une prise en charge beaucoup plus complète du développement d’une automobile.
Cette organisation intégrée constitue le véritable point de départ d’Italdesign. Le style reste essentiel, mais il est associé à la conception technique, à la réalisation de prototypes et aux études nécessaires pour transformer une idée en véhicule industrialisable. Cette méthode va rapidement différencier l’entreprise des maisons de carrosserie italiennes traditionnelles.
1971 : l’Alfa Romeo Alfasud démontre le modèle de développement intégré
L’un des premiers projets majeurs d’Italdesign est l’Alfa Romeo Alfasud. Le programme est particulièrement important car il ne se limite pas au style de la voiture. Italdesign intervient aussi sur l’ingénierie de la carrosserie et sur des aspects liés à son industrialisation, dans le cadre du développement du nouveau site de Pomigliano d’Arco.
L’Alfasud montre ainsi ce que les fondateurs veulent faire d’Italdesign : un partenaire capable d’accompagner un constructeur bien au-delà du dessin initial. Cette compétence devient rapidement un avantage décisif pour travailler sur des modèles destinés à de grandes séries.
1973 : Volkswagen donne à Italdesign une dimension internationale
Le début des années 1970 marque un tournant lorsque Italdesign commence à travailler avec Volkswagen. La Passat apparaît en 1973, suivie de la Scirocco, puis surtout de la première Golf en 1974. Pour le constructeur allemand, ces modèles accompagnent une transformation profonde de la gamme après des décennies dominées par la Coccinelle et son architecture particulière.
La Golf devient le symbole le plus durable de cette collaboration. Son dessin, confié à Italdesign sous la direction de Giugiaro, adopte des lignes simples, fonctionnelles et adaptées à une compacte moderne à moteur avant. Il serait toutefois excessif d’attribuer à Italdesign l’intégralité de la conception de la voiture : Volkswagen mène naturellement le développement industriel et technique du modèle. Le rôle du studio italien reste néanmoins déterminant dans la définition de son identité visuelle.
Cette période installe Italdesign parmi les acteurs majeurs du design automobile européen. La société ne travaille plus seulement pour des marques italiennes, mais devient un partenaire recherché par des constructeurs internationaux confrontés au renouvellement rapide de leurs gammes.
1981 : la diversification transforme Italdesign en groupe de conception
Au tournant des années 1980, Italdesign élargit progressivement son activité. La Fiat Panda, lancée en 1980, résume encore parfaitement l’approche de Giugiaro : simplicité des formes, habitabilité, rationalité industrielle et priorité donnée à l’usage. Elle constitue l’un des exemples les plus représentatifs de la manière dont Italdesign applique le design à une automobile populaire plutôt qu’à un simple exercice de style.
En 1981, le développement de Giugiaro Design formalise davantage la diversification vers le design industriel et les transports. Italdesign ne se limite donc plus à la carrosserie automobile. L’entreprise consolide une organisation capable d’associer création, ingénierie et développement de produits dans plusieurs domaines, tout en continuant à travailler pour de nombreux constructeurs.
Cette polyvalence se retrouve également dans des programmes plus particuliers. À la fin des années 1970, Italdesign participe par exemple au développement et à une partie de la fabrication de la BMW M1. Cet épisode illustre ses capacités industrielles, mais ne signifie pas encore qu’Italdesign produit des automobiles sous sa propre marque.
1999 : le numérique devient un outil central du développement automobile
Durant les années 1990, Italdesign poursuit son internationalisation et développe des implantations hors d’Italie. Parallèlement, les outils numériques occupent une place croissante dans son activité. En 1999, l’entreprise met notamment en service un centre interne de réalité virtuelle permettant de visualiser les projets à l’échelle 1:1.
Cette évolution est importante dans l’histoire de la société car elle confirme son passage du statut de studio de style à celui de partenaire technologique complet. La conception assistée par ordinateur, la simulation et la visualisation numérique réduisent la distance entre dessin, ingénierie et validation. Italdesign peut ainsi intervenir plus efficacement sur toutes les étapes qui précèdent la mise en production d’un véhicule.
2010 : le groupe Volkswagen prend le contrôle d’Italdesign
En 2010, un changement majeur intervient dans l’actionnariat. Le groupe Volkswagen prend une participation de 90,1 % dans Italdesign Giugiaro par l’intermédiaire de Lamborghini, elle-même intégrée à Audi. Pour Italdesign, cette opération ouvre une nouvelle période : l’entreprise reste active comme prestataire de design et d’ingénierie, mais elle appartient désormais à un grand groupe automobile international.
La transition devient complète en 2015 lorsque la famille Giugiaro cède les 9,9 % encore détenus au capital. Giorgetto Giugiaro quitte alors l’entreprise qu’il avait cofondée près d’un demi-siècle plus tôt. Cette étape marque la fin de l’ère durant laquelle Italdesign était encore directement liée à son fondateur sur le plan capitalistique et managérial.
2016 : Italdesign acquiert le statut nécessaire pour produire sous son propre nom
Jusqu’au milieu des années 2010, Italdesign demeure essentiellement connu comme concepteur et partenaire industriel des constructeurs. La situation évolue en 2016 avec l’obtention d’un code constructeur. L’année suivante, la division Italdesign Automobili Speciali est lancée pour développer des automobiles en séries extrêmement limitées sous la bannière de l’entreprise.
La Zerouno, présentée en 2017 et produite à seulement cinq exemplaires, matérialise ce changement de statut. Son importance historique tient moins à ses performances qu’au fait qu’Italdesign peut désormais commercialiser une automobile portant son propre nom. L’entreprise ne devient pas pour autant un constructeur généraliste : la conception, l’ingénierie, le prototypage, la validation et la production pour des clients extérieurs restent au cœur de son activité.
2025 : un accord avec UST ouvre une nouvelle transition capitalistique
Une nouvelle évolution est annoncée en décembre 2025 lorsqu’UST conclut un accord visant à acquérir une participation majoritaire dans Italdesign. Le projet prévoit que Lamborghini conserve une participation significative, tandis qu’Audi doit rester un partenaire stratégique et un client important. L’opération traduit la volonté d’associer les compétences historiques d’Italdesign en conception et développement physique à des expertises accrues dans les logiciels, l’intelligence artificielle et les technologies numériques.
Cette évolution doit toutefois être présentée avec prudence. L’accord annoncé en 2025 restait soumis aux autorisations et procédures nécessaires à sa finalisation, et les informations officielles disponibles dans la période suivante ne permettent pas de considérer sans nuance que le changement de contrôle était définitivement achevé. Italdesign demeure ainsi, à l’issue de cette chronologie, une entreprise à l’identité particulière : née comme société intégrée de design et d’ingénierie, devenue partenaire de nombreux grands constructeurs, puis capable de produire des automobiles exclusives sous son propre nom sans abandonner son rôle historique de concepteur et d’industriel pour compte de tiers.
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