Histoire de la marque La Licorne

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La Licorne est un constructeur automobile français né au tout début du XXe siècle sous l’impulsion de Jean-Marie Corre. D’abord connue sous le nom de Corre, puis de Corre-La Licorne, l’entreprise passe sous le contrôle de la famille Lestienne avant d’adopter définitivement le nom La Licorne. Son histoire mêle développement industriel, engagement en compétition, production de voitures populaires, coopération avec Citroën et tentative de survie dans une industrie profondément bouleversée par la Seconde Guerre mondiale.

1901 : Jean-Marie Corre fonde son entreprise automobile à Levallois-Perret

En 1901, Jean-Marie Corre crée à Levallois-Perret la Société française des automobiles Corre. L’automobile est encore une industrie jeune, où de nombreux constructeurs assemblent des véhicules légers à partir de composants provenant de spécialistes déjà établis. Corre produit ainsi des tricycles, des quadricycles et des voiturettes, notamment avec des mécaniques fournies par De Dion-Bouton.

Cette première période pose les bases techniques et commerciales de l’entreprise. Jean-Marie Corre cherche à se faire une place parmi les nombreux pionniers français de l’automobile, mais la société reste encore de dimensions modestes et son avenir va rapidement dépendre d’un changement de propriétaire.

1907 : la famille Lestienne reprend Corre et fait naître Corre-La Licorne

Au milieu des années 1900, l’entreprise de Jean-Marie Corre est fragilisée, notamment par un long contentieux avec Renault. En 1907, elle passe sous le contrôle de la famille Lestienne. Cette reprise constitue le premier grand tournant de son histoire, car elle apporte à l’entreprise de nouveaux dirigeants et une identité appelée à devenir durable.

La société prend le nom de Corre-La Licorne. La licorne fait référence aux armoiries de la famille Lestienne et s’impose progressivement comme emblème de l’entreprise. Jean-Marie Corre quitte alors le premier plan, tandis que les nouveaux propriétaires poursuivent la production automobile sous cette identité renouvelée.

1920 : La Licorne devient l’identité principale du constructeur

Après la Première Guerre mondiale, le nom Corre s’efface progressivement au profit de La Licorne. Vers 1920, cette appellation devient l’identité sous laquelle le constructeur est désormais principalement connu. Ce changement accompagne une nouvelle phase de développement dans un marché français où la voiture commence à toucher une clientèle plus large.

La marque élargit son activité et cherche à dépasser son statut de petit constructeur artisanal. Elle produit différentes catégories d’automobiles tout en travaillant à sa visibilité, dans un contexte où la réputation sportive constitue encore un moyen important de démontrer la robustesse et les qualités mécaniques d’une voiture.

1923 : les 24 Heures du Mans renforcent la visibilité de La Licorne

La Licorne participe à plusieurs éditions des 24 Heures du Mans entre 1923 et 1926. Ces engagements n’ont pas pour effet de transformer l’entreprise en constructeur exclusivement sportif, mais ils jouent un rôle dans sa notoriété en associant son nom à l’une des nouvelles grandes épreuves d’endurance européennes.

La compétition sert alors de vitrine technique et commerciale. Pour une marque encore relativement petite face aux grands constructeurs français, être présente au Mans permet de faire connaître ses voitures au-delà de sa clientèle traditionnelle sans pour autant modifier la vocation principale de l’entreprise, qui reste la production de véhicules de tourisme.

1927 : la 5 CV accompagne le développement industriel de La Licorne

La fin des années 1920 marque l’une des périodes les plus importantes de l’histoire du constructeur. La La Licorne 5 CV, lancée en 1927, devient l’un de ses modèles les plus représentatifs. Plus accessible que les automobiles de prestige, elle correspond à la volonté de proposer une voiture adaptée à un marché en voie de démocratisation. Elle est également associée à une étape importante dans l’autonomie technique de l’entreprise, qui développe alors ses propres mécaniques.

Cette progression s’accompagne de l’installation d’une importante usine à Courbevoie, généralement située selon les sources entre 1927 et 1928. Le transfert symbolise le passage à une organisation industrielle plus ambitieuse. La Licorne reste néanmoins un constructeur de taille moyenne, exposé à une concurrence croissante et aux coûts de développement toujours plus élevés de l’industrie automobile.

1937 : le rapprochement avec Citroën transforme la gamme

À la fin des années 1930, La Licorne se rapproche de Citroën. Cette coopération devient particulièrement visible avec les modèles Rivoli et Normandie, qui utilisent des éléments issus de la Traction Avant. Certaines La Licorne reçoivent également des mécaniques Citroën.

Ce partenariat permet au petit constructeur de bénéficier de composants modernes sans supporter seul l’ensemble des coûts de conception. Il révèle en même temps une dépendance croissante envers un industriel beaucoup plus puissant. La Licorne conserve sa marque et sa production, mais son autonomie technique se réduit à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

1941 : une La Licorne électrique répond aux contraintes de la guerre

L’Occupation et les pénuries de carburant bouleversent l’activité automobile française. Dans ce contexte, La Licorne produit en 1941 et 1942 une voiture électrique utilisant une technologie Mildé-Kriéger. Ce véhicule constitue moins le début d’une stratégie durable d’électrification qu’une réponse aux contraintes exceptionnelles du moment.

La production automobile traditionnelle devient en effet extrêmement difficile pendant la guerre. Les restrictions de matières premières et d’énergie réduisent les possibilités industrielles, tandis que les installations de Courbevoie connaissent également des évolutions qui impliquent notamment Bugatti. À la Libération, La Licorne doit donc reconstruire son activité dans un environnement économique entièrement différent de celui des années 1930.

1944 : la mort de Robert Lestienne et le plan Pons compromettent la reprise

La mort de Robert Lestienne en 1944 prive l’entreprise d’une figure importante au moment où se prépare la reconstruction de l’industrie automobile française. La difficulté principale vient toutefois de la nouvelle organisation du secteur décidée après la guerre. La Licorne n’obtient pas la place nécessaire dans le plan Pons, qui organise la répartition des productions et l’accès aux matières premières devenues rares.

Pour un constructeur indépendant de cette taille, cette exclusion rend une reprise à grande échelle extrêmement difficile. La Licorne tente encore de revenir sur le marché et présente en 1947 la Type 164 LR, mais ce modèle ne débouche pas sur le redémarrage industriel espéré. L’entreprise ne dispose plus des moyens nécessaires pour affronter les grands constructeurs qui dominent désormais le marché français.

1949 : la production cesse et La Licorne disparaît comme constructeur

En 1949, l’activité automobile de La Licorne prend définitivement fin. Une partie de ses actifs passe à Berliet, mettant un terme à près d’un demi-siècle d’existence industrielle depuis la fondation de l’entreprise de Jean-Marie Corre. Les estimations historiques situent la production totale à un peu plus de 33 000 véhicules.

La Licorne n’a depuis lors connu aucune véritable relance comme constructeur automobile. La marque appartient aujourd’hui à l’histoire de l’industrie française, tandis que les voitures conservées par des collectionneurs, des associations et des musées témoignent d’un parcours qui a commencé avec les pionniers de l’automobile et s’est achevé au moment de la concentration de l’industrie française de l’après-guerre.