
Landwind est une marque automobile chinoise née à Nanchang, dans la province du Jiangxi, à la fin des années 1990 sous l’impulsion de Jiangling Motors Group. Pensée pour permettre au groupe de se développer au-delà des véhicules utilitaires, elle s’est d’abord spécialisée dans les SUV et les tout-terrain avant de tenter une diversification vers les monospaces et les berlines. Son histoire a été marquée par une première ambition européenne contrariée par des problèmes de sécurité, par le succès controversé du X7, puis par plusieurs restructurations capitalistiques. Après une tentative de relance avec Aiways, Landwind s’est progressivement retirée du marché, tandis que la structure industrielle qui la portait a continué d’exister.
1997 : Jiangling prépare la naissance de Landwind
Les origines de Landwind remontent à 1997, lorsque Jiangling Motors Group crée un centre de recherche et développement consacré à un nouveau projet de voitures particulières. Le groupe possède alors une solide expérience des véhicules utilitaires et travaille notamment avec Isuzu et Ford, mais il cherche à investir un marché chinois de l’automobile particulière en pleine transformation.
Plutôt que d’affronter directement les constructeurs déjà présents sur le segment des berlines, Jiangling choisit de se concentrer sur les véhicules de loisir et les tout-terrain. Cette orientation donne à Landwind son identité initiale. En 1999, Jiangling Landwind Automobile est constituée pour donner une structure industrielle au projet. La marque ne naît donc pas à une date unique : 1997 correspond à son lancement technique, 1999 à sa structuration industrielle et les premières commercialisations interviennent quelques années plus tard.
2002 : le X9 lance réellement Landwind sur le marché
Après le lancement de la construction d’une usine à Nanchang en 2001, Landwind commercialise son premier tout-terrain à la fin de 2002. Le modèle, ensuite identifié comme X9, matérialise la stratégie décidée quelques années auparavant : proposer des véhicules accessibles à l’apparence robuste, capables de donner à Jiangling une place sur le marché chinois des SUV.
Le X9 est bientôt accompagné par le X6, qui renforce cette orientation. Landwind construit également une partie de son image en participant à des compétitions et épreuves tout-terrain en Chine. Ces engagements ne transforment pas la marque en constructeur sportif, mais ils servent à crédibiliser son positionnement autour des capacités hors route et de la robustesse, deux arguments essentiels durant sa première période.
2004 : Changan entre dans l’histoire de Landwind
Un changement majeur intervient en 2004 lorsque Jiangling Motors Group s’associe à Changan pour créer Jiangling Motor Holding. Les deux groupes prennent initialement chacun la moitié du capital de cette nouvelle structure, qui récupère l’activité Landwind. Changan n’est donc pas à l’origine de la marque, mais son arrivée modifie profondément son cadre industriel.
Ce rapprochement doit permettre à Landwind d’accélérer son développement dans les voitures particulières. La marque ne veut plus dépendre uniquement de ses tout-terrain traditionnels. Elle tente notamment de s’élargir avec le monospace Fengshang, également commercialisé sur certains marchés sous l’appellation CV9, puis avec la berline Fenghua. Cette diversification reste cependant limitée commercialement et Landwind revient progressivement vers le segment qui lui réussit le mieux, celui des SUV.
2005 : l’offensive européenne provoque une crise de réputation
Landwind cherche très tôt à exporter ses véhicules et tente en 2005 une percée remarquée en Europe. Cette ambition tourne rapidement à la crise lorsque son SUV fait l’objet d’un crash-test indépendant organisé notamment avec l’ADAC. Les résultats révèlent de graves faiblesses de protection des occupants et donnent une forte visibilité internationale à la marque pour de mauvaises raisons.
Il est important de distinguer cet épisode d’un essai Euro NCAP officiel. Le crash-test de 2005 n’est pas réalisé par Euro NCAP, même s’il reste durablement associé à l’image de Landwind en Europe. La marque est ensuite effectivement évaluée par Euro NCAP en 2010 avec le CV9, qui obtient deux étoiles. Ces deux épisodes montrent les difficultés rencontrées par Landwind pour répondre aux attentes de sécurité des marchés européens et limitent ses perspectives d’expansion internationale.
2013 : le X5 fait entrer Landwind dans l’ère des SUV urbains
Au début des années 2010, le marché automobile chinois évolue rapidement. Les SUV ne sont plus seulement des véhicules à vocation tout-terrain, ils deviennent des voitures familiales et urbaines particulièrement recherchées. Landwind adapte alors sa stratégie. Commercialisé en 2013, le X5 constitue une rupture importante puisqu’il adopte une architecture monocoque plus adaptée à un usage routier que les anciens modèles de la marque.
Le X5 représente ainsi la tentative de modernisation la plus nette de Landwind depuis ses débuts. La marque cherche également à améliorer son image technologique, notamment avec l’arrivée ultérieure d’une transmission automatique à huit rapports. Cette évolution lui permet de se repositionner sur un marché devenu beaucoup plus concurrentiel, où les constructeurs chinois développent rapidement des SUV plus modernes et mieux équipés.
2014 : le X7 apporte le succès et une controverse décisive
Présenté en 2014, le Landwind X7 devient le modèle le plus célèbre de la marque. Son arrivée accompagne une forte progression commerciale et contribue aux meilleurs volumes de ventes de Landwind au milieu des années 2010. Mais cette réussite est immédiatement éclipsée par sa très forte ressemblance avec le Range Rover Evoque de Land Rover.
Jaguar Land Rover engage une action en justice en Chine en 2016. L’affaire dépasse rapidement la simple polémique esthétique et devient un dossier emblématique concernant la protection des créations automobiles sur le marché chinois. En 2019, un tribunal de Pékin estime que plusieurs caractéristiques distinctives de l’Evoque ont été reprises sur le X7 et que cette ressemblance crée une confusion pour les consommateurs. Il ordonne notamment l’arrêt de la fabrication, de la vente et de la promotion du modèle.
La portée juridique de l’affaire doit toutefois être formulée avec précision. La décision de 2019 repose principalement sur la concurrence déloyale et la confusion créée par le design, et non sur une simple condamnation générale pour violation du droit d’auteur. Pour Landwind, les conséquences sont lourdes : le modèle qui avait soutenu sa croissance devient également le symbole international des difficultés de la marque à construire une identité stylistique propre.
2019 : l’arrivée d’Aiways ouvre une tentative de relance
Alors que Landwind perd de son élan commercial, Jiangling Motor Holding est profondément restructurée en 2019. Une partie de ses actifs et de ses participations est réorganisée, puis le jeune constructeur électrique Aiways investit dans la société et en prend 50 %. Changan et Jiangling Motors Group voient alors leurs participations ramenées à 25 % chacun.
L’objectif est de donner un nouvel avenir aux installations industrielles de Jiangling Motor Holding et d’associer une activité automobile traditionnelle à une stratégie tournée vers l’électrification. Landwind doit bénéficier de ce nouveau cadre, mais le redressement attendu ne se produit pas. Sa gamme peine à retrouver une position forte au moment où le marché chinois change à grande vitesse et où de nouveaux constructeurs spécialisés dans les véhicules électriques gagnent du terrain.
En 2021, Aiways revend sa participation de 50 % à Jiangxi Guokong Automobile Investment. Ce retrait met pratiquement fin au scénario d’une relance de Landwind portée par le jeune constructeur électrique. La marque continue alors à s’effacer commercialement.
2022 : Landwind disparaît progressivement du marché
À partir de 2022, Landwind ne dispose plus d’une présence commerciale significative. Jiangling Motor Holding conserve pourtant ses installations et se réoriente vers la production de véhicules pour Changan. Cette distinction est essentielle pour comprendre la fin de l’histoire : Landwind s’est éteinte comme marque automobile active sans que la société industrielle qui la portait disparaisse au même moment.
Une demande de mise en faillite de Jiangling Motor Holding est déposée par un créancier en 2022, mais elle est rejetée par le tribunal compétent de Nanchang. Il serait donc inexact de présenter la disparition de Landwind comme la conséquence d’une faillite officielle cette année-là. Il n’existe pas non plus de date juridique unique marquant la suppression de la marque. Son retrait correspond plutôt à une extinction commerciale progressive, tandis que les capacités de production sont réaffectées à d’autres activités.
2026 : Jiangling Motor Holding subsiste sans relance de Landwind
La structure actionnariale de Jiangling Motor Holding évolue encore en 2026. La participation détenue par Jiangxi Guokong est transférée, ce qui ramène Changan et Jiangling Motors Group à une répartition de 50 % chacun. Cette opération confirme la continuité de l’entreprise industrielle née de leur association, mais elle ne s’accompagne pas d’un retour commercial de Landwind.
En 2026, la marque peut ainsi être considérée comme inactive ou dormante plutôt que juridiquement liquidée. Son parcours reste représentatif d’une période particulière de l’industrie automobile chinoise : née de la volonté d’un groupe spécialisé dans les utilitaires de conquérir le marché des voitures particulières, Landwind s’est développée grâce au SUV, a cherché une reconnaissance internationale, puis a été fragilisée par des problèmes de sécurité, une diversification peu concluante, la controverse du X7 et l’accélération de la concurrence avant de disparaître progressivement des concessions.
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