Histoire de la marque Nissan

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Nissan trouve ses racines dans les premiers efforts japonais pour construire une automobile nationale au début du XXe siècle. Son histoire commence avant même l’apparition du nom Nissan, avec la création en 1911 de Kwaishinsha Motor Car Works par l’ingénieur Masujiro Hashimoto à Tokyo, puis la naissance de la voiture DAT. Devenue Nissan Motor dans les années 1930 sous l’impulsion de l’industriel Yoshisuke Aikawa, l’entreprise s’est ensuite développée grâce à la production de masse, à l’exportation et à une forte implantation internationale. Les Datsun, la Skyline issue de Prince, la Fairlady Z, le GT-R, le Qashqai ou encore la LEAF ont marqué différentes étapes de cette évolution, tandis que l’alliance avec Renault à partir de 1999 a profondément transformé le constructeur. Après plusieurs crises de gouvernance et de rentabilité, Nissan est aujourd’hui engagé dans une nouvelle phase de restructuration industrielle et stratégique.

1911 : Masujiro Hashimoto pose les premières bases de la future Nissan

Les origines de Nissan remontent à 1911, lorsque Masujiro Hashimoto fonde Kwaishinsha Motor Car Works à Tokyo. Le Japon possède alors une industrie automobile encore embryonnaire et dépend largement des véhicules importés. Hashimoto cherche au contraire à développer une production locale. Avec le soutien de trois investisseurs, Den, Aoyama et Takeuchi, son entreprise met au point en 1914 une automobile baptisée DAT, nom formé à partir de leurs initiales.

Cette société n’est pas encore Nissan Motor. Elle constitue toutefois l’une des principales lignées industrielles dont sera issu le constructeur. Une autre entreprise, Jitsuyo Jidosha Seizo, apparaît à Osaka en 1919 autour des travaux de l’ingénieur américain William R. Gorham. Les deux branches finissent par se rapprocher au cours des années 1920. Leur consolidation conduit à DAT Jidosha Seizo, puis à son intégration dans l’environnement industriel de Tobata Casting au début des années 1930.

C’est dans ce contexte qu’apparaît le nom Datsun. Une petite voiture est d’abord appelée Datson, avant que son nom soit transformé en Datsun en 1932. Cette marque jouera ensuite un rôle essentiel dans le développement commercial du futur Nissan, notamment à l’étranger.

1933 : Yoshisuke Aikawa fonde l’entreprise qui devient Nissan Motor

Le véritable acte de naissance de l’entreprise actuelle intervient le 26 décembre 1933 avec la création de Jidosha Seizo Co., Ltd. à Yokohama. L’opération est menée dans l’orbite de l’industriel Yoshisuke Aikawa, figure centrale de Nihon Sangyo et de Tobata Casting. Aikawa ne doit donc pas être confondu avec Hashimoto : le premier organise la naissance de la société Nissan moderne, tandis que le second appartient aux origines techniques de sa lignée automobile.

En 1934, lorsque Nihon Sangyo devient l’investisseur déterminant de l’entreprise, celle-ci prend le nom de Nissan Motor Co., Ltd. Le mot Nissan provient de l’abréviation de Nihon Sangyo. La même période voit l’entreprise accélérer ses exportations de Datsun et préparer une production automobile beaucoup plus industrialisée.

En 1935, l’usine de Yokohama met en œuvre une fabrication intégrée à grande échelle. La Datsun Model 14 symbolise ce changement de dimension. Nissan ne se contente plus de réunir plusieurs petits constructeurs et ateliers : il devient un véritable industriel automobile capable de produire en série et de viser des marchés extérieurs.

1945 : Nissan reconstruit son activité après la guerre

La Seconde Guerre mondiale interrompt brutalement cette progression. La production de voitures particulières est suspendue et l’entreprise est réorientée vers les besoins de guerre. En 1944, elle prend même le nom de Nissan Heavy Industries. Après la capitulation japonaise, la fabrication automobile reprend progressivement dès 1945 et le nom Nissan Motor Co., Ltd. est rétabli en 1949.

La priorité devient alors le rattrapage technique et industriel. En 1952, Nissan conclut un accord de coopération avec le constructeur britannique Austin. Cette collaboration permet au groupe japonais de se familiariser avec des méthodes de production et des technologies plus modernes au moment où le marché automobile japonais redémarre.

À la fin des années 1950, Nissan commence également à construire sa réputation internationale. Des Datsun sont exportées vers les États-Unis à partir de 1958. La même année, une Datsun 210 obtient un résultat marquant lors du Mobilgas Trial en Australie, une épreuve d’endurance difficile. Ce succès compte moins comme élément de palmarès que comme démonstration de fiabilité auprès d’un public international. En 1959, Nissan engage aussi une production hors du Japon à Taïwan, prélude à une expansion beaucoup plus large.

1966 : la fusion avec Prince élargit Nissan et son identité sportive

Après avoir renforcé sa présence commerciale aux États-Unis et commencé à produire au Mexique, Nissan franchit une étape déterminante en août 1966 en fusionnant avec Prince Motor Company. L’opération augmente ses capacités industrielles et lui apporte surtout plusieurs modèles et savoir-faire qui deviendront indissociables de son image.

La Skyline, notamment, n’est pas une création Nissan à l’origine : elle a été développée par Prince avant la fusion. Son intégration au catalogue Nissan permet cependant au constructeur de bâtir progressivement une forte identité sportive. Le Skyline 2000GT-R lancé en 1969 ouvre une lignée qui culminera plusieurs décennies plus tard avec les GT-R modernes.

La même période voit Nissan élargir son influence sur des marchés très différents. La Sunny, apparue en 1966, accompagne la motorisation de masse au Japon, tandis que la Fairlady Z, commercialisée à partir de 1969 et connue notamment sous le nom Datsun 240Z à l’exportation, installe la marque dans le domaine des voitures de sport accessibles. Ses performances en rallye, notamment au Safari Rally, renforcent encore l’image de robustesse et de performance des voitures japonaises de Nissan.

1981 : Nissan abandonne progressivement le nom Datsun à l’exportation

Au tournant des années 1980, Nissan n’est plus seulement un constructeur japonais qui exporte ses véhicules. Il cherche à devenir un groupe véritablement mondial, avec une production implantée au plus près de ses principaux marchés. La fabrication démarre aux États-Unis en 1983 et Nissan crée en 1984 sa structure industrielle britannique, qui conduira au démarrage de la production à Sunderland en 1986.

Cette mondialisation s’accompagne d’un changement d’identité majeur. En juillet 1981, la direction décide de remplacer progressivement le nom Datsun par celui de Nissan sur les marchés d’exportation. Pendant plusieurs décennies, Datsun avait été le nom le plus visible pour de nombreux clients étrangers, alors même que Nissan Motor était la société qui produisait les voitures. L’unification sous une marque mondiale unique vise à mettre fin à cette distinction devenue coûteuse et difficile à gérer.

Durant les années 1980 et au début des années 1990, Nissan continue parallèlement à cultiver une image technologique et sportive. Les Skyline GT-R des générations modernes deviennent des références parmi les voitures de performance japonaises. En Europe, la Micra produite à Sunderland et élue voiture européenne de l’année 1993 contribue également à montrer que Nissan est désormais profondément implanté hors du Japon.

1999 : l’alliance avec Renault sauve Nissan d’une crise majeure

La croissance des décennies précédentes masque des fragilités qui deviennent critiques dans les années 1990. Après l’éclatement de la bulle économique japonaise, Nissan accumule les difficultés financières, les capacités industrielles excédentaires et une dette importante. La situation devient suffisamment grave pour imposer une transformation profonde de l’entreprise.

En mars 1999, Nissan conclut une alliance stratégique et capitalistique avec Renault. Le groupe français prend initialement 36,8 % du capital de Nissan. Il ne s’agit toutefois ni d’une faillite de Nissan ni d’un rachat transformant l’entreprise en filiale française. Les deux constructeurs restent juridiquement distincts et Nissan prendra à son tour une participation dans Renault quelques années plus tard.

Carlos Ghosn, envoyé par Renault au Japon, prend un rôle déterminant dans le redressement. Le Nissan Revival Plan annoncé en octobre 1999 prévoit une réduction drastique des coûts, des fermetures de capacités industrielles, une réorganisation des achats et un désendettement rapide. Les objectifs sont atteints plus tôt que prévu, permettant à Nissan de retrouver une situation rentable et de financer un renouvellement de ses produits.

Cette renaissance se traduit notamment par le retour d’une voiture sportive majeure avec la 350Z, puis par le lancement en 2007 de la Nissan GT-R R35. Contrairement à ses devancières, celle-ci n’utilise plus le nom Skyline et devient un modèle mondial autonome, chargé de représenter les capacités technologiques du constructeur.

2006 : le Qashqai et la LEAF ouvrent deux nouveaux axes de développement

Au milieu des années 2000, Nissan trouve un nouveau moteur de croissance avec le Qashqai. Présenté en 2006 puis commercialisé en Europe en 2007, il mélange des caractéristiques de berline compacte et de SUV à une époque où ce type de carrosserie n’est pas encore devenu dominant. Son succès contribue à faire du crossover un pilier de la stratégie Nissan, bientôt complété par d’autres modèles suivant la même logique.

Le second tournant est technologique. Nissan travaille depuis longtemps sur la propulsion électrique et les batteries, mais le lancement de la Nissan LEAF en 2010 donne à cette recherche une dimension industrielle mondiale. Le constructeur fait partie des premiers grands groupes automobiles à commercialiser à grande échelle une voiture électrique à batterie conçue comme un modèle de série à part entière. La LEAF devient ainsi l’un des jalons les plus importants de l’histoire récente de Nissan.

Cette stratégie d’électrification ne se limite pas au véhicule 100 % électrique. En 2016, Nissan lance au Japon le Note e-POWER, dont les roues sont entraînées par un moteur électrique tandis qu’un moteur thermique sert principalement à produire l’électricité. Cette architecture devient ensuite une technologie distinctive de la marque. La même année, Nissan prend une participation de 34 % dans Mitsubishi, élargissant l’alliance formée autour de Renault et renforçant ses possibilités de coopération industrielle et technologique.

2018 : l’affaire Ghosn déclenche une nouvelle crise de gouvernance

L’arrestation de Carlos Ghosn au Japon en novembre 2018 provoque une rupture majeure. Nissan lui retire rapidement ses fonctions de président et ouvre une période de profondes tensions internes et de réexamen de sa gouvernance. En 2019, l’entreprise adopte une nouvelle organisation reposant notamment sur trois comités statutaires afin de renforcer le contrôle du conseil d’administration.

La crise de gouvernance s’ajoute à des difficultés industrielles et commerciales. En 2020, Nissan lance le plan Nissan NEXT afin de réduire ses coûts, rationaliser ses capacités et recentrer son activité. L’entreprise cherche en parallèle à accélérer son électrification, notamment avec la stratégie Ambition 2030 annoncée en 2021.

La relation avec Renault évolue elle aussi. En 2023, les deux groupes rééquilibrent leur alliance en alignant leurs droits de vote autour d’une participation de 15 %, tandis qu’une partie importante des actions Nissan détenues économiquement par Renault est placée dans une fiducie avec des droits de vote neutralisés. Ce changement met fin à l’asymétrie capitalistique qui caractérisait largement l’alliance depuis 1999, sans pour autant la dissoudre.

2025 : Nissan abandonne le projet de rapprochement avec Honda et lance Re:Nissan

Face à une nouvelle dégradation de ses performances, Nissan engage fin 2024 des discussions avec Honda en vue d’une possible intégration sous une structure commune. Les négociations sont abandonnées en février 2025. Parmi les scénarios étudiés figurait une organisation dans laquelle Nissan aurait pu devenir une filiale de Honda, mais aucune fusion ni prise de contrôle n’a finalement eu lieu. Les deux groupes maintiennent néanmoins des coopérations dans certaines technologies liées à l’électrification et aux véhicules intelligents.

En avril 2025, Ivan Espinosa devient directeur général de Nissan. Quelques semaines plus tard, il présente le plan Re:Nissan, destiné à réduire fortement les coûts fixes et à redimensionner l’appareil industriel. Le programme prévoit notamment une diminution des effectifs mondiaux et une réduction du nombre d’usines d’assemblage, avec l’objectif de restaurer durablement la rentabilité du constructeur.

En 2026, Nissan reste une entreprise indépendante et poursuit cette restructuration. Ses derniers résultats montrent une amélioration au niveau consolidé, mais l’activité automobile demeure encore sous pression et continue de nécessiter des ajustements importants. L’histoire récente de Nissan s’achève donc, à ce stade, sur une nouvelle tentative de transformation : après le sauvetage de 1999 et la réorganisation des années 2020, le constructeur cherche une nouvelle fois à adapter sa taille, ses alliances et ses technologies à un marché automobile profondément bouleversé par l’électrification et la concurrence mondiale.