
NSU trouve ses origines bien avant l’essor de l’automobile. Fondée en 1873 par Christian Schmidt et Heinrich Stoll comme atelier de mécanique spécialisé dans les machines à tricoter, l’entreprise se transforme progressivement en fabricant de bicyclettes, de motos puis de voitures. Installée à Neckarsulm, dont son nom est dérivé, NSU connaît plusieurs vies industrielles : constructeur automobile avant 1929, géant du deux-roues après la guerre, puis pionnier du moteur rotatif et auteur de modèles marquants comme le Prinz, le Spider et le Ro 80. Son indépendance prend fin en 1969 lors de sa fusion avec Auto Union, avant que la marque automobile ne disparaisse progressivement au profit d’Audi.
1873 : Christian Schmidt et Heinrich Stoll fondent l’entreprise à l’origine de NSU
L’histoire commence à Riedlingen an der Donau, dans le Wurtemberg. En 1873, les mécaniciens Christian Schmidt et Heinrich Stoll créent la Mechanische Werkstätte Schmidt & Stoll. L’activité n’a alors aucun rapport avec l’automobile : l’atelier fabrique et répare principalement des machines à tricoter.
Un premier tournant intervient en 1880 lorsque l’entreprise s’installe à Neckarsulm, ville qui devient durablement son centre industriel. Elle se transforme en société par actions quelques années plus tard et cherche progressivement de nouveaux débouchés. À partir de 1886, la fabrication de bicyclettes prend une importance croissante. Cette diversification fait entrer l’entreprise dans le domaine de la mobilité individuelle et prépare sa conversion vers les véhicules motorisés.
Le nom NSU apparaît à la fin du XIXe siècle et est directement associé à Neckarsulm, la ville située à la rencontre du Neckar et de la Sulm. Cette origine est préférable aux diverses interprétations rétrospectives parfois proposées pour expliquer les trois lettres.
1900 : NSU entre dans l’industrie des véhicules motorisés
Après la bicyclette, NSU franchit une nouvelle étape en lançant la fabrication de motocyclettes en 1900. Le développement du moteur à combustion ouvre alors de nouvelles perspectives aux entreprises disposant déjà d’un savoir-faire en matière de cadres, de mécanique et de production en série. NSU s’inscrit rapidement dans ce mouvement.
L’automobile suit quelques années plus tard. Des véhicules sont produits à Neckarsulm dès 1905, notamment sous licence, puis l’entreprise présente en 1906 son premier « Original Neckarsulmer Motorwagen », une automobile à quatre cylindres développée comme produit propre. NSU devient ainsi un constructeur diversifié capable de fabriquer bicyclettes, motos et voitures.
Au cours des années suivantes, la production automobile gagne en importance. Après la Première Guerre mondiale, la direction veut développer cette activité à une échelle supérieure et décide en 1924 de construire une usine dédiée à Heilbronn. L’investissement illustre les ambitions automobiles de NSU, mais intervient au moment où la situation économique devient plus difficile.
1929 : la vente de l’usine automobile à Fiat met fin à une première époque
À partir du milieu des années 1920, le ralentissement des ventes et le poids des investissements fragilisent NSU. La branche automobile devient particulièrement difficile à financer. L’usine de Heilbronn passe finalement sous le contrôle de Fiat dans une opération engagée en 1928 et généralement datée de 1929 dans la chronologie institutionnelle de NSU.
Cette cession marque un changement majeur : NSU abandonne sa propre production automobile pendant près de trente ans et concentre ses efforts sur les deux-roues. La société connue ensuite sous l’appellation NSU-Fiat à Heilbronn appartient à une histoire industrielle distincte. Elle ne doit pas être confondue avec NSU à Neckarsulm, qui poursuit de son côté son développement dans les bicyclettes et les motos.
Le recentrage permet à NSU de devenir l’un des acteurs importants du deux-roues en Allemagne. L’entreprise élargit encore ses capacités durant les années 1930, notamment en reprenant une partie des activités motocyclistes de Wanderer et, plus tard, la fabrication de bicyclettes d’Opel. Cette croissance est interrompue par la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle l’usine participe à la production de guerre avant d’être largement détruite à la fin du conflit.
1945 : la reconstruction conduit NSU au sommet de l’industrie motocycliste
Après 1945, NSU doit reconstruire son outil industriel. La reprise commence avec les activités que l’entreprise maîtrise le mieux, les bicyclettes et surtout les motocyclettes. Dans l’Allemagne de l’après-guerre, où une voiture reste inaccessible à une grande partie de la population, les deux-roues motorisés répondent à un besoin immédiat de mobilité.
Le succès est rapide. Le cyclomoteur NSU Quickly, lancé en 1953, devient l’un des symboles de cette période. Au milieu des années 1950, NSU atteint une position de premier plan et est présenté en 1955 comme le plus grand fabricant mondial de deux-roues motorisés.
La compétition renforce cette réputation. Entre 1953 et 1955, NSU remporte plusieurs titres mondiaux en motocyclisme, puis le pilote Wilhelm Herz établit en 1956 un record mondial de vitesse à moto à Bonneville. Ces performances donnent à NSU une image de constructeur techniquement ambitieux, mais elles interviennent au moment même où le marché allemand commence à changer. Avec l’amélioration du niveau de vie, de nombreux clients passent du deux-roues à la petite automobile. NSU doit donc envisager une nouvelle reconversion.
1951 : le moteur Wankel prépare la nouvelle ambition technologique de NSU
Avant même son retour effectif à la voiture, NSU s’engage dans une voie technique qui va profondément marquer son histoire. En 1951, l’entreprise commence à travailler avec l’ingénieur Felix Wankel sur un moteur à piston rotatif. Son principe diffère radicalement du moteur alternatif conventionnel et promet notamment compacité et fonctionnement régulier.
NSU investit durablement dans cette technologie et en fait progressivement l’un de ses principaux axes de recherche. Le projet acquiert une portée internationale lorsque des licences sont accordées à d’autres constructeurs. Mazda, qui conclut un accord technique avec NSU et Wankel en 1961, deviendra par la suite le constructeur le plus étroitement associé à l’exploitation durable du moteur rotatif.
Parallèlement, la baisse structurelle du marché de la moto pousse NSU à revenir sur le terrain automobile traditionnel. La décision aboutit au lancement du NSU Prinz en 1958. Cette petite voiture marque le retour officiel de la firme à la production automobile après presque trois décennies d’absence. Le Prinz répond directement à l’évolution de la demande allemande vers des voitures compactes et accessibles.
1964 : le Wankel Spider fait de NSU un pionnier du moteur rotatif
Le travail engagé avec Felix Wankel débouche sur une première automobile de série particulièrement importante. Présenté en 1963 puis commercialisé à partir de 1964, le NSU Wankel Spider devient la première voiture produite en série au monde équipée d’un moteur rotatif Wankel.
Sa portée commerciale reste limitée, mais son importance historique est considérable. Le Spider prouve que NSU est capable de transformer un principe mécanique expérimental en produit automobile réellement industrialisé. Pour une entreprise de taille relativement modeste, cette avance technologique lui apporte une visibilité internationale sans commune mesure avec ses volumes de production.
Dans le même temps, les dérivés plus performants du Prinz, en particulier les NSU TT et TTS, développent une autre facette de la réputation de la marque. Légères et efficaces, ces voitures remportent de nombreux succès en compétition, notamment en courses de côte et dans les championnats de voitures de tourisme. Leur rôle historique tient moins à un palmarès précis qu’à l’image sportive qu’elles donnent à la nouvelle gamme automobile NSU.
1967 : la Ro 80 porte l’innovation de NSU à son sommet
En septembre 1967, NSU présente la Ro 80, qui devient le modèle le plus emblématique de son histoire automobile. Cette grande berline conçue sous la direction stylistique de Claus Luthe adopte une silhouette très aérodynamique, la traction avant et surtout un moteur Wankel à deux rotors. Elle tranche nettement avec les berlines allemandes conventionnelles de son époque.
La modernité de la Ro 80 est rapidement reconnue. Elle reçoit le titre européen de Car of the Year 1968, devenant la première automobile allemande distinguée par ce trophée. Le modèle illustre parfaitement l’ambition de NSU : une petite entreprise cherche alors à rivaliser par l’innovation plutôt que par la taille industrielle.
Cette stratégie comporte cependant un risque considérable. Les premiers moteurs de la Ro 80 connaissent des problèmes de fiabilité qui entraînent des interventions coûteuses en garantie et dégradent la réputation du modèle. Dans le même temps, NSU finance plusieurs programmes automobiles importants, dont une autre berline destinée à devenir le K 70. Les difficultés qui suivent ne peuvent donc pas être attribuées uniquement au moteur Wankel, mais l’investissement nécessaire pour mener simultanément ces projets dépasse progressivement les moyens financiers du constructeur.
1969 : la fusion avec Auto Union fait perdre son indépendance à NSU
Le 10 mars 1969, NSU Motorenwerke AG et Auto Union GmbH concluent leur fusion. L’opération donne naissance à Audi NSU Auto Union AG, société placée sous le contrôle majoritaire de Volkswagen. NSU ne disparaît pas immédiatement, mais elle cesse d’exister comme constructeur automobile indépendant.
La fusion réunit des entreprises aux parcours techniques très différents et transfère au groupe Volkswagen plusieurs projets et compétences développés à Neckarsulm. Le cas le plus visible est celui du K 70. Cette berline à moteur avant, traction avant et refroidissement liquide avait été conçue par NSU, mais elle est finalement commercialisée en 1970 sous la marque Volkswagen. Elle participe ainsi au passage progressif de Volkswagen vers des architectures qui deviendront essentielles à sa gamme des années suivantes.
NSU continue néanmoins de produire ses propres voitures au sein du nouvel ensemble. La gamme issue du Prinz subsiste jusqu’au début des années 1970 tandis que la Ro 80 reste au catalogue. L’identité commerciale du groupe se concentre toutefois progressivement sur Audi, dont le nom devient le principal support de développement pour les voitures de gamme supérieure.
1977 : la dernière Ro 80 met fin à la production automobile sous la marque NSU
Les dernières petites voitures NSU disparaissent du catalogue en 1973. Quatre ans plus tard, en avril 1977, la production de la Ro 80 s’arrête à Neckarsulm. Cet événement marque la fin effective de NSU comme marque automobile en production. Aucun nouveau modèle de série ne reprendra ensuite son nom.
La disparition commerciale de NSU ne signifie cependant pas la disparition immédiate de son nom dans l’entreprise. La société issue de la fusion de 1969 continue de s’appeler Audi NSU Auto Union AG pendant plusieurs années. Cette distinction est importante : 1969 correspond à la fin de l’indépendance de NSU, tandis que 1977 marque la fin de ses automobiles.
1985 : Audi NSU Auto Union AG devient AUDI AG
Le dernier changement institutionnel intervient le 1er janvier 1985. Audi NSU Auto Union AG prend officiellement le nom d’AUDI AG et son siège est transféré de Neckarsulm à Ingolstadt. Le nom NSU disparaît alors de la raison sociale du constructeur, achevant juridiquement une transformation commencée avec la fusion de 1969.
NSU n’est aujourd’hui plus une marque automobile active. Son histoire demeure toutefois directement intégrée à celle d’Audi. Le site de Neckarsulm, où NSU avait développé ses bicyclettes, ses motos et une partie de ses automobiles, est toujours un centre industriel majeur d’Audi. Le patrimoine de la marque est conservé dans les activités historiques du constructeur et à travers NSU GmbH, tandis que le moteur Wankel, la Ro 80 et les petites sportives TT et TTS restent les principaux témoins de la période où NSU comptait parmi les constructeurs allemands les plus audacieux sur le plan technique.
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