Histoire de la marque Rimac

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Née en Croatie à la fin des années 2000 autour de l’ingénieur et entrepreneur Mate Rimac, Rimac s’est construite sur une idée alors encore marginale dans l’univers des voitures de très hautes performances : utiliser la propulsion électrique non comme une contrainte, mais comme un moyen d’atteindre des niveaux de puissance et de contrôle inédits. Fondée officiellement en 2009 près de Zagreb, Rimac Automobili est passée en quelques années d’un projet expérimental réalisé à partir d’une ancienne BMW à un constructeur d’hypercars reconnu, tout en développant une importante activité de fourniture de batteries, moteurs et systèmes électroniques pour d’autres marques. Le Concept_One, la Nevera, l’entrée de grands groupes automobiles au capital puis la création de Bugatti Rimac ont profondément changé l’échelle et le statut de l’entreprise.

2009 : Mate Rimac fonde Rimac Automobili en Croatie

L’histoire de Rimac commence avant même la création officielle de la société. Mate Rimac travaille d’abord sur une BMW Série 3 E30 de 1984 qu’il transforme en voiture électrique après une panne de son moteur thermique. Ce projet lui sert de laboratoire. Les composants disponibles sur le marché ne répondant pas à ses ambitions, il commence à développer ses propres solutions pour la motorisation, les batteries et la gestion électronique.

En 2009, il fonde officiellement Rimac Automobili à Sveta Nedelja, près de Zagreb. L’entreprise naît donc à la fois comme constructeur automobile et comme société d’ingénierie spécialisée dans les technologies électriques. Cette double activité va devenir essentielle à son développement : les voitures Rimac servent de vitrine aux solutions techniques qui peuvent ensuite être proposées à d’autres constructeurs.

2011 : le Concept_One donne une dimension internationale à Rimac

En 2011, la BMW expérimentale de Mate Rimac établit plusieurs records d’accélération pour véhicules électriques, confirmant la validité des choix techniques développés depuis les débuts. Mais le véritable changement de statut intervient en septembre de la même année avec la présentation du Concept_One au Salon automobile de Francfort.

Contrairement à la BMW modifiée, le Concept_One est conçu dès l’origine comme une automobile électrique complète. Il utilise notamment quatre moteurs et un système capable de gérer indépendamment le couple transmis à chaque roue. Ce principe de contrôle précis de la motricité devient l’une des signatures techniques de Rimac. Surtout, le Concept_One montre que la jeune société croate ambitionne désormais de construire ses propres voitures plutôt que de se limiter à la conversion de modèles existants.

2013 : Rimac développe son activité de fournisseur technologique

À partir de 2013, Rimac structure plus nettement le second pilier de son activité en proposant ses groupes motopropulseurs électriques, ses batteries, son électronique de puissance et son expertise d’ingénierie à d’autres entreprises automobiles. Cette orientation permet au constructeur de ne pas dépendre uniquement de la vente de quelques hypercars très coûteuses et produites en très petite série.

Cette crédibilité technique se renforce en 2015 lorsque Rimac fournit notamment une partie du système de batteries de la Regera du constructeur suédois Koenigsegg. La même année, le Tajima Rimac E-Runner Concept_One participe à la course de côte de Pikes Peak et termine deuxième du classement général. Cet engagement n’est pas un simple programme sportif : l’épreuve sert à éprouver la chaîne de traction et le système de répartition du couple dans des conditions extrêmes. Les enseignements sont ensuite utilisés sur les voitures de route.

En 2016, la version de production du Concept_One est présentée. Sa fabrication reste limitée à seulement quelques exemplaires, mais cette étape prouve que Rimac peut désormais aller jusqu’au développement et à l’assemblage d’une automobile destinée à des clients.

2018 : le C_Two prépare le changement d’échelle industriel

Le Salon de Genève 2018 marque un nouveau tournant avec la présentation du C_Two. Ce second projet d’hypercar est beaucoup plus ambitieux que le Concept_One. Il ne s’agit plus seulement de démontrer les possibilités de la propulsion électrique, mais de concevoir une voiture destinée à être homologuée sur plusieurs marchés et produite selon des processus industriels plus exigeants.

La même année, Porsche entre au capital de Rimac avec une participation initiale de 10 %. Le constructeur allemand augmente ensuite progressivement cette participation. L’arrivée d’un groupe automobile établi apporte à la jeune entreprise croate à la fois des ressources financières et une reconnaissance importante au sein de l’industrie.

En 2019, Hyundai et Kia investissent à leur tour dans Rimac dans le cadre d’une coopération consacrée aux véhicules électriques à hautes performances. L’entreprise change alors clairement de dimension : elle reste un constructeur de petites séries, mais devient parallèlement un partenaire technologique recherché par plusieurs groupes mondiaux.

2021 : la Nevera transforme le C_Two en hypercar de série

Après plusieurs années de développement, d’essais et de procédures d’homologation, le C_Two prend en juin 2021 son nom définitif : Rimac Nevera. Le modèle représente un saut majeur par rapport au Concept_One. Sa conception implique un programme complet de prototypes, de crash-tests et de validation destiné à permettre une commercialisation internationale.

La Nevera conserve l’architecture électrique à quatre moteurs chère à Rimac, mais elle l’intègre dans une automobile beaucoup plus aboutie industriellement. Ses performances servent rapidement la réputation de la marque. En 2022, elle atteint officiellement 412 km/h, puis établit en 2023 une série de records d’accélération et de freinage. L’intérêt historique de ces résultats tient moins à leur accumulation qu’à ce qu’ils démontrent : Rimac est désormais capable de rivaliser directement avec les références traditionnelles du marché des hypercars.

2021 : la création de Bugatti Rimac change le statut de l’entreprise

L’année 2021 est également marquée par une opération bien plus importante encore pour l’avenir du groupe. Rimac et Porsche annoncent la création de Bugatti Rimac, une nouvelle société réunissant les activités automobiles de Rimac et de Bugatti. La structure devient opérationnelle en novembre 2021, avec Rimac Group comme actionnaire majoritaire à 55 % et Porsche à 45 %.

Il ne s’agit pas d’une disparition de la marque Rimac ni d’un simple rachat de Bugatti par Mate Rimac. Les deux marques automobiles restent distinctes, mais elles sont placées sous une direction commune au sein de Bugatti Rimac. Pour une entreprise créée seulement douze ans auparavant, prendre la position majoritaire dans la société regroupant également Bugatti constitue un changement de statut spectaculaire et consacre le poids acquis par Rimac dans l’industrie des voitures de très hautes performances.

2022 : Rimac sépare les hypercars de son activité technologique

La réorganisation engagée avec Bugatti se poursuit en 2022. Rimac Group devient la société holding, tandis que les deux grandes activités historiques sont clairement séparées. Bugatti Rimac regroupe les marques automobiles Bugatti et Rimac, alors que Rimac Technology, détenue entièrement par Rimac Group, se concentre sur les batteries, les moteurs électriques, les essieux électriques, l’électronique et les systèmes destinés aux constructeurs partenaires.

Cette distinction est essentielle pour comprendre l’histoire de Rimac. L’entreprise n’est plus seulement un petit constructeur d’hypercars électriques. Elle est devenue un groupe dont une partie importante de l’activité consiste à fournir des technologies à l’industrie automobile. La même année, la Nevera entre réellement en production après l’achèvement de son programme d’homologation, tandis qu’une importante levée de fonds soutient la poursuite de l’industrialisation.

2024 : le Rimac Campus matérialise la transformation en groupe industriel

La montée en puissance de Rimac devient particulièrement visible avec le développement du Rimac Campus en Croatie. En 2024, une grande partie de la première phase de ce nouveau site est achevée et les activités de production y ont déjà commencé. Le complexe réunit des fonctions de développement, de fabrication de composants et d’assemblage des hypercars, ainsi que la production de systèmes destinés aux partenaires de Rimac Technology.

La même année, Rimac présente la Nevera R, une évolution plus radicale et davantage orientée vers les performances dynamiques. Elle prolonge le programme lancé avec le C_Two sans ouvrir une nouvelle famille de modèles. Dans le même temps, l’organisation du groupe évolue : Mate Rimac reste étroitement associé aux orientations stratégiques et à Bugatti Rimac, tandis que la gestion opérationnelle du groupe est renforcée par une nouvelle direction.

2026 : le retrait annoncé de Porsche ouvre une nouvelle étape capitalistique

En avril 2026, Porsche annonce avoir conclu un accord pour vendre ses participations dans Bugatti Rimac et Rimac Group à un consortium mené par HOF Capital. L’opération prévoit notamment que Rimac Group renforce son contrôle sur Bugatti Rimac. À la date du 10 août 2026, cette transaction reste toutefois soumise aux autorisations réglementaires et ne doit donc pas être présentée comme définitivement achevée.

Cette évolution clôt provisoirement une séquence commencée avec l’entrée de Porsche au capital en 2018. En moins de deux décennies, Rimac est ainsi passée d’une expérimentation électrique menée autour d’une BMW ancienne à un groupe automobile et technologique international, capable de développer ses propres hypercars, de fournir des systèmes à d’autres constructeurs et de contrôler majoritairement la structure réunissant les marques Rimac et Bugatti.