Histoire de la marque Yema Auto

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Yema Auto est une marque automobile chinoise originaire de Chengdu, dans la province du Sichuan. Ses racines remontent à la fin des années 1980, lorsque des entreprises automobiles locales produisent des autocars, des véhicules utilitaires et des tout-terrain sous plusieurs appellations, dont Yema. Son histoire ne se résume donc pas à la création d’une société par un fondateur unique : elle est issue de regroupements industriels successifs. Après s’être développée dans les véhicules utilitaires, la marque s’est tournée vers les voitures particulières, les SUV puis l’électrique, avant de connaître des difficultés financières, un rachat et finalement un arrêt de production.

1994 : trois entreprises de Chengdu donnent naissance au groupe automobile du Sichuan

La principale date de structuration de Yema Auto est mai 1994. Trois entreprises automobiles municipales de Chengdu, parmi lesquelles Chengdu Light Automobile Factory, sont alors regroupées pour former Sichuan Automobile Industry Group. Cette opération rassemble des activités qui existaient déjà depuis la fin des années 1980 et qui comprenaient notamment la fabrication d’autocars Jinding, de véhicules légers et de tout-terrain commercialisés sous le nom Yema.

Il est donc plus juste de parler d’une origine progressive que d’une fondation classique. Les activités liées à Yema précèdent 1994, mais cette année marque la constitution de la structure industrielle qui servira de base au constructeur. Implantée dans le Sichuan, loin des principaux groupes automobiles installés sur la côte est de la Chine, l’entreprise se développe d’abord comme un acteur régional produisant des véhicules simples destinés à des usages professionnels ou administratifs.

2002 : Fulin reprend l’entreprise et engage sa restructuration

La trajectoire du constructeur change en septembre 2002 lorsque Sichuan Fulin Industrial Group reprend l’entreprise avec l’accord des autorités de Chengdu. Cette opération fait passer le groupe dans une nouvelle phase de restructuration et lui apporte un actionnaire capable de soutenir son développement industriel. Le constructeur adopte ensuite en 2006 le nom Sichuan Automobile Industry Group Co., Ltd., avant qu’une nouvelle réorganisation du capital ne soit engagée en 2011.

Ces transformations préparent surtout une évolution stratégique : Yema ne veut plus rester cantonnée aux véhicules utilitaires et aux tout-terrain simples. Elle cherche progressivement à se positionner sur le marché chinois des voitures particulières, alors en pleine expansion.

2008 : la F99 relance Yema sur le marché des voitures particulières

À partir de 2008, Yema revient plus nettement dans l’automobile particulière avec le SQJ6450, ensuite commercialisé sous le nom F99. Le modèle occupe une place particulière dans l’histoire de la marque car il repose sur une architecture dérivée de l’ancienne Maestro/Montego d’Austin, dont l’outillage et les droits industriels avaient trouvé une seconde vie en Chine.

La F99 n’est pas importante par ses performances ou sa diffusion internationale, mais parce qu’elle matérialise la volonté de Yema de devenir un véritable constructeur de voitures particulières. Elle est suivie par les F10 et F12, qui prolongent cette première génération de modèles modernes. Cette stratégie reste toutefois fondée sur des bases techniques anciennes, au moment où le marché chinois devient de plus en plus concurrentiel et où les constructeurs locaux accélèrent fortement le renouvellement de leurs gammes.

2012 : Yema investit dans la voiture électrique

En 2012, le constructeur amorce un virage vers les véhicules à énergie nouvelle. Il met en place une structure dédiée à ce domaine ainsi qu’un institut de recherche et développement. Cette même période voit le SQJ6452BEV obtenir une qualification permettant à l’entreprise de produire des voitures particulières électriques.

Ce choix intervient relativement tôt dans l’essor de l’électromobilité chinoise. Pour Yema, il s’agit autant de préparer l’avenir que de se créer un nouvel espace de développement face à des concurrents mieux établis dans les voitures thermiques. L’entreprise ne parviendra toutefois pas à transformer cette avance réglementaire en domination commerciale. L’électrique devient un axe stratégique supplémentaire, sans résoudre les difficultés liées à la taille du constructeur et au renouvellement de sa gamme.

2015 : le nom Yema Auto s’impose et le T70 accompagne la modernisation

En avril 2015, l’entreprise adopte le nom Sichuan Yema Automobile Co., Ltd., consacrant Yema comme identité principale du constructeur. Cette évolution intervient dans une phase d’expansion marquée par la modernisation de son image et le développement de capacités industrielles, notamment dans la région de Mianyang.

Le Yema T70 devient l’un des modèles les plus représentatifs de cette période. Ce SUV illustre la volonté de l’entreprise de s’éloigner de ses anciennes productions rustiques pour suivre l’évolution du marché chinois, alors porté par une forte demande pour les SUV. Yema cherche ainsi à se positionner comme une marque généraliste moderne, avec des véhicules au dessin plus contemporain et une offre adaptée aux attentes des particuliers.

Cette montée en gamme exige cependant des investissements importants. Face à des groupes chinois disposant de moyens industriels et commerciaux bien supérieurs, Yema peine à atteindre les volumes nécessaires pour rentabiliser son développement.

2019 : Levdeo rachète Yema Auto après l’aggravation des pertes

À la fin des années 2010, la situation financière de Yema se dégrade fortement. Les pertes s’accumulent, l’endettement devient lourd et l’entreprise est finalement mise en vente. En 2019, elle est acquise par le constructeur chinois Levdeo, également connu sous le nom Reading Auto, pour environ 1,45 milliard de yuans.

L’opération dépasse la simple acquisition d’une marque. Yema dispose de licences industrielles permettant notamment la production de voitures thermiques, de voitures électriques et d’autobus. Pour Levdeo, alors spécialisé dans les petits véhicules électriques, ces autorisations constituent un actif stratégique pour accéder à des segments automobiles réglementés plus largement.

Ce rachat aurait pu offrir à Yema une nouvelle phase de développement. Il place cependant son avenir entre les mains d’un groupe qui va lui-même rencontrer rapidement de graves difficultés financières. La marque perd ainsi progressivement son autonomie stratégique au profit des priorités de son nouveau propriétaire.

2023 : la crise de Levdeo entraîne l’arrêt de la production de Yema

Les problèmes financiers de Levdeo finissent par toucher directement Yema. Le groupe est confronté à un manque de liquidités et à des difficultés croissantes pour maintenir son activité industrielle. En 2023, Sichuan Yema Automobile fait l’objet de plusieurs demandes d’examen de faillite, tandis que la production est interrompue.

Cette crise met pratiquement fin à la trajectoire industrielle commencée plusieurs décennies plus tôt à Chengdu. Yema conserve une existence juridique, mais elle ne fonctionne plus comme un constructeur automobile actif disposant d’une gamme commercialisée et d’une production régulière. La disparition de ses produits du marché et l’effacement de sa présence officielle confirment la rupture avec la période d’expansion des années 2010.

2025 : Yema Auto subsiste juridiquement sans véritable activité industrielle

La situation ne s’améliore pas durablement après les procédures touchant Levdeo. En 2025, Sichuan Yema Automobile est notamment inscrite au registre chinois des entreprises en situation anormale, l’administration n’ayant pas pu la contacter à son adresse déclarée. Ce statut illustre l’état de désorganisation dans lequel se trouve alors l’ancienne société automobile.

Yema Auto doit donc aujourd’hui être considérée comme une marque chinoise historique dont la production automobile est à l’arrêt, plutôt que comme un constructeur ayant réussi une nouvelle relance. Son parcours reste représentatif d’une génération de fabricants régionaux chinois passés des utilitaires aux voitures particulières puis à l’électrique, avant d’être fragilisés par l’accélération de la concurrence et par des restructurations financières successives.