Ferrari 412 P

Ferrari 412 P

La Ferrari 412 P est un prototype d’endurance conçu pour la saison 1967 et destiné aux écuries clientes de Ferrari. Dérivée de la 330 P3, elle reprend plusieurs évolutions introduites sur la 330 P4, tout en conservant un moteur plus simple alimenté par carburateurs. Son V12 de 4 litres développe 420 ch, sa vitesse maximale annoncée atteint 310 km/h et sa carrière est notamment marquée par la troisième place obtenue aux 24 Heures de Daytona 1967.

Un prototype client au cœur de la lignée Ferrari P

La 412 P appartient à la famille des prototypes à moteur central développés par Ferrari pour les grandes épreuves d’endurance. Cette architecture avait permis à la Ferrari 250 P de remporter les 24 Heures du Mans dès 1963, avant d’être progressivement perfectionnée pour gagner en puissance, en stabilité et en efficacité aérodynamique.

La gamme évolue ensuite autour de la Ferrari 330 P et de ses différentes générations. Au milieu des années 1960, Ferrari doit à la fois développer ses voitures officielles et fournir des machines compétitives à des structures privées capables de défendre la marque dans le Championnat du monde des voitures de sport.

La 412 P répond précisément à ce second objectif. Elle n’est ni une voiture de route produite en petite série, ni une simple copie de la voiture d’usine. Il s’agit d’un prototype client spécialement préparé pour la compétition, confié à des équipes telles que le North American Racing Team, la Scuderia Filippinetti, l’Écurie Francorchamps et Maranello Concessionaires.

Une base de 330 P3 habillée comme une P4

La mécanique de la 412 P dérive directement de celle de la Ferrari 330 P3 engagée en 1966. Elle conserve notamment un V12 de quatre litres doté de deux soupapes par cylindre. La principale différence concerne l’alimentation, assurée par six carburateurs Weber à la place du système d’injection utilisé sur les prototypes d’usine les plus avancés.

En revanche, sa carrosserie, ses suspensions et ses jantes en alliage reprennent les évolutions de la Ferrari 330 P4. La silhouette basse, les ailes galbées et l’arrière profilé donnent ainsi à la 412 P une apparence très proche de celle de la voiture officielle de 1967.

Cette combinaison explique pourquoi la 412 P est parfois décrite comme une P3 client modernisée ou comme une voiture intermédiaire entre la P3 et la P4. Elle ne possède toutefois pas exactement la même mécanique que la P4. Son alimentation par carburateurs et sa distribution à deux soupapes par cylindre la distinguent du prototype d’usine, doté d’une culasse à trois soupapes par cylindre et d’une injection.

Caractéristiques techniques de la Ferrari 412 P

La fiche officielle Ferrari indique les principales caractéristiques suivantes :

  • moteur V12 à 60 degrés installé en position centrale arrière ;
  • cylindrée de 3 967,44 cm³ ;
  • deux soupapes par cylindre ;
  • alimentation par six carburateurs Weber ;
  • puissance maximale de 420 ch à 8 000 tr/min ;
  • boîte de vitesses manuelle à cinq rapports ;
  • poids à sec de 835 kg ;
  • empattement de 2 400 mm ;
  • vitesse maximale annoncée de 310 km/h.

Ces chiffres placent la 412 P parmi les voitures d’endurance les plus performantes de son époque. Son faible poids, associé à la puissance du V12 atmosphérique, lui permet de dépasser largement les 300 km/h sur les circuits les plus rapides. La vitesse maximale reste néanmoins une donnée constructeur, susceptible de varier selon les rapports de transmission, les réglages aérodynamiques et la configuration choisie pour chaque épreuve.

Deux exemplaires d’origine, mais quatre châssis associés

Le nombre de Ferrari 412 P varie selon la manière dont les voitures sont classées. Deux châssis ont été construits directement selon la spécification 412 P : les numéros 0850 et 0854. Deux anciennes 330 P3, les châssis 0844 et 0848, ont ensuite été modifiées pour recevoir une configuration proche de celle des 412 P.

Cette distinction est essentielle pour comprendre les chiffres parfois contradictoires publiés à propos du modèle. Une source peut évoquer deux exemplaires en ne comptant que les voitures construites neuves comme des 412 P, tandis qu’une autre peut en recenser quatre en ajoutant les deux P3 transformées.

La rareté ne dépend donc pas uniquement du nombre de voitures survivantes. Elle tient aussi à l’histoire propre de chaque châssis, à sa configuration lors des différentes courses et aux restaurations réalisées par la suite. Pour retracer précisément la carrière d’une 412 P, il faut identifier son numéro de châssis plutôt que se fier uniquement à sa carrosserie ou à son appellation commerciale.

La troisième place du triplé Ferrari à Daytona

Le résultat le plus célèbre associé à la 412 P est obtenu lors des 24 Heures de Daytona, disputées les 4 et 5 février 1967. La voiture engagée par le North American Racing Team et pilotée par Pedro Rodríguez et Jean Guichet termine à la troisième place du classement général, derrière deux autres prototypes Ferrari.

Ferrari occupe ainsi les trois premières positions de l’épreuve. Les voitures franchissent la ligne presque côte à côte, dans une arrivée devenue l’une des images emblématiques de l’histoire de la marque. Ce triplé possède également une forte portée symbolique, car il intervient un an après la domination de Ford aux 24 Heures du Mans 1966.

La présence de la 412 P sur le podium montre l’intérêt de la stratégie client de Ferrari. Même si les prototypes officiels bénéficient des solutions techniques les plus avancées, une voiture confiée à une équipe privée reste capable de terminer une course de 24 heures aux avant-postes.

Spa, Le Mans et Brands Hatch en 1967

Le châssis 0854, engagé par Maranello Concessionaires, obtient la troisième place des 1 000 kilomètres de Spa 1967 avec Lucien Bianchi et Richard Attwood. Sur un circuit particulièrement rapide, ce résultat confirme les qualités de la voiture dans les longues courbes et sur les portions où sa vitesse de pointe peut être pleinement exploitée.

Trois voitures rattachées au type 412 P participent ensuite aux 24 Heures du Mans 1967. Le châssis 0854 porte le numéro 23 et est confié à Richard Attwood et Piers Courage. Parti de la quatorzième position, l’équipage remonte jusqu’à la huitième place avant d’abandonner pendant la quinzième heure en raison d’une consommation d’huile excessive.

Le châssis 0854 est également engagé aux 6 Heures de Brands Hatch. Après sa carrière au sein de Maranello Concessionaires, il est acquis par le pilote britannique David Piper, qui utilise pendant plusieurs années des prototypes Ferrari dans des compétitions et des événements historiques.

Les parcours des châssis 0850 et 0854

Le châssis 0850 est la 412 P construite pour l’Écurie Francorchamps. Sa livrée jaune permet de la distinguer immédiatement des voitures rouges habituellement associées à Ferrari. Son meilleur résultat de la saison 1967 est une deuxième place au classement général des 1 000 kilomètres de Paris, accompagnée d’une victoire de catégorie.

Restaurée par Ferrari Classiche, la voiture est présentée au concours d’élégance de Pebble Beach en 2017. Cette restauration contribue à documenter sa configuration historique et à préserver un exemplaire directement construit comme une 412 P, plutôt qu’une ancienne P3 transformée.

Le châssis 0854 est livré à Maranello Concessionaires avec une livrée rouge soulignée de bleu. Sa carrière comprend notamment le podium de Spa, sa participation aux 24 Heures du Mans et son engagement à Brands Hatch. Son historique sportif et sa rareté en font l’un des prototypes Ferrari les plus recherchés par les collectionneurs.

Le 18 août 2023, ce châssis est vendu par Bonhams lors de la vente The Quail pour 30 255 000 dollars, frais inclus. Ce montant correspond à une transaction précise réalisée en 2023. Il ne constitue pas une estimation permanente de la valeur des autres voitures associées au type 412 P.

Pourquoi la Ferrari 412 P reste difficile à classer

La 412 P se trouve à la frontière de plusieurs catégories. Elle est proche visuellement de la P4, dérive mécaniquement de la P3 et existe à la fois sous la forme de voitures construites d’origine et de châssis antérieurs convertis. Les changements de configuration effectués pendant leur carrière compliquent encore les comparaisons.

Il est donc réducteur de la présenter uniquement comme une version moins puissante de la P4. Son rôle était différent : Ferrari cherchait à fournir à ses meilleures équipes clientes un prototype rapide, éprouvé et plus simple à exploiter que la voiture officielle. L’emploi de carburateurs répondait notamment à cette logique de fiabilité et de maintenance, sans empêcher la 412 P d’atteindre un niveau de performance très élevé.

Sa valeur historique vient aussi de la brièveté de sa carrière internationale. À partir de 1968, le règlement limite à trois litres la cylindrée des prototypes, ce qui écarte les Ferrari de quatre litres dans leur configuration de 1967. Ferrari développe ensuite une nouvelle génération de voitures, incarnée notamment par la Ferrari 312 P, adaptée aux nouvelles règles de l’endurance.