Apparue pour le millésime 1958, la Simca Présidence représente la version la plus luxueuse de la famille Simca Vedette. Cette grande berline française à moteur V8 ne constitue pas un modèle entièrement nouveau : elle reprend la base de la Vedette de seconde génération et plus particulièrement celle de la Chambord, mais reçoit une présentation spécifique, un équipement enrichi et une finition destinée à la clientèle de prestige. Produite à seulement 1 570 exemplaires d’après le chiffre historique le plus couramment documenté, elle demeure l’une des Simca françaises les plus rares de son époque.
Une Vedette conçue pour le prestige
L’histoire de la Présidence est directement liée au rachat de Ford SAF par Simca en 1954. L’opération permet à la firme d’Henri Théodore Pigozzi de récupérer l’usine de Poissy ainsi que la Vedette, grande berline française équipée d’un V8 d’origine Ford. Simca poursuit d’abord cette gamme avec plusieurs niveaux de finition, dont la Simca Versailles, avant d’en préparer une importante évolution stylistique.
Présentée au Salon de Paris à l’automne 1957 pour le millésime 1958, la nouvelle génération adopte une carrosserie plus spectaculaire, dans le goût américain de la période. Son dessin associe un long capot, d’importants chromes et des ailes arrière très marquées. Le styliste Luigi Rapi intervient dans cette transformation d’un modèle dont les origines remontent au bureau de style Ford. La gamme comprend notamment les Beaulieu et Chambord ainsi que le break Marly. La Présidence vient s’installer tout en haut de cette hiérarchie.
Cette position ne repose pas uniquement sur quelques accessoires supplémentaires. Les voitures destinées à devenir des Présidence étaient prélevées sur la production avant de recevoir à Nanterre une finition spécifique, davantage artisanale. La carrosserie passait auparavant par Chausson, tandis que l’assemblage mécanique était effectué à Poissy. Simca cherchait ainsi à proposer une automobile de représentation susceptible de séduire dirigeants, hauts fonctionnaires et personnalités publiques.
La Présidence est étroitement apparentée à la Simca Chambord, dont elle reprend l’architecture et le V8 Aquilon de 2 351 cm3. Elle s’en distingue cependant suffisamment pour recevoir le type Mines AB-P, notamment en raison de sa longueur hors tout supérieure. À côté de ces Vedette V8, la Simca Ariane occupe une place différente avec sa mécanique à quatre cylindres, malgré une carrosserie appartenant au même univers stylistique.
Une présentation immédiatement reconnaissable
La particularité extérieure la plus évidente de la Présidence se trouve à l’arrière. Sa roue de secours est installée verticalement à l’extérieur du coffre, sous un imposant cache métallique inspiré des Continental kits américains. Ce dispositif porte la longueur totale à environ 4,92 m, contre une carrosserie Vedette standard sensiblement plus courte. Il impose également un pare-chocs arrière spécifique.
D’autres détails permettent de différencier une authentique Présidence d’une Chambord. Les doubles sorties d’échappement débouchent au niveau des butoirs du pare-chocs, tandis que le traitement des baguettes arrière diffère. La présentation privilégie le noir, associé à une finition particulièrement soignée et à une abondance de chromes. Cette combinaison renforce volontairement le caractère officiel de la voiture.
L’habitacle pousse plus loin la recherche de distinction. La planche de bord reçoit un habillage plus luxueux, l’autoradio fait partie de l’équipement et des plaques guillochées portant un « P » apparaissent sur les contre-portes. Simca propose deux configurations. La Présidence « Classique » privilégie une organisation de voiture avec chauffeur, notamment avec séparation entre les places avant et arrière. La « Grand Tourisme » abandonne cette séparation et adopte deux sièges avant individuels de type Pullman.
Ce positionnement explique aussi l’écart de prix avec le reste de la gamme. En 1958, le tarif neuf est documenté autour de 1,624 million d’anciens francs, avec une légère différence entre les chiffres d’époque publiés, de 1 624 000 à 1 624 850 francs. La Présidence coûtait ainsi près de moitié plus cher qu’une Chambord.
Fiche technique de la Simca Présidence
| Caractéristique | Simca Présidence |
|---|---|
| Année d’apparition | 1958 |
| Période de production | 1958 à 1961 |
| Carrosserie | Berline 4 portes |
| Type Mines | AB-P |
| Moteur | V8 Aquilon essence à 90 degrés |
| Implantation | Longitudinale avant |
| Cylindrée | 2 351 cm3 |
| Alésage x course | 66,1 x 85,7 mm |
| Distribution | Soupapes latérales, arbre à cames central, 2 soupapes par cylindre |
| Alimentation | Carburateur double corps |
| Taux de compression | 7,5:1 |
| Puissance | 84 ch SAE |
| Régime de puissance | 4 500 à 4 800 tr/min suivant les données publiées |
| Couple | Environ 152 Nm à 2 750 tr/min |
| Puissance fiscale | 13 CV |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte | 3 rapports avec surmultiplication Rush-Matic |
| Suspension avant | Indépendante, type MacPherson |
| Suspension arrière | Essieu rigide et ressorts à lames |
| Direction | Vis et galet |
| Freins | Tambours aux 4 roues |
| Pneumatiques | 165 x 380 |
| Longueur | Environ 4 920 mm |
| Largeur | Environ 1 770 mm |
| Hauteur | Environ 1 450 à 1 480 mm suivant les sources |
| Empattement | 2 690 mm |
| Poids | Environ 1 300 kg, valeurs publiées de 1 290 à 1 320 kg |
| Vitesse maximale | Environ 145 à 147 km/h |
| 400 m départ arrêté | Environ 21,5 s |
| 1 000 m départ arrêté | Environ 40 s |
| Réservoir | 55 à 60 litres suivant les sources |
| Installation électrique | 12 V |
Le V8 Aquilon et la transmission Rush-Matic
Le V8 Aquilon constitue l’une des grandes singularités de la Présidence dans la production française de la fin des années 1950. Cette mécanique de conception Ford reste techniquement traditionnelle, avec soupapes latérales et seulement trois paliers de vilebrequin. Ses 2,35 litres développent 84 ch SAE, une puissance modeste au regard des huit cylindres mais adaptée à la vocation souple et silencieuse de la voiture. La Présidence reste une propulsion, avec moteur longitudinal à l’avant et essieu arrière rigide.
La transmission Rush-Matic mérite une précision car elle est parfois présentée comme une boîte automatique à quatre rapports. La voiture conserve en réalité une boîte mécanique à trois vitesses à laquelle est associée une surmultiplication à fonctionnement automatique. Le conducteur dispose de commandes permettant de modifier la logique d’utilisation de cette surmultipliée. Il s’agit donc davantage d’une boîte trois rapports complétée par un overdrive que d’une véritable transmission automatique au sens moderne.
La vitesse maximale est généralement donnée autour de 145 à 147 km/h. Une valeur de 110 km/h apparaît également dans certaines publications historiques, mais elle cadre mal avec les caractéristiques techniques détaillées et les données de performances disponibles. Les quelque 1,3 tonne de la Présidence et la conception ancienne du V8 expliquent en revanche que l’agrément repose davantage sur la souplesse et le confort que sur les accélérations.
Une production confidentielle
La Présidence reste au catalogue jusqu’à la disparition des Vedette françaises en 1961. Sa fabrication est extrêmement limitée par rapport aux grandes séries de Simca : le total de 1 570 exemplaires est le chiffre précis le plus régulièrement retenu, parfois arrondi à 1 600. Ce faible volume correspond à son prix élevé et à son positionnement très particulier plutôt qu’à celui d’une berline destinée au marché de masse.
Elle évolue dans une gamme où la Simca Beaulieu et la Chambord occupent des échelons plus accessibles, tandis que la Simca Marly décline la mécanique V8 sous la forme d’un grand break. L’arrêt des Vedette laisse ensuite Simca sans véritable descendante directe de la Présidence. La marque se recentre sur des automobiles plus populaires avant de revenir beaucoup plus tard vers le haut de gamme sous l’influence de Chrysler.
La rareté actuelle de la Présidence doit aussi être distinguée de sa valeur marchande. Les transactions sont trop peu nombreuses pour établir une cote réellement représentative de la berline de série. Les prix atteints par certaines voitures présidentielles spéciales ne constituent pas davantage une référence, car leur histoire, leur carrosserie et leur provenance les placent dans une catégorie de collection totalement différente.
Présidence de série et voitures présidentielles
L’association de la Simca Présidence avec les automobiles officielles de la Ve République est réelle, mais elle a aussi créé une confusion durable. La berline Présidence commercialisée à partir de 1958 ne doit pas être assimilée aux grandes décapotables utilisées sous la présidence de Charles de Gaulle. Ces dernières sont des voitures spéciales réalisées à Nanterre sur une base Vedette profondément modifiée.
Deux exemplaires présidentiels à quatre portes sont achevés en 1960. Leur plate-forme est renforcée et allongée de 18 cm, tandis que l’aménagement comprend notamment une séparation à vitre électrique, des strapontins et une barre permettant aux occupants de se tenir debout lors des déplacements officiels. Une partie de la carrosserie bénéficie également d’un renforcement de protection. Contrairement à la Présidence de série, ces voitures ne conservent pas la roue de secours extérieure caractéristique.
Henri Chapron est régulièrement associé à ces automobiles, mais son rôle ne doit pas conduire à lui attribuer la carrosserie de la Présidence de série. Pour les voitures présidentielles, son intervention est notamment documentée au niveau de la sellerie et des garnitures en cuir, alors que la réalisation des véhicules relève des ateliers de prototypes et de commandes spéciales de Simca.
La première de ces voitures, terminée en mars 1960, porte l’immatriculation 4 PR 75. La seconde, achevée en mai, devient 5 PR 75. Elles participent à des déplacements officiels impliquant plusieurs chefs d’État et personnalités étrangères, parmi lesquels Nikita Khrouchtchev, John F. Kennedy et Konrad Adenauer. Cette proximité avec le pouvoir a durablement renforcé l’image institutionnelle de la Présidence, même si les automobiles les plus célèbres liées à l’Élysée constituent techniquement des réalisations spécifiques plutôt que de simples exemplaires de la berline vendue au public.




