Simca Beaulieu

Simca Beaulieu

Présentée à l’automne 1957 pour le millésime 1958, la Simca Beaulieu est une grande berline française à moteur V8 produite à Poissy. Elle appartient à la seconde série de la Simca Vedette, profondément remaniée à cette occasion. Avec sa carrosserie de 4,75 m, son pare-brise panoramique et ses imposants ailerons arrière, elle adopte une esthétique d’inspiration américaine particulièrement spectaculaire dans le paysage automobile français de la fin des années 1950.

Le nom Beaulieu ne désigne toutefois pas l’ensemble des Vedette de cette génération. Il correspond à une finition précise de la berline type AB, positionnée sous la Chambord. Sous son long capot se trouve l’Aquilon, un V8 de 2 351 cm3 à soupapes latérales développant 84 ch SAE. Cette mécanique héritée de Ford distingue radicalement la Beaulieu des berlines françaises à quatre cylindres alors beaucoup plus répandues.

De la Versailles à la Beaulieu

L’histoire de la Beaulieu est directement liée au rachat de Ford SAF par Simca en 1954. L’opération apporte à la marque dirigée par Henri-Théodore Pigozzi l’usine de Poissy ainsi qu’une grande berline déjà développée par Ford, la Vedette. Simca poursuit sa commercialisation en constituant une gamme comprenant notamment Trianon, Versailles, Régence et le break Marly.

À l’automne 1957, cette famille est largement modernisée. La Beaulieu prend la place occupée jusque-là par la Simca Versailles. Au-dessus d’elle apparaît la Chambord, qui succède dans la hiérarchie à la Régence. La fabrication en série des nouvelles Beaulieu et Chambord est annoncée pour le début du mois d’octobre 1957. La voiture est donc bien apparue en 1957, même si elle est fréquemment répertoriée comme un modèle 1958 en raison du millésime commercial.

Le lancement intervient dans une période délicate pour les automobiles de forte cylindrée. Après la crise de Suez, le prix du carburant et la fiscalité française rendent les grandes V8 plus difficiles à vendre. Simca dispose parallèlement de la Simca Ariane, dont la formule répond mieux à la recherche d’économie. La Beaulieu conserve au contraire le caractère de grande routière de la Vedette et son moteur huit cylindres.

La carrière française de la Beaulieu est courte. Les sources les plus précises situent sa fabrication de l’automne 1957 à l’automne 1960, soit essentiellement les millésimes 1958 à 1960. Certaines nomenclatures étendent sa présence jusqu’en 1961, notamment en fonction de l’immatriculation ou de l’écoulement des voitures produites. Il faut distinguer cette situation de la carrière générale des Vedette V8, qui se poursuit après la disparition de la finition Beaulieu.

Une grande berline française au style américain

Le renouvellement de 1957 transforme fortement l’apparence de la Vedette. La carrosserie s’allonge, le pavillon paraît plus bas et le pare-brise semi-panoramique revient sur les côtés. À l’arrière, de grands ailerons prolongent les ailes et donnent immédiatement à la Beaulieu l’allure américaine caractéristique de cette seconde série. La face avant reçoit une large calandre chromée et des projecteurs surmontés de petites visières.

Le développement stylistique trouve une partie de ses origines chez Ford à Dearborn, avant l’intervention de Fabio Luigi Rapi dans l’adaptation du projet pour Simca. L’attribution parfois rencontrée à Robert Opron n’est pas suffisamment étayée pour lui attribuer le dessin de la Beaulieu.

La Simca Chambord est la voiture avec laquelle la confusion est la plus facile. Les deux berlines partagent leur carrosserie générale, leur type AB et leur mécanique. La Chambord occupe cependant un rang supérieur, avec une décoration extérieure plus élaborée, davantage de chromes et un traitement bicolore plus sophistiqué. La Beaulieu se reconnaît notamment à sa présentation plus sobre, sans pour autant renoncer aux nombreux éléments chromés typiques de l’époque.

La gamme comprend également des variantes nettement distinctes. La Simca Marly est le break de la famille, tandis que la Présidence occupe le sommet de la hiérarchie. Cette dernière ne doit pas être confondue avec une Beaulieu luxueusement équipée : elle correspond à une version spécifique, notamment associée aux automobiles d’apparat et à certaines transformations de Chapron.

Le V8 Aquilon et la transmission

La Beaulieu conserve une architecture devenue atypique en France : moteur longitudinal avant, propulsion et V8. L’Aquilon de 2 351 cm3 possède des soupapes latérales et un arbre à cames central. Avec un taux de compression de 7,5 à 1, il développe 84 ch SAE à 4 800 tr/min. Sa conception n’est déjà plus moderne à la fin des années 1950, mais son fonctionnement et surtout ses huit cylindres participent fortement à l’identité de la voiture.

La transmission standard repose sur une boîte manuelle à trois rapports commandée au volant. À partir de 1959, Simca propose également le système Rush-Matic. Il ne s’agit pas d’une boîte automatique conventionnelle : le dispositif associe la transmission mécanique à un train épicycloïdal permettant d’automatiser certaines transitions et de multiplier les rapports utilisables. Cette solution originale cherchait à améliorer la souplesse d’utilisation sans adopter une véritable transmission automatique à convertisseur.

Le reste de la conception demeure relativement classique. La Beaulieu utilise une coque autoporteuse, une suspension avant indépendante de type MacPherson et un pont arrière rigide suspendu par ressorts à lames semi-elliptiques. Le freinage est assuré par quatre tambours. Lors du renouvellement de la gamme, Simca adopte des roues permettant d’augmenter les dimensions des tambours afin d’améliorer le freinage.

Fiche technique de la Simca Beaulieu

CaractéristiqueSimca Beaulieu
Première apparitionAutomne 1957, millésime 1958
Période de production française1957 à 1960
UsinePoissy, France
TypeAB
CarrosserieBerline 4 portes, 6 places
StructureCoque autoporteuse
MoteurAquilon, V8 essence à 90 degrés, soupapes latérales
Cylindrée2 351 cm3
Alésage x course66,1 x 85,7 mm
Taux de compression7,5 à 1
AlimentationCarburateur double corps
Puissance84 ch SAE à 4 800 tr/min
Puissance fiscale13 CV
Couple publiéEnviron 152 Nm à 2 750 tr/min
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle 3 rapports, commande au volant
Transmission optionnelleRush-Matic à partir de 1959
Suspension avantIndépendante, type MacPherson
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques
DirectionVis et galet
FreinsTambours avant et arrière
Pneumatiques165 x 380
Longueur4 750 mm
Largeur1 770 mm
HauteurEnviron 1 450 à 1 480 mm suivant les données publiées
Empattement2 690 mm
Poids à vide publiéEnviron 1 200 à 1 260 kg suivant les sources
Réservoir55 litres
Vitesse maximaleEnviron 143 à 145 km/h
400 m départ arrêtéEnviron 21,5 s
1 000 m départ arrêtéEnviron 40 s

Positionnement et place dans la gamme Vedette

Avec ses banquettes permettant d’accueillir six personnes et ses dimensions généreuses, la Beaulieu appartient clairement au haut de la gamme française de Simca. Elle n’en représente pourtant pas la version la plus luxueuse. Ce rôle revient d’abord à la Chambord, puis plus exclusivement encore à la Simca Présidence. La Beaulieu constitue ainsi une proposition intermédiaire : elle offre la nouvelle carrosserie spectaculaire et le V8 Aquilon tout en conservant une finition moins ostentatoire.

Cette hiérarchie explique aussi pourquoi les chiffres de production attribués à la Beaulieu doivent être distingués des totaux de la famille Vedette. Les nombres souvent cités pour la période 1958-1961, qui totalisent 61 835 voitures, regroupent plusieurs versions V8 et ne constituent pas un volume de production propre à la Beaulieu. Aucun total spécifique suffisamment solide ne permet de transformer ce chiffre global en production certaine du modèle.

Un tarif relevé pour juillet 1958 place la Beaulieu à 1 045 000 anciens francs. Le montant illustre son positionnement élevé dans la France automobile de l’époque, mais il ne doit pas être considéré comme un tarif fixe valable pendant toute sa carrière. La voiture reste aujourd’hui nettement moins courante que les Simca populaires produites en grandes séries, sans qu’un recensement national exhaustif permette de déterminer précisément combien d’exemplaires subsistent.

Une carrière brève avant la rationalisation de la gamme

La disparition de la Beaulieu à l’automne 1960 s’inscrit dans la réduction progressive de la gamme Vedette. Le marché français s’accommode difficilement d’une grande berline de 13 CV fiscaux équipée d’un V8 de conception ancienne, alors que les priorités des acheteurs évoluent vers des automobiles moins coûteuses à acheter et à alimenter. La présence simultanée de plusieurs finitions proches rend également la gamme complexe.

La Beaulieu ne reçoit donc pas de successeur portant directement un nouveau nom. Après son retrait, la Chambord poursuit la carrière de la berline V8 avec une présentation rationalisée. Quelques années plus tard, Simca se développe surtout autour de modèles aux dimensions et cylindrées plus modestes, très éloignés de la formule de cette grande propulsion à huit cylindres.

La carrière internationale de la famille Vedette ajoute parfois à la confusion autour des dates. Des voitures ont notamment été assemblées en Australie, tandis que la Vedette connaît au Brésil une histoire distincte avec ses propres versions et évolutions. Ces productions ne doivent pas servir à prolonger artificiellement la période de fabrication de la Beaulieu française de Poissy.

Ce qui distingue aujourd’hui une Beaulieu

L’identification d’une Beaulieu repose d’abord sur la combinaison de la carrosserie Vedette de seconde série et de sa finition. Les grands ailerons, le pare-brise panoramique, la calandre chromée et les proportions générales permettent de la séparer immédiatement de la Versailles qu’elle remplace. Pour la distinguer d’une Chambord, il faut en revanche observer la décoration : la Beaulieu possède un traitement bicolore et des ornements plus simples.

La mécanique constitue l’autre élément déterminant. Une Beaulieu française conforme à sa définition d’origine appartient au type AB et reçoit le V8 Aquilon de 2 351 cm3. Cette association entre une carrosserie française fabriquée à Poissy, un moteur issu de l’héritage Ford et une esthétique inspirée des grandes berlines américaines résume la singularité technique et stylistique de ce modèle produit pendant seulement quelques millésimes.