Simca Ariane

Simca Ariane

Lancée en 1957, la Simca Ariane repose sur une idée aussi simple qu’efficace : associer l’habitabilité d’une grande berline à une mécanique plus économique. Simca reprend ainsi la carrosserie de sa famille Vedette et lui greffe le quatre cylindres de 1 290 cm³ déjà éprouvé sur l’Aronde. Cette combinaison donne naissance à une familiale six places de 7 CV fiscaux, particulièrement adaptée à une époque où le coût du carburant et la fiscalité pénalisent les grosses cylindrées.

Une grande Simca née de la recherche d’économie

Au milieu des années 1950, Simca dispose de deux familles très différentes. L’Aronde représente le coeur du marché, tandis que la Simca Vedette et ses dérivés proposentent des carrosseries plus imposantes associées à un moteur V8. Après la crise de Suez, cette formule devient moins favorable face à une clientèle française attentive à la consommation et à la puissance fiscale.

La réponse de Simca consiste moins à créer une automobile entièrement nouvelle qu’à combiner intelligemment des éléments existants. L’Ariane reprend la grande caisse issue de la Simca Trianon, mais abandonne initialement son V8 de 2 351 cm³. Sous le capot prend place le moteur Flash à quatre cylindres de 1 290 cm³. La voiture conserve ainsi le volume intérieur d’une grande berline tout en descendant à 7 CV fiscaux.

La mécanique provient de la Simca Aronde. Le quatre cylindres Flash développe 48 ch SAE à 4 800 tr/min dans la configuration de lancement. Il entraîne les roues arrière par une boîte manuelle à quatre rapports, dont les trois rapports supérieurs sont synchronisés. Simca adopte également une démultiplication finale adaptée au poids supérieur de cette grande carrosserie.

La commercialisation intervient au printemps 1957. Une annonce contemporaine fixe le début de la vente au 21 mars, avec une production en série à Poissy en avril et les premières livraisons annoncées pour le début du mois de mai. Certaines documentations retiennent donc mars et d’autres avril comme date de lancement commercial. Le prix annoncé au lancement est de 725 000 anciens francs.

Ariane 4, Ariane 8 et Miramas

Le nom Ariane désigne rapidement plusieurs configurations qu’il convient de distinguer. La voiture apparue en 1957 avec le quatre cylindres devient l’Ariane 4 lorsque Simca introduit l’Ariane 8. Cette dernière reçoit le V8 Aquillon de 2 351 cm³ de la famille Vedette et se rapproche donc mécaniquement des grandes Simca dont elle partage déjà la carrosserie. Elle prend notamment la place occupée par la Trianon.

L’Ariane 4 reste la version la plus représentative du concept d’origine. À côté d’elle, l’Ariane 8 offre davantage de puissance, avec une valeur qui varie suivant le millésime et la norme utilisée pour l’exprimer. Elle ne doit donc pas être confondue avec l’Ariane quatre cylindres lorsqu’on compare performances, puissance fiscale ou consommation. Dans la même gamme, une Simca Chambord conserve également le V8 mais occupe un positionnement plus valorisant.

La gamme évolue sans bouleverser sa formule. Une finition Super Luxe enrichit notamment la présentation à partir de 1959, avec davantage de chromes et d’équipements, tandis que les feux arrière sont modifiés. L’Ariane reçoit par ailleurs des roues de 15 pouces à partir de 1958, contre 13 pouces sur les premières voitures.

Une évolution mécanique plus importante intervient pour le millésime 1961 avec le moteur Rush. Alors que le Flash d’origine possède un vilebrequin à trois paliers, le Rush adopte cinq paliers. L’appellation Ariane Miramas accompagne cette évolution et fait directement référence à l’une des opérations d’endurance les plus marquantes organisées par Simca.

Une berline spacieuse à la technique conventionnelle

L’Ariane est une berline quatre portes à trois volumes. Ses deux banquettes permettent d’annoncer six places, argument important pour une familiale de la fin des années 1950. Avec environ 4,5 mètres de longueur et un empattement proche de 2,69 mètres, elle offre des dimensions nettement supérieures à celles de l’Aronde et de la Simca Aronde P60 qui évolue parallèlement dans la gamme.

Sa structure monocoque en acier provient de la famille Vedette. À l’avant, les roues indépendantes utilisent une architecture de type MacPherson. L’arrière reste plus traditionnel avec un essieu rigide et des ressorts à lames semi-elliptiques. Le freinage est assuré par quatre tambours hydrauliques et la direction repose sur un mécanisme à vis et galet.

Le dessin est lui aussi étroitement lié aux Vedette de première génération. L’Ariane conserve leurs proportions généreuses et leur inspiration américaine, perceptible notamment dans les ailes arrière et la silhouette allongée. La carrosserie descend d’un programme initialement développé dans l’environnement de Ford France avant son intégration à Simca. Luigi Rapi est associé au développement stylistique des Vedette françaises, mais attribuer à un seul designer le dessin spécifique de l’Ariane serait excessif puisque celle-ci réemploie une carrosserie préexistante.

Fiche technique de la Simca Ariane

CaractéristiqueSimca Ariane 4 de lancement
Année de lancement1957
CarrosserieBerline 4 portes, 3 volumes
Places6
StructureMonocoque en acier
Architecture moteur4 cylindres en ligne, essence
MoteurFlash
Cylindrée1 290 cm³
Alésage x course74 x 75 mm
DistributionArbre à cames latéral, soupapes en tête
Vilebrequin3 paliers sur le moteur Flash
Puissance48 ch SAE à 4 800 tr/min
Puissance fiscale7 CV
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports, 3 rapports supérieurs synchronisés
Suspension avantRoues indépendantes, type MacPherson
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques
DirectionVis et galet
FreinsTambours hydrauliques aux 4 roues
Roues13 pouces au lancement, 15 pouces à partir de 1958
LongueurEnviron 4,50 à 4,52 m
LargeurEnviron 1,75 à 1,76 m
HauteurEnviron 1,48 m
EmpattementEnviron 2,69 m
Poids à videEnviron 1 050 kg suivant les données publiées
Vitesse maximale120 km/h annoncés au lancement
Consommation9,2 l/100 km annoncés à l’époque
Réservoir60 litres
Autonomie théorique annoncéeEnviron 650 km

Les 200 000 km de Miramas

En 1960, Simca transforme l’endurance en argument publicitaire. Du 25 avril au 14 juillet, une Ariane roule sur l’autodrome de Miramas jusqu’à atteindre 200 000 km sans arrêt du moteur. Neuf conducteurs se relaient, sous contrôle de la Fédération française du sport automobile. Les documents consacrés à l’opération font état d’une moyenne supérieure à 100 km/h, généralement donnée autour de 104 km/h.

L’opération conduit également à l’établissement de nombreux records de distance et d’endurance, 57 records étant attribués à la campagne dans plusieurs documentations automobiles. Au-delà de la performance elle-même, l’enjeu est clair : démontrer la robustesse de la mécanique quatre cylindres dans une voiture dont le rapport entre grande carrosserie et petit moteur pouvait susciter des interrogations. Simca exploite ensuite directement cette réussite en donnant le nom Miramas aux Ariane équipées de la nouvelle génération de moteur Rush.

Production et place dans la gamme Simca

L’Ariane trouve notamment une clientèle auprès des familles et des professionnels recherchant beaucoup d’espace sans supporter les coûts d’usage d’un V8. Elle apparaît aussi dans l’univers du taxi. Cette utilisation correspond bien à sa proposition : carrosserie spacieuse, mécanique largement diffusée et puissance fiscale modérée.

Le nombre exact d’exemplaires produits varie sensiblement dans les publications disponibles. Plusieurs références françaises convergent autour de 159 000 Ariane, avec des totaux de 159 325 ou 159 326 voitures, tandis que d’autres sources donnent 129 058, 159 418 ou 166 363 exemplaires. Faute d’un décompte d’usine permettant de réconcilier précisément les variantes et les périmètres retenus, environ 159 000 exemplaires constitue le chiffre le plus raisonnable à retenir sans présenter un total à l’unité comme définitif.

L’Ariane 8 disparaît avant la quatre cylindres, dont la carrière française se poursuit jusqu’en avril 1963. Son arrêt accompagne un renouvellement profond de l’offre de Poissy. Les nouvelles Simca 1300 et Simca 1500 inaugurent alors une génération de berlines conçues pour remplacer cette formule héritée des années 1950.

L’histoire du nom se poursuit toutefois en Amérique du Sud. Une Ariane Miramas est produite en Argentine par Metalmecánica SAIC entre 1965 et 1967. Cette carrière locale reste très limitée par rapport à celle de la voiture française, avec 507 exemplaires généralement recensés.