Simca Vedette

Simca Vedette

La Simca Vedette apparaît en 1954 dans des circonstances singulières. Cette grande berline française à moteur V8 a été développée par Ford SAF avant de passer sous la marque Simca lorsque Henri-Théodore Pigozzi reprend les activités françaises de Ford et l’usine de Poissy. Présentée au public sous l’écusson Ford au Salon de Paris 1954, elle devient officiellement une Simca à compter du 1er décembre. Cette double naissance explique pourquoi 1954 et 1955 sont tous deux associés au lancement du modèle, 1955 correspondant au premier millésime complet sous la nouvelle marque.

La Vedette occupe immédiatement le sommet de la gamme Simca, au-dessus de l’Aronde. Avec sa carrosserie monocoque, ses six places, son moteur V8 de 2 351 cm3 et son style fortement inspiré des automobiles américaines, elle propose une formule inhabituelle sur le marché français. Produite à Poissy jusqu’en 1961, elle connaîtra deux grandes séries et plusieurs niveaux de finition qui sont devenus presque aussi connus que le nom Vedette lui-même.

D’une Ford française à la Simca Vedette

Pour comprendre la Vedette, il faut distinguer deux automobiles. La Ford Vedette commercialisée à partir de 1948 appartient à une génération antérieure. Celle dévoilée en 1954 est une nouvelle voiture, dotée notamment d’une structure monocoque. Son développement est déjà très avancé lorsque Ford décide de céder sa filiale française. Simca récupère ainsi non seulement l’usine de Poissy et ses capacités industrielles, mais aussi un modèle haut de gamme pratiquement prêt à être commercialisé.

Cette opération permet à Pigozzi d’élargir brutalement l’offre de Simca. Jusqu’alors essentiellement associée à des voitures plus compactes, la marque dispose désormais d’une grande routière capable de transporter six personnes sur deux larges banquettes. La Vedette conserve cependant un héritage Ford particulièrement visible sous son capot avec son V8 à soupapes latérales.

La première gamme s’organise autour de trois berlines. La Simca Trianon constitue l’entrée de gamme, tandis que la Versailles occupe le niveau intermédiaire et la Régence le sommet. Les différences concernent surtout la présentation, les chromes, les équipements et les combinaisons de couleurs plutôt qu’une transformation fondamentale de la mécanique.

La Simca Versailles devient l’une des variantes les plus représentatives de cette première période, avec une présentation plus riche que la Trianon. Au-dessus, la Simca Régence pousse davantage le registre luxueux. Le nom Vedette désigne donc bien la famille automobile et ne doit pas être utilisé comme synonyme de Versailles ou de Régence.

Un V8 Aquilon dans une grande berline française

La personnalité mécanique de la Vedette repose sur son V8 Aquilon de 2 351 cm3, un moteur à soupapes latérales issu de la tradition technique Ford. Dans sa première configuration, il développe généralement 80 ch SAE. La puissance reste modeste au regard de la cylindrée, mais la vocation de cette mécanique est davantage celle d’un moteur souple de grande berline que d’un moteur sportif.

Le V8 est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte mécanique à trois rapports, commandée au volant. La conception générale reste donc classique, mais la Vedette associe cette architecture à une coque autoporteuse et à des roues avant indépendantes de type MacPherson. À l’arrière, elle conserve un pont rigide suspendu par des ressorts à lames semi-elliptiques.

Avec environ 4,50 m de longueur dans sa première définition et 2,69 m d’empattement, la Vedette est une automobile imposante pour la France des années 1950. Son style accentue cette impression avec une silhouette trois volumes, de nombreux chromes et des présentations bicolores sur les finitions les plus richement équipées. L’influence américaine n’est donc pas seulement mécanique, elle participe directement à son positionnement.

Fiche technique de la Simca Vedette

CaractéristiqueSimca Vedette
Production française1954 à 1961
UsinePoissy, France
CarrosserieBerline 4 portes, break 5 portes selon version
StructureMonocoque
Places6
MoteurV8 Aquilon essence à 90 degrés, soupapes latérales
Cylindrée2 351 cm3
Puissance80 ch SAE sur la première série, 84 ch SAE avec l’Aquilon 84
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 3 rapports, commande au volant
Transmission optionnelleRush-Matic sur les versions tardives
Suspension avantRoues indépendantes de type MacPherson
Suspension arrièrePont rigide, ressorts à lames semi-elliptiques
DirectionGemmer à vis et galet
FreinsTambours aux quatre roues
Empattement2 690 mm
LargeurEnviron 1 755 mm
HauteurEnviron 1 480 mm
Voie avantEnviron 1 370 mm
Voie arrièreEnviron 1 340 mm
LongueurEnviron 4,50 m sur la première série, jusqu’à environ 4,95 m selon les versions ultérieures
PoidsVariable selon version, environ 1 175 kg pour une Versailles et 1 285 kg pour un Marly
Vitesse maximaleEnviron 139 à 140 km/h sur la première série, jusqu’à environ 145 à 147 km/h selon les versions Aquilon 84
Puissance fiscale13 CV pour le V8 2,35 litres
ConsommationGénéralement supérieure à 12 l/100 km

Du break Marly à la seconde série

La famille s’élargit rapidement avec la Simca Marly, version break qui transpose le V8 et le gabarit de la Vedette à une carrosserie plus polyvalente. Son hayon en deux parties et son vaste volume arrière en font une proposition particulièrement originale dans la France du milieu des années 1950, où les grands breaks de ce type restent peu courants.

L’année 1957 marque une étape importante avec l’arrivée de la Simca Ariane. L’Ariane 4 associe une carrosserie issue de la Vedette au quatre cylindres de 1,3 litre provenant de l’Aronde. Elle répond notamment à un contexte où la consommation du V8 constitue un handicap commercial. Elle ne doit donc pas être confondue avec une Vedette V8, même si leur parenté visuelle est évidente. L’Ariane 8 conservera, elle, le V8 Aquilon.

Pour le millésime 1958, la Vedette est profondément remaniée. La carrosserie adopte une allure encore plus américaine, avec pare-brise panoramique, poupe allongée et petits ailerons. Cette évolution fait sensiblement progresser la longueur de certaines versions sans modifier l’empattement de 2,69 m. Le V8 devient l’Aquilon 84, porté à 84 ch SAE, tandis que plusieurs améliorations concernent également la direction et le freinage.

Les appellations évoluent en même temps. La Beaulieu prend la place occupée par la Versailles, tandis que la Simca Chambord devient l’une des expressions les plus caractéristiques de cette deuxième série. Avec ses abondants chromes, ses peintures bicolores et son dessin spectaculaire, elle incarne pleinement l’esthétique américaine recherchée par Simca.

La Présidence au sommet de la gamme

Simca pousse cette logique plus loin avec la Simca Présidence, version de prestige de la famille. Sa présentation plus statutaire la destine à une clientèle officielle et institutionnelle. Des exemplaires spéciaux découvrables sont notamment associés à la présidence de Charles de Gaulle, donnant à cette déclinaison une visibilité sans commune mesure avec ses volumes de diffusion.

La Présidence illustre aussi le positionnement inhabituel de la Vedette sur le marché français. À une époque où les constructeurs nationaux privilégient de plus en plus les quatre cylindres, Simca maintient une grande voiture à V8 dont le style revendique ouvertement des références transatlantiques. Cette singularité fait son caractère, mais contribue également à ses limites commerciales, notamment par une consommation élevée dans un marché français sensible au coût d’utilisation.

Production et fin de carrière

La production est particulièrement soutenue pendant les premières années. Les données historiques couramment publiées indiquent plus de 40 000 voitures par an en 1955 et 1956, avant une baisse sensible. Les totaux attribués à l’ensemble de la carrière française ne concordent toutefois pas parfaitement : environ 167 000 à 173 000 Vedette V8 sont recensées suivant le périmètre retenu. Cette différence peut notamment dépendre de la prise en compte des périodes de transition, des millésimes et des variantes rattachées à la famille.

Le modèle reste fabriqué en France jusqu’en 1961. Sa disparition laisse Simca sans équivalent direct dans cette catégorie : l’entreprise se concentre sur des automobiles plus compactes et abandonne le principe d’une grande berline française animée par un V8. La Vedette ne doit donc pas être reliée artificiellement à un successeur immédiat dans la gamme.

L’histoire industrielle ne s’arrête pourtant pas totalement avec Poissy. La famille connaît également une carrière au Brésil, où la mécanique et la carrosserie issues de la Vedette servent de base à plusieurs modèles produits et progressivement adaptés localement. Ces automobiles brésiliennes possèdent leurs propres évolutions, puissances et volumes de production et ne doivent pas être utilisées pour établir les caractéristiques de la Simca Vedette française.

Comment reconnaître les différentes Simca Vedette

Une Vedette de première série se reconnaît à ses lignes plus arrondies et relativement sobres par rapport au spectaculaire restylage suivant. Les différences entre Trianon, Versailles et Régence reposent beaucoup sur la richesse de l’ornementation et de l’équipement : chromes, enjoliveurs, antibrouillards, selleries et peintures bicolores permettent de situer chaque version dans la hiérarchie. Ces détails ont évolué avec les millésimes, ce qui impose de ne pas identifier une voiture uniquement par sa combinaison de couleurs.

Les modèles apparus pour le millésime 1958 sont nettement plus faciles à distinguer de la première série. Le pare-brise panoramique, les lignes étirées, l’arrière plus travaillé et les ailerons rapprochent encore davantage leur silhouette des automobiles américaines contemporaines. La Beaulieu se situe sous la Chambord, alors que la Présidence occupe le sommet de la gamme et que le break Marly conserve son appellation.

La Vedette demeure surtout identifiable mécaniquement par son V8 Aquilon de 2,35 litres. C’est ce moteur qui permet de tracer la frontière la plus utile avec l’Ariane 4, extérieurement très proche mais équipée du quatre cylindres de l’Aronde. Entre son origine Ford, sa fabrication à Poissy, sa structure monocoque et cette mécanique V8 devenue atypique en France, la Vedette représente ainsi une période très particulière de l’histoire de Simca, lorsque le constructeur français disposait dans une même gamme de voitures d’inspiration européenne et d’une grande routière conçue selon des références profondément américaines.