Commercialisée à partir de 1956, la Simca Marly occupe une place singulière dans l’automobile française des années 1950. Ce grand break à moteur V8 associe une carrosserie familiale à cinq portes, six places et un vaste espace de chargement à la présentation soignée d’une voiture haut de gamme. Produite à Poissy jusqu’en 1961, elle constitue la déclinaison break de la famille Simca Vedette.
La Marly est également une automobile profondément marquée par l’histoire de Ford en France. Son développement commence dans l’univers Ford S.A.F., avant que Simca ne rachète les activités françaises du constructeur américain en 1954. Cette filiation explique son architecture inhabituelle sur le marché français de l’époque, avec un V8 placé longitudinalement à l’avant et une transmission aux roues arrière.
Du projet Ford au break Simca de 1956
Lorsque Simca, sous l’impulsion d’Henri-Théodore Pigozzi, prend le contrôle de Ford S.A.F. et de l’usine de Poissy, la nouvelle génération de Vedette est déjà engagée. Son style et sa conception reflètent fortement les influences américaines de Ford. Simca récupère cette gamme et poursuit son développement sous sa propre marque.
Le break qui donnera naissance à la Marly apparaît sous forme de prototype dès le Salon de Paris 1954, dans le contexte encore très proche de Ford France. La chronologie précédant sa commercialisation varie légèrement dans la documentation disponible : la configuration de série apparaît dans certaines sources à la fin de 1955, tandis qu’un passage aux Mines est donné au 23 janvier 1956. C’est donc 1956 qui constitue l’année de lancement à retenir pour la Simca Marly commercialisée.
La voiture complète alors une gamme principalement composée de berlines. Sa présentation est particulièrement proche de celle de la Simca Versailles, dont elle reprend l’esprit haut de gamme. Simca ne traite toutefois pas la Marly comme un simple utilitaire dérivé d’une berline : son aménagement intérieur, sa décoration et son positionnement en font un break familial de standing.
Un grand break V8 au style américain
La première Marly se reconnaît immédiatement à ses proportions. La partie avant reste celle de la famille Vedette, tandis que le pavillon se prolonge jusqu’à un arrière presque vertical. La carrosserie possède cinq portes et six glaces latérales, avec une galerie de toit qui participe fortement à l’identité visuelle du modèle. Le traitement bicolore, très caractéristique des Vedette les plus cossues, accentue encore son allure américaine.
L’arrière est conçu autour d’un hayon en deux parties et d’un espace intérieur transformable. La banquette rabattable permet de privilégier le chargement lorsque les places arrière ne sont pas utilisées. Cette polyvalence distingue nettement la Marly des berlines Simca Trianon et Régence, même si toutes appartiennent à la même famille technique.
Sous le capot se trouve l’un des éléments les plus caractéristiques de la voiture : le V8 Aquilon de 2 351 cm3, issu de la tradition du Ford Flathead à soupapes latérales. Dans sa configuration initiale, il est associé à une boîte mécanique à trois rapports commandée au volant. La puissance publiée pour la Marly 1956 varie suivant les normes et les documents, avec environ 80 ch SAE dans les données techniques les plus détaillées. La voiture reste surtout remarquable par la présence même d’un V8 dans un break français de grande série.
La mécanique repose sur une architecture classique à propulsion, mais la Vedette apporte une structure monocoque et des roues avant indépendantes de type MacPherson. À l’arrière, un essieu rigide avec ressorts à lames répond aux contraintes de charge du break. Les quatre roues sont freinées par des tambours.
Fiche technique de la Simca Marly
| Caractéristique | Simca Marly |
|---|---|
| Production française | 1956 à 1961 |
| Carrosserie | Break 5 portes |
| Nombre de places | 6 |
| Usine | Poissy, France |
| Moteur | V8 Aquilon à 90°, essence, soupapes latérales |
| Cylindrée | 2 351 cm3 |
| Alimentation | Carburateur |
| Puissance première version | Environ 80 ch SAE à 4 400 tr/min |
| Couple première version | Environ 149 Nm à 2 400 tr/min |
| Puissance après évolution | Environ 84 ch SAE |
| Puissance fiscale | 13 CV |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Mécanique à 3 rapports, commande au volant |
| Structure | Monocoque |
| Suspension avant | Indépendante, type MacPherson |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques |
| Freins | Tambours aux quatre roues |
| Pneumatiques première version | 6,40 x 13 |
| Longueur première version | Environ 4,50 à 4,52 m |
| Largeur première version | Environ 1,75 m |
| Hauteur première version | Environ 1,51 m |
| Empattement | 2,69 m |
| Voie avant | Environ 1,37 m |
| Poids à vide | Environ 1 250 à 1 285 kg suivant millésime et définition |
| Vitesse maximale | Environ 123 à 140 km/h suivant les documents |
| Réservoir | 60 litres |
| Direction | Mécanique |
| Accès au coffre | Hayon arrière en deux parties |
La transformation de la Marly en 1958
La carrière du modèle ne se limite pas à la Marly originelle de 1956. Simca fait évoluer la gamme Vedette dès 1957 et la transforme beaucoup plus profondément pour le millésime 1958. Alors que plusieurs berlines changent de nom, Marly conserve son appellation. Elle accompagne désormais des modèles comme la Simca Beaulieu et la Chambord.
Cette seconde phase se distingue notamment par une face avant entièrement modernisée, un pare-brise à l’aspect plus panoramique et une décoration latérale redessinée. L’ensemble paraît encore plus inspiré par les automobiles américaines contemporaines. Le V8 évolue lui aussi : l’Aquilon atteint alors environ 84 ch SAE. Cette Marly remaniée ne doit donc pas être confondue visuellement avec la première version de 1956-1957, même si Simca maintient le même nom.
La gamme Vedette bénéficie parallèlement de différentes améliorations au fil des millésimes. Le freinage et la direction avaient déjà été revus pour 1957. Des solutions destinées à faciliter la conduite apparaissent également dans la famille, avec l’embrayage automatique Gravina puis le système Rush-Matic à la fin des années 1950. La documentation administrative et les recensements de collectionneurs distinguent plusieurs types de Marly, notamment F52C, F72C, AE et AK, reflet des évolutions successives du modèle.
Marly, Versailles, Chambord et Ariane : les différences
La nomenclature Simca de cette période peut facilement prêter à confusion. Dans la première gamme Vedette, Trianon, Versailles et Régence sont des berlines correspondant à différents niveaux de présentation, tandis que la Marly est le break. À partir du renouvellement de 1958, les appellations des berlines évoluent : la Simca Chambord devient notamment l’une des représentantes les plus connues de cette nouvelle gamme, alors que le break continue de s’appeler Marly.
La Simca Ariane constitue un autre cas particulier. Elle utilise la grande carrosserie issue de l’univers Vedette mais se distingue notamment par l’existence de versions équipées du quatre-cylindres provenant de la famille Aronde. La Marly reste, elle, le grand break V8 de la gamme. Assimiler les deux modèles conduit donc à mélanger des positionnements et des mécaniques sensiblement différents.
La Marly n’a par ailleurs pas de successeur direct chez Simca. Lorsque la gamme Vedette disparaît du catalogue français en 1961, le constructeur abandonne avec elle cette combinaison très particulière d’un grand break, d’une propulsion et d’un V8. Les modèles Simca qui suivront s’orienteront progressivement vers des architectures et des catégories différentes.
Production et rareté de la Simca Marly
Le nombre exact de Marly construites est l’un des chiffres les plus souvent mal interprétés. Les quelque 105 000 exemplaires parfois associés au modèle correspondent à l’ensemble de la première famille Vedette et non à la seule carrosserie Marly. De même, certains totaux annuels attribués au break concernent en réalité toute la gamme. En l’absence d’un total spécifique suffisamment établi pour la Marly, ces chiffres ne permettent pas d’en déduire sa production exacte.
Les recensements réalisés par les clubs spécialisés montrent néanmoins que les exemplaires survivants sont aujourd’hui peu nombreux. Les différents types administratifs de Marly ne comptent chacun que quelques dizaines de voitures identifiées dans certains recensements français. Ces données renseignent sur les voitures connues des collectionneurs, pas sur le volume qui sortit autrefois de Poissy.
À son lancement, la Marly se situait dans une catégorie coûteuse pour le marché français. Un tarif d’environ 1 150 000 anciens francs est documenté pour la première version, tandis qu’un prix de 1 208 000 francs apparaît pour la Marly remaniée présentée au Salon 1957. Ce positionnement correspondait à sa double vocation : offrir la capacité pratique d’un grand break tout en conservant la présentation et le V8 d’une Vedette haut de gamme.
Des Marly transformées pour des usages particuliers
La vocation familiale de la Marly n’a pas empêché quelques transformations remarquables. En 1957, une Marly modifiée par Le Bastard participe au dispositif publicitaire Aspro accompagnant le Tour de France. Sa carrosserie reçoit notamment un pavillon transformé permettant une utilisation promotionnelle très différente de celle du break de série.
Une autre transformation concerne une ambulance dérivée de la Marly remaniée. Un exemplaire aménagé dans cette configuration est documenté à Lille à partir de janvier 1959, dans le cadre d’une tentative d’homologation qui ne semble pas avoir débouché sur une véritable production en série. Ces dérivés restent marginaux : l’essentiel de la carrière de la Marly demeure celle d’un break familial haut de gamme, construit autour de l’une des architectures mécaniques les plus atypiques proposées par Simca en France.




