Simca Versailles

Simca Versailles

Présentée en 1954, la Simca Versailles est une grande berline française à moteur V8 dont l’histoire commence pourtant chez Ford. Elle appartient à la première génération de la Simca Vedette, une famille de voitures conçue avant que Simca ne reprenne Ford SAF et son usine de Poissy. Avec sa carrosserie monocoque, son style d’inspiration américaine et son V8 Aquillon de 2,35 litres, la Versailles occupe une place singulière dans la production française des années 1950.

Une Ford devenue Simca au moment de son lancement

Au début des années 1950, Ford Société Anonyme Française prépare une nouvelle génération de Vedette pour remplacer le modèle commercialisé depuis 1948. Le projet est largement avancé lorsque Henri Théodore Pigozzi, dirigeant de Simca, négocie la reprise de Ford SAF. L’opération permet surtout à Simca de prendre possession de l’importante usine de Poissy, dont les capacités offrent au constructeur une nouvelle dimension industrielle.

La nouvelle voiture apparaît en septembre 1954 et est présentée au Salon de Paris en octobre. Les premières centaines d’exemplaires se situent encore dans la période de transition avec Ford SAF, mais la gamme passe rapidement sous la marque Simca. Cette chronologie explique pourquoi 1954 constitue l’année de naissance de la Versailles, même si 1955 est parfois indiqué comme son premier millésime de commercialisation à grande échelle.

La Versailles arrive alors au-dessus de la très populaire Simca Aronde. Elle vise une clientèle différente avec ses dimensions généreuses, ses banquettes permettant d’accueillir six personnes et surtout son moteur huit cylindres, particulièrement inhabituel dans la production automobile française de l’après-guerre.

Versailles, Trianon et Régence : une gamme à trois niveaux

Le nom Versailles ne désigne pas l’ensemble des Vedette de cette génération, mais une finition bien précise. Lors du lancement, la Simca Trianon constitue l’offre la plus accessible. La Versailles occupe le milieu de gamme avec une présentation plus soignée, tandis que la Simca Régence se place au sommet avec une décoration et un équipement plus luxueux.

La Versailles se reconnaît à sa silhouette tricorps à quatre portes, à son abondante décoration chromée et à ses associations de couleurs qui renforcent son caractère américain. Son pare-brise galbé, ses ailes arrière intégrées et ses volumes généreux la distinguent nettement des Simca plus compactes. Elle reste cependant moins spectaculaire que les Vedette de la génération suivante, qui adopteront un pare-brise panoramique et des ailerons beaucoup plus prononcés.

La famille s’élargit avec le Simca Marly, un break qui reprend l’architecture générale et la mécanique V8 des Vedette. Il ne s’agit donc pas d’une Versailles break à proprement parler, mais d’un modèle identifié séparément dans la gamme.

Un V8 Ford dans une structure moderne

La principale singularité mécanique de la Versailles est son V8 Aquillon de 2 351 cm3. Hérité de Ford, ce moteur à soupapes latérales repose sur une conception relativement traditionnelle et développe 80 ch SAE. Il est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte mécanique à trois rapports.

Cette mécanique conservatrice contraste avec une architecture générale plus moderne. Contrairement à l’ancienne Vedette à châssis séparé, la nouvelle génération adopte une carrosserie autoporteuse. À l’avant, les roues indépendantes utilisent des jambes de force de type MacPherson, tandis que l’arrière conserve un pont rigide associé à des ressorts à lames. La voiture conjugue ainsi des solutions techniques appartenant à deux époques différentes.

Les performances correspondent davantage à celles d’une grande routière qu’à celles d’une sportive. Avec une vitesse maximale située autour de 140 km/h et une consommation documentée aux environs de 12 l/100 km dans les données d’époque, le V8 privilégie surtout la souplesse. Les valeurs de régime de puissance maximale diffèrent sensiblement dans la documentation disponible, de 4 400 à 4 800 tr/min, ce qui rend préférable de retenir la puissance annoncée de 80 ch SAE sans lui attribuer un régime unique pour tous les millésimes.

Fiche technique de la Simca Versailles

CaractéristiqueSimca Versailles
Année de présentation1954
Période de productionFin 1954 à 1957
CarrosserieBerline tricorps, 4 portes
StructureCarrosserie monocoque en acier
Places6
MoteurV8 Aquillon à 90°, essence, soupapes latérales
Cylindrée2 351 cm3
Alésage x courseEnviron 66,06 x 85,73 mm
AlimentationCarburateur, généralement Zenith double corps
Puissance80 ch SAE
Régime de puissance maximale4 400 à 4 800 tr/min suivant documentation et millésime
Puissance fiscale13 CV
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 3 rapports, 2e et 3e synchronisés
EmbrayageMonodisque à sec
Suspension avantRoues indépendantes, jambes de force de type MacPherson et ressorts hélicoïdaux
Suspension arrièrePont rigide, ressorts à lames semi-elliptiques
DirectionGemmer à vis et galet
FreinsTambours hydrauliques aux quatre roues
Pneumatiques première série165 x 380
LongueurEnviron 4 495 mm
LargeurEnviron 1 727 mm
HauteurEnviron 1 480 mm
EmpattementEnviron 2 690 mm
PoidsEnviron 1 105 à 1 150 kg suivant millésime et définition
Vitesse maximaleEnviron 140 km/h
ConsommationEnviron 12 l/100 km dans la documentation d’époque
RéservoirEnviron 55 litres
Production70 457 exemplaires, chiffre de référence publié pour la Versailles
UsinePoissy, France

Les évolutions de 1955 à 1957

La Versailles évolue par petites touches au cours de sa carrière. Les premières voitures sont généralement rattachées au type F52A. Pour 1956, Simca apporte plusieurs améliorations d’usage et de présentation. Le remplissage du réservoir, auparavant visible, est notamment dissimulé derrière la plaque d’immatriculation arrière. La Versailles reçoit aussi des équipements supplémentaires comme un totalisateur journalier, un lave-glace commandé au pied et un accoudoir central arrière.

Le millésime 1957 correspond à une évolution plus significative, associée au type F72A. Le freinage est amélioré, la direction devient plus directe et certains détails extérieurs changent, notamment les feux arrière et l’ornementation avant. L’équipement électrique passe également de 6 à 12 volts. Un embrayage automatique Gravina est proposé en option, sans transformer pour autant la Versailles en voiture à boîte automatique.

Au printemps 1957 apparaît la Simca Ariane. La parenté visuelle peut entraîner une confusion, mais sa philosophie est différente : elle associe la grande carrosserie issue de la famille Vedette à une mécanique quatre cylindres plus économique. Les caractéristiques du V8 Aquillon de la Versailles ne doivent donc pas lui être appliquées.

Une berline façonnée par l’influence américaine

La genèse du dessin mérite également une précision. La voiture a été développée avant la reprise de Ford SAF par Simca et sa conception est rattachée aux bureaux Ford de Dearborn, aux États-Unis. Certaines publications anciennes attribuent le dessin à un styliste identifié comme Rapi, mais cette attribution individuelle n’est pas suffisamment établie pour en faire le designer incontestable de la Versailles.

L’influence américaine ne se limite pas au décor. La position de conduite à banquette, les proportions de la carrosserie, les chromes et le V8 donnent à la Versailles une personnalité inhabituelle sur le marché français. Le format reste néanmoins adapté aux routes européennes : avec environ 4,50 m de longueur et 1,73 m de largeur, elle demeure sensiblement plus compacte que les grandes berlines américaines contemporaines dont elle reprend certains codes.

Le tarif reflète ce positionnement élevé. La Versailles coûte environ 898 000 à 899 000 anciens francs au début de sa carrière, puis les tarifs évoluent avec les millésimes et l’équipement. Elle se situe ainsi dans un univers commercial très différent de celui des petites et moyennes Simca qui assurent l’essentiel des volumes de la marque.

Production et remplacement par la Chambord

Le chiffre de 70 457 exemplaires est couramment publié pour la production totale de la Versailles. Il faut le distinguer des statistiques annuelles parfois attribuées à tort au modèle : les volumes de 42 439 voitures en 1955, 44 836 en 1956 et 17 875 en 1957 concernent l’ensemble de la famille Vedette et non la seule Versailles. La berline n’est donc pas un modèle de diffusion confidentielle, même si les exemplaires survivants sont aujourd’hui beaucoup moins nombreux.

La carrière de la Versailles prend fin avec le profond renouvellement de la gamme présenté à l’automne 1957. Simca accentue alors fortement les références stylistiques américaines et réorganise les appellations. La Simca Chambord reprend la position occupée par la Versailles, tandis que les noms Beaulieu et Présidence apparaissent également dans cette nouvelle hiérarchie.

Cette succession explique une dernière confusion fréquente : la Chambord n’est pas simplement une Versailles rebaptisée. Elle appartient à l’évolution suivante de la Vedette et se distingue notamment par son pare-brise panoramique, ses lignes arrière beaucoup plus spectaculaires et ses ailerons accentués. La Versailles reste identifiable comme la berline V8 de la première génération lancée en 1954, directement issue du projet Ford SAF repris par Simca à Poissy.