Histoire de la marque Leapmotor

leapmotor

Leapmotor est une jeune marque automobile chinoise née à Hangzhou à la fin de l’année 2015 sous l’impulsion de Zhu Jiangming, ingénieur issu du secteur de l’électronique et cofondateur de Dahua Technology. Dès l’origine, l’entreprise se distingue par une approche très technologique de l’automobile électrique, avec la volonté de développer en interne une part importante de l’électronique, des logiciels, des groupes motopropulseurs et, progressivement, des systèmes liés à la batterie. Après des débuts modestes avec un coupé électrique, Leapmotor trouve ses premiers volumes avec la citadine T03, devient réellement constructeur à part entière en 2021, monte en gamme avec les C11 et C01, puis accélère fortement son développement grâce à son introduction en Bourse et à son alliance avec Stellantis. En une dizaine d’années, la marque est ainsi passée du statut de start-up technologique chinoise à celui de constructeur international produisant plusieurs centaines de milliers de véhicules par an.

2015 : Zhu Jiangming fonde Leapmotor à Hangzhou

Leapmotor est créée en décembre 2015 dans la province chinoise du Zhejiang. La figure centrale de cette naissance est Zhu Jiangming, ingénieur en électronique qui avait auparavant participé à la création de Dahua Technology, spécialiste des équipements de vidéosurveillance et des technologies numériques. La constitution de l’entreprise associe également Fu Liquan, autre cofondateur de Dahua, ainsi que plusieurs investisseurs initiaux.

Cette origine explique en grande partie le positionnement adopté par Leapmotor. Contrairement à un constructeur automobile traditionnel qui se serait progressivement converti à l’électrique, la société naît directement dans l’univers des véhicules électriques intelligents. Elle cherche dès ses premières années à maîtriser elle-même une part importante des systèmes électroniques et logiciels du véhicule. Cette volonté d’intégration verticale deviendra l’un des fils conducteurs de son histoire.

2019 : la S01 fait entrer Leapmotor sur le marché automobile

Après plusieurs années consacrées au développement technologique et à la préparation industrielle, Leapmotor commence les livraisons de son premier modèle de série en juillet 2019. La S01 est un petit coupé électrique qui sert surtout de démonstrateur des ambitions de la jeune entreprise. Son impact commercial reste limité, mais son importance historique est réelle : pour la première fois, Leapmotor passe du développement d’une technologie automobile à la commercialisation effective d’une voiture.

À ce stade, l’entreprise ne possède toutefois pas encore l’ensemble des autorisations nécessaires pour produire ses véhicules sous sa propre responsabilité industrielle. La fabrication de la S01 est donc assurée avec l’aide d’un constructeur tiers. Leapmotor possède déjà une identité de marque et développe ses produits, mais elle n’a pas encore atteint le degré d’autonomie d’un constructeur automobile pleinement intégré.

2020 : la T03 donne à Leapmotor son premier modèle de volume

Le lancement de la T03 en 2020 change nettement la trajectoire de Leapmotor. Cette petite voiture électrique urbaine vise un public beaucoup plus large que la S01 et répond davantage aux besoins du marché chinois de l’époque. Elle devient rapidement le premier véritable succès commercial de la marque.

Ce modèle oblige également Leapmotor à changer d’échelle. L’entreprise ne peut plus se contenter d’une organisation adaptée à une production limitée : elle doit renforcer ses capacités industrielles, son réseau commercial et sa maîtrise des coûts. La T03 marque ainsi le passage d’une jeune société technologique proposant une automobile de niche à un constructeur cherchant des volumes significatifs sur le marché électrique chinois, alors en pleine expansion face à des acteurs déjà installés comme BYD, Nio ou Xpeng.

2021 : Leapmotor devient réellement un constructeur industriel autonome

L’année 2021 constitue une rupture majeure. Au printemps, Leapmotor obtient les autorisations réglementaires nécessaires pour produire des automobiles sous son propre statut de constructeur. La société adopte également une structure de société par actions, étape importante dans sa préparation à de futurs financements sur les marchés de capitaux.

Dans le même temps, son usine de Jinhua entre en activité et la production de la T03 y est transférée. Cette évolution donne enfin à Leapmotor une autonomie industrielle beaucoup plus importante. Elle peut désormais associer plus étroitement développement produit, électronique, logiciels et fabrication, au lieu de dépendre d’un partenaire extérieur pour assembler ses véhicules.

La même année, le SUV C11 ouvre une nouvelle étape dans la gamme. Plus grand et plus ambitieux que la T03, il permet à Leapmotor de quitter progressivement le seul segment des petites voitures électriques accessibles. Il deviendra par la suite l’un des modèles les plus importants de la marque et le support de plusieurs évolutions technologiques et commerciales.

2022 : la C01, la technologie CTC et la cotation à Hong Kong accélèrent la montée en puissance

En 2022, Leapmotor poursuit sa montée en gamme avec la berline C01. Ce modèle sert notamment de vitrine à la technologie dite CTC, pour « Cell-to-Chassis », qui consiste à intégrer plus directement le système de batterie à la structure du véhicule. Leapmotor présente alors cette solution comme l’une de ses innovations majeures. Au-delà de la revendication technologique elle-même, la C01 illustre surtout la stratégie du constructeur : différencier ses voitures par des composants et des architectures conçus en interne plutôt que s’appuyer exclusivement sur des solutions achetées à des fournisseurs.

Le 29 septembre 2022, Leapmotor franchit une autre étape déterminante en faisant son entrée à la Bourse de Hong Kong. Cette cotation intervient à un moment où l’entreprise investit massivement dans de nouveaux véhicules, des capacités industrielles et son réseau. Les pertes financières restent alors importantes, situation fréquente parmi les jeunes constructeurs électriques engagés dans une croissance rapide. L’accès aux marchés financiers doit justement permettre à Leapmotor de poursuivre cette expansion sans ralentir ses programmes de développement.

2023 : Leapmotor élargit sa stratégie et fait entrer Stellantis à son capital

En 2023, Leapmotor modifie sensiblement sa stratégie produit. Jusqu’alors centrée sur les véhicules 100 % électriques à batterie, la marque ajoute des versions à prolongateur d’autonomie, notamment autour du C11. Dans cette configuration, les roues restent entraînées électriquement, mais un moteur thermique peut produire de l’électricité lorsque la batterie se décharge. Ce choix permet à Leapmotor de toucher des clients qui apprécient les qualités d’une propulsion électrique tout en restant préoccupés par l’autonomie ou la disponibilité des infrastructures de recharge.

La même année, l’entreprise améliore progressivement son équilibre économique et obtient notamment une marge brute annuelle positive. Mais l’événement le plus structurant survient à l’automne. En octobre, Stellantis annonce un investissement d’environ 1,5 milliard d’euros dans Leapmotor. Après réalisation de l’opération, le groupe automobile détient environ 21 % du capital et devient son principal actionnaire individuel.

Cette opération ne constitue pas un rachat de Leapmotor. Le constructeur chinois reste une société indépendante, cotée à Hong Kong et dirigée par Zhu Jiangming. En revanche, l’accord change profondément ses perspectives internationales : Stellantis apporte sa présence commerciale et industrielle mondiale, tandis que Leapmotor fournit des véhicules électriques et une base technologique développés à un rythme caractéristique des nouveaux constructeurs chinois.

2024 : Leapmotor International organise l’expansion mondiale de la marque

Le partenariat conclu l’année précédente prend une forme concrète en mai 2024 avec la création de Leapmotor International. Cette société commune est détenue à 51 % par Stellantis et à 49 % par Leapmotor. Elle dispose des droits nécessaires pour commercialiser, exporter et, lorsque cela est pertinent, produire les véhicules Leapmotor en dehors de la Grande Chine.

Cette distinction est essentielle pour comprendre la structure de la marque : Stellantis ne contrôle pas Leapmotor elle-même, mais possède la majorité de la société chargée de son développement international. Cette organisation permet au constructeur chinois de s’appuyer sur des réseaux déjà établis plutôt que de bâtir seul une infrastructure mondiale de distribution et d’après-vente.

Le C10 devient le principal symbole de cette nouvelle phase. Conçu avec une vocation internationale, ce SUV accompagne également l’introduction de l’architecture technologique LEAP 3.0, qui pousse plus loin la centralisation des fonctions électroniques et logicielles du véhicule. Avec la T03, il fait partie des premiers modèles lancés en Europe à partir de l’automne 2024. Leapmotor cesse alors d’être essentiellement une marque chinoise exportant ponctuellement ses voitures pour devenir un constructeur dont l’expansion internationale repose sur une organisation dédiée.

2025 : Leapmotor atteint pour la première fois la rentabilité annuelle

L’année 2025 confirme le changement d’échelle. Leapmotor livre près de 600 000 véhicules sur l’ensemble de l’exercice et annonce son premier bénéfice net annuel. Cette étape est particulièrement importante dans l’histoire de la société : pendant plusieurs années, sa croissance avait reposé sur des investissements massifs et des pertes importantes. La rentabilité montre que l’augmentation des volumes, l’élargissement de la gamme et la maîtrise progressive des coûts commencent à produire un modèle économique plus solide.

Cette évolution repose aussi sur le principe d’intégration verticale poursuivi depuis les débuts. Leapmotor développe en interne une part importante de ses groupes motopropulseurs, systèmes électroniques, logiciels et technologies liées à la batterie. Cette organisation vise à réduire la dépendance à certains fournisseurs tout en permettant des évolutions techniques plus rapides. Elle constitue l’une des principales différences entre Leapmotor et un constructeur qui sous-traiterait la majorité des composants déterminants de ses véhicules électriques.

2026 : l’expansion internationale devient aussi industrielle

En 2026, l’histoire de Leapmotor entre dans une nouvelle phase : l’internationalisation ne concerne plus seulement la vente de voitures fabriquées en Chine. Le partenariat avec Stellantis s’étend progressivement à la production locale, notamment en Espagne. Un atelier d’assemblage de modules de batteries ouvre à Mallén, près de Saragosse, dans le cadre du développement industriel lié aux futurs véhicules Leapmotor produits en Europe.

Cette implantation traduit la logique à long terme de l’alliance. Leapmotor conserve son centre de décision, son ingénierie et une grande partie de sa production en Chine, tandis que Leapmotor International peut s’appuyer sur les capacités industrielles et commerciales de Stellantis pour rapprocher la fabrication de certains marchés. Toutes les annonces de production européenne ne correspondent pas encore à des capacités déjà opérationnelles, mais le mouvement marque clairement une évolution par rapport à la simple exportation.

Au cours de l’été 2026, Leapmotor franchit également pour la première fois le seuil de 100 000 livraisons sur un seul mois. Dix ans après sa fondation, la marque reste donc indépendante juridiquement, avec Stellantis comme actionnaire stratégique majeur, tout en poursuivant une croissance rapide en Chine et hors de son marché d’origine. Son histoire, encore courte à l’échelle de l’industrie automobile, se caractérise ainsi par une succession particulièrement rapide de transformations : start-up électronique en 2015, véritable constructeur autonome en 2021, société cotée en 2022, partenaire d’un groupe automobile mondial en 2023, puis acteur rentable et engagé dans une industrialisation internationale à partir de 2025 et 2026.

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