Histoire de la marque Maserati

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Maserati naît à Bologne en 1914 autour de plusieurs membres de la famille Maserati, des mécaniciens et ingénieurs déjà profondément liés à la compétition automobile. D’abord atelier de préparation et de mécanique, l’entreprise devient véritablement constructeur en 1926 avec la Tipo 26, première voiture à porter le nom Maserati et l’emblème du Trident. Son histoire sera ensuite marquée par les succès en compétition, le passage à la production de voitures de grand tourisme, plusieurs changements de propriétaire et des périodes de crise parfois sévères. Des frères Maserati à la famille Orsi, de Citroën à Alejandro de Tomaso, puis de Fiat à Ferrari et enfin Stellantis, la marque a régulièrement dû redéfinir sa place entre sport automobile, luxe et production industrielle.

1914 : les frères Maserati ouvrent leur atelier à Bologne

L’histoire de Maserati commence officiellement le 1er décembre 1914 à Bologne. Alfieri, Ettore et Ernesto Maserati fondent une entreprise consacrée à la mécanique automobile dans un atelier situé Via de’ Pepoli. La déclaration administrative de l’activité est déposée quelques jours plus tard, le 14 décembre, ce qui explique que les deux dates apparaissent parfois dans les récits historiques. La date du 1er décembre reste toutefois celle retenue pour la fondation de la marque.

Les frères ne partent pas de zéro. Leur famille possède déjà une solide culture mécanique et plusieurs d’entre eux ont travaillé dans l’automobile ou la compétition. L’activité initiale consiste notamment à préparer, modifier et entretenir des voitures existantes. La course joue dès cette époque un rôle essentiel : elle constitue à la fois un laboratoire technique et un moyen de faire connaître leur savoir-faire.

Cette origine explique l’identité particulière de Maserati. L’entreprise ne naît pas d’abord comme fabricant de voitures de luxe, mais comme structure d’ingénierie tournée vers la performance. Cette culture de la compétition restera un élément majeur de son histoire, même lorsque la production de voitures de route deviendra prioritaire.

1926 : la Tipo 26 transforme l’atelier en constructeur automobile

Le véritable acte de naissance de Maserati comme constructeur intervient en 1926. Cette année-là apparaît la Tipo 26, première automobile conçue pour porter officiellement le nom Maserati. Elle arbore également le Trident, inspiré de la statue de Neptune de la Piazza Maggiore de Bologne et dessiné par Mario Maserati, l’un des frères qui avait choisi une carrière artistique plutôt que mécanique.

La Tipo 26 fait ses débuts en compétition lors de la Targa Florio et remporte sa catégorie. Ce résultat donne immédiatement au nouveau constructeur une crédibilité sportive. Au cours des années suivantes, Maserati développe des voitures de course de plus en plus performantes et se construit une réputation internationale face aux principaux spécialistes européens de la compétition.

Cette réputation atteint un sommet avant la Seconde Guerre mondiale. En 1939 puis en 1940, une Maserati 8CTF remporte les 500 Miles d’Indianapolis avec Wilbur Shaw. Ces deux victoires consécutives montrent que la marque italienne est capable de s’imposer bien au-delà des circuits européens et renforcent durablement son prestige.

1937 : Adolfo Orsi rachète Maserati et prépare le transfert à Modène

Malgré ses succès sportifs, Maserati reste une entreprise de taille limitée dont le développement exige des moyens financiers importants. En 1937, les frères cèdent la société à l’industriel Adolfo Orsi. Ils ne quittent toutefois pas immédiatement l’entreprise : ils conservent pendant dix ans des responsabilités techniques qui permettent d’assurer une transition progressive.

Le changement de propriétaire donne à Maserati une base industrielle plus solide. La famille Orsi décide également de déplacer l’activité de Bologne vers Modène, au cœur d’une région qui deviendra l’un des centres majeurs de l’automobile sportive italienne. L’installation sur le site de Viale Ciro Menotti est achevée à la charnière de 1939 et 1940. Cette usine restera intimement associée à l’identité de Maserati pendant les décennies suivantes.

En 1947, l’engagement contractuel des frères Maserati auprès des Orsi prend fin et ils quittent définitivement l’entreprise portant leur nom. La même année, la marque présente l’A6 1500, sa première véritable voiture conçue pour un usage routier. Ce modèle marque un changement profond : Maserati commence à transformer son savoir-faire issu de la compétition en voitures de grand tourisme destinées à une clientèle privée.

1957 : le titre de Fangio accompagne le passage vers le grand tourisme

Les années 1950 constituent l’un des sommets sportifs de Maserati. La 250F devient l’une des monoplaces les plus célèbres de la marque et permet notamment à Juan Manuel Fangio de remporter en 1957 son cinquième titre de champion du monde de Formule 1. Ce succès représente l’aboutissement d’une période durant laquelle la compétition a façonné l’image et les compétences techniques du constructeur.

Mais 1957 marque également une rupture. Maserati met fin à son engagement officiel comme équipe d’usine, même si des voitures de la marque continueront ensuite à courir entre les mains d’écuries privées. L’entreprise doit désormais concentrer davantage de ressources sur les voitures de route et sur une production capable de soutenir économiquement son activité.

La 3500 GT, lancée la même année, symbolise cette nouvelle orientation. Elle permet à Maserati de produire une voiture de grand tourisme en volumes plus importants que les réalisations artisanales précédentes. En 1963, la Quattroporte élargit encore le territoire de la marque en appliquant ses principes de performance et de raffinement à une grande berline quatre portes. Maserati n’est alors plus seulement un constructeur issu de la course : il devient une véritable marque de voitures sportives et de luxe.

1968 : Citroën prend le contrôle de Maserati

Au milieu des années 1960, Maserati commence à travailler avec Citroën, notamment autour du développement du moteur V6 destiné à la future SM. Cette coopération technique précède un changement beaucoup plus important. En 1968, le constructeur français engage l’acquisition d’une participation majoritaire dans Maserati, tandis que la famille Orsi conserve une part minoritaire.

L’arrivée de Citroën apporte de nouveaux moyens financiers, des méthodes industrielles différentes et des possibilités de coopération technique. Maserati bénéficie alors des ressources d’un grand constructeur, mais devient aussi dépendante de la santé économique de sa maison mère. Cette dépendance se révèle déterminante quelques années plus tard.

La crise pétrolière et les graves difficultés financières de Citroën fragilisent fortement Maserati au milieu des années 1970. Lorsque le groupe français se désengage, l’entreprise italienne se retrouve menacée de fermeture. Il est parfois écrit que Maserati « fait faillite » en 1975, mais la situation est plus complexe : la société traverse surtout une crise de survie, avec intervention des pouvoirs publics italiens et recherche d’un nouveau repreneur.

1975 : Alejandro de Tomaso sauve Maserati et change sa stratégie

La transition entre Citroën et Alejandro de Tomaso se déroule entre 1975 et 1976, les sources historiques n’utilisant pas toujours la même année pour dater juridiquement le début de cette nouvelle période. L’essentiel est que Alejandro de Tomaso prend alors le contrôle de Maserati et évite la disparition de la marque.

Le nouveau dirigeant adopte une stratégie différente de celle des décennies précédentes. Maserati doit produire davantage et toucher une clientèle plus large sans abandonner son image sportive. Cette orientation débouche en 1981 sur la Biturbo, une voiture plus compacte et moins coûteuse que les grandes GT traditionnelles de la marque. Son moteur V6 à deux turbocompresseurs constitue également un élément technique marquant de l’époque.

La Biturbo connaît d’abord un succès commercial important et donne naissance à une vaste famille de modèles. Elle permet à Maserati d’augmenter considérablement ses volumes, mais cette croissance rapide s’accompagne de problèmes de qualité qui détériorent progressivement la réputation du constructeur. À la fin de l’ère De Tomaso, Maserati a survécu et élargi sa clientèle, mais elle doit de nouveau reconstruire son image et moderniser son outil industriel.

1993 : Fiat rachète Maserati avant son passage sous contrôle de Ferrari

En 1993, Maserati entre dans le groupe Fiat. Ce rachat marque le retour de la marque sous l’autorité d’un grand groupe industriel italien capable d’investir dans sa modernisation. Quatre ans plus tard, en 1997, Fiat transfère Maserati à Ferrari, qui en prend le contrôle et assume directement sa gestion.

Cette période permet une profonde remise à niveau de Maserati. L’usine de Modène est modernisée et la gamme est renouvelée. La 3200 GT lancée en 1998 symbolise cette renaissance en repositionnant clairement la marque parmi les constructeurs de grand tourisme haut de gamme. Le Spyder présenté au début des années 2000 accompagne ensuite le retour commercial de Maserati aux États-Unis, marché stratégique que la marque avait quitté depuis plusieurs années.

La compétition redevient également un outil d’image avec la MC12, introduite en 2004. Développée dans un environnement technique étroitement lié à Ferrari, cette voiture permet à Maserati de renouer avec un programme sportif international de premier plan et d’obtenir plusieurs titres en championnat FIA GT. Il ne s’agit pas d’un retour au modèle économique des années 1950, mais d’une manière de reconnecter la Maserati moderne à son héritage sportif.

En 2005, Ferrari restitue Maserati au groupe Fiat. La marque est alors rapprochée d’Alfa Romeo dans l’organisation du groupe, ouvrant une nouvelle étape centrée sur l’élargissement de la gamme et l’augmentation des volumes.

2013 : Maserati change d’échelle avec la Ghibli puis le Levante

Au début des années 2010, Maserati cherche à devenir une marque de luxe beaucoup plus présente sur le marché mondial. L’année 2013 marque ce changement d’échelle avec le renouvellement de la Quattroporte, le lancement d’une nouvelle Ghibli et l’ouverture de nouvelles capacités industrielles, notamment sur le site de Grugliasco.

Cette stratégie rompt avec l’image d’un constructeur limité aux coupés et aux grandes berlines produites en relativement faibles volumes. La Ghibli permet à Maserati de viser un segment plus large, tandis que le Levante, lancé en 2016, fait entrer pour la première fois la marque sur le marché des SUV de luxe. Ce choix répond à l’évolution du marché mondial, où ce type de véhicule est devenu essentiel pour les constructeurs haut de gamme.

Cette croissance donne à Maserati une présence internationale plus forte, mais elle pose aussi la question de son positionnement entre volumes et exclusivité. À la fin des années 2010, la marque cherche donc une nouvelle direction capable de renouer avec une image technologique plus distinctive.

2020 : la MC20 et le moteur Nettuno inaugurent une nouvelle relance

La MC20, présentée en 2020, devient le symbole de cette nouvelle phase. Supercar à moteur central, elle est surtout importante historiquement parce qu’elle s’accompagne du moteur Nettuno, un V6 conçu et développé par Maserati à Modène. Après une longue période durant laquelle la marque s’était largement appuyée sur des mécaniques et des coopérations issues de son environnement de groupe, Nettuno doit réaffirmer une capacité d’ingénierie propre.

L’usine historique de Modène est adaptée à la production de la MC20, ce qui redonne également au site de Viale Ciro Menotti un rôle central dans l’image industrielle de la marque. La relance ne repose donc pas seulement sur un nouveau modèle, mais sur une volonté de réassocier Maserati à la performance, à l’innovation et à ses racines modenaises.

2021 : l’intégration à Stellantis ouvre l’ère de l’électrification

En janvier 2021, la fusion de Fiat Chrysler Automobiles et du groupe PSA donne naissance à Stellantis. Maserati devient la marque de luxe du nouveau groupe automobile. Ce changement de propriétaire indirect lui apporte l’accès aux ressources d’un ensemble mondial tout en lui imposant de redéfinir sa place dans une industrie engagée dans une transition rapide vers l’électrification.

Cette évolution se matérialise avec la famille Folgore. En 2023, la GranTurismo Folgore devient la première voiture entièrement électrique de l’histoire de Maserati. Dans le même temps, la marque revient officiellement en monoplace en rejoignant le championnat de Formule E à partir de la saison 2022-2023, plus de soixante ans après la fin de son engagement officiel en Formule 1. Ce choix permet d’associer la transition électrique à une tradition sportive qui accompagne Maserati depuis sa création.

La stratégie électrique annoncée au début des années 2020 a toutefois évolué. En 2026, Stellantis présente désormais Maserati dans une logique plus largement multi-énergie et prépare une nouvelle feuille de route pour la marque. Parallèlement, la production des GranTurismo et GranCabrio a été recentrée sur Modène à partir de la fin de 2025. Maserati reste ainsi intégrée à Stellantis tout en cherchant à renforcer son positionnement de marque de luxe, son identité italienne et son ancrage industriel historique.