
Pininfarina naît en 1930 à Turin autour de Battista « Pinin » Farina, carrossier italien qui veut associer élégance, aérodynamique et fabrication en petites séries. Longtemps, Pininfarina n’est pas un constructeur automobile au sens classique, mais une maison de style, d’ingénierie et de carrosserie travaillant pour d’autres marques. La Cisitalia 202, la collaboration historique avec Ferrari, l’industrialisation autour de l’Alfa Romeo Giulietta Spider puis le développement de capacités d’ingénierie ont progressivement transformé l’entreprise. Après une grave crise financière et l’abandon de la production automobile en série, son passage sous le contrôle de Mahindra a ouvert une nouvelle période, tandis que la création d’Automobili Pininfarina en 2018 a donné naissance à une marque automobile distincte portant directement ce nom.
1930 : Battista « Pinin » Farina fonde sa carrosserie à Turin
Le 22 mai 1930, Battista Farina crée à Turin la S.A. Carrozzeria Pinin Farina avec plusieurs associés. Celui que l’on surnomme « Pinin » possède déjà une solide expérience dans la carrosserie automobile, acquise notamment au sein des Stabilimenti Farina. Son projet consiste toutefois à aller plus loin que la fabrication artisanale de carrosseries exclusives : il souhaite réunir dessin, recherche technique et méthodes capables de produire des automobiles en petites séries.
Lancia joue un rôle dans ce contexte initial et compte parmi les entreprises proches du jeune carrossier. Durant les années 1930, Pinin Farina travaille pour plusieurs constructeurs italiens et accorde une importance croissante à l’aérodynamique. Les formes deviennent plus continues, les éléments de carrosserie mieux intégrés et la recherche d’efficacité influence directement le style. Cette approche constitue l’un des fondements de l’identité de l’entreprise bien avant qu’elle ne devienne une référence internationale.
1946 : la Cisitalia 202 impose le style Pinin Farina
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Cisitalia 202 marque un changement d’échelle dans la réputation de Pinin Farina. Présentée en 1946, cette automobile se distingue par une carrosserie où ailes, capot et habitacle sont intégrés dans un ensemble visuellement beaucoup plus homogène que sur la plupart des voitures de l’époque. Elle exprime avec une grande clarté la conception du design automobile défendue par Battista Farina.
La reconnaissance dépasse rapidement le cercle des constructeurs italiens. En 1951, la 202 est exposée au Museum of Modern Art de New York dans l’exposition « Eight Automobiles ». Elle entrera ensuite dans la collection du musée en 1972. Cette consécration est essentielle dans l’histoire de Pininfarina : le travail du carrossier n’est plus seulement perçu comme une réalisation automobile de qualité, mais comme une contribution majeure au design industriel moderne.
1951 : la collaboration avec Ferrari transforme la réputation de Pinin Farina
En 1951 débute la relation qui contribuera plus que toute autre à installer durablement le nom Pininfarina dans l’imaginaire automobile. Battista Farina rencontre Enzo Ferrari et pose les bases d’une collaboration avec Ferrari. Les premières réalisations, notamment autour des Ferrari 212 puis des différentes 250 GT, ouvrent une association qui se prolongera pendant des décennies.
Pinin Farina devient progressivement l’un des principaux artisans de l’identité visuelle des Ferrari de route. Cette relation apporte une visibilité internationale considérable à la maison turinoise, tout en lui permettant d’appliquer ses principes de proportions, d’aérodynamique et d’élégance à des automobiles sportives de très haut niveau. L’importance historique de cette collaboration tient moins à un modèle isolé qu’à sa durée et à son influence sur la réputation mondiale du designer italien.
1955 : la Giulietta Spider fait passer Pinin Farina à l’échelle industrielle
La présentation de l’Alfa Romeo Giulietta Spider en 1955 constitue un tournant économique aussi important que stylistique. Le succès attendu du modèle impose à Pinin Farina d’augmenter fortement ses capacités de fabrication. L’entreprise ne peut plus fonctionner uniquement selon les méthodes traditionnelles d’un carrossier produisant des séries limitées.
De nouvelles installations sont donc développées à Grugliasco, près de Turin. Ce changement transforme Pinin Farina en véritable partenaire industriel capable non seulement de dessiner une automobile, mais aussi d’en organiser et d’en assurer une partie importante de la production. Le modèle sera renforcé dans les années suivantes avec des voitures comme l’Alfa Romeo Spider apparue en 1966 et la Fiat 124 Sport Spider. Ces automobiles illustrent la capacité de Pininfarina à faire vivre un dessin sur de longues séries tout en conservant une identité stylistique forte.
1961 : Pinin Farina devient officiellement Pininfarina
En 1961, le patronyme Farina est officiellement transformé en Pininfarina, réunissant en un seul nom le surnom de Battista et le nom familial. La même période correspond aussi à une transition de génération. Battista confie progressivement la conduite opérationnelle de l’entreprise à son fils Sergio Pininfarina et à son gendre Renzo Carli.
Lorsque Battista meurt en 1966, Sergio prend la présidence. Cette succession ne remet pas en cause l’orientation de l’entreprise, mais elle accompagne son évolution vers une structure beaucoup plus vaste et techniquement organisée. La même année, un Centre d’études et de recherches est inauguré à Grugliasco. Pininfarina ne se définit désormais plus seulement par le talent de ses stylistes : la recherche, les essais et le développement deviennent des composantes permanentes de son activité.
1972 : la soufflerie de Grugliasco renforce le rôle de Pininfarina dans l’ingénierie
En 1972, Pininfarina met en service à Grugliasco une soufflerie permettant d’étudier des automobiles à l’échelle 1:1. L’installation est alors la première de ce type en Italie et fait partie des rares équipements comparables disponibles dans l’industrie automobile mondiale. Elle donne une dimension scientifique à une recherche aérodynamique déjà présente depuis les premières décennies de l’entreprise.
Cette capacité accompagne la diversification progressive de Pininfarina. Un nouveau centre est développé à Cambiano à partir de la fin des années 1970 afin de séparer davantage les activités de recherche et de conception de celles consacrées à la fabrication. Durant les années 1980 et 1990, l’entreprise élargit encore ses métiers : elle entre en Bourse en 1986, développe le design hors automobile et travaille comme partenaire industriel pour de nombreux constructeurs internationaux.
La Cadillac Allanté illustre cette ambition internationale, tandis que des modèles comme la Peugeot 406 Coupé montrent combien le dessin Pininfarina reste recherché par les grandes marques européennes. La collaboration avec Peugeot s’inscrit d’ailleurs dans une relation particulièrement durable. À cette époque, Pininfarina est capable d’intervenir sur presque toute la chaîne de création d’un véhicule, du style à l’ingénierie et, selon les projets, jusqu’à la fabrication.
2008 : la crise financière remet en cause le modèle industriel
Le modèle économique fondé en partie sur la production automobile pour le compte d’autres constructeurs devient fragile lorsque les volumes se contractent. À partir de 2008, Pininfarina connaît une grave crise financière, aggravée par la récession et par la baisse des commandes adressées à ses usines. L’entreprise accumule une dette importante et doit négocier une restructuration avec ses créanciers.
Cette crise conduit à une décision historique. En 2011, Pininfarina annonce l’arrêt de ses activités de production automobile en série afin de concentrer ses ressources sur le design, l’ingénierie et les services à forte valeur ajoutée. Il ne s’agit pas d’une faillite ni de la disparition de l’entreprise, mais de l’abandon du modèle industriel qui avait accompagné sa croissance depuis la Giulietta Spider des années 1950. Pininfarina conserve néanmoins la capacité de réaliser des prototypes, des projets spéciaux et des séries extrêmement limitées.
2016 : Mahindra prend le contrôle de Pininfarina
La restructuration débouche sur un changement de contrôle. Un accord annoncé à la fin de 2015 prévoit l’acquisition de la participation majoritaire de Pininfarina par PF Holdings, société liée à Mahindra & Mahindra et Tech Mahindra. L’opération devient effective en mai 2016. La famille Pininfarina perd ainsi le contrôle financier de l’entreprise qu’elle dirigeait depuis sa création, même si la société conserve son nom et poursuit ses activités.
Ce rachat inscrit Pininfarina dans un groupe industriel disposant de moyens internationaux tout en confirmant son repositionnement. La société historique reste centrée sur le design, l’ingénierie, l’architecture et différents domaines du design industriel. Elle demeure donc l’héritière directe de l’entreprise fondée en 1930, mais son activité n’est plus celle d’un fabricant automobile en grande série.
2018 : Automobili Pininfarina fait du nom historique une véritable marque automobile
Une nouvelle étape commence en 2018 avec la création d’Automobili Pininfarina. Cette société ne doit pas être confondue avec Pininfarina S.p.A. : il s’agit d’une entreprise distincte, détenue par Mahindra & Mahindra et autorisée à utiliser le nom Pininfarina dans le cadre d’un accord de licence. Pour la première fois, le nom est placé au centre d’un projet conçu dès l’origine comme une marque automobile à part entière.
La Battista, dévoilée en 2019 puis entrée en production en 2022 à Cambiano, devient le premier modèle emblématique de cette nouvelle entité. Cette hypercar entièrement électrique traduit le passage d’un nom historiquement associé au dessin des voitures d’autres constructeurs à celui d’un constructeur proposant ses propres automobiles en très petite série.
La situation actuelle repose ainsi sur deux entités complémentaires mais juridiquement distinctes. Pininfarina S.p.A., toujours cotée en Italie et contrôlée majoritairement par PF Holdings, poursuit l’activité historique de design et d’ingénierie. Automobili Pininfarina développe de son côté des automobiles électriques de luxe sous le même nom. Cette organisation explique la singularité de Pininfarina aujourd’hui : une histoire commencée en 1930 comme carrosserie indépendante s’est transformée en un groupe de design international, tandis qu’une nouvelle marque automobile est née de cet héritage près de neuf décennies plus tard.
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