
Qoros est née en Chine à la fin des années 2000 avec une ambition inhabituelle pour un jeune constructeur : créer dès le départ des voitures capables de répondre aux standards internationaux, aussi bien en matière de conception que de qualité et de sécurité. Issue d’une coentreprise entre le constructeur chinois Chery et le groupe israélien Israel Corporation, la marque s’est fait connaître grâce à la Qoros 3 et à ses résultats remarqués aux essais Euro NCAP. Cette reconnaissance technique n’a toutefois jamais été suivie d’un succès commercial comparable. Après un recentrage sur la Chine, une prise de contrôle par le groupe Baoneng et une dernière tentative de relance, Qoros a progressivement cessé son activité industrielle avant d’entrer dans une phase de restructuration judiciaire.
2007 : Chery et Israel Corporation créent le projet qui donnera naissance à Qoros
L’histoire de Qoros commence le 24 décembre 2007 avec la création de Chery Quantum Automotive. Cette société est constituée comme une coentreprise entre Chery, déjà bien implanté dans l’industrie automobile chinoise, et Israel Corporation, dont l’investissement passe par la société Quantum. À l’origine, Chery détient 55 % du capital et Quantum 45 %.
Le projet ne consiste pas simplement à commercialiser une nouvelle gamme dérivée des modèles Chery. Les partenaires veulent bâtir un constructeur disposant de ses propres méthodes de développement, de son identité et, à terme, de ses propres installations industrielles. L’objectif est de produire en Chine des voitures conçues selon des références internationales et susceptibles d’être commercialisées aussi sur des marchés étrangers.
La crise financière mondiale oblige cependant les actionnaires à revoir rapidement leurs ambitions. En 2009, les investissements prévus sont réduits, plusieurs projets sont différés et la structure du capital passe à 50 % pour chacun des deux partenaires. Cette première correction montre déjà la difficulté financière d’un programme qui exige de lourds investissements avant même d’avoir vendu sa première voiture.
2011 : le nom Qoros apparaît et le constructeur affirme son ambition internationale
Le 28 novembre 2011, le projet prend sa forme publique avec la présentation du nom Qoros. La société abandonne progressivement l’identité Chery Quantum au profit de cette nouvelle marque, alors détenue à parts égales par ses deux partenaires. Qoros veut se distinguer clairement des constructeurs chinois établis et construire une image capable de convaincre aussi bien les acheteurs chinois que les automobilistes européens.
Pour y parvenir, l’entreprise met en place une organisation de développement largement internationalisée. Elle s’appuie notamment sur l’expérience de Magna Steyr et recrute des spécialistes ayant travaillé pour plusieurs constructeurs occidentaux. L’implantation industrielle se concentre à Changshu, dans la province du Jiangsu, où Qoros prépare une usine spécifiquement destinée à ses futurs modèles. Cette organisation doit permettre à la marque de partir d’une base technique propre plutôt que de simplement adapter des véhicules existants de Chery.
2013 : la Qoros 3 impose la marque par sa sécurité
Qoros présente sa première voiture de série, la Qoros 3 Sedan, au Salon de Genève en mars 2013. Le choix d’un grand rendez-vous européen n’est pas anodin : la marque veut prouver immédiatement qu’une automobile conçue et produite en Chine peut être évaluée selon les mêmes critères que les modèles des constructeurs internationaux.
Quelques mois plus tard, la Qoros 3 apporte à la jeune entreprise sa principale reconnaissance historique. Elle obtient cinq étoiles aux essais Euro NCAP, devenant la première voiture développée en Chine à atteindre ce niveau dans le système global de notation de l’organisme. Euro NCAP la classe ensuite comme la meilleure performance globale parmi les voitures testées en 2013.
Ce résultat transforme temporairement l’image de Qoros. Alors que de nombreux constructeurs chinois souffrent encore en Europe d’une réputation fragile en matière de sécurité et de qualité, Qoros démontre qu’un nouveau venu chinois peut satisfaire des exigences européennes particulièrement strictes. La Qoros 3 devient ainsi le modèle fondateur de la réputation de la marque, bien davantage que par ses volumes de vente.
2015 : l’ambition européenne cède la place au marché chinois
La reconnaissance technique de Qoros ne se traduit pas par une implantation commerciale durable en Europe. La marque expérimente notamment une présence en Slovaquie, mais les volumes restent trop faibles pour justifier le développement rapide d’un véritable réseau européen. En 2015, la direction reconnaît que vouloir conquérir simultanément la Chine et l’Europe disperse excessivement les moyens disponibles.
Qoros recentre donc ses efforts sur son marché intérieur. Ce changement de stratégie accompagne l’élargissement de la gamme, en particulier avec le Qoros 5, présenté à la fin de 2015 puis commercialisé en 2016. Ce SUV répond mieux à l’évolution de la demande chinoise que la berline Qoros 3 et doit permettre à la marque d’augmenter ses volumes.
Le Qoros 5 ne suffit pourtant pas à résoudre le problème fondamental de l’entreprise. Qoros dispose d’une usine, d’une ingénierie crédible et d’une image de qualité relativement forte, mais ses ventes restent trop faibles pour amortir les investissements réalisés depuis la création de la société. À partir de 2017, la recherche d’un nouvel investisseur devient donc essentielle à sa survie.
2018 : Baoneng prend le contrôle de Qoros
En janvier 2018, un investisseur lié au conglomérat chinois Baoneng acquiert 51 % de Qoros. Chery conserve 25 % du capital et Kenon Holdings, devenu entre-temps le détenteur de la participation issue d’Israel Corporation, en conserve 24 %. Pour Qoros, cette opération représente moins une simple évolution de l’actionnariat qu’une véritable tentative de sauvetage.
L’accord prévoit également que l’investisseur ou une société affiliée achète d’importants volumes de véhicules Qoros. Les ventes bondissent ainsi à environ 62 000 unités en 2018, avant de retomber autour de 26 000 dès l’année suivante. Ce recul rapide montre que le pic enregistré après l’arrivée de Baoneng ne correspond pas à une conquête durable du marché auprès des particuliers.
Baoneng augmente ensuite sa participation jusqu’à 63 %, tandis que Chery reste à 25 % et que la participation de Kenon est ramenée à 12 %. Qoros passe ainsi sous un contrôle chinois nettement majoritaire, avec l’espoir que de nouveaux capitaux et une stratégie renouvelée puissent enfin donner au constructeur une taille commerciale viable.
2020 : le Qoros 7 incarne la dernière grande tentative de relance
En 2020, Qoros lance le Qoros 7. Ce SUV est historiquement important car il constitue le premier modèle entièrement nouveau développé depuis la prise de contrôle par Baoneng. Il doit renouveler une gamme vieillissante et matérialiser la nouvelle phase industrielle promise par l’actionnaire majoritaire.
Le Qoros 7 arrive cependant dans un contexte déjà fragile. La relance commerciale des années précédentes n’a pas produit de croissance durable et Qoros reste dépendante des ressources financières de son propriétaire. Le modèle ne parvient pas à ouvrir le nouveau cycle espéré. Il devient au contraire la dernière grande nouveauté de la marque avant une dégradation rapide de sa situation.
2021 : la crise financière de Baoneng entraîne l’arrêt de Qoros
À partir de 2021, les difficultés financières du groupe Baoneng affectent directement ses activités automobiles. Qoros est confrontée à des problèmes de trésorerie, à des retards de paiement envers différents créanciers et à une forte contraction de son activité. La production finit par être interrompue et les effectifs sont fortement réduits.
Le déclin commercial devient alors irréversible. Après environ 22 700 véhicules vendus en 2019, Qoros tombe à environ 13 100 unités en 2020 puis à quelque 5 200 en 2021. En 2022, la production et les ventes sont rapportées comme nulles. La marque ne connaît pas de véritable retour sur le marché après cette interruption.
Dans le même temps, le désengagement des anciens actionnaires devient lui aussi conflictuel. Kenon cherche à céder les 12 % qu’il détient encore indirectement, mais l’opération donne lieu à un litige pour non-paiement. Une sentence arbitrale rendue en 2024 lui accorde une importante indemnisation. Cette procédure illustre l’ampleur des difficultés financières qui entourent désormais Qoros bien au-delà de la seule production automobile.
2025 : la restructuration judiciaire ouvre la dernière phase de l’histoire de Qoros
Le 22 décembre 2025, un créancier demande au tribunal intermédiaire de Suzhou l’ouverture d’une procédure de restructuration de Qoros dans le cadre du droit chinois des entreprises en difficulté. Des audiences sont ensuite organisées, tandis que plusieurs actifs importants du constructeur, notamment liés au site industriel de Changshu, font l’objet de procédures de vente judiciaire.
Au début de 2026, la demande de restructuration est toujours examinée par la justice. Il serait donc inexact de dater une faillite définitive de 2022, année qui correspond surtout à la disparition de l’activité commerciale, ou d’affirmer qu’une liquidation définitive a déjà été prononcée. Qoros est alors industriellement inactive et absente du marché automobile, mais son sort juridique reste distinct de la cessation effective de sa production.
La trajectoire de Qoros s’achève ainsi, à ce stade, sur un contraste marqué. La marque avait réussi en quelques années à démontrer qu’un constructeur chinois nouvellement créé pouvait atteindre des standards internationaux élevés, notamment avec la Qoros 3. Elle n’a toutefois jamais réussi à transformer cette réussite technique en volumes suffisants pour soutenir durablement son outil industriel, et les capitaux apportés lors de la reprise par Baoneng n’ont fait que retarder une crise qui a finalement conduit à l’arrêt de son activité.
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