Histoire de la marque Rolls Royce

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Rolls-Royce naît en Angleterre au début du XXe siècle de la rencontre entre Henry Royce, ingénieur soucieux d’améliorer la qualité des premières automobiles, et Charles Rolls, entrepreneur passionné de mécanique et déjà actif dans leur commercialisation. Leur association donne naissance à une marque qui construit très tôt sa réputation sur la fiabilité, le silence de fonctionnement et une fabrication particulièrement soignée. De la Silver Ghost aux activités aéronautiques, du rachat de Bentley à la crise de 1971, puis de la séparation avec Crewe à la renaissance sous l’égide de BMW, l’histoire de Rolls-Royce est aussi celle de profondes transformations industrielles.

1904 : Henry Royce et Charles Rolls donnent naissance à la marque

Avant Rolls-Royce, Henry Royce s’est d’abord fait connaître dans l’ingénierie électrique et mécanique. Au début des années 1900, insatisfait des automobiles qu’il utilise, il décide de concevoir sa propre voiture. En 1904, il met au point une petite 10 HP qui attire l’attention de Henry Edmunds, une connaissance commune avec Charles Rolls.

Rolls possède alors C. S. Rolls & Co., une entreprise londonienne fondée en 1902 qui commercialise notamment des voitures Peugeot et Minerva importées. Il cherche cependant une automobile britannique capable de rivaliser avec les meilleures productions étrangères. La rencontre organisée le 4 mai 1904 au Midland Hotel de Manchester est décisive. Rolls est convaincu par les réalisations de Royce et accepte de les vendre sous le nom Rolls-Royce. La marque trouve ainsi son origine dans la complémentarité entre l’ingénieur Henry Royce et le commercial Charles Rolls.

1906 : Rolls-Royce Limited structure la production autour de la 40/50 HP

La coopération est institutionnalisée le 15 mars 1906 avec la création de Rolls-Royce Limited. Cette date doit être distinguée de 1904, qui correspond à la naissance de l’association entre les deux hommes. Claude Johnson, proche collaborateur de Charles Rolls, prend une place essentielle dans le développement commercial et l’organisation de la nouvelle entreprise.

Rolls-Royce simplifie rapidement sa gamme autour d’un modèle appelé à construire sa renommée, la 40/50 HP. Un exemplaire particulièrement soigné, surnommé Silver Ghost, réalise en 1907 une longue démonstration d’endurance d’environ 15 000 miles. Le nom sera ensuite couramment utilisé pour désigner l’ensemble de la série. D’autres épreuves de fiabilité, dont l’Alpine Trial de 1913, renforcent encore cette réputation. Il ne s’agit pas pour Rolls-Royce de bâtir un palmarès sportif classique, mais de démontrer publiquement la robustesse et la régularité de ses voitures.

Cette croissance entraîne également un changement d’échelle industriel. En 1908, Rolls-Royce ouvre une nouvelle usine à Derby, mieux adaptée à l’augmentation de la production. La marque dispose désormais des moyens nécessaires pour passer du statut de jeune constructeur prometteur à celui d’entreprise automobile solidement établie.

1914 : l’aéronautique transforme Rolls-Royce en groupe d’ingénierie

La Première Guerre mondiale modifie profondément la trajectoire de l’entreprise. À partir de 1914, Rolls-Royce développe des moteurs d’avion, parmi lesquels l’Eagle. Cette activité prend rapidement une importance stratégique. En 1919, un moteur Eagle équipe notamment l’appareil utilisé par John Alcock et Arthur Brown pour réaliser la première traversée sans escale de l’Atlantique en avion.

L’automobile reste au cœur du prestige de la marque, mais Rolls-Royce n’est désormais plus seulement un constructeur de voitures. L’entreprise devient également un grand motoriste aéronautique. Cette diversification jouera un rôle déterminant plusieurs décennies plus tard, car les difficultés de la branche aéronautique provoqueront la crise la plus grave de son histoire industrielle.

Dans l’automobile, les années 1920 voient aussi évoluer les usages. La Twenty de 1922 est conçue pour mieux répondre aux propriétaires souhaitant conduire eux-mêmes leur Rolls-Royce plutôt que de recourir systématiquement à un chauffeur. En 1925 apparaît le nom Phantom, qui s’imposera durablement comme celui du modèle placé au sommet de la gamme.

1931 : Rolls-Royce rachète Bentley et réunit deux marques de prestige

En 1931, Rolls-Royce acquiert Bentley, alors confrontée à de graves difficultés financières. Les deux marques conservent des identités commerciales différentes, mais leurs activités industrielles et techniques se rapprochent progressivement. Cette acquisition crée une association qui durera près de soixante-dix ans et dont les conséquences seront encore visibles lors de la restructuration de 1998.

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Rolls-Royce développe également ses capacités industrielles à Crewe. Le site est principalement destiné à la production de moteurs aéronautiques pendant le conflit, période durant laquelle cette activité mobilise l’essentiel des ressources du groupe. Après la guerre, Crewe devient à son tour un lieu majeur de l’histoire automobile de Rolls-Royce.

1946 : Crewe devient le centre de la production automobile

La fabrication automobile débute à Crewe en 1946 et marque une nouvelle phase industrielle. Rolls-Royce évolue progressivement d’un constructeur qui fournit surtout des châssis destinés à être habillés par des carrossiers indépendants vers une entreprise maîtrisant davantage la voiture complète.

La Silver Dawn, lancée en 1949, symbolise cette transition. Elle est la première Rolls-Royce proposée avec une carrosserie standard complète produite sous le contrôle du constructeur. Le changement devient encore plus net avec la Silver Shadow de 1965. Sa structure monocoque rompt avec la construction traditionnelle à châssis séparé pour la gamme principale et traduit l’adaptation de Rolls-Royce aux méthodes modernes de conception automobile. Certains modèles très exclusifs conserveront toutefois un châssis séparé plus longtemps.

1971 : la crise du programme RB211 provoque une rupture historique

Au tournant des années 1970, ce n’est pas l’automobile mais l’aéronautique qui menace l’existence du groupe. Le développement du moteur d’avion RB211 entraîne des surcoûts considérables que Rolls-Royce Limited ne parvient plus à absorber. En février 1971, l’entreprise est placée sous administration. Le gouvernement britannique intervient pour préserver les activités de moteurs jugées stratégiques.

Il serait cependant imprécis de résumer cet épisode en affirmant que l’ensemble de Rolls-Royce a simplement été nationalisé. Les actifs essentiels liés aux moteurs aéronautiques, marins et industriels sont repris dans une nouvelle société publique, tandis que les activités automobiles suivent une trajectoire distincte. En 1973, elles sont regroupées sous Rolls-Royce Motors. À partir de cette réorganisation, l’entreprise automobile et le motoriste aéronautique ne constituent plus une seule société intégrée.

Rolls-Royce Motors, qui contrôle également Bentley, passe ensuite sous le contrôle du groupe industriel britannique Vickers en 1980. Commence alors une période durant laquelle les deux marques restent produites à Crewe tout en évoluant sous un propriétaire extérieur.

1998 : Volkswagen et BMW se partagent les actifs et les droits Rolls-Royce

La décision de Vickers de vendre Rolls-Royce Motors conduit en 1998 à l’un des épisodes les plus complexes de l’histoire automobile britannique. Volkswagen acquiert l’entreprise de Crewe, ses installations industrielles et Bentley. Il peut également continuer temporairement à produire des automobiles sous le nom Rolls-Royce jusqu’à la fin de 2002.

Mais les droits automobiles sur le nom Rolls-Royce et le célèbre monogramme ne suivent pas définitivement l’usine de Crewe. Rolls-Royce plc, société issue de la branche aéronautique, accorde ces droits à BMW. Un accord entre les différents acteurs organise alors une période transitoire jusqu’à la fin de 2002.

Cette distinction est essentielle pour comprendre la suite. BMW n’a pas simplement acheté Rolls-Royce Motors à Vickers. Volkswagen a récupéré Crewe et Bentley, tandis que BMW a obtenu les droits lui permettant de construire à terme les automobiles portant la marque Rolls-Royce. La relation industrielle historique entre Rolls-Royce et Bentley prend ainsi fin.

2003 : BMW relance Rolls-Royce autour d’une nouvelle usine à Goodwood

Le 1er janvier 2003 marque le début effectif de la nouvelle ère. Rolls-Royce Motor Cars, filiale du groupe BMW, commence ses activités dans une usine construite spécialement à Goodwood, dans le sud de l’Angleterre. La nouvelle Phantom constitue le premier modèle de cette période et sert de manifeste technique et industriel pour une marque désormais séparée de Crewe.

Il s’agit moins d’un simple changement de propriétaire que d’une véritable reconstruction de l’activité automobile Rolls-Royce. Nouveau site, nouvelle organisation et nouvelle gamme accompagnent cette relance. Au fil des années, BMW élargit progressivement l’offre sans transformer Rolls-Royce en constructeur de volume. Ghost, apparue en 2010, ouvre la marque à une clientèle plus large que celle de Phantom, tandis que Cullinan, lancé en 2018, fait entrer Rolls-Royce sur le marché des SUV de très grand luxe.

La même période voit croître l’importance du programme Bespoke et du travail sur commande. À partir de 2017, avec Sweptail puis d’autres réalisations Coachbuild, Rolls-Royce renoue avec le principe historique de carrosseries et d’aménagements conçus pour des clients particuliers, mais dans un cadre industriel moderne.

2022 : Spectre ouvre l’ère électrique de Rolls-Royce

Rolls-Royce dévoile Spectre en 2022, avant les premières livraisons aux clients en 2023. Ce coupé constitue la première automobile de série entièrement électrique de la marque et ouvre une nouvelle phase technologique. Rolls-Royce a parallèlement annoncé son intention de disposer d’une gamme exclusivement électrique d’ici la fin de 2030, objectif qui reste encore à réaliser.

Cette transition s’inscrit dans la continuité de la stratégie développée à Goodwood, davantage centrée sur la personnalisation et la valeur de chaque automobile que sur l’augmentation des volumes. En 2025, BMW a annoncé un investissement de 300 millions de livres dans le site britannique afin d’accroître notamment les capacités consacrées aux programmes Bespoke et Coachbuild. En 2026, Rolls-Royce Motor Cars reste une filiale de BMW Group, juridiquement distincte du groupe aéronautique Rolls-Royce plc, avec Goodwood comme centre de son activité automobile.

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