
Saab trouve son origine dans l’industrie aéronautique suédoise, bien avant de devenir un constructeur automobile. Créée en 1937 pour produire des avions, l’entreprise se tourne vers la voiture après la Seconde Guerre mondiale afin de diversifier ses activités. De cette filiation naissent des automobiles originales, marquées par l’aérodynamique, la sécurité, la traction avant et, plus tard, la généralisation du turbo. Des Saab 92 et 96 à la 900, puis de l’entrée de General Motors au rachat par Spyker et à la faillite de Saab Automobile, son histoire alterne innovations techniques, expansion internationale et difficultés industrielles jusqu’à la disparition de la marque du marché des voitures neuves.
1937 : Saab naît comme constructeur aéronautique suédois
Saab est créée le 2 avril 1937 à Trollhättan sous le nom Svenska Aeroplan Aktiebolaget, littéralement « société suédoise d’aéroplanes ». L’entreprise est constituée dans un contexte de renforcement des capacités militaires de la Suède et son activité initiale concerne exclusivement l’aviation. Bofors joue un rôle central dans sa création, aux côtés d’autres intérêts industriels suédois impliqués dans son financement.
Cette origine est essentielle pour comprendre la future marque automobile. Les premiers ingénieurs chargés de concevoir une voiture viennent d’un univers où l’aérodynamique, la maîtrise du poids et l’efficacité structurelle occupent une place déterminante. Saab ne naît donc pas comme constructeur automobile en 1937 : cette date correspond à la fondation de l’entreprise aéronautique dont l’activité automobile émergera plusieurs années plus tard.
1945 : Saab lance son projet automobile après la guerre
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Saab anticipe une diminution des besoins en avions militaires et cherche de nouveaux débouchés civils. Un projet automobile est lancé en 1945 à Linköping sous la responsabilité de l’ingénieur Gunnar Ljungström, tandis que Sixten Sason joue un rôle majeur dans le dessin de la voiture. L’équipe dispose d’une expérience limitée de l’industrie automobile, mais applique des méthodes héritées de l’aéronautique à la conception du véhicule.
Le prototype connu sous le nom d’Ursaab débouche sur la Saab 92, présentée à la presse le 10 juin 1947. Sa carrosserie particulièrement profilée et sa traction avant témoignent déjà d’une approche différente de celle de nombreux constructeurs de l’époque. La production en série commence à Trollhättan le 12 décembre 1949. C’est à cette date que Saab devient réellement un constructeur automobile industriel, après quatre années de développement.
1955 : la Saab 93 ouvre la voie à l’expansion internationale
La Saab 93, lancée en 1955, marque le passage d’une production encore relativement confidentielle à une ambition internationale. Saab commence notamment à développer sa présence aux États-Unis et renforce progressivement son outil industriel. Une nouvelle usine automobile entre en service à Trollhättan à la fin des années 1950, tandis que l’entreprise prend davantage de contrôle sur sa distribution en Suède.
La Saab 96, apparue en 1960, prolonge cette expansion et devient l’un des modèles les plus importants des premières décennies de la marque. Son rôle historique dépasse les volumes de vente : elle participe directement à la construction de la réputation de Saab grâce aux rallyes. Erik Carlsson remporte plusieurs épreuves internationales majeures au début des années 1960, dont le RAC Rally et le Rallye Monte-Carlo. Ces succès donnent une visibilité considérable à un constructeur encore de taille modeste et démontrent l’efficacité des petites Saab à traction avant dans des conditions difficiles.
1967 : la Saab 99 fait entrer la marque dans une nouvelle catégorie
Présentée en 1967, la Saab 99 constitue une rupture avec les automobiles issues de la première famille des 92, 93 et 96. Plus grande et plus ambitieuse, elle permet à Saab de viser une clientèle plus large tout en affirmant certaines caractéristiques qui deviendront indissociables de son identité : attention portée à la sécurité, ergonomie particulière et recherche de solutions techniques adaptées aux conditions d’utilisation nordiques.
Cette montée en gamme intervient au moment où la structure industrielle du groupe change profondément. La fusion entre Saab et Scania, décidée à la fin de 1968 et concrétisée en 1969 au sein de Saab-Scania, rapproche l’automobile, l’aéronautique et la production de véhicules industriels. Saab dispose alors d’un environnement industriel plus vaste pour poursuivre le développement de sa gamme.
1977 : la Saab 99 Turbo transforme l’image du constructeur
Le dévoilement de la Saab 99 Turbo en 1977 constitue l’un des tournants techniques les plus importants de l’histoire de la marque. Saab n’invente pas la voiture turbocompressée, mais contribue fortement à faire du turbo une solution adaptée à une automobile familiale produite en série, plutôt qu’un dispositif réservé à quelques modèles sportifs ou spécialisés. Cette technologie devient rapidement l’une des signatures les plus reconnaissables du constructeur.
La victoire de Stig Blomqvist au Rallye de Suède 1979 avec une Saab 99 Turbo renforce cette association entre suralimentation et performances. Saab arrête toutefois son programme officiel de compétition peu après, en 1980, afin de concentrer ses ressources sur le développement automobile.
La Saab 900, lancée à la fin des années 1970, devient ensuite le modèle emblématique de cette période. Sa silhouette, son habitacle caractéristique et ses versions turbo donnent à Saab une place singulière parmi les constructeurs européens. Le Cabriolet élargit encore cette notoriété, particulièrement en Amérique du Nord. En 1984, la Saab 9000 permet à la marque de monter davantage en gamme grâce à un programme industriel développé en coopération avec plusieurs constructeurs italiens, dont Fiat et Lancia. Les années 1980 correspondent ainsi au sommet de l’expansion de Saab avant son rapprochement avec un grand groupe automobile international.
1989 : General Motors entre au capital de Saab Automobile
À la fin des années 1980, le coût croissant du développement de nouvelles voitures rend l’indépendance de plus en plus difficile pour un constructeur aux volumes limités. Une réorganisation sépare progressivement l’activité automobile du reste de Saab-Scania. L’accord conclu en 1989 conduit à la création de Saab Automobile AB, dont General Motors prend 50 % du capital, l’autre moitié restant sous contrôle suédois.
Cette nouvelle organisation modifie profondément la manière dont les futures Saab sont conçues. Dans les années 1990, la marque utilise davantage de composants et de plates-formes issus du groupe américain, notamment par l’intermédiaire d’Opel, tout en essayant de préserver ses propres choix de style, d’ergonomie et de mise au point. La nouvelle génération de Saab 900, puis les 9-5 et 9-3, symbolisent cette période de compromis entre spécificité de la marque et économies d’échelle.
En 2000, General Motors rachète la participation qu’il ne détient pas encore et devient l’unique propriétaire de Saab Automobile. À partir de cette date, le constructeur automobile et Saab AB, resté actif dans l’aéronautique et la défense, sont des entreprises distinctes malgré leur histoire et leur nom communs.
2009 : la crise de General Motors place Saab au bord de la disparition
Saab reste une marque relativement petite au sein de General Motors et peine durablement à atteindre la rentabilité attendue. Lorsque le groupe américain traverse une crise majeure à la fin des années 2000, l’avenir de sa filiale suédoise devient incertain. En février 2009, Saab Automobile se place sous le régime suédois de réorganisation afin de tenter de poursuivre ses activités pendant la recherche d’un nouveau propriétaire.
Un premier projet de reprise impliquant Koenigsegg est annoncé, mais il est finalement abandonné. General Motors envisage alors l’arrêt de Saab avant qu’une nouvelle solution ne soit trouvée. En février 2010, le constructeur néerlandais Spyker rachète Saab Automobile. L’opération redonne temporairement son indépendance au constructeur, mais ses ressources financières restent insuffisantes pour soutenir durablement la production et le renouvellement de la gamme.
Les difficultés de trésorerie s’aggravent en 2011 et entraînent des interruptions de production. Plusieurs projets de financement et d’entrée d’investisseurs chinois sont étudiés sans permettre de stabiliser l’entreprise. Le 19 décembre 2011, Saab Automobile AB dépose son bilan. Cette faillite met fin au constructeur historique créé à partir du projet automobile de 1945, mais elle ne signifie pas la disparition de Saab AB, la société aéronautique et de défense.
2012 : NEVS reprend les actifs industriels de Saab Automobile
En juin 2012, National Electric Vehicle Sweden, plus connu sous le nom de NEVS, rachète l’essentiel des actifs industriels de Saab Automobile en faillite, notamment l’usine de Trollhättan et les moyens liés à la production. Cette opération ne constitue toutefois pas un simple rachat de la société Saab Automobile : NEVS acquiert des actifs et obtient séparément l’autorisation d’utiliser le nom Saab sur des voitures, sans récupérer l’ensemble des droits associés à l’ancienne identité visuelle de la marque.
NEVS relance brièvement la production de la Saab 9-3, mais cette tentative ne débouche pas sur une renaissance durable du constructeur. En 2016, l’entreprise annonce que ses futurs véhicules ne porteront plus le nom Saab. Cette décision met un terme à l’utilisation du badge sur de nouvelles automobiles.
En 2026, Saab n’est donc plus une marque automobile active et aucune voiture neuve portant ce nom n’est produite. Saab AB existe toujours en Suède dans les secteurs de la défense, de l’aéronautique et de la sécurité, tandis que l’histoire automobile commencée après la Seconde Guerre mondiale appartient désormais au patrimoine industriel suédois.
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