La Ferrari 350 Can Am est un prototype de compétition conçu en 1967 à partir de la Ferrari 330 P4 pour affronter les puissantes voitures du championnat nord-américain Can-Am. Son V12 de 4,2 litres développait 480 ch, mais cette mécanique sophistiquée ne pouvait compenser l’écart de cylindrée avec les prototypes américains équipés de moteurs de 7 ou 8 litres. Produite sous la forme de seulement deux conversions, elle constitue aujourd’hui l’un des modèles de course les plus rares de Ferrari.
Une Ferrari 330 P4 adaptée au championnat Can-Am
La création de la 350 Can Am répond à une demande de Luigi Chinetti, fondateur du North American Racing Team et principal relais de Ferrari aux États-Unis. Le championnat Can-Am, lancé en 1966, permettait aux constructeurs d’engager des prototypes du Groupe 7 soumis à très peu de restrictions techniques. Ferrari décida donc d’adapter deux voitures issues de la Ferrari 330 P4, les châssis 0858 et 0860, afin de participer à plusieurs épreuves nord-américaines durant la saison 1967.
Cette filiation explique l’architecture générale de la voiture. La 350 Can Am conserve un châssis tubulaire en acier, un moteur central arrière et une grande partie des solutions développées pour les prototypes d’endurance de Maranello. Elle s’inscrit ainsi dans une lignée technique initiée avec la Ferrari 330 P3, puis perfectionnée sur la P4 pour les grandes courses internationales de 1967.
La transformation ne se limitait toutefois pas à un simple changement de carrosserie. La cylindrée du V12 fut augmentée, tandis que la carrosserie fermée de la P4 céda la place à une configuration spider plus adaptée aux usages de la Can-Am. L’allègement et les modifications aérodynamiques devaient aider la Ferrari à rivaliser avec des voitures dont la puissance reposait souvent sur de très imposants V8 américains.
Un V12 de 4,2 litres développant 480 ch
Le moteur de la 350 Can Am est un V12 atmosphérique ouvert à 60 degrés, installé longitudinalement derrière le pilote. Sa cylindrée exacte atteint 4 176,22 cm³. D’après la fiche technique officielle de Ferrari, il développe 353 kW, soit 480 ch, à 8 500 tr/min.
Ce bloc conserve une conception particulièrement évoluée pour son époque. Il utilise une injection indirecte Lucas, deux arbres à cames en tête par rangée de cylindres, trois soupapes par cylindre, un double allumage et une lubrification par carter sec. Son alésage de 79 mm et sa course de 71 mm définissent un moteur supercarré, conçu pour atteindre un régime élevé. Le taux de compression est fixé à 11:1.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Moteur | V12 atmosphérique à 60 degrés |
| Position | Centrale arrière longitudinale |
| Cylindrée | 4 176,22 cm³ |
| Puissance | 480 ch à 8 500 tr/min |
| Alésage et course | 79 x 71 mm |
| Alimentation | Injection indirecte Lucas |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Poids à sec | 700 kg |
| Vitesse maximale annoncée | 315 km/h |
Le nombre 350 ne correspond donc pas à la cylindrée totale du moteur. Ferrari utilisait alors fréquemment la cylindrée approximative d’un cylindre pour nommer ses modèles. Chaque cylindre du V12 affiche ici un volume de 348,01 cm³, arrondi à 350 pour former l’appellation de la voiture.
Un prototype léger et très bas
La 350 Can Am mesure 3 950 mm de long, 1 995 mm de large et seulement 940 mm de haut. Son empattement atteint 2 400 mm. Avec un poids à sec annoncé de 700 kg, le rapport poids-puissance est particulièrement favorable, même selon les standards des prototypes de compétition de la fin des années 1960.
Les suspensions indépendantes emploient des triangles de longueurs inégales, des ressorts hélicoïdaux, des amortisseurs télescopiques et des barres antiroulis. Le freinage est confié à quatre disques, tandis que la transmission passe par une boîte manuelle à cinq rapports complétée par une marche arrière.
La carrosserie spider biplace se distingue de celle de la P4 par son habitacle ouvert et ses lignes adaptées aux circuits nord-américains. Malgré ces transformations, la silhouette conserve plusieurs traits caractéristiques des prototypes Ferrari de 1967, notamment les ailes très enveloppantes et les volumes sculptés autour des roues.
Des débuts à Laguna Seca en octobre 1967
Les deux Ferrari 350 Can Am participent à leur première course de championnat le 15 octobre 1967 à Laguna Seca. Chris Amon termine cinquième au volant du châssis 0860, tandis que Jonathan Williams se classe huitième avec le châssis 0858. Les résultats du Monterey Grand Prix 1967 montrent que les deux voitures ont rejoint l’arrivée, mais qu’elles n’étaient pas en mesure de menacer les meilleurs prototypes du plateau.
La cinquième place obtenue par Amon restera le meilleur résultat de la 350 Can Am dans le championnat. Ce classement ne traduit pas un défaut fondamental de conception. La Ferrari était légère, rapide et techniquement élaborée, mais son V12 de 4,2 litres affrontait des moteurs américains dont la cylindrée pouvait atteindre 7 ou 8 litres. Dans une catégorie laissant une grande liberté aux motoristes, ce déficit limitait fortement les possibilités de victoire.
La voiture se retrouvait ainsi dans une situation différente de celle rencontrée en endurance européenne. Sur les longues distances, l’équilibre général, l’efficacité aérodynamique, la consommation et la fiabilité pouvaient compenser une puissance inférieure. Les courses Can-Am, plus courtes et disputées sur des circuits rapides, favorisaient davantage la puissance brute et les accélérations.
Deux châssis issus d’une prestigieuse saison d’endurance
Avant sa conversion, le châssis 0858 avait connu une importante carrière sous la forme d’une 330 P4. Il avait notamment terminé deuxième des 24 Heures du Mans le 11 juin 1967, piloté par Ludovico Scarfiotti et Mike Parkes. Ce passé souligne la nature particulière de la 350 Can Am, qui n’était pas un prototype entièrement nouveau mais l’adaptation d’une voiture d’endurance déjà engagée au plus haut niveau.
En 1967, Ferrari développait parallèlement plusieurs variantes de ses prototypes pour ses propres équipes et pour des écuries clientes. La Ferrari 412 P appartenait à la même famille technique, tout en étant destinée en priorité aux compétitions d’endurance et aux équipes privées soutenues par l’usine.
Le faible nombre d’exemplaires contribue fortement à l’importance historique de la 350 Can Am. Seuls les châssis 0858 et 0860 furent transformés dans cette configuration. Il convient donc de parler de deux conversions officielles plutôt que d’une production en série, même très limitée.
Pourquoi Ferrari a rapidement augmenté la cylindrée
L’expérience de 1967 démontra que la sophistication du V12 dérivé de la P4 ne suffisait pas dans une discipline dominée par de gros moteurs. Ferrari développa dès 1968 la Ferrari 612 Can Am, équipée d’un V12 de 6 222,16 cm³. Ce moteur développait 620 ch, tandis que la vitesse maximale annoncée atteignait 340 km/h.
Cette évolution illustre le principal enseignement tiré de la 350 Can Am. Pour se rapprocher des performances des McLaren, Lola et autres prototypes à moteur américain, Ferrari devait augmenter nettement la cylindrée plutôt que chercher uniquement à perfectionner son moteur de 4,2 litres.
La recherche de puissance se poursuivit ensuite avec la Ferrari 712 Can Am, ultime expression de cette stratégie. La 350 Can Am reste ainsi le point de départ d’une courte mais spectaculaire série de prototypes Ferrari conçus pour répondre aux exigences très particulières du championnat nord-américain.











