Produite de 1962 à 1964, la Ferrari 250 GT Berlinetta Lusso représente l’aboutissement routier de la famille 250 GT. Elle associe le célèbre V12 Colombo de trois litres à une carrosserie Pininfarina particulièrement équilibrée, réalisée par Scaglietti. Plus confortable qu’une berlinette de compétition, mais plus sportive qu’un coupé de grand tourisme traditionnel, elle occupe une place singulière dans l’histoire de Ferrari.
Le mot italien « Lusso » signifie « luxe ». Cette appellation résume la philosophie du modèle : offrir les performances et les sensations d’une Ferrari à moteur V12 dans une voiture plus raffinée, plus silencieuse et mieux adaptée aux longs trajets. La Lusso reste toutefois une stricte deux-places, avec une architecture et des proportions qui la distinguent nettement des modèles familiaux de la marque.
La dernière évolution routière de la série 250 GT
La Berlinetta Lusso apparaît à la fin d’une période particulièrement féconde pour Ferrari. Depuis le milieu des années 1950, la firme de Maranello multiplie les déclinaisons de la 250, aussi bien pour la route que pour la compétition. La Ferrari 250 GT Berlinetta avait déjà posé les bases d’un coupé compact associant un châssis tubulaire, un moteur V12 avant et une carrosserie élégante.
Le prototype de la Lusso est présenté au Salon de l’automobile de Paris en 1962. La voiture entre ensuite en production et demeure au catalogue jusqu’en 1964. Elle arrive donc après plusieurs Ferrari 250 devenues emblématiques, à un moment où le constructeur cherche à réunir dans un même modèle le raffinement d’une grande routière et le comportement d’une berlinette sportive.
La Lusso ne remplace pas simplement une version antérieure. Elle synthétise plusieurs années d’évolution technique et stylistique. Son empattement de 2 400 mm reprend une dimension déjà utilisée sur les berlinettes les plus sportives de la gamme, mais sa présentation, son aménagement intérieur et ses réglages correspondent davantage à une utilisation routière.
Une grand tourisme, pas une voiture de course
La Ferrari 250 GT Berlinetta Lusso est parfois rapprochée de la Ferrari 250 GT Berlinetta Passo Corto, également connue sous l’appellation 250 GT SWB. Les deux voitures partagent un empattement court et un moteur de même cylindrée, mais leurs caractères diffèrent. La Passo Corto a été développée avec une véritable vocation sportive et a connu une carrière importante en compétition. La Lusso privilégie pour sa part la souplesse, le confort et l’élégance.
La distinction est encore plus nette avec la Ferrari 250 GTO. Cette dernière est une automobile de course homologuée pour la route, conçue autour d’objectifs aérodynamiques et sportifs très spécifiques. La Lusso n’a pas été pensée pour poursuivre le même programme. Elle utilise les qualités du V12 et du châssis Ferrari pour proposer une grand tourisme rapide, sans sacrifier l’habitabilité, la finition ou la facilité d’utilisation.
Ce positionnement explique en grande partie son attrait. La Lusso conserve une mécanique directement issue de la tradition sportive de Ferrari, mais elle ne demande pas à son conducteur d’accepter les contraintes d’une voiture de compétition. Elle est plus civilisée, sans devenir impersonnelle.
Un dessin Pininfarina construit par Scaglietti
La carrosserie est dessinée par Pininfarina et fabriquée par Scaglietti. Cette répartition des rôles était fréquente chez Ferrari : le premier définissait les lignes, tandis que le second assurait la réalisation des carrosseries et leur assemblage sur les châssis produits à Maranello.
La silhouette se caractérise par un long capot, un habitacle rejeté vers l’arrière et une poupe courte. Le pavillon descend progressivement vers un arrière tronqué de type Kamm, une solution qui donne à la voiture une allure dynamique tout en contrôlant l’écoulement de l’air. Les surfaces restent simples, sans décoration excessive ni appendice aérodynamique spectaculaire.
La finesse des montants et l’importante surface vitrée allègent visuellement l’ensemble. Les ailes avant sont bien marquées, mais elles s’intègrent dans une ligne continue qui relie le capot à l’arrière. La calandre basse et les projecteurs découverts contribuent également à l’expression sobre de la voiture.
Cette retenue distingue la Lusso de nombreuses Ferrari de compétition contemporaines. Sa carrosserie ne cherche pas à afficher sa puissance par des prises d’air ou des éléments agressifs. Elle repose plutôt sur la justesse des proportions, la tension des volumes et la précision des détails.
Un habitacle conçu pour voyager
L’intérieur confirme la vocation de grand tourisme. L’habitacle est habillé de cuir et adopte une disposition d’instruments inhabituelle. Les principaux cadrans ne sont pas tous regroupés directement devant le conducteur : une partie de l’instrumentation occupe le centre de la planche de bord, ce qui participe à l’identité visuelle du modèle.
Les deux occupants disposent de sièges séparés et d’un espace adapté à une utilisation routière. La présentation demeure simple selon les standards modernes, mais elle apparaît plus raffinée que celle des Ferrari conçues prioritairement pour la compétition. Les matériaux et la finition répondent à la signification même du nom Lusso.
Cette configuration ne doit pas être confondue avec celle de la Ferrari 250 GT 2+2. Cette dernière propose deux places arrière d’appoint et une carrosserie plus longue, pensée pour une clientèle recherchant davantage de polyvalence. La Berlinetta Lusso reste une deux-places compacte, au profil plus sportif.
Dans la gamme routière, elle prolonge aussi la tradition de la Ferrari 250 GT Coupé, mais avec une silhouette plus tendue et une personnalité plus dynamique. Elle peut ainsi être considérée comme l’une des expressions les plus abouties du coupé Ferrari classique à moteur V12 avant.
Le V12 Colombo de trois litres
La Ferrari 250 GT Berlinetta Lusso utilise un moteur V12 à 60 degrés d’une cylindrée de 2 953,21 cm³. Ce bloc appartient à la famille de moteurs conçue à l’origine par Gioachino Colombo, dont les différentes évolutions ont équipé de nombreuses Ferrari de route et de compétition.
L’alimentation repose sur trois carburateurs Weber 36 DCS. Le moteur possède un arbre à cames en tête par banc et deux soupapes par cylindre. Selon la fiche historique publiée par Ferrari, il développe 176 kW, soit environ 240 ch, à 7 500 tr/min.
La transmission est assurée par une boîte manuelle à quatre rapports, complétée par une marche arrière. Cette configuration peut paraître modeste par rapport aux transmissions modernes, mais le couple du V12, sa capacité à prendre des tours et le poids contenu de la voiture permettent d’exploiter efficacement les quatre rapports.
Le nombre « 250 » correspond à la cylindrée unitaire approximative de chaque cylindre. Avec douze cylindres d’environ 250 cm³ chacun, Ferrari obtenait une cylindrée totale proche de trois litres. Cette méthode de dénomination a été utilisée sur de nombreux modèles de la famille.
Caractéristiques techniques principales
| Élément | Caractéristique |
|---|---|
| Période de production | 1962 à 1964 |
| Architecture | Moteur avant, propulsion |
| Moteur | V12 à 60 degrés |
| Cylindrée | 2 953,21 cm³ |
| Puissance | 176 kW, environ 240 ch à 7 500 tr/min |
| Alimentation | Trois carburateurs Weber 36 DCS |
| Boîte de vitesses | Manuelle à quatre rapports |
| Châssis | Structure tubulaire en acier |
| Empattement | 2 400 mm |
| Poids à sec | 1 020 kg |
| Freinage | Freins à disque |
| Capacité du réservoir | 114 litres |
| Vitesse maximale annoncée | 240 km/h |
La vitesse maximale de 240 km/h correspond à la valeur annoncée par Ferrari. En revanche, le constructeur ne fournit pas de temps officiel de 0 à 100 km/h dans sa fiche historique. Les chiffres d’accélération parfois publiés doivent donc être considérés comme des estimations ou des mesures issues de sources secondaires, et non comme une donnée d’usine incontestable.
Le poids à sec annoncé de 1 020 kg donne à la voiture un rapport poids-puissance favorable pour une grand tourisme du début des années 1960. Le châssis tubulaire en acier et les quatre freins à disque participent à son comportement routier, tandis que l’empattement court favorise l’agilité.
Une production très limitée
La production totale est généralement établie à 350 exemplaires par les catalogues de maisons de ventes spécialisées. Certaines sources secondaires mentionnent toutefois 351 voitures. Cette différence peut provenir de la manière de comptabiliser un prototype, un châssis particulier ou la transition entre les premiers exemplaires et la production régulière.
Il est donc plus rigoureux de présenter le chiffre de 350 unités comme la valeur la plus couramment retenue, tout en signalant que le total exact n’est pas formulé de manière parfaitement uniforme selon les publications. Cette nuance est importante pour un modèle dont chaque numéro de châssis possède aujourd’hui une histoire documentée.
La rareté ne constitue cependant qu’une partie de l’intérêt de la Lusso. Son statut repose aussi sur sa position chronologique. Elle clôt la lignée des Ferrari 250 GT routières à deux places avant que la marque ne développe de nouvelles générations de coupés V12, dotées de cylindrées plus importantes et de carrosseries adaptées à l’évolution des années 1960.
Pourquoi la Berlinetta Lusso occupe une place particulière
La Lusso est souvent décrite comme un point d’équilibre dans l’histoire de Ferrari. Elle possède une mécanique proche de celle des modèles de compétition, un empattement compact et des performances élevées, mais elle adopte une présentation plus luxueuse et une carrosserie dépourvue d’agressivité ostentatoire.
Elle réunit également trois signatures majeures de l’automobile italienne de l’époque : Ferrari pour le châssis et la mécanique, Pininfarina pour le dessin et Scaglietti pour la fabrication de la carrosserie. Cette association explique la cohérence du modèle, dont les qualités techniques et esthétiques ne semblent jamais entrer en concurrence.
Son importance tient enfin à ce qu’elle représente la dernière expression d’une formule devenue classique : un V12 atmosphérique de trois litres installé à l’avant, une boîte manuelle, une propulsion, un châssis tubulaire et une carrosserie façonnée en petite série. La Ferrari 250 GT Berlinetta Lusso ne cherche ni la radicalité de la GTO ni la polyvalence d’une 2+2. Elle demeure une grand tourisme à deux places, conçue pour parcourir rapidement de longues distances avec un niveau de raffinement rare au début des années 1960.











