
ARES Design est née en 2014 avec l’ambition de pousser la personnalisation automobile bien au-delà des programmes proposés par les constructeurs de prestige. Fondée autour de Dany Bahar, ancien dirigeant de Ferrari et de Lotus, et de son partenaire Waleed Al Ghafari, la société s’est développée à Modène au cœur de la Motor Valley italienne. D’abord spécialisée dans la transformation de voitures existantes, elle a progressivement évolué vers le coachbuilding, puis vers des modèles au dessin propre comme la Panther ProgettoUno et la S1. Son histoire récente est également marquée par une forte expansion, une crise financière, la liquidation de plusieurs anciennes sociétés d’exploitation et une relance sous le nom ARES Atelier.
2014 : Dany Bahar et Waleed Al Ghafari lancent ARES
ARES voit le jour en 2014 dans un contexte très différent de celui d’un constructeur automobile traditionnel. Dany Bahar vient alors de plusieurs années passées dans l’industrie des voitures de sport et de luxe. Après des fonctions chez Ferrari, puis à la tête de Lotus, il s’associe notamment à Waleed Al Ghafari pour développer une entreprise indépendante destinée à une clientèle souhaitant des automobiles beaucoup plus personnalisées que celles proposées par les programmes officiels des grandes marques.
Le concept initial repose donc sur des voitures déjà existantes. ARES intervient sur leur apparence extérieure, leur habitacle et, selon les projets, certains éléments mécaniques, tout en conservant une grande partie de la base technique du véhicule donneur. Cette nuance est importante : à ses débuts, ARES n’est pas encore un constructeur développant ses propres plateformes, mais un atelier de personnalisation haut de gamme capable de mener des transformations très poussées.
Le choix de Modène donne rapidement une dimension particulière au projet. La région rassemble depuis des décennies des constructeurs, carrossiers, ingénieurs et fournisseurs spécialisés dans les voitures de sport et les petites séries. Pour une jeune entreprise qui ne souhaite pas construire toute sa chaîne industrielle à partir de zéro, cet environnement permet d’accéder à des compétences techniques difficiles à réunir ailleurs.
2018 : le centre technique de Modène fait entrer ARES dans le coachbuilding
Le 30 janvier 2018 constitue le premier grand tournant industriel de l’histoire d’ARES avec l’inauguration officielle de son nouveau centre technique de Modène. L’installation couvre alors environ 18 000 m² et rassemble plusieurs métiers auparavant dispersés : conception, ingénierie, prototypage, travail des matériaux composites, peinture, sellerie et assemblage. ARES dispose désormais d’un outil capable de prendre en charge une transformation automobile depuis le dessin jusqu’au véhicule terminé.
Cette évolution se voit notamment avec la transformation de la Bentley Mulsanne en coupé. Le projet va beaucoup plus loin qu’un simple changement de boucliers ou d’habillage intérieur. La berline quatre portes est profondément restructurée pour devenir une deux portes, avec une carrosserie spécifique et des modifications touchant notamment la position des montants. Ce type de travail rapproche ARES de la tradition du coachbuilding, dans laquelle un carrossier réalise une automobile très différente à partir d’une architecture existante.
À partir de cette période, la société ne se définit donc plus seulement par la personnalisation de véhicules de prestige. Elle cherche à concevoir des carrosseries complètes, des exemplaires uniques et de petites séries capables d’afficher une identité propre, tout en continuant d’utiliser des bases mécaniques fournies par d’autres constructeurs.
2019 : la Panther ProgettoUno donne à ARES sa première supercar emblématique
La Panther ProgettoUno, dévoilée dans sa forme définitive en 2019, matérialise cette nouvelle ambition. Le projet s’inspire clairement de la Pantera historique de De Tomaso, notamment par ses proportions et certains détails stylistiques, mais il ne s’agit ni d’une nouvelle Pantera officielle ni d’une relance de la marque De Tomaso. ARES réalise sa propre interprétation d’un dessin des années 1970 en utilisant une base mécanique contemporaine.
La Panther devient la première supercar qu’ARES présente sous sa propre identité et inaugure le programme baptisé Legends Reborn. Son importance historique tient moins à ses caractéristiques techniques qu’à ce changement de positionnement : l’entreprise ne se contente plus d’exécuter les demandes de personnalisation d’un propriétaire, elle imagine désormais un produit complet, définit son style et propose sa vision à plusieurs clients dans le cadre d’une production limitée.
Ce modèle établit aussi l’une des particularités durables d’ARES : associer des références stylistiques fortes au patrimoine automobile avec des composants techniques modernes. Cette méthode permet à l’entreprise de développer des automobiles très différenciées sans devoir financer la conception intégrale d’un moteur, d’une transmission ou d’une plateforme.
2020 : la S1 Project affirme une identité stylistique propre à ARES
En septembre 2020, ARES franchit une étape supplémentaire avec la présentation de la S1 Project. Contrairement à la Panther, dont le dessin assume une filiation avec une voiture historique, la S1 est présentée comme la première supercar dont le style est entièrement développé par ARES. Une production limitée à 24 exemplaires est alors annoncée.
Le projet ne doit toutefois pas être présenté comme une automobile conçue intégralement à partir d’une feuille blanche. Sous sa carrosserie spécifique, la S1 exploite une architecture et des éléments mécaniques issus de la Corvette C8. Le véritable progrès historique se situe ailleurs : ARES cesse de dépendre d’un modèle reconnaissable pour définir l’apparence de sa création. Le véhicule donneur devient surtout une base d’ingénierie autour de laquelle l’entreprise développe ses propres volumes et son propre habitacle.
Le premier exemplaire achevé sera officiellement présenté au siège de Modène en 2023. Entre le concept de 2020 et cette voiture finalisée, la S1 accompagne ainsi la volonté d’ARES de devenir une petite manufacture de modèles exclusifs plutôt qu’un simple préparateur de voitures existantes.
2022 : de nouveaux investisseurs accompagnent une stratégie d’expansion ambitieuse
Après plusieurs années de croissance, ARES annonce en 2022 une accélération importante de son développement. La société affirme vouloir évoluer d’un spécialiste de la personnalisation esthétique vers un fabricant de modèles davantage dessinés et développés sous sa propre identité. Cette stratégie s’accompagne de l’arrivée de nouveaux investisseurs, parmi lesquels figurent notamment Alfredo Altavilla, Boris Collardi et Marco Bizzarri.
Les ambitions dépassent alors la seule usine de Modène. ARES cherche à étendre son réseau international et annonce d’importants investissements destinés à soutenir de nouveaux projets. Ces annonces doivent être comprises comme les objectifs d’une entreprise en phase d’expansion, et non comme la preuve que tous les investissements et volumes envisagés ont effectivement été réalisés.
En 2023, le groupe industriel italien Proma, spécialisé dans les composants automobiles, entre à son tour au capital. Cette opération prendra une importance particulière quelques années plus tard, puisque Proma deviendra l’acteur central de la relance de l’activité après la crise financière. À ce stade, toutefois, l’entrée de nouveaux actionnaires traduit surtout la volonté de donner à ARES les moyens industriels et financiers de changer d’échelle.
2024 : une crise de liquidité interrompt brutalement la phase de croissance
L’expansion engagée au début des années 2020 est brutalement remise en cause en 2024. À partir du printemps, les difficultés de trésorerie deviennent publiques. Les représentants des salariés font état de retards de salaires, d’une réduction des effectifs et d’un ralentissement important de l’activité. À la fin du mois de juillet, une procédure de concordat destinée à rechercher une continuité de l’entreprise est ouverte.
Cette crise constitue une rupture majeure dans l’histoire d’ARES. Quelques années auparavant, la société annonçait encore des investissements importants et une croissance internationale. Elle doit désormais chercher de nouveaux financements pour préserver son activité, ses commandes et son outil industriel de Modène.
Un autre épisode judiciaire intervient à la même période dans un contentieux avec Ferrari autour d’un projet inspiré de la 250 GTO. Cet événement existe bien dans l’histoire récente d’ARES, mais les éléments disponibles ne permettent pas d’établir qu’il serait à l’origine des difficultés financières. La crise de liquidité doit donc être présentée comme un problème distinct, sans lui attribuer artificiellement une cause unique.
2025 : la liquidation des anciennes sociétés impose une nouvelle structure
Au début de 2025, la recherche d’une continuité industrielle passe par la création d’une nouvelle société, ARES Operations, constituée pour reprendre l’exploitation et permettre notamment l’achèvement des commandes en cours. Antonio Trotta en assure la direction dans cette phase de transition.
Le 26 mai 2025, le tribunal de Modène prononce toutefois la liquidation judiciaire de deux anciennes structures directement liées aux activités de la marque : Plutone Srl, précédemment Ares Modena Srl, et Saturno Srl, précédemment Ares Modena Factory Srl. Cet épisode marque la fin juridique des sociétés qui avaient porté une partie essentielle du développement d’ARES pendant sa période de croissance.
Il serait néanmoins inexact d’en conclure qu’ARES disparaît à cette date. La liquidation touche des sociétés d’exploitation précises, tandis que le savoir-faire, les actifs et la possibilité de poursuivre les activités font l’objet d’une restructuration. L’enjeu devient alors de préserver l’implantation de Modène et les compétences accumulées depuis les premières années de la marque.
2026 : ARES Atelier relance l’activité avec Proma comme actionnaire majoritaire
En 2026, cette continuité prend une forme plus claire avec le développement de l’identité ARES Atelier. La nouvelle phase repose sur une structure capitalistique profondément remaniée : Proma Group devient l’actionnaire majoritaire, aux côtés notamment de Boris Collardi, tandis qu’Antonio Trotta prend en charge la direction opérationnelle.
La relance conserve Modène comme centre de référence et maintient le positionnement historique de l’entreprise autour du coachbuilding, des petites séries et des automobiles conçues en étroite collaboration avec leurs propriétaires. Il ne s’agit donc pas d’une nouvelle marque sans lien avec le passé, mais d’une reprise du projet ARES sous une organisation juridique, financière et managériale différente.
La réapparition publique de la S1 dans une évolution présentée en 2026 confirme le retour à une activité automobile visible après la restructuration. ARES Atelier poursuit ainsi une histoire commencée douze ans plus tôt avec la transformation de voitures de prestige, devenue progressivement celle d’une petite maison de carrosserie moderne capable de développer ses propres créations sur des bases techniques existantes.
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