
Bizzarrini naît au milieu des années 1960 autour de Giotto Bizzarrini, ingénieur italien passé par Alfa Romeo et Ferrari avant de travailler comme indépendant à Livourne. La marque restera active seulement quelques années sous sa forme originelle, mais cette courte période suffit à produire la 5300 GT, à inscrire son nom aux 24 Heures du Mans et à faire de Bizzarrini l’un des constructeurs artisanaux les plus singuliers de l’Italie de l’après-guerre. Après la faillite de 1969 et plusieurs décennies sans véritable continuité industrielle, le nom connaît différentes tentatives de retour avant une relance structurée à partir de 2020.
1957 : Giotto Bizzarrini forge son expérience chez Ferrari
L’histoire de Bizzarrini ne commence pas directement par la création d’une marque automobile. Elle prend d’abord forme dans la carrière de son fondateur. Diplômé en ingénierie à l’université de Pise en 1953, Giotto Bizzarrini travaille notamment sur l’Alfa Romeo Giulietta avant de rejoindre Ferrari en 1957. Il y devient ingénieur et pilote d’essai et participe au développement de plusieurs voitures de sport et de compétition.
Son nom reste particulièrement associé à la genèse de la Ferrari 250 GTO. Bizzarrini quitte toutefois Maranello en 1961 lors de la profonde crise interne souvent désignée comme la « palace revolution ». Ce départ est décisif : il pousse l’ingénieur à mettre son expérience au service de ses propres projets et de plusieurs constructeurs italiens.
1962 : l’activité indépendante prépare la naissance de la marque
En 1962, Giotto Bizzarrini crée à Livourne une structure d’ingénierie connue sous le nom de Società Autostar. Cette date est parfois présentée comme celle de la fondation de Bizzarrini, mais elle correspond en réalité au début de son activité indépendante. La marque automobile portant son nom sera constituée deux ans plus tard.
Cette période contribue néanmoins directement à sa naissance. Bizzarrini travaille pour plusieurs entreprises et conçoit notamment le V12 destiné au premier projet automobile de Lamborghini. Surtout, il noue une relation déterminante avec Iso. Il participe au développement de l’Iso Rivolta puis de la Grifo et pousse cette dernière vers une version beaucoup plus orientée vers la compétition. Le programme Iso Grifo A3 constitue ainsi la base technique dont émergera bientôt la voiture emblématique de sa propre marque.
1964 : Prototipi Bizzarrini transforme l’ingénieur en constructeur
La marque Bizzarrini proprement dite est fondée à Livourne en 1964 sous le nom Prototipi Bizzarrini S.R.L. Giotto Bizzarrini ne se contente alors plus de concevoir des voitures pour d’autres entreprises : il cherche à produire des automobiles portant son propre nom.
La rupture avec Iso entraîne la transformation du programme A3 en une automobile commercialisée comme Bizzarrini. La 5300 GT devient rapidement le modèle central du jeune constructeur. Sa conception reflète directement l’expérience de son fondateur en compétition : une carrosserie très basse, un châssis pensé pour l’efficacité et un V8 d’origine Chevrolet placé très en arrière dans le compartiment moteur afin d’améliorer la répartition des masses. Cette association entre mécanique américaine et conception italienne devient l’un des traits les plus reconnaissables de Bizzarrini.
Les archives reprises par la marque actuelle évoquent environ 133 exemplaires de 5300 GT, toutes versions confondues. Ce chiffre doit être considéré comme une estimation plutôt que comme un total parfaitement établi, mais il suffit à mesurer le caractère artisanal de l’entreprise.
1965 : Le Mans installe la 5300 GT dans l’histoire
La compétition joue un rôle immédiat dans la réputation du constructeur. Aux 24 Heures du Mans 1965, une voiture issue du programme Iso Grifo A3/C, engagée sous l’appellation Iso Grifo Prototipi Bizzarrini, termine neuvième au classement général et remporte la catégorie des prototypes de plus de cinq litres. Cette désignation rappelle que la séparation entre Iso et Bizzarrini est encore récente, mais ce résultat devient le principal succès sportif associé à l’histoire de la 5300 GT.
La victoire de catégorie est importante parce qu’elle valide publiquement les choix techniques de Giotto Bizzarrini. Le constructeur reste minuscule face aux grandes équipes engagées au Mans, mais il dispose désormais d’une référence sportive internationale capable de donner de la crédibilité à ses voitures de route. La compétition n’est donc pas un simple exercice d’image : elle se trouve au cœur du développement initial de la marque.
1966 : Bizzarrini élargit ses ambitions au-delà de la 5300 GT
En 1966, l’entreprise prend le nom de Bizzarrini S.p.A., signe d’une volonté de devenir un constructeur plus structuré. Giotto Bizzarrini cherche en parallèle à dépasser la seule formule de la 5300 GT. La P538 illustre cette évolution : conçue comme un prototype de compétition à moteur arrière, elle montre que l’ingénieur souhaite explorer une architecture plus moderne pour la course. Son engagement au Mans en 1966 ne débouche cependant pas sur un succès comparable à celui obtenu l’année précédente.
Bizzarrini tente aussi de diversifier son offre. La 1900 GT Europa, apparue dans cette seconde moitié des années 1960, adopte notamment un moteur quatre cylindres provenant d’Opel et vise une clientèle moins exclusive que celle de la 5300 GT. Produite à très peu d’exemplaires, elle ne parvient pas à donner au constructeur le volume supplémentaire dont il aurait eu besoin. Cette diversification souligne le principal problème de Bizzarrini : l’entreprise possède une forte capacité de conception, mais une base industrielle et financière très limitée.
1968 : la créativité technique ne suffit pas à éviter la crise
À la fin des années 1960, les projets continuent de se multiplier alors que la situation financière se fragilise. En 1968, un châssis Bizzarrini sert notamment de base à la Manta, premier prototype réalisé par Italdesign. L’épisode témoigne de l’influence technique de Bizzarrini dans le milieu automobile italien, mais il ne change pas les difficultés économiques de son propre constructeur.
Les causes détaillées de la crise ont donné lieu à différents récits, notamment autour des relations avec les partenaires et investisseurs de l’entreprise. Ce qui est établi est que Bizzarrini ne réussit pas à transformer son intense activité de conception en une production suffisamment stable. En 1969, la société originelle est déclarée en faillite. La première vie du constructeur Bizzarrini s’achève ainsi après seulement quelques années d’activité.
2002 : une première tentative de relance reste sans lendemain
Giotto Bizzarrini continue à travailler sur différents projets automobiles après la disparition de son entreprise, mais cette activité personnelle ne constitue pas une continuité industrielle de la marque. Pendant plusieurs décennies, le nom Bizzarrini subsiste surtout grâce aux voitures historiques, aux collectionneurs et à quelques prototypes ponctuels.
Une tentative plus structurée apparaît au début des années 2000 avec VGM Motors, société disposant de droits d’exploitation du nom Bizzarrini. De nouveaux projets sont présentés, dont une GT connue sous le nom de Ghepardo, mais ils n’aboutissent pas à la reconstruction durable d’un constructeur. La société entre finalement en liquidation au début des années 2010. Cet épisode montre que le prestige du nom reste attractif, sans qu’une production régulière soit encore réellement rétablie.
2020 : une nouvelle Bizzarrini relance progressivement la production
Une nouvelle phase commence en 2020 lorsqu’une société Bizzarrini est constituée sous le contrôle de nouveaux investisseurs liés à Pegasus Brands. Cette relance ne doit pas être présentée comme la continuation juridique ininterrompue de l’entreprise créée par Giotto Bizzarrini en 1964. Il s’agit d’une nouvelle structure qui exploite l’histoire et l’identité du constructeur disparu.
La stratégie débute par un retour aux origines. Une série de 24 exemplaires de la 5300 GT Corsa Revival est lancée afin de recréer la voiture de compétition historique avec une approche de continuation. La première est livrée en 2022 et le programme s’achève en 2024. Cette production limitée marque une différence importante avec certaines tentatives de renaissance antérieures : des voitures portant officiellement le nom Bizzarrini sont de nouveau effectivement construites et livrées.
La marque prépare parallèlement des modèles contemporains. La Giotto, révélée en 2023, est conçue comme une nouvelle GT à moteur V12 développé avec Cosworth et dessinée avec Giorgetto et Fabrizio Giugiaro. Les premières livraisons avaient initialement été annoncées pour 2026, mais les communications publiées au cours de cette même année indiquent encore un projet en progression vers la production.
En juillet 2026, Bizzarrini présente également la 5300 Aperta Lusso, décrite par l’entreprise comme sa première nouvelle voiture de production depuis les années 1960. Une première série de dix exemplaires est annoncée, tandis que d’autres livraisons sont prévues à partir de 2027. La situation actuelle est donc celle d’un constructeur artisanal relancé, passé d’un programme consacré à son patrimoine au développement de voitures nouvelles, mais toujours engagé dans une production extrêmement limitée.
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