Histoire de la marque Smart

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Smart est née dans les années 1990 de la rencontre entre une idée de Nicolas Hayek, fondateur de Swatch, et les recherches menées depuis longtemps par Mercedes-Benz sur la voiture urbaine très compacte. Lancée commercialement en 1998, la marque s’est fait connaître avec une automobile deux places d’une longueur inhabituelle, pensée avant tout pour la circulation et le stationnement en ville. Son histoire ne se résume pourtant pas à la fortwo : Smart a connu le retrait de Swatch, plusieurs tentatives de diversification, une restructuration profonde, un rôle précoce dans la voiture électrique puis une transformation complète après l’association entre Mercedes-Benz et Geely.

1981 : Mercedes-Benz expérimente la micro-voiture urbaine avec la NAFA

Les origines de Smart sont antérieures à la création officielle de la marque. Dès les années 1970, Mercedes-Benz travaille sur des véhicules capables de répondre aux problèmes de circulation et de stationnement dans les grandes villes. Cette réflexion se concrétise notamment en 1981 avec la NAFA, pour « Nahverkehrsfahrzeug », un prototype extrêmement compact destiné à explorer une autre manière de concevoir l’automobile urbaine.

La NAFA n’est pas une Smart avant l’heure au sens industriel du terme, mais elle montre que Mercedes s’intéresse déjà au principe d’une voiture très courte, facile à manœuvrer et conçue autour des contraintes urbaines plutôt qu’autour des standards traditionnels de l’automobile familiale. Ce travail technique formera l’un des deux courants qui se rejoindront quelques années plus tard.

1994 : Nicolas Hayek et Mercedes-Benz créent Micro Compact Car

Au début des années 1990, Nicolas Hayek souhaite transposer à l’automobile une partie des principes qui ont fait le succès des montres Swatch : un produit identifiable, personnalisable, relativement simple et pensé pour un usage quotidien. Son projet de petite voiture, souvent désigné sous le nom de « Swatchmobile », vise un véhicule urbain radicalement différent des modèles conventionnels. Hayek cherche alors un constructeur capable de transformer cette idée en automobile produite à grande échelle. Une coopération avec Volkswagen est envisagée avant que le projet ne se rapproche finalement de Mercedes-Benz.

En 1994, Daimler-Benz et le groupe suisse SMH, futur Swatch Group, fondent Micro Compact Car AG, généralement abrégée MCC. La société est créée à Bienne, en Suisse, afin de développer et de commercialiser la future petite voiture. La naissance de Smart doit donc être comprise comme le résultat d’une collaboration : Hayek apporte l’impulsion commerciale et une vision originale du produit, tandis que Mercedes apporte son savoir-faire en matière d’ingénierie, de sécurité et d’industrialisation.

Cette double origine explique pourquoi il est réducteur de présenter Nicolas Hayek comme l’unique fondateur de Smart ou, à l’inverse, de considérer la marque comme un simple projet interne de Mercedes. Le nom Smart lui-même sera associé à l’idée « Swatch Mercedes Art », résumant symboliquement cette association initiale.

1997 : Hambach devient le centre industriel du projet Smart

Le passage du concept à la production nécessite une usine spécifiquement adaptée. Le site de Hambach, en Moselle, est retenu pour accueillir la fabrication de la future voiture. Inaugurée en 1997, l’usine est rapidement surnommée « Smartville ». Son organisation constitue un aspect important de l’histoire de la marque : plusieurs fournisseurs majeurs sont directement intégrés autour de la chaîne d’assemblage et livrent des ensembles complets plutôt que de simples pièces.

Cette méthode accompagne l’ambition de concevoir Smart autrement qu’une automobile traditionnelle réduite à petite échelle. Le véhicule est pensé comme un ensemble modulaire, avec notamment une cellule structurelle très visible qui deviendra la cellule tridion. Celle-ci participe à la fois à la sécurité et à l’identité visuelle de la voiture. Hambach devient ainsi indissociable des premières décennies de Smart, puisqu’il produira la petite deux places emblématique pendant plus de vingt ans.

1998 : la City-Coupé lance Smart mais Swatch quitte rapidement l’aventure

La commercialisation débute en 1998 avec la Smart City-Coupé. Sa conception tranche avec les habitudes du marché : deux places seulement, une longueur extrêmement réduite et une architecture destinée à exploiter au mieux chaque centimètre disponible. Dans certaines situations, son gabarit permet même de se garer perpendiculairement au trottoir là où une voiture classique doit stationner dans le sens de la chaussée. Plus qu’une simple petite citadine, elle propose une réponse spécifique aux contraintes des centres urbains européens.

Cette première Smart installe immédiatement les éléments qui feront la réputation de la marque : dimensions compactes, cellule tridion apparente, panneaux de carrosserie interchangeables sur certaines versions et style volontairement différent des automobiles conventionnelles. La City-Coupé prendra ensuite le nom de fortwo, qui deviendra durablement associé à Smart.

La même année, cependant, l’association avec Swatch touche à sa fin. Le groupe de Nicolas Hayek revend à Daimler-Benz la participation qu’il possède encore dans MCC. Parmi les désaccords figure la question de la propulsion : Hayek souhaitait initialement une solution plus novatrice, notamment hybride, alors que la voiture commercialisée adopte des motorisations thermiques classiques. À partir de ce retrait, Smart devient entièrement contrôlée par Daimler. La marque conserve l’héritage du projet Swatchmobile, mais son avenir dépend désormais du groupe automobile allemand.

2003 : Roadster et forfour tentent d’élargir Smart au-delà de la deux places

Après avoir construit sa notoriété autour d’un seul concept très identifiable, Smart cherche au début des années 2000 à devenir une marque proposant plusieurs types de véhicules. Le Roadster, commercialisé à partir de 2003, applique l’esprit de légèreté et de compacité de Smart à une petite voiture sportive. Peu après, la première forfour introduit quatre places et vise un usage plus polyvalent.

Cette diversification devait permettre à Smart de dépasser le marché relativement limité de la micro-citadine. Elle fragilise pourtant son modèle économique. Les nouveaux véhicules imposent des investissements supplémentaires alors que la marque peine déjà à atteindre une rentabilité suffisante. Le Roadster ne rencontre pas des volumes permettant de justifier durablement sa production, tandis que la forfour ne transforme pas Smart en constructeur généraliste. Un projet de SUV, le formore, est également abandonné avant sa commercialisation.

En 2005 et 2006, Daimler engage donc une restructuration profonde. Le Roadster et la première forfour disparaissent et Smart se recentre sur la fortwo. Cette période est parfois présentée abusivement comme une faillite de Smart. La marque a bien subi d’importantes pertes et une sévère remise en ordre, mais elle n’a pas fait faillite : son propriétaire a choisi de réduire fortement son périmètre et de l’intégrer davantage à son organisation.

2007 : la nouvelle fortwo accompagne les premiers pas électriques de Smart

La deuxième génération de fortwo, lancée en 2007, doit consolider la marque après l’échec de la diversification. Smart revient alors à ce qui la distingue réellement sur le marché : une voiture deux places conçue spécifiquement pour la ville. Dans le même temps, la marque commence à expérimenter plus sérieusement la propulsion électrique.

Une flotte d’environ une centaine de fortwo électriques est notamment testée à Londres en 2007. Les expérimentations se poursuivent ensuite avec d’autres générations de Smart electric drive avant le passage à une production plus structurée au début des années 2010. Ces programmes prennent une importance historique particulière avec le recul : l’électrique ne constitue pas encore le cœur des ventes de Smart, mais il devient progressivement cohérent avec l’idée initiale d’une voiture adaptée aux déplacements urbains et aux contraintes environnementales.

Cette période montre également les limites d’un développement entièrement autonome pour une marque de petite taille. Smart doit continuer à renouveler ses produits tout en contrôlant ses coûts, ce qui favorise bientôt une stratégie de coopération industrielle.

2010 : l’alliance avec Renault prépare une nouvelle génération de fortwo et de forfour

En 2010, Daimler et l’alliance Renault-Nissan mettent en place une coopération portant sur plusieurs projets industriels. Pour Smart, elle offre la possibilité de partager le développement d’une nouvelle architecture de petites voitures. Cette stratégie aboutit en 2014 à une nouvelle fortwo ainsi qu’au retour de la forfour.

La seconde génération de forfour partage alors une base technique étroitement liée à la Renault Twingo de troisième génération. Les deux modèles sont notamment conçus autour d’une architecture à moteur arrière. Smart parvient ainsi à revenir sur le marché des quatre places sans reproduire exactement la coûteuse stratégie d’expansion du début des années 2000.

Parallèlement, l’électrification prend une place croissante. Les versions électriques rejoignent progressivement la gamme et l’appellation Smart EQ s’impose à la fin des années 2010. En 2019, la marque cesse de proposer des motorisations thermiques dans sa gamme historique et effectue une transition complète vers l’électrique. Ce choix marque l’aboutissement d’une évolution commencée plus de dix ans auparavant avec les premières fortwo electric drive.

2019 : Mercedes-Benz et Geely refondent Smart dans une coentreprise mondiale

L’année 2019 ouvre la rupture la plus importante depuis le lancement de la première voiture. Mercedes-Benz et le groupe chinois Geely annoncent la création d’une coentreprise destinée à assurer l’avenir de Smart. La nouvelle société, Smart Automobile Co., Ltd., est formellement constituée en 2020 avec une participation égale des deux partenaires.

Cette organisation transforme profondément le fonctionnement de la marque. Mercedes-Benz reste impliquée dans son identité et son design, tandis que l’écosystème industriel de Geely joue un rôle central dans le développement technique et la production de la nouvelle génération. Smart n’est donc plus simplement une petite marque urbaine intégrée à Daimler : elle devient une entreprise sino-allemande visant plusieurs marchés internationaux et reposant sur une nouvelle base industrielle.

Le changement concerne aussi son implantation historique. Mercedes-Benz vend l’usine de Hambach à INEOS Automotive en 2020. Le site continue néanmoins de produire la Smart EQ fortwo pendant quelques années dans le cadre d’un accord industriel. La vente de l’usine ne signifie donc pas immédiatement la disparition du modèle historique.

2022 : la Smart #1 inaugure une marque plus grande et plus internationale

Présentée en 2022, la Smart #1 est le premier modèle à matérialiser pleinement la nouvelle stratégie Mercedes-Geely. Elle conserve une motorisation entièrement électrique, mais rompt avec l’idée selon laquelle une Smart doit nécessairement être une micro-voiture deux places. La #1 adopte le format d’un SUV compact et vise un positionnement plus haut de gamme, avec une conception pensée dès l’origine pour plusieurs marchés.

La #3, puis la #5, prolongent cette évolution vers des véhicules plus spacieux. Smart devient ainsi une marque électrique couvrant plusieurs segments plutôt qu’un constructeur défini presque exclusivement par la fortwo. Cette transformation s’accompagne d’une rupture symbolique supplémentaire en mars 2024 avec la fin de production de la fortwo à Hambach. Le modèle qui avait fondé l’identité de Smart en 1998 disparaît alors après plus de vingt-cinq ans de présence sous différentes générations.

L’évolution ne s’arrête pas au tout électrique à l’échelle mondiale. À partir de 2025, Smart introduit en Chine des versions hybrides rechargeables utilisant l’appellation EHD, notamment autour de la #5, puis poursuit cette diversification avec la #6 EHD. Il faut donc distinguer la transition historique vers une gamme entièrement électrique réalisée en 2019 de la stratégie internationale plus récente, qui adapte désormais les motorisations aux différents marchés.

2026 : la future Smart #2 prépare le retour de la petite deux places

En 2026, Smart présente un visage très différent de celui de ses débuts : son organisation associe Mercedes-Benz et Geely, ses principaux nouveaux modèles sont développés dans un cadre international et sa gamme s’est étendue bien au-delà de la micro-citadine. La marque prépare pourtant un retour explicite à son concept fondateur avec la Smart #2.

Cette nouvelle deux places entièrement électrique doit renouer avec le format très compact abandonné après l’arrêt de la fortwo. Au 11 août 2026, elle n’est pas encore commercialisée : sa première mondiale est annoncée pour octobre 2026 au Mondial de l’Automobile de Paris. Son arrivée doit permettre à Smart de réunir les deux dimensions qui ont façonné son histoire, d’un côté une marque désormais mondiale issue de la coopération entre Mercedes-Benz et Geely, de l’autre l’idée originale d’une automobile extrêmement compacte conçue avant tout pour la ville.