Lancé en Europe en 1993, le Nissan Terrano 2, officiellement Terrano II, est un 4×4 développé pour répondre aux attentes du marché européen sans renoncer à une architecture de véritable tout-terrain. Connu sous le code R20, il associe un châssis séparé, une transmission 4×4 enclenchable avec gamme courte et deux carrosseries, un 3 portes à empattement court et un 5 portes plus familial. Fabriqué à Barcelone jusqu’en 2005, il connaîtra une carrière exceptionnellement longue, ponctuée de plusieurs restylages et d’une importante évolution de ses motorisations.
Un 4×4 Nissan conçu et produit en Europe
Le Terrano II apparaît dans un contexte particulier pour Nissan. Le constructeur dispose déjà d’une solide expérience européenne dans le tout-terrain grâce à son usine espagnole de Barcelone, où des Patrol sont fabriqués depuis les années 1980. Le nouveau modèle doit occuper un échelon moins imposant que le Nissan Patrol, tout en conservant les solutions techniques attendues d’un 4×4 capable de quitter réellement la route.
Il prend la relève du Nissan Terrano de première génération dans l’offre européenne, mais ne constitue pas une simple évolution de sa carrosserie. Le R20 est un programme largement européen, produit par Nissan Motor Ibérica à Zona Franca, Barcelone. Son dessin est attribué à Ercole Spada et à l’I.DE.A Institute italien. La production commence en février 1993 et la commercialisation intervient la même année.
Cette origine explique aussi sa parenté avec le Ford Maverick européen de l’époque, fabriqué sur la même base industrielle. Au Japon, le R20 est exporté à partir de 1994 sous l’appellation Nissan Mistral. Il faut donc le distinguer du Nissan Pathfinder, même si ces modèles appartiennent à la même tradition de 4×4 Nissan à architecture robuste et si les appellations Terrano et Pathfinder ont parfois désigné des véhicules apparentés sur d’autres marchés.
Deux carrosseries et une conception de véritable tout-terrain
Le Terrano 2 existe dès sa carrière initiale sous deux formes. Le 3 portes repose sur un empattement de 2,45 m et privilégie la compacité, tandis que le 5 portes porte cet empattement à 2,65 m et offre davantage d’espace à bord. Certaines configurations longues peuvent recevoir une troisième rangée et accueillir jusqu’à sept occupants. Selon les phases, la longueur évolue sensiblement avec le dessin des boucliers, ce qui explique les différences relevées entre les fiches techniques d’un millésime à l’autre.
Sous la carrosserie, Nissan reste fidèle à des solutions classiques. Le châssis est séparé de la caisse, le moteur est implanté longitudinalement et la transmission permet d’enclencher les quatre roues motrices. Une gamme de rapports courts complète le dispositif pour les passages difficiles. À l’avant, les roues disposent d’une suspension indépendante avec barres de torsion, alors que l’arrière utilise un essieu rigide associé à des ressorts hélicoïdaux.
Cette conception différencie nettement le R20 des SUV qui se généralisent à la fin de sa carrière. Sa roue de secours extérieure montée sur la porte arrière, sa garde au sol et ses proportions relativement étroites participent autant à son identité qu’à sa vocation. Le Terrano II n’a donc pas été conçu comme un crossover surélevé, mais comme un véhicule polyvalent devant conserver de véritables capacités hors bitume.
Du 2.4 essence au 3.0 Di
Au lancement, la gamme européenne repose notamment sur un quatre cylindres essence 2,4 litres et sur le diesel 2,7 litres turbocompressé. Sur les versions françaises de première génération, le 2.4 développe généralement 124 ch, tandis que le premier 2.7 TD se situe autour de 100 ch. Dans un marché européen rapidement favorable au diesel pour ce type de véhicule, le 2.7 devient l’une des motorisations emblématiques du Terrano II.
Ce moteur évolue ensuite avec une alimentation et une suralimentation améliorées, notamment l’adoption d’un intercooler, pour atteindre 125 ch dans sa version TDi. Cette mécanique reste associée au caractère utilitaire et tout-terrain du modèle, avec davantage de couple disponible à bas régime que le moteur essence et des performances routières adaptées à un véhicule dont le poids peut largement dépasser 1,7 tonne suivant la carrosserie et l’équipement.
La principale évolution de fin de carrière est l’arrivée du quatre cylindres 3.0 Di de 2 953 cm3. Ce turbo-diesel à injection directe et 16 soupapes développe 154 ch et 309 Nm sur les versions européennes documentées. Avec lui, le Terrano gagne sensiblement en performances tout en conservant sa boîte de transfert et son architecture traditionnelle. Une boîte manuelle à cinq rapports constitue la transmission la plus courante, tandis qu’une automatique à quatre rapports est proposée sur certaines versions.
Fiche technique de la Nissan Terrano 2
| Caractéristique | Données |
|---|---|
| Code modèle | R20 |
| Production | 1993 à mai 2005 |
| Carrosseries | 3 portes court, 5 portes long |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, châssis séparé |
| Transmission | 4×4 enclenchable avec gamme courte |
| Boîtes | Manuelle 5 rapports, automatique 4 rapports selon version |
| Moteur essence | 4 cylindres 2 389 cm3, environ 124 ch sur les premières versions françaises |
| Diesel 2.7 TD | 4 cylindres 2 663 cm3 turbo, environ 100 à 101 ch au lancement |
| Diesel 2.7 TDi | 4 cylindres 2 663 cm3 turbo avec intercooler, 125 ch |
| Diesel 3.0 Di | 4 cylindres 2 953 cm3 turbo à injection directe, 16 soupapes, 154 ch à 3 600 tr/min |
| Couple 3.0 Di | 309 Nm à 1 600 tr/min |
| Suspension avant | Indépendante, barres de torsion |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts hélicoïdaux |
| Direction | Assistée sur les versions documentées |
| Freinage initial | Disques ventilés avant, tambours arrière sur les premières versions documentées |
| Empattement 3 portes | 2 450 mm |
| Empattement 5 portes | 2 650 mm |
| Largeur | Environ 1 755 mm selon version |
| Longueur | Environ 4,10 à 4,24 m en 3 portes, 4,58 à 4,72 m en 5 portes selon phase |
| Pneumatiques documentés | 215/80 R15, 235/75 R15, 235/70 R16 ou 235/65 R17 selon version |
| Vitesse maximale 2.7 TDi 125 | 155 km/h sur une version 3 portes documentée |
| 0 à 100 km/h 2.7 TDi 125 | 15,7 s sur une version 3 portes documentée |
| Vitesse maximale 3.0 Di 154 | Jusqu’à 170 km/h sur une version 3 portes documentée |
| Réservoir | 72 litres sur les versions tardives documentées |
Les quatre grandes phases du Terrano II
La longue carrière du R20 est rythmée par plusieurs transformations esthétiques. Le modèle de 1993 possède une face avant assez sobre, dominée par des projecteurs rectangulaires. Un premier restylage intervient en 1996 et modifie nettement son expression, notamment avec des optiques rondes et des ailes plus affirmées. Cette évolution permet à Nissan de moderniser le véhicule sans remettre en cause sa base technique.
Une nouvelle refonte arrive pour le millésime 2000. La calandre devient plus imposante, les blocs optiques et les boucliers sont redessinés et l’habitacle évolue. Nissan retravaille également certains équipements et le freinage. Le dessin cherche alors à créer davantage de proximité visuelle avec les grands tout-terrains de la marque, tout en conservant la silhouette caractéristique du R20.
Le dernier restylage est présenté en 2002. La face avant est une nouvelle fois modernisée, avec une calandre, un bouclier et des détails de finition remaniés. Sur plusieurs marchés européens, Nissan simplifie simultanément son appellation et abandonne le chiffre romain : le Terrano II devient simplement Terrano. Ce changement de nom ne correspond donc pas à une nouvelle génération. Il s’agit toujours du R20 apparu en 1993.
Une carrière européenne de douze ans
Le Terrano II traverse une période de profonde transformation du marché. Lors de son lancement, les 4×4 européens sont encore majoritairement jugés sur leur robustesse, leurs transmissions et leurs capacités hors route. Au début des années 2000, les SUV monocoques, plus routiers et plus proches d’une automobile conventionnelle dans leur comportement, prennent une place croissante. Le Nissan X-trail, apparu dans ce contexte, illustre cette nouvelle orientation sans reprendre directement la formule technique du Terrano II.
Nissan maintient pourtant le R20 pendant plusieurs années, notamment grâce à ses évolutions mécaniques et esthétiques. Sa production barcelonaise atteint finalement environ 375 000 exemplaires selon le bilan publié ultérieurement par le constructeur. Le modèle est exporté vers de nombreux pays, ce qui donne au projet européen une diffusion bien supérieure à son seul marché d’origine.
Sa carrière comprend aussi des engagements en rallye-raid. Nissan a notamment revendiqué une victoire de catégorie T1 Diesel au Granada-Dakar 1999 pour un Terrano II. Le millésime 2000 sert par ailleurs à introduire sur le modèle un vitrage hydrophobe présenté à l’époque par Nissan comme une première européenne sur une voiture de série.
Fin de production et renouvellement de la gamme 4×4
La fabrication du Terrano II s’arrête à Barcelone en mai 2005, après plus de douze ans. Des bases automobiles françaises associent certaines versions à des millésimes commerciaux ultérieurs, mais ceux-ci ne doivent pas être confondus avec la période de fabrication du R20. La fin de production intervient au moment où Nissan renouvelle profondément son offre européenne de véhicules tout-terrain.
Le constructeur ne remplace pas le Terrano II par un modèle reproduisant exactement son format et son positionnement. Les SUV routiers occupent désormais une partie de son ancien territoire, tandis que le Pathfinder R51 prend place parmi les grands 4×4 familiaux. La gamme européenne s’appuie également sur le Nissan Navara, qui perpétue une architecture robuste destinée aux usages exigeants. Cette redistribution des rôles marque la disparition d’une formule devenue particulière au milieu des années 2000 : celle d’un 4×4 européen relativement compact, disponible en empattement court ou long, mais toujours construit autour d’un châssis séparé et d’une véritable transmission à rapports courts.




