Lancé au Japon en août 1986, le Nissan Terrano de première génération, connu sous le code WD21, appartient à la première vague de 4×4 cherchant à concilier de réelles aptitudes hors route avec un usage quotidien plus confortable. Sa conception repose sur une architecture robuste dérivée du pick-up D21, mais Nissan ne se contente pas de fermer la benne d’un utilitaire : suspension avant indépendante, essieu arrière guidé par cinq bras et présentation plus soignée donnent au Terrano une personnalité propre. Selon les marchés, ce même programme est étroitement associé au Nissan Pathfinder, appellation notamment utilisée en Amérique du Nord.
Un 4×4 Nissan pensé pour la route comme pour les loisirs
Au milieu des années 1980, le marché du tout-terrain commence à évoluer. Les conducteurs ne recherchent plus uniquement un véhicule capable de travailler sur des pistes difficiles : le confort, le comportement routier, l’habitabilité et le style prennent davantage d’importance. Nissan développe le Terrano précisément dans cette perspective, avec l’ambition de conserver les fondamentaux d’un véritable 4×4 tout en le rendant plus adapté aux déplacements quotidiens.
La base technique reste volontairement conventionnelle et solide. Le WD21 possède un châssis séparé et partage plusieurs éléments mécaniques avec le pick-up D21, dont la lignée sera notamment représentée par le Nissan Navara D21. Le moteur est implanté longitudinalement à l’avant et la transmission intégrale enclenchable permet de conserver une architecture adaptée aux terrains difficiles.
La suspension constitue en revanche un élément important de son positionnement. À l’avant, Nissan retient des roues indépendantes à doubles triangles avec barres de torsion. À l’arrière, l’essieu est guidé par cinq bras. Cette combinaison vise un meilleur compromis entre débattement, robustesse et comportement routier que les architectures à essieux rigides avant et arrière alors courantes sur les tout-terrain traditionnels.
Le Terrano ne cherche donc pas exactement le même équilibre que le Nissan Patrol Y60, lancé à la fin des années 1980 et davantage associé aux usages tout-terrain exigeants. Le WD21 privilégie une formule intermédiaire qui annonce déjà l’évolution future du marché vers le SUV polyvalent.
Un dessin californien immédiatement reconnaissable
Le style du Terrano est élaboré par Nissan Design International en Californie, structure devenue par la suite Nissan Design America. Ce choix contribue à expliquer une silhouette moins utilitaire que celle des pick-up dont dérive sa mécanique. Le dessin demeure typique des années 1980, avec des surfaces planes, un capot presque horizontal, des lignes tendues et des passages de roue fortement marqués.
Le modèle apparaît initialement sous une carrosserie courte à deux portes latérales, souvent qualifiée de trois portes en Europe en comptant le hayon. Ses grandes surfaces vitrées latérales arrière et ses proportions ramassées constituent quelques-uns des signes les plus caractéristiques du premier Terrano. Une version longue à quatre portes latérales, donc cinq portes avec le hayon, complète ensuite la gamme et répond mieux aux besoins familiaux.
Cette seconde carrosserie modifie sensiblement l’allure du WD21 sans remettre en cause son identité. La ceinture de caisse reste basse, les montants relativement fins et les formes très géométriques. Selon les années, marchés et niveaux de finition, calandre, boucliers, protections latérales, roues et équipements extérieurs évoluent. Il faut donc éviter d’utiliser l’apparence d’un exemplaire tardif comme définition unique de tous les Terrano produits depuis 1986.
Des moteurs adaptés à des marchés très différents
La carrière internationale du Terrano explique une gamme mécanique particulièrement variée. Les versions européennes comprennent notamment un quatre cylindres essence de 2,4 litres, tandis que le diesel 2,7 litres TD27 et sa déclinaison turbocompressée TD27T occupent une place importante sur les marchés où le couple et l’autonomie sont prioritaires. Des V6 essence de la famille VG30 complètent la gamme supérieure.
Le V6 3,0 litres constitue l’une des configurations les plus représentatives des versions hautes. Sur le Terrano V6-3000 R3M japonais de 1990 conservé dans la collection historique Nissan, le VG30E de 2 960 cm3 développe 155 PS à 4 800 tr/min et 248 Nm à 4 000 tr/min. Les versions européennes sont homologuées avec des valeurs différentes, autour de 148 ch pour certaines configurations, tandis que le quatre cylindres 2,4 litres européen est notamment proposé à 103 ch.
Une boîte manuelle à cinq rapports équipe de nombreuses versions, tandis qu’une automatique à quatre rapports est proposée avec certaines motorisations. La transmission 4×4 enclenchable correspond à la vocation mixte du véhicule : fonctionnement routier conventionnel lorsque les quatre roues motrices ne sont pas nécessaires, puis possibilité d’engager la transmission intégrale lorsque l’adhérence ou le terrain l’exigent.
Les performances diffèrent fortement entre le quatre cylindres essence, les diesels et le V6. Cette diversité interdit de réduire le Terrano à une seule puissance ou à une consommation représentative de toute la gamme. Elle traduit surtout une stratégie internationale dans laquelle Nissan adapte le WD21 aux attentes locales, depuis le 4×4 diesel européen jusqu’au SUV V6 destiné à des marchés davantage tournés vers l’essence.
Fiche technique de la Nissan Terrano
| Caractéristique | Données |
|---|---|
| Code de génération | WD21 |
| Lancement | Août 1986 |
| Période de production | 1986 à 1995 environ selon les marchés |
| Carrosseries | 3 portes et 5 portes |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, châssis séparé |
| Transmission | 4×4 enclenchable selon versions |
| Boîtes | Manuelle 5 rapports, automatique 4 rapports selon versions |
| Moteurs principaux | 4 cylindres essence 2,4 l, diesel 2,7 l TD27/TD27T, V6 essence 3,0 l VG30 selon marchés |
| V6 VG30E japonais 1990 | 2 960 cm3, 155 PS à 4 800 tr/min, 248 Nm à 4 000 tr/min |
| Puissance 2.4 européen | 103 ch sur certaines versions |
| Puissance V6 européen | Environ 148 ch sur certaines versions |
| Suspension avant | Indépendante à doubles triangles, barres de torsion |
| Suspension arrière | Essieu guidé par cinq bras |
| Freins | Disques ventilés avant et arrière sur le V6-3000 R3M japonais de 1990 |
| Dimensions du V6-3000 R3M 1990 | 4 365 mm x 1 690 mm x 1 680 mm |
| Empattement du V6-3000 R3M 1990 | 2 650 mm |
| Voies avant/arrière du V6-3000 R3M 1990 | 1 445 / 1 430 mm |
| Poids du V6-3000 R3M 1990 | 1 720 kg |
| Pneus du V6-3000 R3M 1990 | 215 SR15 |
Terrano, Pathfinder et Terrano II : des appellations à distinguer
L’histoire du WD21 peut facilement devenir confuse parce que Nissan n’utilise pas la même appellation partout. Le Terrano de 1986 et le Pathfinder WD21 appartiennent à la même famille technique. Il ne faut donc pas les présenter comme deux 4×4 totalement indépendants : leur dénomination et certains détails d’équipement dépendent avant tout des marchés auxquels ils sont destinés.
La situation se complique au début des années 1990. En Europe, le Nissan Terrano 2 apparaît en 1993. Codé R20, il ne constitue pas simplement un WD21 légèrement modernisé. Sa carrosserie est différente, son développement répond aux besoins du marché européen et sa production est réalisée en Espagne. Les deux modèles peuvent en outre se chevaucher pendant une partie de leur carrière suivant les pays.
La branche Pathfinder suit parallèlement sa propre évolution sur certains marchés, notamment avec la génération R50. Bien plus tard, Nissan réutilise encore le nom Terrano pour un SUV dérivé du Dacia/Renault Duster dans plusieurs pays à partir de 2013. Ce véhicule n’a pas de continuité technique directe avec le WD21 et ne doit pas être confondu avec le Terrano historique traité ici.
La place du Terrano dans l’évolution des SUV Nissan
Le WD21 apparaît à une époque où le mot SUV n’a pas encore acquis le sens commercial qu’il prendra dans les décennies suivantes. Pourtant, sa formule rassemble déjà plusieurs ingrédients qui deviendront centraux : carrosserie fermée polyvalente, présentation moins utilitaire, possibilité d’un usage familial et routier, tout en conservant un châssis séparé et une véritable transmission 4×4.
Cette orientation ne signifie pas que le Terrano soit un crossover au sens moderne. Son architecture demeure étroitement liée au monde du tout-terrain et du pick-up. C’est précisément le contraste entre cette base robuste et la volonté d’améliorer confort, style et comportement sur route qui caractérise le modèle.
Les générations suivantes de SUV Nissan s’éloigneront progressivement de cette recette. Avec le développement de véhicules comme le Nissan X-trail, la marque adoptera des architectures et des compromis davantage centrés sur la route et l’usage familial. Le Terrano WD21 reste ainsi représentatif d’une période où le SUV moderne commence à prendre forme sans avoir encore abandonné les solutions mécaniques du 4×4 traditionnel.




