Nissan Rasheen

Nissan Rasheen

Lancée au Japon en décembre 1994 après une première apparition au Tokyo Motor Show de 1993, la Nissan Rasheen occupe une place singulière dans l’histoire de la marque. Avec sa carrosserie cinq portes très carrée, sa transmission intégrale et ses dimensions compactes, elle associe l’architecture d’une voiture particulière à l’apparence robuste d’un petit véhicule de loisirs. Nissan la présente aujourd’hui comme l’un des précurseurs du crossover SUV décontracté, bien avant la généralisation de cette catégorie.

La Rasheen n’est pourtant ni un véritable tout-terrain ni simplement un break surélevé. Sa hauteur contenue, son comportement routier et sa conception issue d’une plateforme de berline la distinguent des 4×4 traditionnels des années 1990. Réservée essentiellement au marché japonais, elle restera au catalogue jusqu’en 2000 et connaîtra progressivement des motorisations plus puissantes, jusqu’à la très reconnaissable Rasheen Forza 2.0.

Un crossover avant que le terme ne s’impose

Au début des années 1990, le marché japonais laisse une place importante aux automobiles originales et aux véhicules de loisirs. Nissan dispose alors d’une expérience particulièrement visible dans ce domaine. La Nissan Be-1, lancée quelques années auparavant, avait notamment inauguré une série de créations compactes dans lesquelles le style et la personnalité comptaient autant que la fonction.

Cette période voit également apparaître la Nissan Pao, la Figaro et le S-Cargo. La Rasheen partage avec ces modèles le goût de Nissan pour les formes simples et immédiatement identifiables, mais elle ne doit pas être présentée comme une Pike Car à part entière. Elle arrive plus tard et répond à un programme différent, celui d’une cinq-portes polyvalente dotée de quatre roues motrices.

Son concept est dévoilé au 30e Tokyo Motor Show en 1993. La voiture de série qui suit conserve cette philosophie et entre sur le marché japonais en décembre 1994. Son architecture est dérivée de la famille Nissan Sunny à transmission intégrale. Cette origine explique en grande partie son positionnement : sous une silhouette évoquant un petit 4×4 se trouve une automobile conçue avant tout pour la route et l’utilisation quotidienne.

Cette formule est alors inhabituelle. Les SUV contemporains sont généralement plus hauts, plus lourds et davantage associés au tout-terrain. La Rasheen mise au contraire sur un gabarit compact, une transmission intégrale permanente et une présentation ludique. Elle anticipe ainsi une approche qui deviendra courante avec les crossovers urbains des décennies suivantes.

Un design carré devenu sa signature

La Rasheen se reconnaît immédiatement à ses volumes presque géométriques. Le capot est horizontal, le pavillon pratiquement plat et les flancs sont dépourvus des formes arrondies caractéristiques de nombreuses voitures des années 1990. Les surfaces vitrées importantes et les montants relativement fins donnent à l’ensemble une apparence légère malgré les références visuelles au monde du 4×4.

La version originelle utilise des projecteurs avant rectangulaires et une face simple, en accord avec le dessin fonctionnel de la carrosserie. Les passages de roue marqués, les protections périphériques et, sur certaines finitions, la roue de secours montée extérieurement renforcent son allure de véhicule de loisirs. À l’arrière, l’ouverture en deux parties constitue un autre élément caractéristique.

La présence ou non du support extérieur de roue de secours explique aussi une partie des différences de longueur publiées pour la Rasheen. Une version initiale peut rester autour de 3,98 m, tandis qu’une Type II équipée atteint 4,115 m et certaines configurations dépassent encore cette valeur. Il n’existe donc pas une dimension hors tout unique applicable à toutes les Rasheen.

Le rapprochement avec les créations stylistiques antérieures de Nissan reste pertinent, notamment avec la Nissan Figaro, mais la Rasheen évite le néo-rétro explicite. Son originalité vient davantage de la simplicité volontaire de ses formes et de la combinaison entre proportions de voiture compacte et codes esthétiques d’un SUV.

Du 1.5 GA15DE à la Rasheen Forza 2.0

Au lancement, la Rasheen reçoit le quatre cylindres atmosphérique GA15DE de 1 497 cm³. Ce moteur à double arbre à cames en tête et 16 soupapes développe 105 PS à 6 000 tr/min et 135 Nm à 4 000 tr/min. Il peut être associé à une boîte manuelle à cinq rapports ou à une transmission automatique à quatre rapports. Les premières déclinaisons comprennent notamment les Type I, Type II et Type III, avec des niveaux d’équipement différents.

La gamme évolue sensiblement en 1997 avec l’arrivée du SR18DE. Ce quatre cylindres de 1 838 cm³ porte la puissance à 125 PS et s’accompagne d’une boîte automatique. La transmission intégrale évolue également : il ne faut donc pas considérer toutes les Rasheen comme techniquement identiques sous prétexte qu’elles possèdent quatre roues motrices. Le 1.5 emploie une configuration Full Auto Full Time 4WD à viscocoupleur, tandis que les versions plus puissantes utilisent une configuration ATTESA avec différentiel central et viscocoupleur.

L’évolution la plus importante apparaît en 1998 avec la Rasheen Forza. Son SR20DE atmosphérique de 1 998 cm³ développe 145 PS à 6 400 tr/min, ce qui en fait la version la plus puissante de la famille. La Forza ne se résume pas à un changement de moteur : sa carrosserie atteint environ 1,72 m de large et sa face avant adopte notamment des projecteurs ronds qui permettent de la distinguer facilement de la Rasheen de 1994.

Cette distinction est importante lorsqu’il s’agit d’identifier le modèle. Les photographies de Forza sont fréquemment utilisées pour représenter la Rasheen dans son ensemble, alors que cette déclinaison n’apparaît que plusieurs années après le lancement et possède une identité visuelle propre.

Fiche technique de la Nissan Rasheen

CaractéristiqueRasheen 1.5 Type IIÉvolutions 1.8 et 2.0
Période de gammeÀ partir de 19941.8 à partir de 1997, Forza 2.0 à partir de 1998
Carrosserie5 portes, 5 places5 portes, 5 places
MoteurGA15DE, 4 cylindres en ligne, DOHC 16 soupapesSR18DE 1.8 ou SR20DE 2.0, 4 cylindres DOHC
Cylindrée1 497 cm³1 838 cm³ / 1 998 cm³
AlimentationInjection électronique, essenceInjection électronique, essence
Puissance105 PS à 6 000 tr/min125 PS / 145 PS à 6 400 tr/min pour la Forza
Couple135 Nm à 4 000 tr/minEnviron 178 Nm à 4 800 tr/min pour la Forza
ImplantationMoteur transversal avantMoteur transversal avant
Transmission4 roues motrices, viscocoupleur4 roues motrices, système ATTESA avec différentiel central et viscocoupleur
Boîte de vitessesManuelle 5 rapports ou automatique 4 rapportsAutomatique 4 rapports documentée
StructureMonocoque dérivée de la famille Sunny 4WDMonocoque
Suspension avantJambes de forceIndépendante
Suspension arrièreParallel-link strut indépendanteIndépendante
FreinsDisques ventilés avant, tambours arrière sur Type II 1.5Configuration variable selon version
Pneus185/65 R14 86H sur Type IIVariables selon version
Longueur4 115 mm pour la Type II documentée par NissanEnviron 4 150 mm pour la Forza
Largeur1 695 mmEnviron 1 720 mm pour la Forza
Hauteur1 515 mm pour la Type IIEnviron 1 515 mm pour la Forza
Empattement2 430 mm2 430 mm
Voie avant / arrière1 440 / 1 415 mm sur Type IIVariable selon version
Poids1 190 kg pour la Type II documentée par NissanJusqu’à environ 1 310 kg pour la Forza
Consommation japonaiseJusqu’à 15,2 km/l en cycle 10.15 avec boîte manuelle, 12,8 km/l avec boîte automatique sur certaines 1.5Variable selon motorisation

Une voiture de route habillée en petit 4×4

Les caractéristiques du châssis permettent de comprendre ce que Nissan cherchait à obtenir. Avec 2,43 m d’empattement, une structure monocoque et des suspensions indépendantes, la Rasheen reste fondamentalement une voiture particulière. Sa transmission intégrale améliore la motricité sur chaussée difficile, mais elle ne possède ni l’architecture ni les ambitions de franchissement d’un Patrol ou d’un autre tout-terrain traditionnel.

Cette différence est essentielle pour replacer la Rasheen dans son époque. Elle ne tente pas de miniaturiser un 4×4 classique : elle transpose plutôt certains de ses attributs, transmission aux quatre roues, roue extérieure et protections de carrosserie, à un véhicule compact pensé pour un usage quotidien. C’est précisément la recette que l’industrie désignera ensuite largement sous le terme de crossover.

Les chiffres de performances disponibles doivent en revanche être distingués des caractéristiques officielles. Nissan documente précisément les moteurs et les dimensions de ses exemplaires historiques, mais pas de vitesse maximale ni de 0 à 100 km/h de référence pour la Rasheen 1.5. Les valeurs parfois publiées sur ce point proviennent notamment d’estimations et ne constituent pas des mesures constructeur.

Une carrière japonaise de 1994 à 2000

La Rasheen reste essentiellement associée au marché japonais durant ses six années de carrière. Sa gamme s’enrichit de plusieurs finitions et séries, tandis que les motorisations 1.8 puis 2.0 élargissent progressivement son positionnement. Les tarifs de lancement illustrent cette diversité : les premières versions s’échelonnent d’environ 1,57 million à 2,198 millions de yens selon finition, transmission et équipement.

Un total de 72 793 exemplaires est couramment attribué à la Rasheen, mais ce chiffre est surtout relayé par des sources secondaires et ne doit pas être présenté comme un volume Nissan officiellement confirmé. Sa diffusion relativement limitée hors du Japon explique en partie pourquoi le modèle est longtemps resté peu connu en Europe malgré une silhouette particulièrement reconnaissable.

La production prend fin en août 2000. La même année apparaît le Nissan X-Trail, souvent considéré comme son successeur conceptuel dans la gamme. Le X-Trail adopte toutefois une stature de SUV nettement plus conventionnelle et plus imposante, là où la Rasheen conservait des proportions proches d’une compacte.

Une formule que Nissan développera autrement

La Rasheen n’a pas engendré une succession directe de générations portant le même nom. Son principe général, celui d’une automobile compacte combinant personnalité visuelle, polyvalence routière et références au SUV, deviendra pourtant beaucoup plus courant chez Nissan. Cette évolution culminera notamment avec des crossovers conçus dès l’origine comme tels.

Le Nissan Juke poussera plus tard cette recherche d’identité dans une direction radicalement différente. Ses formes ne doivent rien au dessin rectiligne de la Rasheen, mais les deux modèles partagent une même volonté de ne pas ressembler aux véhicules conventionnels de leur époque.

C’est aussi ce qui rend la Rasheen difficile à enfermer dans une catégorie rétrospective. Elle emprunte aux compactes sa structure et son gabarit, aux breaks leur polyvalence et aux 4×4 leurs codes visuels et leur transmission intégrale. Cette combinaison, apparue sur le marché japonais dès 1994, correspond avec une remarquable avance à la définition que prendra ensuite le crossover compact.