Renault Laguna

Renault Laguna

La Renault Laguna apparaît en 1994 pour remplacer la Renault 21 sur le marché européen des familiales. Avec sa carrosserie cinq portes à hayon, son moteur transversal et sa traction avant, elle marque une rupture nette avec la génération précédente. Le nom Laguna restera au catalogue pendant trois générations, jusqu’au début des années 2010, mais c’est la première génération, connue sous le programme X56, qui fixe dès 1994 l’identité du modèle.

Il ne faut pas la confondre avec le concept-car Laguna présenté par Renault en 1990. Ce roadster deux places à moteur central arrière n’a aucun lien technique direct avec la berline familiale lancée quatre ans plus tard. Son esprit sportif préfigure davantage celui du futur Renault Spider.

Une familiale conçue pour remplacer la Renault 21

Au début des années 1990, Renault prépare le remplacement de la Renault 21, une familiale qui avait été proposée avec plusieurs carrosseries et architectures mécaniques. Le projet Laguna, désigné X56, adopte une approche plus homogène. La nouvelle voiture est conçue avant tout comme une grande cinq portes à hayon, destinée au segment D européen, alors occupé notamment par les Citroën Xantia, Ford Mondeo et Opel Vectra.

La fabrication série commence à la fin de 1993, avant le lancement commercial français du 14 janvier 1994. Renault produit alors la Laguna à Sandouville, en France, et à Palencia, en Espagne. Cette industrialisation parallèle sur deux sites accompagne une montée en cadence importante dès le lancement. La production sera ensuite progressivement concentrée à Sandouville.

Dans la gamme Renault, la Laguna occupe une position intermédiaire entre les compactes et la grande Renault Safrane. Elle vise donc un usage familial et routier, avec une attention particulière portée au confort, à l’habitabilité et à la qualité perçue, des domaines sur lesquels Renault cherche alors à progresser.

Design, carrosserie et architecture

Le dessin de la Laguna I est développé par Renault Design sous la direction de Patrick le Quément, avec notamment Jean-Pierre Ploué et Thierry Métroz parmi les stylistes associés au projet. La voiture abandonne les lignes très anguleuses des années 1980 pour une carrosserie nettement plus arrondie, caractéristique de la production Renault du milieu des années 1990.

La berline B56 mesure environ 4,51 m de long pour 1,75 m de large et 1,43 m de haut. Son empattement atteint 2,67 m. Sa silhouette associe un profil de berline familiale à une véritable cinquième porte, ce qui améliore l’accès au coffre tout en conservant une ligne relativement fluide. Sur certaines versions de phase 2, le coefficient aérodynamique annoncé se situe autour de 0,30.

La Laguna repose sur une coque autoporteuse en acier. Les moteurs sont installés transversalement à l’avant et entraînent les roues avant. Le train avant utilise une architecture de type McPherson, tandis que l’essieu arrière de la berline repose sur des bras tirés et des barres de torsion. Le réglage privilégie la stabilité et le confort plutôt qu’un comportement volontairement sportif.

Un break rejoint la gamme en 1995. Commercialisé en France sous le nom Laguna Nevada et identifié par le type K56, il conserve l’empattement de la berline mais atteint environ 4,63 m de long. Son pavillon prolongé et sa partie arrière plus verticale augmentent sensiblement le volume utile. La première génération complète est détaillée dans la page consacrée à la Renault Laguna 1.

Motorisations et évolutions de la Laguna I

La gamme française de lancement comprend trois moteurs essence. Le quatre cylindres 1.8 développe 95 ch, le 2.0 atteint 115 ch et le V6 PRV de 2 963 cm3 culmine à 170 ch dans la documentation française d’époque. Un diesel atmosphérique 2.2 D de 85 ch complète rapidement l’offre.

La gamme s’élargit dès le milieu des années 1990. Renault utilise notamment un quatre cylindres 2.0 16 soupapes d’origine Volvo, codé N7Q, d’une cylindrée de 1 948 cm3 et développant 140 ch. Ce moteur constitue l’une des traces concrètes des coopérations techniques engagées entre Renault et Volvo avant l’abandon du projet de fusion entre les deux groupes.

Le diesel progresse également avec le 2.2 dT turbocompressé de 115 ch, sensiblement plus performant que le 2.2 D atmosphérique. En haut de gamme, le premier V6 PRV est remplacé par un V6 24 soupapes L7X de 2 946 cm3 développant environ 194 ch. La finition Initiale prend progressivement la place de l’appellation Baccara sur les versions les plus luxueuses.

En 1998, Renault procède à un restylage important. Les projecteurs, les boucliers, le traitement des feux arrière et plusieurs éléments intérieurs sont modifiés. Cette phase 2 reçoit aussi des motorisations plus modernes, notamment le 1.6 16V K4M de 110 ch, le 1.8 16V F4P de 118 ch, puis le 2.0 16V F4R de 140 ch. Côté diesel, le 1.9 dTi de 100 ch est rejoint en fin de carrière par un 1.9 dCi à rampe commune de 110 ch.

Fiche technique de la Renault Laguna

CaractéristiqueDonnées
Génération de référenceLaguna I, programme X56 ; B56 pour la berline, K56 pour le break
PériodeLancement commercial en 1994 ; production série engagée fin 1993 ; fin de carrière autour de 2000-2001 selon les marchés
CarrosserieBerline familiale 5 portes à hayon ; break Laguna Nevada à partir de 1995
ImplantationMoteur avant transversal
TransmissionTraction avant
Boîtes de vitessesBoîte manuelle à 5 rapports sur l’essentiel de la gamme ; boîte automatique à 4 rapports sur certaines versions
Essence 1.8Quatre cylindres F3P ; environ 1 794 cm3 dans les catalogues français de lancement ; 95 ch
Essence 2.0Quatre cylindres F3R ; 1 998 cm3 ; 115 ch
Essence 2.0 16V VolvoQuatre cylindres N7Q ; 1 948 cm3 ; 140 ch ; environ 182 Nm
Essence V6 PRVV6 Z7X ; 2 963 cm3 ; 12 soupapes ; 170 ch dans la documentation française de lancement
Essence V6 24VV6 L7X ; 2 946 cm3 ; environ 194 ch ; environ 267 Nm
Essence phase 21.6 16V K4M de 110 ch ; 1.8 16V F4P de 118 ch ; 2.0 16V F4R de 140 ch selon millésime
Diesel 2.2 DQuatre cylindres G8T ; 2 188 cm3 ; 85 ch ; environ 142 Nm
Diesel 2.2 dTQuatre cylindres turbodiesel G8T ; 2 188 cm3 ; 115 ch ; environ 234 Nm
Diesel 1.9 dTiQuatre cylindres F9Q ; 1 870 cm3 ; environ 100 ch ; environ 200 Nm
Diesel 1.9 dCiQuatre cylindres F9Q à injection directe common rail ; 1 870 cm3 ; 110 ch ; environ 250 Nm
StructureCoque autoporteuse en acier
Suspension avantIndépendante de type McPherson
Suspension arrièreBras tirés et barres de torsion sur la berline
DirectionÀ crémaillère ; assistance hydraulique selon version
FreinsDisques avant ventilés sur de nombreuses versions ; tambours ou disques arrière selon motorisation ; ABS selon version et millésime
PneumatiquesNotamment 185/65 R14 sur certaines premières versions, 205/60 R15 sur des V6 et 195/65 R15 sur plusieurs versions phase 2
Dimensions berlineEnviron 4,51 m de long ; 1,75 m de large ; 1,43 m de haut ; empattement 2,67 m ; voies proches de 1,48 m à l’avant et 1,46 m à l’arrière
Dimensions breakEnviron 4,63 m de long ; 1,75 m de large ; 1,47 m de haut ; empattement 2,67 m
PoidsEnviron 1 225 kg pour certaines 1.8 de début de carrière ; autour de 1 255 kg pour certaines 2.0 ; jusqu’à environ 1 370 kg pour un V6 de première période
Performances indicatives1.8 95 ch : environ 184 km/h et 0 à 100 km/h en 13,5 s ; 2.0 115 ch : environ 200 km/h et 10,8 s ; V6 170 ch : environ 220 km/h et 9,3 s ; V6 24V 194 ch : environ 235 km/h et 7,6 s
Consommation phase 2Environ 7,5 l/100 km pour certaines 1.6 16V ; environ 7,8 l/100 km pour certaines 1.8 16V ; environ 7,9 l/100 km pour le break 1.8 16V
Réservoir66 litres sur de nombreuses versions
AérodynamiqueCx proche de 0,30 pour certaines berlines phase 2 ; environ 0,33 pour certaines versions break

Une Laguna victorieuse en compétition

La Laguna I acquiert une visibilité internationale grâce au Super Touring. Les voitures engagées en compétition n’ont toutefois que leur silhouette générale en commun avec les modèles routiers. Leur préparation, leur châssis, leur aérodynamique et leur mécanique sont développés spécifiquement pour la course.

La campagne la plus marquante se déroule dans le British Touring Car Championship. Renault UK engage la Laguna dès 1994, puis s’appuie sur Williams Touring Car Engineering. En 1997, Alain Menu domine le championnat avec 12 victoires en 24 courses et remporte le titre pilotes. Jason Plato gagne également deux manches cette saison-là et termine troisième du championnat.

Cette réussite sportive est importante dans l’image du modèle, mais elle ne doit pas conduire à attribuer aux Laguna de route les spécifications des voitures de Super Touring. De la même manière, la célèbre note de cinq étoiles aux essais Euro NCAP n’appartient pas à la première génération : cette distinction concerne sa remplaçante.

De la Laguna I aux Laguna II et III

La première génération quitte progressivement le marché autour de 2000-2001. La Renault Laguna 2 lui succède en 2001 avec une architecture, une électronique et une politique de sécurité profondément renouvelées. C’est cette génération qui devient la première voiture à obtenir cinq étoiles aux essais Euro NCAP, et non la Laguna de 1994.

Renault renouvelle encore la lignée en 2007 avec la Renault Laguna 3. Cette troisième génération abandonne une partie des formes arrondies qui avaient caractérisé les deux précédentes et se décline notamment en berline, break Estate et Coupé. Elle constitue la dernière génération à porter durablement le nom Laguna.

Production, prix et fin de carrière

Au lancement français de 1994, les tarifs annoncés s’étendent approximativement de 99 500 à 191 000 francs suivant moteur et finition. La gamme couvre ainsi un spectre très large, depuis les versions quatre cylindres destinées aux familles et aux flottes jusqu’aux V6 et finitions luxueuses Baccara puis Initiale.

Le volume total de Laguna I produit est moins clairement établi que ne le laissent penser certaines compilations. Un inventaire patrimonial consacré à l’usine de Sandouville recense 1 234 410 Laguna I fabriquées sur ce site. La production espagnole de Palencia s’ajoute à ce chiffre pendant les premières années, mais les données disponibles ne permettent pas d’établir avec la même solidité un total mondial définitif. Le chiffre de 2 350 800 exemplaires parfois repris pour la seule première génération ne doit donc pas être présenté comme une valeur certaine.

Après la disparition de la troisième génération, Renault ne lance pas de Laguna IV. La marque réorganise son offre de grandes routières européennes et introduit quelques années plus tard la Renault Talisman, qui reprend une partie du territoire commercial autrefois occupé par la Laguna sans en conserver le nom.