Lancée en 1995, la Renault Megane 1 inaugure une nouvelle famille de compactes destinée à occuper une place centrale dans la gamme Renault. Connue en interne sous le code X64, cette première génération succède directement à la Renault 19. Elle conserve certains principes techniques de sa devancière, mais adopte une carrosserie entièrement nouvelle, un niveau de sécurité accru et surtout une gamme beaucoup plus large, allant de la berline familiale au coupé, au cabriolet et au break.
Présentée au Salon de Francfort en septembre 1995 puis commercialisée en France à partir de novembre, elle ouvre la lignée Renault Mégane. Sa carrière européenne couvre principalement la période 1995-2002, même si certaines variantes, notamment le cabriolet, restent produites au-delà et que plusieurs fabrications étrangères prolongent encore l’existence de la première génération.
Une nouvelle compacte pour remplacer la Renault 19
Le projet X64 prend forme au début des années 1990. Renault cherche alors à renouveler son offre du segment C sans repartir d’une feuille totalement blanche. Le châssis et plusieurs solutions mécaniques sont issus de la Renault 19, mais la Mégane reçoit une nouvelle structure de gamme, une conception plus moderne de la sécurité passive et un dessin correspondant à l’identité visuelle développée par Renault durant cette période.
Les premiers prototypes apparaissent en 1992. Renault prépare ensuite l’industrialisation à Douai en France et à Palencia en Espagne avant le lancement de 1995. Les premières versions commercialisées sont la berline cinq portes et le Coupé. La famille s’élargit rapidement avec la Classic à quatre portes, le Cabriolet, puis le Break.
Le projet est supervisé à une époque où Patrick Le Quément dirige le design Renault. Le dessin extérieur de la Mégane I est notamment associé à Patrick Le Quément et Michel Jardin. Les surfaces arrondies, la forme douce des projecteurs et le traitement du capot s’inscrivent dans le langage stylistique que l’on retrouve également sur la Renault Laguna 1.
La production ne se limite pas à la France. Outre Douai et Palencia, la Mégane I est assemblée dans plusieurs pays, notamment en Turquie à Bursa, en Argentine à Santa Isabel et en Colombie à Envigado. Le Break prend une importance particulière à Bursa, où sa fabrication débute en 1998 avant une diffusion plus large sur les marchés européens.
Une famille de carrosseries particulièrement étendue
La Mégane 1 ne correspond pas à une seule silhouette. La berline cinq portes constitue le coeur de gamme, avec environ 4,13 m de longueur sur les premières versions. Le Coupé est nettement plus court et plus bas, avec environ 3,93 m de long et un empattement réduit. La Classic adopte une carrosserie tricorps de près de 4,44 m, tandis que le Break reprend une longueur comparable avec un volume de chargement supérieur. Le Cabriolet dérive directement du Coupé.
Le Cabriolet demande une transformation structurelle beaucoup plus importante qu’une simple suppression du pavillon. Karmann intervient à Osnabrück pour renforcer notamment les bas de caisse, les montants et la baie de pare-brise. L’assemblage final est ensuite réalisé à Dieppe, sur le site associé aux productions Alpine et aux modèles Renault spécialisés.
Le Mégane Scénic apparaît en 1996 comme une autre branche du programme. À l’origine, il porte explicitement le nom Mégane Scénic et partage son univers technique et esthétique avec la compacte. Il devient toutefois progressivement une lignée distincte. Il est donc préférable de traiter le Renault Scénic 1 séparément plutôt que d’utiliser ses dimensions, son poids ou ses motorisations pour décrire la Mégane 1 classique.
Cette multiplication des silhouettes constitue l’une des caractéristiques majeures du programme X64. Renault peut ainsi couvrir avec une même famille les besoins d’une compacte familiale, d’une berline tricorps, d’un break, d’un coupé et d’un cabriolet, tout en développant parallèlement un monospace compact.
Deux phases et une gamme de moteurs très large
La première phase, commercialisée à partir de 1995, se reconnaît à sa face avant très arrondie, à ses projecteurs de forme douce et au dessin caractéristique du capot. Les motorisations essence comprennent notamment des quatre cylindres 1.4, 1.6 et 2.0 litres. Le haut de gamme sportif est représenté par le 2.0 16V F7R de 150 ch monté sur le Coupé. En diesel, Renault propose plusieurs variantes du 1.9, depuis le diesel atmosphérique jusqu’aux dT et dTi suralimentés.
En 1999, un restylage important donne naissance à la phase 2. Les projecteurs, le capot, la calandre et les boucliers sont redessinés. L’habitacle évolue également. La gamme mécanique se modernise avec une présence accrue des moteurs essence 16 soupapes, notamment les 1.4 16V et 1.6 16V, ainsi que le 1.8 16V et le 2.0 IDE.
Le 2.0 IDE de 140 ch occupe une place particulière dans l’histoire technique du modèle. Renault le présente comme le premier moteur essence français de série utilisant l’injection directe. La génération accueille aussi le 1.9 dCi de 105 ch, qui représente une évolution importante par rapport aux précédents diesels dT et dTi grâce à l’injection directe à rampe commune.
Les puissances exactes peuvent changer selon le marché et la méthode d’homologation. Le 1.4 16V, par exemple, apparaît selon les pays avec des valeurs de 95 ou 98 ch. La Mégane I doit donc être considérée comme une famille mécanique plutôt que comme un modèle possédant une puissance ou des performances uniques.
Fiche technique de la Renault Megane 1
| Caractéristique | Données |
|---|---|
| Architecture moteur | Quatre cylindres en ligne essence ou diesel, moteur avant transversal |
| Principaux moteurs essence phase 1 | 1.4 8V environ 70 à 75 ch, 1.6 8V 90 ch, 2.0 8V 115 ch, 2.0 16V F7R 150 ch |
| Principaux moteurs diesel phase 1 | 1.9 D environ 65 ch, 1.9 dT environ 90 à 95 ch, 1.9 dTi jusqu’à 100 ch |
| Principaux moteurs essence phase 2 | 1.4 16V 95 à 98 ch selon marché, 1.6 16V 110 ch, 1.8 16V environ 118 à 120 ch, 2.0 IDE 140 ch |
| Principaux moteurs diesel phase 2 | 1.9 dTi 80 ou 100 ch selon version, 1.9 dCi 105 ch |
| Couple | Environ 148 Nm pour le 1.6 16V, environ 200 Nm pour le 1.9 dCi 105 et le 2.0 IDE 140 |
| Transmission | Traction avant |
| Boîtes | Boîte manuelle à 5 rapports majoritaire, boîte automatique disponible sur certaines versions essence |
| Structure | Caisse autoporteuse en acier |
| Suspension avant | Type MacPherson, avec barre antiroulis selon version |
| Suspension arrière | Bras tirés et barres de torsion, définition variable selon carrosserie et motorisation |
| Direction | À crémaillère, assistance selon version et niveau d’équipement |
| Freins | Disques avant, ventilés sur certaines versions puissantes. Tambours ou disques arrière selon motorisation |
| Roues et pneus | Montes variables selon version, de 13 pouces sur certaines entrées de gamme à des montes plus importantes sur les versions sportives. 185/60 R15 présent sur plusieurs versions de phase 2 |
| Longueur berline 5 portes | Environ 4,13 m en phase 1, jusqu’à environ 4,16 m en phase 2 |
| Largeur berline 5 portes | Environ 1,70 m |
| Hauteur berline 5 portes | Environ 1,42 m |
| Empattement berline | Environ 2,58 m |
| Voies berline phase 2 | Environ 1,450 m à l’avant et 1,432 m à l’arrière selon version |
| Dimensions Coupé | Environ 3,93 m de long, 1,70 m de large et 1,36 à 1,37 m de haut |
| Empattement Coupé | Environ 2,47 m |
| Dimensions Classic | Environ 4,44 m de long, 1,70 m de large et 1,42 m de haut |
| Dimensions Break | Environ 4,44 m de long, 1,70 m de large et jusqu’à environ 1,54 m de haut selon version |
| Poids | Variable selon carrosserie et moteur. Environ 1 090 kg pour une berline 1.6e 90 de phase 1, autour de 1 135 à 1 165 kg pour plusieurs Coupé 1.6 16V de phase 2, environ 1 160 kg pour certains Break 1.6 16V |
| Vitesse maximale | Environ 184 km/h pour une berline 1.6e 90. Jusqu’à environ 215 km/h pour le Coupé 2.0 16V 150 ch |
| 0 à 100 km/h | Environ 8,6 s pour le Coupé 2.0 16V 150 ch et pour certaines versions 2.0 IDE 140 |
| Consommation mixte | Environ 7,0 l/100 km pour le 1.6 16V, environ 5,2 l/100 km pour le 1.9 dCi 105, environ 7,6 l/100 km pour le 2.0 IDE selon version et cycle d’homologation d’époque |
| Réservoir | Environ 60 litres sur de nombreuses versions berline, Classic et Break |
Le Coupé et la Maxi Mégane en compétition
Le Coupé occupe une place particulière dans la gamme. Plus court, plus bas et doté d’un empattement réduit, il reçoit les motorisations les plus performantes, dont le 2.0 16V F7R de 150 ch. Cette version atteint environ 215 km/h et permet à Renault de donner à la Mégane une dimension sportive absente de la berline familiale standard.
Cette base sert également au développement de la Maxi Mégane destinée aux rallyes. Homologuée en 1996 dans la catégorie Kit Car, elle reste une traction avant mais devient une véritable voiture de compétition. Son moteur F7R 2,0 litres 16 soupapes développe environ 260 à 290 ch suivant les évolutions, associé à une boîte séquentielle et à un différentiel autobloquant. Certaines configurations sont données pour environ 285 ch et 960 kg.
Jean Ragnotti, Philippe Bugalski et Serge Jordan figurent parmi les pilotes liés au programme. La Maxi Mégane s’illustre en France puis à l’échelle européenne et internationale. Renault lui attribue notamment la Coupe du monde FIA 2 Litres et le Championnat d’Europe des rallyes en 1999, ainsi que des résultats importants dans les championnats réservés aux voitures deux roues motrices.
La transition vers la deuxième génération
La première Mégane évolue jusqu’au début des années 2000 sans remise en cause de son architecture fondamentale. La phase 2 modernise suffisamment le style, les équipements et les moteurs pour maintenir le modèle dans un segment devenu très concurrentiel. Les dernières années voient notamment progresser les mécaniques 16 soupapes et le diesel dCi, deux orientations qui deviennent essentielles dans la gamme Renault suivante.
La Renault Mégane 2 est présentée en 2002 et introduit une rupture beaucoup plus nette, tant dans le dessin que dans la conception générale. Le remplacement de la première génération est progressif, certaines carrosseries de Mégane I restant au catalogue ou en production après l’arrivée de sa remplaçante.
Au total, Renault indique avoir produit plus de cinq millions de Mégane de première génération toutes versions confondues. Ce volume reflète autant le succès de la berline que l’ampleur inhabituelle de la famille X64, dont les déclinaisons ont permis à Renault de couvrir avec une même base une grande partie du marché européen des voitures compactes de la seconde moitié des années 1990.
