L’Aston Martin Valhalla est la première supercar de série à moteur central d’Aston Martin et son premier modèle hybride rechargeable de production. Apparue en 2019 sous la forme du concept AM-RB 003, elle a connu un développement particulièrement long avant d’atteindre sa définition définitive. Celle-ci associe un V8 biturbo de 4,0 litres à trois moteurs électriques pour atteindre 1 079 PS et 1 100 Nm, avec transmission intégrale électrifiée et aérodynamique active.
La Valhalla occupe une position particulière dans l’histoire de la marque britannique. Plus utilisable sur route que l’Aston Martin Valkyrie, elle reprend néanmoins plusieurs principes issus de ce programme extrême et exploite également l’expérience d’Aston Martin en Formule 1. Sa production est limitée à 999 exemplaires.
De l’AM-RB 003 de 2019 à la Valhalla définitive
L’histoire commence au Salon de Genève 2019. Aston Martin y présente l’AM-RB 003, troisième étape de sa nouvelle famille de voitures à moteur central après la Valkyrie et la Valkyrie AMR Pro. Le projet est alors pensé comme une supercar située sous la Valkyrie en matière de performances et d’exclusivité, mais capable de transposer certaines de ses solutions dans une automobile moins radicale.
Le nom Valhalla est officialisé quelques mois plus tard. Il poursuit la tradition des noms commençant par V chez Aston Martin, tout en faisant référence au Valhalla de la mythologie nordique. À ce stade, le programme prévoit seulement 500 exemplaires et un groupe motopropulseur très différent de celui finalement retenu.
Aston Martin développe en effet un V6 biturbo de 3,0 litres baptisé TM01, destiné à fonctionner dans une chaîne de traction hybride. Ce moteur est encore présenté en 2020 comme un élément essentiel du projet. La stratégie change ensuite profondément. En juillet 2021, une nouvelle Valhalla est dévoilée avec un V8 4,0 litres biturbo et une puissance combinée alors annoncée à 950 PS. Le moteur V6 maison disparaît du programme.
Le développement se poursuit encore plusieurs années, avec une implication croissante d’Aston Martin Performance Technologies, structure utilisant notamment les compétences acquises autour de la Formule 1. La spécification de production annoncée fin 2024 porte finalement la puissance à 1 079 PS, adopte trois moteurs électriques et fixe la série à 999 voitures. Cette chronologie explique pourquoi les anciennes fiches de la Valhalla présentent des caractéristiques parfois très éloignées du modèle définitif.
Un V8 biturbo épaulé par trois moteurs électriques
Le moteur thermique est un V8 biturbo de 4,0 litres installé longitudinalement derrière l’habitacle. Il se distingue notamment par son vilebrequin plat, son carter sec et une préparation spécifique comprenant des pistons adaptés, de nouveaux arbres à cames et deux turbocompresseurs twin-scroll. À lui seul, il développe 828 PS.
Trois machines électriques complètent ce V8. Deux sont installées sur l’essieu avant et entraînent chacune une roue, tandis que la troisième est intégrée à la transmission arrière. L’ensemble électrique fournit 251 PS et porte la puissance cumulée à 1 079 PS, pour un couple maximal de 1 100 Nm. Il n’existe aucune liaison mécanique entre les essieux avant et arrière : la transmission intégrale est obtenue par la coordination électronique des moteurs électriques avant et du groupe motopropulseur arrière.
Cette architecture permet aussi une vectorisation électrique du couple sur l’essieu avant. Le moteur intégré à la transmission intervient pour combler les interruptions de couple, synchroniser les changements de rapport, démarrer le V8 et participer à la recharge de la batterie. La boîte à double embrayage compte huit rapports et a été conçue spécifiquement pour cette chaîne hybride. Elle se passe même d’un rapport mécanique de marche arrière, le recul étant assuré électriquement.
La batterie haute tension de 400 V possède une capacité de 6,1 kWh. La Valhalla peut ainsi rouler en mode Pure EV sur une courte distance, jusqu’à 14 km annoncés, et atteindre 140 km/h sans utiliser son V8. Cette autonomie réduite montre que l’hybridation sert avant tout les performances, la réactivité et la gestion du couple plutôt que les longs déplacements électriques.
Fiche technique de l’Aston Martin Valhalla
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Architecture | Supercar hybride rechargeable, 2 places |
| Moteur thermique | V8 4,0 litres biturbo à vilebrequin plat, carter sec |
| Implantation | Moteur central arrière longitudinal |
| Puissance du V8 | 828 PS |
| Moteurs électriques | 3, dont 2 sur l’essieu avant et 1 intégré à la transmission arrière |
| Puissance électrique | 251 PS |
| Puissance combinée | 1 079 PS |
| Couple maximal combiné | 1 100 Nm |
| Transmission | Intégrale électrifiée |
| Boîte de vitesses | Double embrayage à 8 rapports |
| Différentiel arrière | Différentiel électronique hydraulique |
| Batterie | 6,1 kWh, 400 V, 150 kW, 560 cellules |
| Structure | Monocoque en fibre de carbone avec berceaux en aluminium |
| Suspension avant | Architecture à poussoirs, ressorts et amortisseurs intérieurs |
| Suspension arrière | Architecture à cinq bras |
| Amortisseurs | Adaptatifs Bilstein DTX |
| Direction | Crémaillère à assistance électrique |
| Freins avant | Carbone-céramique Brembo, disques de 410 mm, étriers 6 pistons |
| Freins arrière | Carbone-céramique Brembo, disques de 390 mm, étriers 4 pistons |
| Jantes | 20 pouces à l’avant, 21 pouces à l’arrière |
| Pneus avant | Michelin Pilot Sport S 5 AML, 285/30 ZR20 |
| Pneus arrière | Michelin Pilot Sport S 5 AML, 335/30 ZR21 |
| Longueur | 4 727 mm |
| Largeur hors rétroviseurs | 2 014 mm |
| Hauteur | 1 161 mm |
| Empattement | 2 760 mm |
| Poids à sec | 1 655 kg |
| 0 à 100 km/h | 2,5 s |
| Vitesse maximale | 350 km/h, limitée électroniquement |
| Autonomie électrique annoncée | 14 km |
| Vitesse maximale en mode électrique | 140 km/h |
| Appui aérodynamique | Plus de 600 kg à 240 km/h |
| Production prévue | 999 exemplaires |
Un châssis carbone et une aérodynamique active
La Valhalla repose sur une monocoque en fibre de carbone associée à des berceaux en aluminium. La partie inférieure de la cellule carbone ne pèse que 74,2 kg. À l’avant, Aston Martin retient une suspension à poussoirs inspirée de la compétition, qui place ressorts et amortisseurs à l’intérieur de la carrosserie. L’arrière adopte une architecture à cinq bras, tandis que des amortisseurs adaptatifs Bilstein DTX participent au contrôle de la caisse.
L’aérodynamique constitue une composante active du comportement de la voiture. Le soubassement, les tunnels Venturi et les éléments mobiles permettent de générer plus de 600 kg d’appui à 240 km/h. Au-delà de cette vitesse, le système modifie automatiquement l’incidence des surfaces afin de conserver un niveau d’appui maîtrisé jusqu’à la vitesse maximale.
En mode Race, l’aileron arrière en forme de T se relève jusqu’à 255 mm. Une aile active située à l’avant travaille avec lui pour équilibrer la voiture. Le dispositif peut également réduire la traînée ou fonctionner comme frein aérodynamique. Ces solutions rapprochent davantage la Valhalla de l’univers de l’Aston Martin Valkyrie AMR Pro que des GT traditionnelles de la marque, même si leur mise en oeuvre a été adaptée à une automobile homologuée pour la route.
Le freinage associe de grands disques carbone-céramique Brembo à un système brake-by-wire capable d’intégrer la récupération d’énergie des moteurs électriques. La répartition du couple électrique à l’avant et le différentiel électronique arrière permettent parallèlement d’agir sur le comportement de la voiture sans recourir uniquement aux freins.
Un design dicté par le refroidissement et l’appui
Sous la direction créative de Marek Reichman, la Valhalla conserve les proportions spectaculaires d’une supercar à moteur central : habitacle avancé, pavillon très bas, ailes larges et surfaces profondément creusées par les flux d’air. Les portes dièdres s’ouvrent vers l’avant et vers le haut, tandis qu’une prise d’air centrale installée sur le toit alimente le V8.
Les contraintes aérodynamiques sont visibles jusque dans les portes. Un conduit intégré à leur structure dirige l’air provenant de la zone des roues avant vers les refroidisseurs d’huile du moteur et de la transmission. Le dispositif permet ainsi de combiner le dessin extérieur avec une véritable fonction thermique.
L’arrière est particulièrement identifiable par l’aileron actif escamotable et par l’organisation des échappements. Deux sorties sont placées en hauteur au centre, complétées par deux sorties inférieures proches des tunnels Venturi. L’absence d’un énorme aileron fixe en utilisation normale permet à la Valhalla de conserver une silhouette relativement fluide malgré ses besoins aérodynamiques.
L’habitacle reprend également certains principes issus de la compétition. La position de conduite place les talons du conducteur plus haut que les hanches, dans une configuration évoquant celle d’une monoplace. Contrairement à la Valkyrie, la Valhalla doit toutefois conserver une ergonomie compatible avec un usage routier, avec davantage d’espace et d’équipements de confort.
La Formule 1 au service d’une Aston Martin de route
La participation d’Aston Martin Performance Technologies distingue la dernière phase du développement. Les méthodes et outils issus du programme de Formule 1 ont notamment servi au travail sur l’aérodynamique, la dynamique du véhicule et les matériaux. Cette relation est plus profonde qu’une simple évocation marketing de la compétition, sans pour autant transformer la Valhalla en voiture de course homologuée.
Fernando Alonso a participé au développement dynamique et a conduit la Valhalla lors de sa première démonstration dynamique publique à Monaco en mai 2025. Le modèle reste cependant exclusivement routier. Il ne faut donc pas lui attribuer les engagements sportifs de voitures comme l’Aston Martin Vantage GT3, ni la confondre avec la Valkyrie engagée en endurance sous une spécification dédiée.
La Valhalla possède quatre modes principaux, Pure EV, Sport, Sport+ et Race. Leur action ne se limite pas à la réponse du moteur : la gestion hybride, la transmission, les suspensions et l’aérodynamique active évoluent conjointement. Cette intégration des systèmes constitue l’une des différences fondamentales entre la Valhalla et les précédentes supercars de la marque.
Une série limitée à 999 exemplaires
La production de la Valhalla est limitée à 999 unités, contre 500 envisagées au début du projet AM-RB 003. L’assemblage est organisé à Gaydon au Royaume-Uni sur une ligne dédiée. La production de la définition finale a été programmée à partir de 2025, après plusieurs reports qui expliquent les dates antérieures encore associées au modèle dans certaines documentations.
Cette production très limitée inscrit la Valhalla dans une tradition de modèles Aston Martin construits en petites séries, mais sa singularité vient surtout de son architecture. Des voitures telles que l’Aston Martin One-77 avaient déjà poussé très loin l’exclusivité et les performances, tandis que l’Aston Martin Vulcan avait exploré une approche radicale réservée au circuit. La Valhalla transpose pour sa part cette recherche de performances dans une supercar hybride à moteur central destinée à la route.
Son évolution entre 2019 et la production est presque aussi importante que ses performances. Le projet est passé d’un concept AM-RB 003 à V6 hybride et 500 exemplaires à une voiture dotée d’un V8 biturbo, de trois moteurs électriques et d’une transmission intégrale, produite à 999 unités. La Valhalla de série doit donc être considérée comme l’aboutissement profondément remanié du programme lancé en 2019, et non comme une simple industrialisation du concept présenté à Genève.




