L’Aston Martin Valkyrie est une hypercar hybride née d’une collaboration entre Aston Martin et Red Bull Advanced Technologies avec une ambition inhabituelle : appliquer à une automobile homologuée pour la route des principes aérodynamiques et structurels issus de la compétition. Présentée en 2016 sous le nom de projet AM-RB 001, elle devient officiellement Valkyrie en 2017 avant d’entrer en production plusieurs années plus tard. Son V12 atmosphérique Cosworth, son hybridation, sa monocoque en carbone et ses immenses tunnels aérodynamiques en font l’une des Aston Martin les plus radicales jamais produites.
La Valkyrie marque également une rupture avec les précédentes séries limitées de la marque. L’Aston Martin One-77 avait déjà associé moteur V12, matériaux légers et production confidentielle, mais conservait l’architecture générale d’une supercar à moteur avant. Avec la Valkyrie, le moteur passe derrière l’habitacle et l’aérodynamique conditionne presque entièrement la forme de la voiture.
Du projet AM-RB 001 à la Valkyrie
L’origine du modèle remonte au rapprochement entre Aston Martin et Red Bull Racing. Adrian Newey, alors directeur technique de Red Bull Racing, joue un rôle central dans la conception, aux côtés de Red Bull Advanced Technologies et des équipes d’Aston Martin dirigées sur le plan stylistique par Marek Reichman. L’objectif n’est pas simplement de construire une supercar plus puissante, mais de réduire autant que possible l’écart entre une voiture de route et les principes d’une machine de compétition.
Le projet AM-RB 001 est dévoilé à Gaydon le 5 juillet 2016. Sa silhouette montre déjà les fondements de la voiture définitive : habitacle très compact, moteur central arrière et énormes volumes laissés libres sous la carrosserie pour accélérer le flux d’air. En mars 2017, Aston Martin lui attribue le nom Valkyrie. Une définition affinée apparaît quelques mois plus tard, tandis que le développement technique se poursuit pendant plusieurs années.
Ce programme va beaucoup plus loin que celui de l’Aston Martin Vulcan. Cette dernière était une voiture de piste extrêmement performante, mais la Valkyrie doit concilier une conception encore plus proche de la compétition avec les contraintes d’une homologation routière. Les prototypes effectuent ainsi une longue phase de mise au point avant l’arrivée des voitures destinées aux clients.
La première Valkyrie client est achevée à Gaydon en novembre 2021. Aston Martin met en place une zone de production spécifique pour le modèle et annonce plus de 2 000 heures de travail manuel pour chaque exemplaire. Les voitures passent également par un programme d’essais à Silverstone avant leur livraison.
Une aérodynamique qui dicte le dessin
La Valkyrie ne ressemble pas à une Aston Martin conventionnelle sur laquelle auraient été ajoutés des appendices aérodynamiques. Sa carrosserie est directement organisée autour de la circulation de l’air. Deux tunnels Venturi particulièrement imposants passent sous la voiture et de chaque côté de la cellule centrale. Cette architecture permet de générer une part importante de l’appui par le soubassement plutôt que de dépendre uniquement d’un grand aileron.
Le résultat est une silhouette très basse, longue d’environ 4,50 m mais haute d’à peine 1,07 m. Le cockpit prend la forme d’une cellule étroite autour de laquelle semblent s’enrouler les surfaces de carrosserie. Les ouvertures ménagées entre l’habitacle, les roues et le plancher sont si importantes que la Valkyrie paraît presque dépourvue de flancs traditionnels.
Les détails répondent à la même recherche d’efficacité. Les projecteurs sont minuscules, les rétroviseurs conventionnels sont remplacés par des caméras et les roues utilisent une fixation centrale. Les occupants prennent place très bas dans une position semi-allongée, avec les jambes relevées. L’habitacle à deux places privilégie l’encombrement minimal et regroupe une grande partie des informations et commandes autour du volant.
La structure repose massivement sur la fibre de carbone. Multimatic participe au développement de la monocoque, tandis que la recherche de masse concerne jusqu’aux composants mécaniques. L’objectif n’est pas seulement d’améliorer l’accélération : une masse contenue facilite aussi le travail des suspensions et permet de supporter les importantes charges générées par l’aérodynamique.
Un V12 Cosworth atmosphérique à 11 100 tr/min
Au centre du projet se trouve un V12 atmosphérique de 6,5 litres développé spécifiquement par Cosworth. Dans un marché où les moteurs suralimentés sont devenus la norme pour atteindre des puissances extrêmes, Aston Martin et ses partenaires choisissent une mécanique sans turbocompresseur capable de prendre 11 100 tr/min. Le moteur est également conçu comme un élément structurel de l’ensemble mécanique et sa masse dépasse à peine 200 kg.
Ce V12 n’est donc pas une évolution d’un moteur Aston Martin de grande série. Sa philosophie diffère notamment de celle des mécaniques utilisées par des modèles tels que l’Aston Martin V12 Vantage. Dans la Valkyrie, la recherche de régime, de légèreté et d’intégration structurelle rapproche davantage le moteur d’une mécanique de compétition.
Le V12 travaille avec un système hybride de type KERS. L’assistance électrique complète la puissance du moteur thermique plutôt que de transformer la Valkyrie en hybride rechargeable destinée à parcourir de longues distances en mode électrique. La puissance combinée annoncée pour la voiture de production atteint 1 155 PS, soit 1 155 ch selon la convention métrique et environ 1 139 bhp.
La puissance est envoyée aux seules roues arrière par une transmission à sept rapports développée avec Ricardo. Les performances annoncées ou mesurées au fil du développement varient selon les références et les configurations. Aston Martin a officiellement communiqué un 0 à 60 mph en moins de 2,5 secondes, tandis que les données indépendantes situent généralement la vitesse maximale autour de 355 km/h.
Fiche technique de l’Aston Martin Valkyrie
| Caractéristique | Aston Martin Valkyrie Coupé |
|---|---|
| Type | Hypercar hybride, coupé 2 places |
| Architecture | Moteur central arrière longitudinal, propulsion |
| Moteur thermique | V12 atmosphérique Cosworth |
| Cylindrée | Environ 6 499 cm3 |
| Régime maximal | 11 100 tr/min |
| Hybridation | Système électrique de type KERS associé au V12 |
| Puissance combinée | 1 155 PS, soit 1 155 ch métriques, environ 1 139 bhp |
| Couple combiné | Environ 900 Nm dans les données techniques de référence |
| Transmission | Boîte à 7 rapports développée avec Ricardo |
| Structure | Monocoque en fibre de carbone |
| Suspensions | Architecture à poussoirs inspirée de la compétition |
| Freins | Carbone-céramique, développement Alcon et Surface Transforms |
| Pneus avant | Michelin Pilot Sport Cup 2, 265/35 ZR20 |
| Pneus arrière | Michelin Pilot Sport Cup 2, 325/30 ZR21 |
| Jantes | 20 pouces à l’avant, 21 pouces à l’arrière, fixation centrale |
| Longueur | Environ 4 500 mm |
| Largeur | Environ 1 965 mm |
| Hauteur | Environ 1 070 mm |
| Empattement | Environ 2 770 mm |
| Poids à sec | Environ 1 270 kg pour la voiture de production |
| 0 à 60 mph | Moins de 2,5 s annoncé par Aston Martin |
| Vitesse maximale | Environ 355 km/h dans les données indépendantes de référence |
| Production du Coupé | 150 exemplaires |
| Début de production client | 2021 |
Une hypercar routière produite à 150 exemplaires
La Valkyrie Coupé est limitée à 150 exemplaires. Cette quantité doit être distinguée des volumes des autres variantes portant le même nom. Le caractère artisanal de l’assemblage, la complexité du groupe motopropulseur et le degré de personnalisation expliquent un processus de fabrication sans commune mesure avec celui d’une Aston Martin de grande série.
Le prix neuf généralement rapporté se situe autour de 2,5 millions de livres sterling avant options et personnalisations. Les possibilités offertes par Q by Aston Martin pouvaient encore augmenter sensiblement ce montant. La faible production et les configurations individuelles rendent en revanche peu pertinente l’idée d’une cote unique sur le marché de collection.
La Valkyrie appartient ainsi à une catégorie différente de modèles exclusifs comme l’Aston Martin Victor. Le Victor mise sur un V12 atmosphérique, une boîte manuelle et une approche volontairement analogique, alors que la Valkyrie concentre hybridation, aérodynamique active et solutions issues de la compétition dans une architecture développée presque sans compromis.
Valkyrie Spider et AMR Pro, deux variantes bien distinctes
Le nom Valkyrie désigne progressivement une petite famille, ce qui peut créer des confusions dans les chiffres techniques. L’Aston Martin Valkyrie Spider transpose la formule à une carrosserie découvrable. Elle conserve le V12 hybride et l’essentiel de la philosophie du Coupé, mais sa structure et certains éléments aérodynamiques sont adaptés à l’absence de pavillon fixe.
L’Aston Martin Valkyrie AMR Pro suit une logique beaucoup plus radicale. Réservée au circuit, elle reçoit une aérodynamique spécifique, un empattement différent et abandonne l’assistance hybride dans sa définition finale. Ses caractéristiques ne doivent donc pas être utilisées pour décrire la Valkyrie Coupé homologuée pour la route.
Le programme a aussi nourri d’autres projets d’Aston Martin. L’Aston Martin Valhalla reprend l’idée d’une supercar à moteur central et électrifiée, mais avec une architecture, une mécanique et un positionnement différents. Elle n’est ni une version de la Valkyrie ni son remplacement direct.
De la route au programme Valkyrie de compétition
Le lien avec la course est présent dès la naissance de la Valkyrie, mais la voiture routière de 150 exemplaires ne doit pas être confondue avec le prototype destiné à la compétition. Aston Martin annonce d’abord en 2019 un programme fondé sur le règlement Hypercar du Championnat du monde d’endurance. Ce projet est suspendu en 2020 avant d’être relancé quelques années plus tard avec The Heart of Racing.
La Valkyrie de compétition conserve un V12 atmosphérique dérivé du concept routier, mais elle répond à un règlement sportif spécifique et ne reprend pas simplement la fiche technique de l’hypercar de série. La puissance, l’aérodynamique, le châssis et l’absence du système hybride routier répondent aux contraintes de la catégorie LMH. Les résultats obtenus en WEC ou en IMSA appartiennent donc à cette voiture de course et non à la Valkyrie Coupé.
Cette filiation sportive illustre néanmoins la singularité du projet initial. La Valkyrie n’a pas été dessinée comme une GT extrêmement puissante à laquelle on aurait ensuite ajouté une version de compétition : son architecture est née autour de l’effet de sol, d’une cellule carbone minimale, d’une position de conduite inspirée des prototypes et d’un V12 développé spécifiquement. C’est cette approche qui explique son écart technique avec le reste de la gamme Aston Martin et la durée exceptionnelle de son développement entre la révélation de l’AM-RB 001 en 2016 et les premières livraisons clients en 2021.




