Dévoilée pour la première fois en 2008, l’Aston Martin One-77 est un programme à part dans l’histoire de la marque britannique. Limitée à 77 exemplaires, elle associe une monocoque en fibre de carbone, des panneaux de carrosserie en aluminium façonnés à la main et un V12 atmosphérique de 7,3 litres développé avec Cosworth. Plus qu’une évolution d’un modèle existant, elle est conçue comme une démonstration de ce qu’Aston Martin peut produire lorsque les contraintes habituelles de coût et de grande série passent au second plan.
Son architecture reste fidèle à la tradition des grandes Aston Martin à moteur avant et propulsion, mais sa conception est nettement plus radicale. Avec 750 bhp annoncés par le constructeur, soit environ 760 ch DIN, une vitesse maximale proche de 354 km/h et une production confidentielle, la One-77 se situe au-dessus des GT de série de son époque.
Un projet hors norme dévoilé en 2008
La One-77 apparaît publiquement au Mondial de l’Automobile de Paris en octobre 2008. Aston Martin entretient alors volontairement le mystère en laissant la voiture presque entièrement dissimulée sous une housse. Le nom résume déjà le principe du projet : une automobile d’exception dont la série sera limitée à 77 unités.
Le développement est mené sous la direction d’Ulrich Bez, alors dirigeant d’Aston Martin. Le style est réalisé par l’équipe de design dirigée par Marek Reichman, avec notamment l’implication de Miles Nürnberger. Chris Porritt occupe pour sa part un rôle central dans l’ingénierie du programme. L’objectif n’est pas de transformer une Aston Martin DBS contemporaine en série spéciale, mais de concevoir une automobile possédant sa propre structure et des solutions techniques spécifiques.
Le programme se précise au Salon de Genève 2009, où Aston Martin présente notamment son architecture technique. Quelques semaines plus tard, la voiture complète apparaît au Concorso d’Eleganza Villa d’Este. Elle y reçoit le Design Award dans la catégorie des concept-cars et prototypes. Le développement se poursuit ensuite jusqu’aux voitures destinées aux clients, la production étant achevée en 2012.
Une monocoque carbone sous une carrosserie en aluminium
L’une des différences fondamentales entre la One-77 et les Aston Martin de grande série de la même période se trouve sous sa carrosserie. Sa cellule centrale est une monocoque en fibre de carbone développée avec Multimatic. Aston Martin l’habille de panneaux d’aluminium façonnés à la main, combinant ainsi une technologie de structure très moderne avec des méthodes de carrosserie plus artisanales.
Le châssis reçoit des suspensions indépendantes à doubles triangles. Les ressorts et amortisseurs sont installés horizontalement à l’intérieur de la voiture et commandés par un système de poussoirs et de basculeurs, une disposition directement inspirée de la compétition. Les amortisseurs utilisent la technologie DSSV de Multimatic. Aston Martin proposait en outre d’adapter certains réglages de suspension aux préférences du propriétaire.
Les freins carbone-céramique sont dimensionnés pour les performances de l’auto, avec des disques de 398 mm et des étriers à six pistons à l’avant, contre 360 mm et quatre pistons à l’arrière. Les roues forgées de 20 pouces accueillent des Pirelli P Zero Corsa, en 255/35 ZR20 à l’avant et 335/30 ZR20 à l’arrière.
Le V12 7,3 litres développé avec Cosworth
Le moteur constitue l’autre pièce maîtresse de la One-77. Aston Martin part de son architecture V12 atmosphérique, également caractéristique de modèles comme l’Aston Martin DB9, mais confie à Cosworth un développement beaucoup plus poussé. La cylindrée atteint 7 312 cm3 et le moteur reçoit notamment une lubrification par carter sec. Aston Martin annonce 750 bhp, soit environ 760 ch DIN, ainsi qu’un couple maximal de 750 Nm.
Le carter sec permet d’installer le V12 beaucoup plus bas. Il est également fortement reculé derrière l’axe des roues avant, ce qui rapproche son implantation de celle d’un moteur avant-central. La boîte robotisée à six rapports est installée à l’arrière selon une architecture transaxle. Cette disposition participe à la répartition des masses et distingue nettement la One-77 d’une simple déclinaison plus puissante des GT existantes.
Les chiffres de performances publiés au fil du développement ne sont pas tous directement comparables. La donnée la plus significative reste l’essai à haute vitesse réalisé en décembre 2009, durant lequel un prototype atteint 220,007 mph, soit environ 354 km/h. Aston Martin retient ensuite 220 mph comme vitesse maximale. Pour l’accélération, la documentation définitive situe le 0 à 100 km/h autour de 3,7 secondes, tandis que le chiffre de 3,5 secondes fréquemment cité correspond notamment au 0 à 60 mph.
Fiche technique de l’Aston Martin One-77
| Caractéristique | Aston Martin One-77 |
|---|---|
| Architecture moteur | V12 atmosphérique à 60 degrés, longitudinal avant-central |
| Cylindrée | 7 312 cm3 |
| Distribution | 48 soupapes, quatre arbres à cames en tête |
| Lubrification | Carter sec |
| Puissance | 750 bhp, environ 760 ch DIN, 559 kW |
| Couple maximal | 750 Nm |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Robotisée à 6 rapports, implantation arrière transaxle |
| Structure | Monocoque en fibre de carbone |
| Carrosserie | Panneaux d’aluminium façonnés à la main |
| Suspensions | Doubles triangles, système inboard à poussoirs, amortisseurs DSSV |
| Direction | Crémaillère assistée |
| Freins avant | Carbone-céramique, disques de 398 mm, étriers 6 pistons |
| Freins arrière | Carbone-céramique, disques de 360 mm, étriers 4 pistons |
| Jantes | 20 pouces forgées, 9J avant et 12,5J arrière |
| Pneus avant | Pirelli P Zero Corsa 255/35 ZR20 |
| Pneus arrière | Pirelli P Zero Corsa 335/30 ZR20 |
| Longueur | 4 601 mm |
| Hauteur | 1 222 mm |
| Empattement | 2 791 mm |
| Voie avant | 1 706 mm |
| Voie arrière | 1 627 mm |
| Poids | 1 630 kg |
| Réservoir | 98 litres |
| 0 à 100 km/h | Environ 3,7 s |
| Vitesse maximale | 220 mph, environ 354 km/h |
| Émissions de CO2 | 572 g/km |
| Production | 77 exemplaires |
Un design immédiatement identifiable
La One-77 conserve plusieurs codes historiques d’Aston Martin sans chercher à ressembler exactement aux modèles de série. Sa calandre basse et très large identifie immédiatement la marque, mais les proportions sont exacerbées : long capot, pavillon très bas, habitacle rejeté vers l’arrière, ailes puissamment galbées et voies particulièrement larges. La hauteur de seulement 1 222 mm contribue à cette silhouette inhabituelle pour une Aston Martin à moteur avant.
Le traitement des flancs est particulièrement caractéristique. Les passages de roues sont fortement marqués et une profonde ouverture derrière chaque roue avant participe autant au dessin qu’à la gestion des flux d’air. À l’arrière, les feux très fins épousent les volumes des ailes tandis qu’un important diffuseur souligne la vocation aérodynamique de la voiture. Les portes reprennent le mouvement d’ouverture en légère élévation caractéristique des Aston Martin modernes.
La position très basse du V12 permet également aux designers d’abaisser le capot par rapport au sommet des ailes. Le dessin ne se contente donc pas de masquer la mécanique : il découle en partie de son implantation. Cette relation entre architecture et style explique pourquoi la One-77 possède des proportions sensiblement différentes de celles des Aston Martin V12 produites en plus grande série.
77 exemplaires et une fabrication très exclusive
La production est limitée dès l’origine à 77 voitures. Les exemplaires sont largement personnalisables, conformément au positionnement du projet, et Aston Martin achève la série en 2012. Cette quantité extrêmement réduite rend la One-77 beaucoup plus rare que les GT de série de la marque et explique la faible fréquence des transactions publiques sur le marché de collection.
Son tarif était lui aussi exceptionnel. Les montants annoncés à l’époque varient en fonction du marché et surtout de l’inclusion ou non des taxes, mais la voiture se situait autour du million de livres hors taxes, avec des montants sensiblement supérieurs une fois la fiscalité ajoutée. Il est donc trompeur de comparer directement les différents prix historiques publiés sans tenir compte de leur régime fiscal.
La One-77 n’a pas été conçue pour un programme de compétition. Son rôle était celui d’une vitrine routière capable d’intégrer des technologies habituellement associées à la course. Elle a néanmoins établi un jalon important pour Aston Martin : avec environ 354 km/h atteints durant son développement, elle devient alors la voiture de route la plus rapide jamais réalisée par la marque.
De la One-77 aux Aston Martin les plus radicales
La One-77 n’a pas reçu de remplaçante directe. Certains de ses thèmes stylistiques se retrouvent néanmoins sur l’Aston Martin Vanquish de génération suivante, tandis que son principe de voiture vitrine produite en quantité très limitée sera repris sous des formes encore plus spécialisées. L’Aston Martin Vulcan pousse ainsi la démarche vers une machine réservée à la piste, alors que l’Aston Martin Valkyrie transpose plus tard cette recherche d’extrême performance dans une architecture à moteur central.
La filiation la plus concrète apparaît toutefois avec l’Aston Martin Victor. Réalisée comme un exemplaire unique plusieurs années après la fin de production de la One-77, la Victor utilise un châssis issu de celle-ci et une évolution profondément retravaillée de son V12. Elle constitue ainsi l’une des rares réinterprétations physiques directes de la base technique développée pour les 77 voitures du programme original.




