L’Aston Martin Valkyrie AMR Pro est la déclinaison exclusivement destinée au circuit de l’hypercar britannique. Présentée pour la première fois sous forme de concept en 2018, elle évolue profondément avant d’atteindre sa configuration définitive en 2021. Cette dernière abandonne l’hybridation, adopte un châssis sensiblement différent de celui de la voiture de route et exploite directement les travaux réalisés pour un projet de compétition au Mans.
Produite à seulement 40 exemplaires auxquels s’ajoutent deux prototypes, l’AMR Pro n’est ni une Valkyrie routière simplement allégée, ni une voiture homologuée pour une catégorie de compétition. Aston Martin l’a conçue sans les contraintes de l’homologation routière ou d’un règlement sportif, avec un V12 Cosworth atmosphérique de 6,5 litres capable d’atteindre 11 000 tr/min et une aérodynamique développée autour de la recherche d’appui.
Du concept de 2018 à la Valkyrie AMR Pro définitive
L’histoire du modèle impose de distinguer deux voitures portant le même nom. Aston Martin dévoile la première Valkyrie AMR Pro au Salon de Genève en mars 2018. Cette interprétation radicale de l’Aston Martin Valkyrie conserve alors un système hybride associé au V12 de 6,5 litres. Le constructeur annonce plus de 1 100 bhp, un objectif de masse de 1 000 kg et plus de 1 000 kg d’appui aérodynamique.
Le programme change ensuite de direction. En 2019, Aston Martin, Red Bull Advanced Technologies et Multimatic travaillent sur une Valkyrie destinée à la nouvelle catégorie Hypercar du Championnat du monde d’endurance. Le projet doit permettre à la marque de revenir au plus haut niveau des 24 Heures du Mans, une épreuve intimement liée à son histoire depuis notamment l’Aston Martin DBR1.
Ce programme de compétition est finalement mis en pause, mais ses travaux ne sont pas perdus. Lorsque la Valkyrie AMR Pro définitive est révélée en juin 2021, elle reprend une grande partie des solutions étudiées pour cette Valkyrie de course. Elle s’éloigne ainsi nettement du concept de Genève et de la voiture routière dont elle porte toujours le nom.
Cette distinction explique plusieurs chiffres contradictoires associés à l’AMR Pro. Les plus de 1 100 bhp et l’hybridation concernent le concept de 2018. La version définitive de 2021 utilise au contraire uniquement son V12 atmosphérique et développe 1 000 bhp, soit environ 1 014 ch DIN. De même, les 1 000 kg fréquemment cités correspondent à l’objectif de masse annoncé pour le concept initial et non à une masse définitive officiellement publiée pour la voiture de série.
Un V12 Cosworth de 6,5 litres sans hybridation
La suppression de l’assistance électrique constitue l’une des transformations essentielles du modèle définitif. La Valkyrie routière associe son V12 à un dispositif hybride, tandis que l’AMR Pro repose exclusivement sur le moteur atmosphérique développé par Cosworth. D’une cylindrée de 6,5 litres, ce V12 atteint 1 000 bhp et peut prendre 11 000 tr/min.
Ce choix ne vise donc pas à obtenir la puissance combinée maximale du concept de 2018. Il répond plutôt à la recherche d’une voiture plus légère, plus simple dans sa chaîne cinématique et totalement orientée vers la piste. La puissance est transmise aux seules roues arrière. Dans un univers où les hypercars adoptent massivement turbocompresseurs et électrification, un V12 atmosphérique capable de dépasser les 10 000 tr/min constitue l’une des caractéristiques les plus singulières de l’AMR Pro.
La philosophie rappelle celle de l’Aston Martin Vulcan, autre modèle produit en très petite série pour une utilisation exclusivement sur circuit. L’AMR Pro pousse cependant beaucoup plus loin l’intégration entre structure, aérodynamique et mécanique, avec une conception directement influencée par les prototypes d’endurance modernes.
Fiche technique de l’Aston Martin Valkyrie Amr Pro
| Caractéristique | Aston Martin Valkyrie AMR Pro définitive |
|---|---|
| Configuration | Hypercar biplace exclusivement destinée au circuit |
| Moteur | V12 atmosphérique Cosworth |
| Cylindrée | 6,5 litres |
| Puissance | 1 000 bhp, environ 1 014 ch DIN |
| Régime maximal | 11 000 tr/min |
| Hybridation | Aucune |
| Implantation | Moteur central arrière longitudinal |
| Transmission | Propulsion |
| Structure | Monocoque en fibre de carbone |
| Suspension | Architecture spécifique piste avec éléments en fibre de carbone |
| Empattement | Allongé de 380 mm par rapport à la Valkyrie routière |
| Voie avant | Élargie de 96 mm par rapport à la Valkyrie routière |
| Voie arrière | Élargie de 115 mm par rapport à la Valkyrie routière |
| Longueur liée au package aérodynamique | 266 mm supplémentaires par rapport à la Valkyrie routière |
| Appui aérodynamique | Environ deux fois celui de la Valkyrie routière |
| Accélération latérale annoncée | Plus de 3 g |
| Production annoncée | 40 exemplaires et 2 prototypes |
| Configuration de conduite | Conduite à gauche uniquement |
Un châssis issu du projet Le Mans
L’abandon des contraintes routières permet aux ingénieurs de modifier les proportions mêmes de la voiture. L’empattement gagne 380 mm par rapport à la Valkyrie de route, tandis que les voies sont élargies de 96 mm à l’avant et de 115 mm à l’arrière. Le package aérodynamique augmente en outre la longueur de 266 mm. L’AMR Pro possède donc une silhouette sensiblement plus étirée et plus large que celle du modèle homologué pour la route.
La structure en fibre de carbone s’accompagne d’une recherche systématique d’allègement. Aston Martin emploie notamment des éléments de suspension en carbone et remplace les vitrages conventionnels par des solutions plus légères adaptées à une automobile de piste. La disparition du système hybride participe également à cette réduction de masse.
Le travail aérodynamique constitue toutefois la différence la plus visible. L’immense aileron arrière fixe, la dérive centrale, le splitter avant, les tunnels sous la carrosserie et le diffuseur donnent à l’AMR Pro une apparence beaucoup plus proche d’un prototype d’endurance que d’une supercar traditionnelle. Aston Martin annonce environ deux fois plus d’appui que sur la Valkyrie routière et une capacité à dépasser 3 g d’accélération latérale.
Le constructeur a également communiqué un objectif théorique de 3 min 20 s sur les 13,6 km du circuit des 24 Heures du Mans. Cette valeur provenait des simulations du programme et ne correspond pas à un tour officiellement chronométré. Elle illustrait néanmoins le niveau de performances recherché, comparable dans son principe à celui des prototypes d’endurance de premier plan.
Une hypercar de piste sans règlement de compétition
La Valkyrie AMR Pro occupe une position inhabituelle. Elle utilise des connaissances provenant d’un programme destiné au Mans, mais elle n’a pas été développée pour courir sous un règlement donné. Les ingénieurs ont donc pu s’affranchir aussi bien des contraintes d’une voiture homologuée pour la route que des limites imposées par une catégorie sportive.
Cette liberté distingue également l’AMR Pro d’une véritable Valkyrie de compétition. Les développements ultérieurs d’Aston Martin en endurance ont conduit à une voiture soumise à un cadre réglementaire, alors que l’AMR Pro reste une machine réservée aux journées de roulage privées et aux événements organisés pour ses propriétaires. Aucun résultat en compétition ne doit donc lui être attribué.
La première démonstration dynamique publique du modèle définitif intervient à Bahreïn en mars 2022, avec le pilote Dirk Müller au volant. Sebastian Vettel et Lance Stroll avaient également été annoncés parmi les pilotes impliqués dans le travail de mise au point dynamique. Ces apparitions permettent surtout de montrer une voiture qui, contrairement au concept de 2018, correspond à la configuration destinée aux clients.
40 exemplaires pour une production extrêmement limitée
Aston Martin prévoit 40 Valkyrie AMR Pro destinées aux clients, auxquelles s’ajoutent deux prototypes. Toutes sont annoncées en conduite à gauche. Les premières livraisons étaient programmées à partir du quatrième trimestre 2021, plaçant cette série parmi les Aston Martin modernes les plus rares.
Cette diffusion limitée s’inscrit dans une tradition de projets exclusifs qui avait notamment produit l’Aston Martin One-77, mais la finalité est ici très différente. L’AMR Pro ne cherche aucun compromis permettant une utilisation quotidienne : elle est construite autour de son environnement naturel, le circuit.
Elle occupe ainsi l’extrémité la plus radicale de la famille Valkyrie. La Aston Martin Valkyrie Spider conserve au contraire le principe d’une hypercar homologuée pour la route malgré ses performances extrêmes, tandis que l’Aston Martin Valhalla développe une approche technique et un positionnement distincts.
Comment reconnaître la Valkyrie AMR Pro
L’AMR Pro définitive se reconnaît d’abord à ses proportions. Son empattement plus long, ses voies élargies et son aérodynamique considérablement développée lui donnent une présence différente de celle de la Valkyrie de route. À l’arrière, l’aileron fixe de très grande dimension et la dérive centrale dominent une carrosserie dont les surfaces semblent organisées autour du passage de l’air plutôt que d’une enveloppe conventionnelle.
La partie basse est tout aussi importante. De vastes tunnels exploitent l’effet de sol, tandis que le diffuseur arrière et les appendices avant participent à la génération d’appui. Le cockpit reste extrêmement compact et avancé, conséquence d’une architecture où le pilote et le passager prennent place au coeur d’une structure dessinée autour des impératifs aérodynamiques.
Pour identifier correctement une AMR Pro dans l’histoire du programme, l’aspect visuel ne suffit cependant pas : il faut distinguer le concept hybride de Genève 2018 de la version définitive dévoilée en 2021. Cette dernière associe son châssis allongé issu des travaux du programme Le Mans à un V12 atmosphérique dépourvu d’hybridation, combinaison qui définit réellement les 40 voitures destinées aux clients.




