Datsun Bluebird

Datsun Bluebird

La Datsun Bluebird est l’une des lignées les plus importantes de l’histoire de Nissan. Le nom apparaît officiellement en août 1959 avec la série 310, une berline familiale compacte destinée aussi bien au marché japonais qu’à l’expansion internationale du constructeur. Au fil des générations, la Bluebird passe d’une petite propulsion encore très classique à des automobiles plus puissantes et sophistiquées, avant d’adopter la traction avant dans les années 1980.

Une distinction est essentielle : Bluebird ne désigne pas uniquement la célèbre série 510. Cette dernière, lancée en 1967 et particulièrement appréciée en compétition, constitue la troisième génération de la famille. L’histoire commence huit ans plus tôt avec la 310, puis se poursuit avec les séries 410, 510, 610, 810 et 910 durant la période où le nom Datsun reste largement employé à l’exportation.

La naissance de la Bluebird en 1959

À la fin des années 1950, Nissan cherche à moderniser son offre de voitures particulières tout en renforçant ses ambitions internationales. La nouvelle Bluebird prend la relève des berlines Datsun 210 et 211. La série P310 lancée en août 1959 inaugure officiellement l’appellation Bluebird et introduit une présentation plus moderne que celle de ses devancières.

Le dessin de cette première génération est attribué à Shozo Sato, designer de Nissan. La voiture conserve les proportions traditionnelles d’une petite berline tricorps à quatre portes, avec un capot horizontal, un habitacle relativement haut et une poupe nettement séparée. Ses 3,86 m de longueur et son empattement de 2,28 m donnent une bonne idée de son positionnement : la Bluebird originelle reste beaucoup plus compacte que ne le seront certaines générations ultérieures.

Deux motorisations sont associées aux débuts de la série. Nissan conserve un quatre cylindres de 1 litre développant 38 PS, mais le moteur E de 1 189 cm3 devient particulièrement représentatif de la P310. Ce quatre cylindres à soupapes en tête fournit 43 PS à 4 800 tr/min et 82 Nm à 2 400 tr/min. Associé à une boîte manuelle à trois rapports commandée au volant, il permet à la berline 1200 d’atteindre 120 km/h.

La technique demeure conventionnelle avec un moteur longitudinal avant et des roues arrière motrices, mais Nissan adopte une suspension avant indépendante à ressorts hélicoïdaux. L’essieu arrière conserve des ressorts à lames semi-elliptiques. Cette combinaison illustre bien la transition opérée par la Bluebird : une automobile simple et robuste, mais conçue pour offrir davantage de confort et de modernité que les petites Datsun précédentes.

De la 310 à la 510, une évolution rapide

La première génération évolue à travers les séries 310, 311 et 312 jusqu’en 1963. Une version Estate Wagon rejoint également la gamme en 1960. Cette diversification annonce une caractéristique durable de la famille Bluebird : Nissan ne se limite pas à une berline unique et décline progressivement le modèle en plusieurs carrosseries, niveaux de finition et variantes mécaniques.

En 1963, la série 410 prend la relève. Plus moderne dans sa présentation, elle accompagne la progression de Datsun sur les marchés internationaux. Les versions 411 apportent ensuite de nouvelles évolutions, notamment des variantes plus performantes. La nomenclature SS puis SSS devient particulièrement importante, car elle associe progressivement le nom Bluebird à une image plus sportive que celle d’une simple familiale économique.

Le changement majeur intervient en août 1967 avec la Datsun 510 Bluebird. Ses lignes nettement plus rectilignes correspondent aux tendances de la fin des années 1960, mais l’évolution ne se limite pas au style. Les moteurs de famille L à arbre à cames en tête et, sur les berlines concernées, la suspension arrière indépendante à bras semi-tirés donnent à la 510 une architecture particulièrement élaborée pour sa catégorie.

Cette génération contribue largement à la réputation internationale de la Bluebird. Nissan indique que les ventes mondiales de la 510 ont dépassé 1,5 million d’exemplaires en cinq ans. Ce succès explique aussi pourquoi l’appellation Bluebird est parfois assimilée à tort à cette seule génération. Dans plusieurs pays, la voiture est d’ailleurs davantage connue sous ses désignations Datsun 510 ou 1600 que sous son nom japonais complet.

Fiche technique de la Datsun Bluebird

CaractéristiqueDatsun Bluebird 1200 P310 de 1959
Architecture moteur4 cylindres en ligne, soupapes en tête
MoteurNissan E
Cylindrée1 189 cm3
Puissance43 PS à 4 800 tr/min
Couple82 Nm à 2 400 tr/min
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 3 rapports, commande à la colonne
Suspension avantIndépendante, ressorts hélicoïdaux
Suspension arrièreRessorts à lames semi-elliptiques
Longueur3 860 mm
Largeur1 496 mm
Hauteur1 480 mm
Empattement2 280 mm
Voie avant1 209 mm
Voie arrière1 194 mm
Poids870 kg
Nombre de places5
Vitesse maximale120 km/h

La 510 transforme l’image de la Bluebird

La troisième génération occupe une place particulière parce qu’elle réunit trois qualités recherchées par Nissan : simplicité, performances et aptitude à l’exportation. La Bluebird 510 conserve le moteur avant et la propulsion des générations précédentes, mais ses moteurs OHC et son châssis plus évolué lui donnent un comportement nettement plus moderne.

Les déclinaisons sportives renforcent cette évolution. Les versions SSS, pour Super Sports Sedan, deviennent les porte-drapeaux de la gamme. Elles participent à faire de la Bluebird une automobile capable d’affronter la compétition sans abandonner sa vocation de berline familiale. Cette double identité devient l’un des traits les plus caractéristiques de la 510.

La consécration arrive au Safari Rally 1970. Une Bluebird 1600SSS P510 pilotée par Edgar Herrmann avec Hans Schüller remporte l’épreuve. Nissan obtient simultanément la victoire au classement général, dans sa classe et au classement par équipes. Ce résultat, acquis sur l’un des rallyes les plus éprouvants de l’époque, donne une dimension internationale aux versions sportives telles que la Datsun 1600 SSS.

La réussite sportive ne constitue donc pas un épisode isolé ajouté après coup à la carrière commerciale de la voiture. Elle accompagne directement la stratégie d’exportation de Datsun et démontre la robustesse de la mécanique sur des terrains extrêmement exigeants. La 510 devient ainsi l’une des automobiles japonaises les plus identifiables de sa génération, en particulier auprès des amateurs de rallye et de berlines sportives.

Bluebird U, 180B et multiplication des appellations

En août 1971, Nissan remplace la 510 par la Datsun 610, commercialisée au Japon sous l’appellation Bluebird U. La voiture grandit, adopte des formes plus sculptées et poursuit la montée en gamme amorcée par sa devancière. Des moteurs de cylindrée supérieure apparaissent et la famille comprend différentes carrosseries selon les marchés.

C’est à cette période que la nomenclature devient particulièrement délicate pour un lecteur européen. Une même famille peut être identifiée par son code de série japonais, son nom Bluebird et une appellation commerciale fondée sur la cylindrée. La Datsun 180B, bien connue sur plusieurs marchés d’exportation, appartient ainsi à cet univers de la 610/Bluebird U plutôt qu’à une lignée totalement indépendante.

La compétition accompagne encore cette génération. Une Bluebird U 1800SSS pilotée par Harry Källström termine deuxième du Safari Rally 1973 et remporte sa classe. La 610 n’efface donc pas immédiatement l’identité sportive construite par la 510, même si son positionnement et son style traduisent une recherche accrue de confort.

La série 810 succède à la 610 au milieu des années 1970 et poursuit cette évolution vers une familiale plus statutaire. Selon les pays, l’emploi du nom Bluebird ou de désignations numériques varie, ce qui explique les nombreuses différences rencontrées dans les catalogues et les souvenirs commerciaux européens, japonais ou nord-américains.

La dernière période Datsun et le passage à la traction

La génération 910 apparaît en 1979. Ses lignes reviennent à une esthétique très géométrique, caractéristique du tournant des années 1980. La Datsun 910 représente surtout l’aboutissement de l’architecture historique de la Bluebird : moteur longitudinal avant et propulsion, formule employée depuis la première 310 de 1959.

La rupture intervient en 1983 avec la génération U11. Nissan adopte alors la traction avant, choix qui modifie profondément l’architecture de la Bluebird et l’inscrit dans l’évolution générale des berlines japonaises de cette période. Cette transition coïncide également avec l’abandon progressif de la marque Datsun au profit du nom Nissan sur les marchés internationaux.

Le nom Bluebird continue pourtant sa carrière sous la marque Nissan pendant plusieurs générations. Cette longévité explique l’étendue inhabituelle du terme : entre la petite P310 de 43 PS lancée en 1959, la sportive 510 victorieuse au Safari et les berlines à traction avant des décennies suivantes, les automobiles concernées diffèrent profondément. Dans l’histoire de Datsun, la Bluebird désigne donc avant tout une lignée familiale en évolution constante, dont la 510 est le membre le plus célèbre mais non le point de départ.