
Fondée en Alsace à la charnière des années 1970 et 1980 par Henry Dangel, Automobiles Dangel s’est fait connaître en transformant des véhicules de série en modèles capables d’évoluer sur des terrains difficiles. La Peugeot 504 à transmission intégrale a donné son véritable élan industriel à l’entreprise, qui s’est ensuite spécialisée dans les utilitaires destinés aux professionnels, aux administrations et aux usages exigeant davantage de motricité. Restée indépendante des grands constructeurs avec lesquels elle travaille, Dangel a traversé la disparition de son fondateur, une grave crise économique et un changement de contrôle avant d’aborder aujourd’hui l’électrification de ses systèmes quatre roues motrices.
1968 : la Mangouste révèle les premières ambitions automobiles de Henry Dangel
L’histoire de Dangel commence avant la création de l’entreprise qui porte aujourd’hui ce nom. Fils de garagiste et ingénieur de formation, Henry Dangel s’intéresse très tôt à la compétition automobile et à la conception mécanique. Avec son frère Bernard, il réalise d’abord une voiture de course sur base de Renault Dauphine, puis développe ses propres barquettes.
En 1968 apparaissent les premières Mangouste R 1300, conçues et produites à Pfetterhouse, dans le sud de l’Alsace. Henry Dangel travaille également sur des éléments de suspension destinés à Alpine. Cette période ne correspond pas encore à la naissance d’Automobiles Dangel, mais elle est essentielle pour comprendre la suite : le futur fondateur acquiert alors une expérience de la transformation, du châssis et de la recherche de motricité qui servira directement à son projet industriel.
1979 : la Peugeot 504 4×4 donne naissance à Automobiles Dangel
Après plusieurs expériences professionnelles dans l’automobile, notamment chez BBS, Henry Dangel applique son savoir-faire à une idée beaucoup plus ambitieuse : convertir une voiture de grande série à la transmission intégrale. Son choix se porte sur la Peugeot 504, dont il modifie profondément la chaîne cinématique afin d’entraîner les quatre roues et d’améliorer les capacités hors route.
Le projet retient l’attention de Peugeot, qui accepte le principe d’une commercialisation de ces transformations. Juridiquement, l’activité d’Automobiles Dangel débute en octobre 1979. La société elle-même retient cependant 1980 comme l’année de sa naissance industrielle, au moment où la 504 Dangel commence véritablement sa carrière. Cette distinction permet d’éviter une confusion fréquente : Dangel ne naît pas en 1968 avec la Mangouste, mais à la fin des années 1970 autour de la transformation de la 504.
La formule est originale. Dangel ne cherche pas à devenir un constructeur généraliste produisant entièrement ses propres automobiles. L’entreprise part d’un véhicule existant et l’adapte à des usages auxquels sa version d’origine n’était pas destinée. La 504 4×4 trouve ainsi une clientèle parmi les agriculteurs, artisans, entreprises, administrations et services ayant besoin de circuler sur des chemins, dans la neige ou sur des terrains difficiles.
1991 : les utilitaires deviennent progressivement le cœur du métier
Après la 504, Dangel poursuit ses transformations sur la Peugeot 505 et élargit progressivement son savoir-faire à des véhicules professionnels. Les participations de 504 Dangel aux rallyes-raids africains au début des années 1980 contribuent à faire connaître le nom et à démontrer les capacités des conversions, sans pour autant faire de la compétition le centre de l’activité. Leur principal effet historique est d’avoir renforcé la crédibilité d’une petite entreprise face à des utilisateurs recherchant avant tout de la robustesse et de la motricité.
Le véritable changement de cap apparaît avec la montée en puissance des utilitaires. Des modèles comme le Peugeot J5 ouvrent cette voie, puis le Citroën C15, proposé avec une transformation Dangel entre 1991 et 1993, illustre clairement cette évolution. Le principe technique reste comparable à celui qui avait fait le succès de la 504, mais il est désormais appliqué à des véhicules dont la vocation professionnelle correspond particulièrement bien au savoir-faire de l’entreprise.
Au fil des générations suivantes, les Partner et Berlingo ainsi que des utilitaires de formats supérieurs prennent une place croissante dans l’activité. Dangel devient ainsi moins identifiable à un unique modèle emblématique qu’à une spécialité industrielle : fournir des versions à motricité renforcée ou à quatre roues motrices à partir de véhicules construits par de grands groupes automobiles.
2006 : la disparition de Henry Dangel ouvre la première succession
Henry Dangel meurt en 2006 à l’âge de 71 ans. Après environ un quart de siècle d’activité industrielle, près de 25 000 véhicules auraient alors été transformés sur des bases principalement issues de Peugeot, Citroën et Fiat. La disparition du fondateur constitue un tournant important pour une société dont l’identité reste encore très liée à son inventeur.
La direction est reprise par Pascal Buzon, directeur technique de l’entreprise depuis 2004. Cette succession ne provoque pas de rupture dans le métier de Dangel. L’entreprise continue de développer des solutions destinées aux utilitaires et demeure étroitement dépendante des renouvellements de gammes de ses partenaires. Cette dépendance va toutefois devenir problématique quelques années plus tard, lorsque le marché des véhicules utilitaires entre en crise.
2009 : la procédure de sauvegarde met Dangel à l’épreuve
En 2009, Automobiles Dangel connaît l’une des périodes les plus délicates de son histoire. Le marché européen des véhicules utilitaires s’est fortement contracté après la crise économique, alors que l’entreprise vient également de supporter d’importants coûts de développement liés au renouvellement de ses transformations. Les Partner et Berlingo représentent alors une part déterminante de son activité, ce qui accentue l’effet du ralentissement du marché.
L’entreprise est placée sous procédure de sauvegarde. Il serait donc inexact de parler de faillite ou de liquidation : l’objectif de cette procédure est précisément de permettre la réorganisation d’une société en difficulté afin qu’elle poursuive son activité. Un plan de sauvegarde d’une durée de dix ans est arrêté en décembre 2010. Dangel conserve ainsi son outil industriel et son savoir-faire tout en réorganisant sa situation financière.
2017 : la famille Dangel cède le contrôle de l’entreprise
Un autre changement majeur intervient en 2017 avec la cession des parts majoritaires détenues par la famille Dangel. Elles sont reprises par Financière 2X4, structure associant notamment Philippe Hébert, ancien responsable industriel de PSA à Mulhouse, et des investisseurs privés locaux. Philippe Hébert prend alors les commandes de l’entreprise.
Cette opération marque la fin du contrôle majoritaire exercé par la famille du fondateur, sans entraîner l’absorption de Dangel par un constructeur automobile. La distinction est importante : malgré ses relations historiques avec Peugeot, Citroën et d’autres marques, Dangel demeure une société spécialisée distincte. Au moment de cette reprise, elle transforme environ 3 000 véhicules par an et réalise déjà une part importante de son activité hors de France.
La nouvelle direction poursuit le développement sur les véhicules utilitaires tout en cherchant à élargir les débouchés et à préparer l’évolution technique rendue nécessaire par l’électrification croissante de l’automobile. Cette transformation devient progressivement un enjeu central, car le système traditionnel de transmission mécanique vers l’essieu arrière n’est pas toujours adapté aux nouvelles architectures de véhicules électrifiés.
2024 : le 4WD électrique transforme la technologie historique de Dangel
Dangel commence dès le début des années 2020 à développer une nouvelle génération de transmission intégrale reposant sur l’entraînement électrique de l’essieu arrière. En 2024, l’entreprise présente officiellement son système 4WD électrique. La rupture technique est importante : au lieu de transmettre mécaniquement la puissance vers les roues arrière au moyen d’un arbre et d’un pont comme sur ses conversions historiques, Dangel peut désormais utiliser une motorisation électrique dédiée à l’arrière.
Cette technologie prend une dimension industrielle concrète en 2025 avec un Combo 4×4 développé avec Opel. Le système conserve l’objectif qui guide Dangel depuis la 504, à savoir améliorer la capacité d’un véhicule de série à évoluer dans des conditions d’adhérence difficiles, mais il l’adapte à des architectures automobiles profondément différentes de celles des années 1980.
En 2026, Automobiles Dangel poursuit son activité à Sentheim, en Alsace, comme constructeur de rang 2 spécialisé dans la transformation de véhicules. L’entreprise travaille notamment avec plusieurs marques de l’univers Stellantis ainsi qu’avec Toyota et continue de proposer des solutions destinées aux usages professionnels. La présence de transformations Dangel dans des offres récentes d’utilitaires confirme que la société n’est pas seulement un nom associé aux 504 et 505 anciennes : son histoire industrielle se prolonge désormais autour de l’électrification de la transmission intégrale.
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