Histoire de la marque Geely

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Geely est née en Chine dans les années 1980 autour de l’entrepreneur Li Shufu, bien avant de devenir un constructeur automobile. Partie d’activités industrielles modestes dans la province du Zhejiang, l’entreprise entre réellement dans l’automobile en 1997 et produit sa première voiture l’année suivante. Son histoire est ensuite marquée par une croissance rapide sur le marché chinois, une volonté constante de monter en gamme et surtout par l’acquisition de Volvo Cars en 2010, qui change profondément sa dimension technologique et internationale. De la Haoqing des débuts aux architectures modulaires modernes et à la gamme électrifiée Galaxy, Geely est ainsi passée en quelques décennies du statut de nouveau constructeur privé chinois à celui de marque centrale d’un groupe automobile mondial.

1986 : Li Shufu pose les bases de Geely dans le Zhejiang

L’histoire de Geely commence en 1986 à Taizhou, dans la province chinoise du Zhejiang. Li Shufu, également connu sous le nom d’Eric Li, lance alors une activité qui n’a encore rien d’automobile. L’entreprise fabrique notamment des composants destinés aux réfrigérateurs avant de se diversifier progressivement dans d’autres domaines industriels.

Cette origine est importante car elle permet de distinguer la naissance de l’entreprise de celle du constructeur automobile. Geely existe donc depuis 1986, mais ne devient pas un constructeur de voitures à cette date. Dans les années 1990, Li Shufu développe aussi une activité dans les deux-roues. Cette expérience industrielle lui donne une première connaissance de la production en série et prépare son ambition suivante : entrer sur un marché automobile chinois alors en pleine croissance, mais encore difficile d’accès aux entreprises privées.

1997 : Geely entre dans l’industrie automobile

Geely fait officiellement remonter le début de son activité automobile à 1997. L’arrivée d’un entrepreneur privé dans cette industrie est alors particulièrement significative en Chine, où les grands constructeurs publics et les coentreprises avec des marques étrangères occupent une place dominante. Li Shufu choisit pourtant de se lancer dans la fabrication de voitures particulières accessibles au plus grand nombre.

En 1998, la première automobile de la marque, la Geely Haoqing, sort de l’usine de Linhai. Ce modèle n’est pas seulement le premier d’une longue série : il matérialise le passage d’un groupe industriel diversifié à un véritable constructeur automobile. Les premières Geely restent positionnées sur le marché des voitures simples et abordables, un choix cohérent avec l’essor rapide de la motorisation individuelle en Chine à la fin des années 1990 et au début des années 2000.

Une étape réglementaire importante intervient en 2001, lorsque Geely devient le premier constructeur automobile privé inscrit dans l’index officiel chinois des constructeurs automobiles. Il est préférable de retenir cette formulation précise plutôt que l’expression plus vague de « premier constructeur automobile privé de Chine ». Cette reconnaissance donne à Geely une légitimité institutionnelle supplémentaire et facilite son développement dans un secteur jusque-là très encadré.

2003 : Geely se structure pour changer d’échelle

Au début des années 2000, la croissance de l’activité impose une organisation plus solide. Zhejiang Geely Holding Group est constitué en 2003 afin de regrouper et de structurer les différentes activités de l’entreprise. Cette holding deviendra l’entité qui portera par la suite les grandes opérations internationales du groupe.

La dimension boursière de l’histoire de Geely mérite également une précision. Il ne s’agit pas simplement d’une introduction en Bourse réalisée en 2005. Une société déjà cotée à Hong Kong, Guorun Holdings, est renommée Geely Automobile Holdings Limited en 2004. En 2005, Li Shufu et les intérêts liés à Geely en prennent le contrôle, Li Shufu devenant président de la société cotée. Cette organisation permet au constructeur de disposer d’un véhicule financier capable d’accompagner sa croissance.

À ce stade, Geely n’est plus seulement un petit nouvel entrant cherchant à produire des voitures bon marché. L’entreprise commence à bâtir les structures industrielles et financières nécessaires pour devenir l’un des acteurs importants du marché chinois.

2008 : Geely cherche à monter en gamme avec plusieurs marques

À la fin des années 2000, Geely comprend que sa croissance ne peut plus reposer uniquement sur des véhicules d’entrée de gamme. Le constructeur cherche à améliorer son image, la qualité perçue de ses produits et sa capacité à couvrir plusieurs niveaux de marché. Il adopte alors une stratégie multimarque avec notamment Gleagle, Englon et Emgrand.

Cette organisation ne sera pas durable, mais elle traduit une évolution essentielle : Geely ne veut plus être identifié uniquement comme un constructeur chinois à bas prix. L’Emgrand EC7, lancée dans ce contexte, devient l’un des symboles de cette première tentative de montée en gamme. Plutôt que de multiplier les modèles bon marché sous une même identité, l’entreprise cherche alors à segmenter son offre et à créer des univers de marque distincts.

L’expérience se révélera cependant trop complexe. Quelques années plus tard, Geely abandonnera progressivement cette dispersion pour revenir à une identité plus cohérente. Avant cette réorganisation, un événement bien plus important encore va modifier la trajectoire du groupe.

2010 : le rachat de Volvo Cars transforme la dimension de Geely

En 2010, Zhejiang Geely Holding Group rachète Volvo Cars à Ford. L’accord, signé au mois de mars, est finalisé le 2 août pour un prix convenu d’environ 1,8 milliard de dollars. L’opération constitue un tournant majeur non seulement pour Geely, mais aussi pour l’ensemble de l’industrie automobile chinoise : un groupe privé chinois prend le contrôle d’un constructeur européen disposant d’une forte expertise en sécurité, ingénierie et développement de véhicules.

Il faut néanmoins éviter de présenter l’opération comme une absorption immédiate de Volvo par la marque Geely. Le rachat est effectué par Geely Holding, tandis que Volvo Cars conserve son identité, son siège et une importante autonomie opérationnelle. La coopération technologique se construit progressivement plutôt que par un simple transfert de technologies.

Cette logique prend une forme concrète en 2013 avec la création à Göteborg de China Euro Vehicle Technology, plus connu sous le nom de CEVT. Le centre est chargé de développer des architectures et des composants susceptibles d’être utilisés par plusieurs marques du groupe. Cette organisation permet à Geely de progresser dans des domaines tels que les plateformes modulaires, la sécurité et l’ingénierie des véhicules tout en développant progressivement ses propres compétences. L’architecture CMA, conçue dans cet environnement de coopération, deviendra l’un des exemples les plus visibles de cette nouvelle approche.

2014 : Geely abandonne sa stratégie multimarque et reconstruit son image

En 2014, Geely décide de simplifier profondément son organisation commerciale. Les marques Gleagle, Englon et Emgrand sont progressivement réintégrées sous une identité Geely plus homogène. L’objectif n’est plus de créer artificiellement plusieurs marques pour couvrir différents segments, mais de renforcer la réputation d’une seule marque capable de proposer des véhicules plus aboutis.

La berline Geely Borui incarne ce repositionnement. Plus ambitieuse que les premières productions de la marque, elle symbolise la volonté de progresser en matière de design, de qualité perçue et de sophistication technique. Cette évolution est prolongée en 2016 par une nouvelle génération de modèles, parfois qualifiée par Geely de génération « 3.0 ».

Le SUV Geely Boyue joue alors un rôle particulièrement important. Lancé dans un marché chinois où les SUV connaissent un essor spectaculaire, il contribue à donner une image plus moderne et plus compétitive à la marque. La Borui, le Boyue et les nouveaux modèles Emgrand montrent que le changement engagé après le rachat de Volvo ne se limite plus à l’organisation interne : il devient visible dans les voitures vendues au public. En 2016, Geely atteint environ 766 000 ventes annuelles, confirmant que cette montée en gamme s’accompagne d’une forte progression commerciale.

2017 : Geely Holding accélère son expansion internationale

Après Volvo, Geely Holding poursuit son internationalisation en prenant en 2017 une participation de 49,9 % dans Proton, constructeur malaisien qui cherche alors un partenaire capable de soutenir son développement industriel. Dans le même mouvement, le groupe acquiert une participation majoritaire de 51 % dans Lotus. Ces deux opérations sont différentes juridiquement, mais elles montrent la même évolution : Geely n’est plus seulement une marque automobile chinoise en expansion, sa maison mère devient un groupe multimarque capable d’investir dans des constructeurs aux profils très différents.

La période voit également apparaître de nouvelles marques conçues autour des plateformes et technologies développées au sein du groupe. Lynk & Co illustre cette volonté de créer des véhicules avec une forte dimension internationale, tandis que Geely conserve sa place de marque généraliste principale.

Cette expansion ne signifie pas que tous les constructeurs concernés deviennent des marques Geely. C’est une distinction essentielle pour comprendre l’histoire récente : Zhejiang Geely Holding Group possède ou contrôle différents actifs automobiles, alors que Geely Auto reste une marque et une activité spécifiques au sein de cet ensemble.

2020 : les plateformes modulaires et les 10 millions de ventes marquent un nouveau cap

En 2020, Geely annonce avoir dépassé le seuil des 10 millions de véhicules vendus cumulés. Ce chiffre donne une mesure particulièrement claire du chemin parcouru depuis la Haoqing de 1998. La marque, autrefois nouvelle venue dans une industrie chinoise dominée par les groupes publics, est devenue un constructeur de très grande série.

La transformation est également technique. Aux côtés de CMA, Geely développe notamment l’architecture BMA pour ses propres véhicules, tandis que Geely Holding présente l’architecture électrique SEA. Le développement de plateformes modulaires capables de servir différents modèles et différentes marques traduit une évolution importante de la méthode industrielle du groupe. Geely ne se contente plus d’adapter des bases existantes : il investit dans des architectures communes conçues pour supporter plusieurs générations de véhicules, des motorisations électrifiées et des technologies numériques plus avancées.

Cette période est aussi celle où la frontière entre constructeur traditionnel, groupe technologique et acteur de la mobilité devient plus complexe. Geely Holding multiplie les coopérations et investissements, notamment autour de smart, mais ces opérations restent secondaires pour comprendre l’histoire propre de la marque Geely. L’enjeu principal est désormais sa transition vers les véhicules électrifiés et connectés.

2023 : Geely Galaxy place l’électrification au centre de la marque

En février 2023, Geely lance une nouvelle famille de véhicules électrifiés baptisée Yinhe en Chine et largement présentée à l’international sous le nom de Geely Galaxy. Le SUV hybride rechargeable Galaxy L7 figure parmi les premiers modèles de cette offensive. L’événement constitue une étape importante car l’électrification cesse d’être un simple complément de gamme pour devenir l’un des axes centraux du développement de Geely.

Cette stratégie intervient dans un contexte où les marques automobiles chinoises accélèrent fortement dans les véhicules électriques et hybrides rechargeables, face notamment à des acteurs spécialisés comme BYD. Geely cherche à s’appuyer sur son expérience industrielle, ses plateformes, les synergies développées au sein du groupe et une gamme devenue beaucoup plus large qu’à ses débuts.

La croissance de Galaxy confirme cette évolution. En 2025, la marque Geely proprement dite a vendu près de 2,45 millions de véhicules, dont plus de 1,23 million relevant de Geely Galaxy. Ces chiffres doivent être distingués des ventes totales de Geely Automobile Holdings, qui incluent d’autres marques.

2025 : la stratégie One Geely recentre un groupe devenu très vaste

Après des années d’expansion et de création de nouvelles marques, Geely engage une phase de rationalisation destinée à réduire les doublons et à mieux partager technologies, plateformes et investissements. Cette orientation, résumée par la stratégie « One Geely », conduit notamment à une intégration plus poussée de Lynk & Co et de Zeekr autour de Geely Automobile Holdings. La privatisation de Zeekr est achevée en décembre 2025, la société devenant une filiale non cotée détenue intégralement par Geely Automobile Holdings.

Cette évolution clôt une séquence historique commencée près de quarante ans plus tôt dans le Zhejiang. Geely n’a connu ni faillite majeure ni disparition suivie d’une relance : son histoire est surtout celle d’une croissance continue sous l’impulsion de Li Shufu, accompagnée de changements successifs d’échelle. Partie d’activités sans lien direct avec l’automobile en 1986, devenue constructeur en 1997 puis productrice de sa première voiture en 1998, la marque s’est transformée grâce à sa structuration financière, à sa montée en gamme, au rapprochement technologique avec Volvo Cars et à l’internationalisation de sa maison mère. Au milieu des années 2020, Geely reste la marque généraliste centrale d’un ensemble automobile beaucoup plus vaste, désormais fortement engagé dans les véhicules électrifiés, les architectures communes et les technologies numériques.