Histoire de la marque Intermeccanica

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Intermeccanica naît à Turin à la fin des années 1950 autour de Frank Reisner et de son épouse Paula. D’abord tournée vers les accessoires et la préparation mécanique, l’entreprise devient rapidement un petit constructeur capable de concevoir des voitures de sport originales, puis de travailler pour des partenaires étrangers. Son parcours est atypique : après une première période italienne marquée par les GT à moteur américain, la marque quitte l’Europe, s’installe en Amérique du Nord et se spécialise progressivement dans des réinterprétations artisanales de modèles classiques.

1959 : Frank et Paula Reisner fondent Intermeccanica à Turin

Intermeccanica est fondée en 1959 à Turin, en Italie, par Frank et Paula Reisner. L’activité initiale ne consiste pas encore à produire des automobiles complètes. L’entreprise commercialise surtout des kits de préparation et des équipements destinés à améliorer les performances de voitures de marques telles que Renault, Peugeot, Simca ou DKW.

Cette première activité place rapidement Intermeccanica dans l’univers des petites structures européennes spécialisées dans la performance et les transformations sur mesure. Elle permet surtout aux Reisner d’acquérir l’expérience technique nécessaire pour passer de la préparation à la construction de voitures complètes.

1960 : la Formula Junior et l’IMP font entrer Intermeccanica dans la construction automobile

Au début des années 1960, Intermeccanica franchit une étape décisive en développant ses propres véhicules. La marque réalise d’abord une monoplace de Formula Junior, puis l’IMP, un petit coupé sportif qui illustre sa volonté de ne plus se limiter aux accessoires de performance. Une version de l’IMP remporte sa catégorie au Nürburgring, un résultat important pour une entreprise encore très jeune.

La compétition ne devient pas pour autant l’activité principale d’Intermeccanica. Elle sert plutôt de démonstration technique et contribue à crédibiliser le savoir-faire du constructeur au moment où celui-ci cherche à se positionner sur des projets plus ambitieux.

1961 : l’Apollo GT impose la formule de la GT italienne à moteur américain

Intermeccanica travaille ensuite sur l’Apollo GT pour International Motor Cars, une société américaine installée en Californie. Le projet associe une carrosserie et une fabrication italiennes à une mécanique américaine, notamment un V8 Buick. Cette combinaison va devenir l’un des fils conducteurs de la première période de la marque.

L’Apollo ne transforme pas encore Intermeccanica en constructeur de grande série, mais il élargit considérablement son champ d’activité. L’entreprise démontre qu’elle peut intervenir sur la conception, les châssis et les carrosseries d’une véritable grand tourisme destinée au marché nord-américain.

1966 : l’Italia devient le modèle emblématique de la période italienne

Au milieu des années 1960, plusieurs projets successifs conduisent à la naissance de l’Intermeccanica Italia. Cette GT reprend la recette qui caractérise alors l’entreprise : lignes européennes, production artisanale et moteur V8 américain. Elle devient le modèle original le plus représentatif de la marque et l’un de ceux qui connaissent la diffusion la plus importante, avec environ 500 exemplaires selon l’historique d’Intermeccanica.

L’Italia donne à l’entreprise une identité plus nette de constructeur. Elle n’est plus seulement un sous-traitant ou un préparateur, mais une petite marque capable de proposer une automobile portant pleinement son nom et de la vendre à une clientèle internationale attirée par les GT à caractère italo-américain.

1971 : l’Indra marque l’apogée puis la rupture de la première époque

En 1971 apparaît l’Indra, dessinée par Franco Scaglione. Le modèle associe des composants fournis par Opel à des moteurs V8 Chevrolet. Environ 125 exemplaires sont construits. L’Indra constitue l’un des projets les plus aboutis de la période italienne et devait renforcer la position d’Intermeccanica parmi les petits constructeurs de grand tourisme.

Le programme est cependant fragilisé lorsque General Motors cesse de fournir certains composants nécessaires à sa production. Cette rupture d’approvisionnement compromet fortement l’avenir du modèle et participe à la fin de la phase italienne de l’entreprise. Pour une structure de petite taille dépendante de partenaires industriels, la perte de ces fournitures représente un choc difficile à absorber.

1975 : le départ pour la Californie entraîne une réorientation complète

Frank et Paula Reisner quittent alors l’Italie pour s’installer en Californie. Après une tentative infructueuse de prolonger l’aventure de l’Indra, Intermeccanica change profondément de stratégie. Frank Reisner s’oriente vers la fabrication de répliques et de réinterprétations de la Porsche 356 Speedster.

Ce virage ne constitue pas une simple diversification. Il devient progressivement le nouveau cœur de métier de la société. En Californie, plusieurs centaines de Speedsters sont produites, ce qui permet à Intermeccanica de survivre après l’arrêt de ses GT originales et de se repositionner sur un marché artisanal très différent de celui de l’Italia ou de l’Indra.

1981 : le transfert au Canada stabilise la marque autour du Roadster

En 1981, Intermeccanica organise le transfert de son activité vers Vancouver, au Canada. La production canadienne est généralement datée de 1982, ce qui explique les différences de chronologie selon les sources. Ce déplacement installe durablement la société en Amérique du Nord et ouvre une nouvelle phase de son histoire.

Intermeccanica poursuit alors la fabrication de son Roadster inspiré de la 356. Les premières réalisations de ce type reposaient largement sur des éléments techniques provenant de Volkswagen, mais l’entreprise fait évoluer sa méthode de construction. En 1985, elle adopte notamment un châssis tubulaire conçu en interne, ce qui éloigne progressivement ses voitures du principe de la simple réplique assemblée sur une plateforme existante.

2001 : Henry Reisner reprend la direction après la disparition de Frank Reisner

Frank Reisner meurt en 2001. Son fils Henry prend alors la présidence de l’entreprise, maintenant Intermeccanica dans le cadre familial qui avait caractérisé son développement depuis sa fondation. La société poursuit son activité de constructeur artisanal autour de Roadsters et de Speedsters, ainsi que d’autres véhicules de niche.

Cette transmission assure une continuité importante après plus de quarante ans d’histoire. La marque n’essaie plus de revenir au modèle économique des GT originales des années 1960 et 1970. Elle conserve plutôt la spécialisation acquise en Amérique du Nord, fondée sur de petites séries et une fabrication très largement artisanale.

2017 : l’intégration à ElectraMeccanica change le statut de l’entreprise

En 2017, Intermeccanica devient une filiale à 100 % d’ElectraMeccanica. Ce changement de contrôle met fin à une longue période durant laquelle l’entreprise avait évolué essentiellement comme structure familiale indépendante, même si son activité et son identité propre sont maintenues.

Un nouveau changement intervient le 26 mars 2024 lorsque Xos acquiert ElectraMeccanica, modifiant à nouveau le contrôle ultime de l’entreprise. Intermeccanica reste néanmoins présentée comme une marque active, toujours associée au Canada et à la production artisanale de Roadsters inspirés des classiques. Son histoire relie ainsi trois grandes périodes distinctes : les débuts italiens dans la préparation et les GT, la reconversion californienne vers les Speedsters, puis l’installation durable au Canada sous une nouvelle structure de propriété.