MG Magnette

MG Magnette

Présentée en 1953, la MG Magnette de série Z marque une rupture dans l’histoire de la marque britannique. Avec ses quatre portes, sa structure monocoque et son nouveau moteur BMC, elle transpose l’esprit sportif de MG dans une véritable berline familiale. La première version ZA est suivie en 1956 par la ZB, plus performante, avant l’arrêt de cette génération à la fin de 1958.

Le nom Magnette demande toutefois une précision. MG l’avait déjà employé sur certaines voitures des années 1930 et le conservera après 1958 pour les Magnette Mark III et Mark IV. Ces dernières appartiennent à une autre famille technique et adoptent une carrosserie de style Pininfarina. La Magnette traitée ici est donc spécifiquement la génération ZA/ZB apparue en 1953.

Une berline moderne pour la MG des années 1950

Au début des années 1950, MG doit renouveler une offre de berlines devenue vieillissante. La Y-Type, conçue selon des principes plus traditionnels, ne peut durablement représenter la marque face aux nouvelles familiales britanniques. Le développement de la Magnette intervient en outre dans une période de profonde réorganisation industrielle, puisque Morris et Austin fusionnent en 1952 pour former la British Motor Corporation, ou BMC.

Le projet est étroitement associé à Gerald Palmer, ingénieur et designer ayant notamment travaillé sur la Jowett Javelin. La nouvelle MG partage une partie de son développement avec la Wolseley 4/44, mais les deux voitures ne sont pas de simples variantes distinguées par leur calandre. La Magnette est notamment plus basse et reçoit une mécanique différente, tandis que plusieurs éléments de carrosserie et de structure lui sont propres.

Cette orientation tranche aussi avec les grandes berlines MG d’avant-guerre telles que la MG Sa, construites autour d’un châssis séparé. La ZA utilise au contraire une coque autoporteuse et devient la première automobile de série portant le badge MG à adopter cette architecture.

La Magnette ZA est dévoilée en octobre 1953 au London Motor Show. Les premiers exemplaires sont assemblés en très petit nombre cette année-là, la production véritablement régulière démarrant en 1954 à Abingdon. Les coques sont fournies par Pressed Steel depuis Swindon avant l’assemblage final dans l’usine MG.

La Magnette ZA associe confort et tempérament MG

La carrosserie dessinée sous la direction de Gerald Palmer adopte des proportions très différentes de celles des roadsters qui ont façonné l’image de MG. La Magnette est une berline quatre portes à cinq places, aux ailes intégrées et aux formes arrondies. La haute calandre verticale MG reste pourtant immédiatement identifiable entre les deux projecteurs ronds et maintient un lien visuel avec les modèles sportifs de la marque.

Cette double personnalité constitue l’une de ses principales particularités. Au moment où la Magnette rejoint la gamme, MG commercialise encore la MG Tf, représentante de la traditionnelle famille des roadsters T-Type. La berline propose une approche radicalement différente, mais son moteur plus puissant que celui de sa proche parente Wolseley, sa position de conduite et ses réglages cherchent à préserver un caractère dynamique.

Sous le capot apparaît le quatre cylindres B-Series de 1 489 cm3. Alimenté par deux carburateurs SU, il développe environ 60 bhp dans la ZA initiale. Le moteur est installé longitudinalement et associé à une boîte manuelle à quatre rapports, avec transmission aux roues arrière. La direction à crémaillère et la suspension avant indépendante participent également au comportement plus précis recherché par MG.

L’habitacle privilégie parallèlement une présentation cossue. Les garnitures en cuir et les éléments en bois poli donnent à la Magnette une ambiance nettement plus bourgeoise que celle des petites sportives MG. Elle peut ainsi servir de voiture familiale tout en offrant une présentation et un comportement cohérents avec le positionnement de la marque.

De la ZA à la ZB et à la Varitone

La principale évolution intervient avec la Magnette ZB, annoncée en octobre 1956. L’architecture générale et le moteur de 1 489 cm3 sont conservés, mais le quatre cylindres bénéficie d’évolutions destinées à augmenter ses performances. Les spécifications publiées au cours de la carrière ne sont pas parfaitement uniformes et font apparaître environ 64 à 68 bhp suivant la configuration et la période. Il est donc préférable de ne pas attribuer une puissance unique à toutes les ZB.

La ZB reçoit également des modifications de présentation, mais la déclinaison la plus facilement reconnaissable reste la Varitone. Celle-ci se distingue notamment par une lunette arrière nettement plus grande et enveloppante. La peinture bicolore, très caractéristique de nombreuses Varitone, renforce encore la différence visuelle avec une ZA, même si toutes les voitures n’ont pas nécessairement été livrées avec deux couleurs.

MG propose aussi sur la ZB le système Manumatic. Il ne s’agit pas d’une boîte automatique conventionnelle, mais d’un dispositif permettant d’automatiser l’action de l’embrayage tout en conservant une transmission mécanique. Cette solution reste marginale et ne rencontre pas le succès nécessaire pour s’imposer durablement.

La période ZA/ZB correspond par ailleurs à un renouvellement plus large de MG. En 1955 apparaît la MG Mga, dont les lignes modernes remplacent celles des T-Type. La marque dispose alors simultanément d’une nouvelle génération de sportive et d’une berline moderne, deux propositions très différentes mais développées dans le contexte industriel de BMC.

Fiche technique de la MG Magnette

CaractéristiqueMG Magnette ZA/ZB
Production1953 à 1958
CarrosserieBerline 4 portes, 5 places
StructureCoque autoporteuse
ArchitectureMoteur avant longitudinal, propulsion
MoteurBMC B-Series, 4 cylindres en ligne, soupapes en tête
Cylindrée1 489 cm3
Alésage x course73 x 88,9 mm
Alimentation2 carburateurs SU
PuissanceZA : environ 60 bhp ; ZB : environ 64 à 68 bhp selon spécification
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports
TransmissionRoues arrière
Suspension avantIndépendante, triangles et ressorts hélicoïdaux
Suspension arrièreEssieu rigide et ressorts à lames semi-elliptiques
DirectionÀ crémaillère
FreinsTambours hydrauliques aux 4 roues, 254 mm
Pneus ZA5.50-15 selon spécification
LongueurEnviron 4 267 mm
LargeurEnviron 1 600 mm
HauteurEnviron 1 473 mm
Empattement2 591 mm
PoidsEnviron 1 118 kg selon version et méthode de mesure
Vitesse maximale ZA128,3 km/h mesurés lors d’un essai d’époque
0 à 60 mph ZA23,1 s lors du même essai
Consommation ZAEnviron 11,3 l/100 km mesurés lors d’un essai d’époque

Une production importante pour une berline MG

La carrière de la série Z est relativement courte, mais les volumes atteints sont significatifs pour MG. Environ 18 076 ZA sont produites, tandis que le total cumulé des ZA et ZB atteint 36 601 exemplaires jusqu’à l’arrêt de la fabrication en décembre 1958. Les chiffres attribués précisément aux différentes déclinaisons de ZB varient légèrement suivant la manière dont les archives et registres ventilent la production.

La Magnette démontre ainsi qu’une MG quatre portes peut trouver une clientèle au-delà du marché traditionnel des voitures de sport. Son positionnement ne consiste pas seulement à offrir davantage de places : le cuir, le bois et la présentation intérieure soignée accompagnent une mécanique et un châssis conçus pour donner à la berline un caractère plus vif que celui d’une familiale conventionnelle.

Cette orientation trouve aussi un prolongement en compétition. Des Magnette sont engagées dans des rallyes et des courses réservées aux voitures de production. Trois voitures participent notamment au Rallye Monte-Carlo 1955 sous le surnom de « Three Musketeers ». Des Magnette obtiennent également des résultats à Silverstone dans les épreuves de voitures de série, tandis que Nancy Mitchell figure parmi les pilotes associées au modèle en rallye durant cette période.

Comment distinguer la série Z des autres MG Magnette

La silhouette ZA/ZB est suffisamment spécifique pour éviter une confusion avec les Magnette ultérieures. Elle possède une carrosserie aux volumes arrondis typiques du début des années 1950, une calandre MG verticale étroite et une poupe relativement compacte. Sur une ZB Varitone, la grande lunette arrière constitue l’un des indices les plus évidents. La décoration extérieure permet ensuite de différencier plus finement une ZA d’une ZB standard.

La confusion la plus importante concerne les Magnette Mark III et Mark IV lancées après la série Z. À partir de 1959, MG adopte une nouvelle berline issue de la famille de modèles BMC dessinée par Pininfarina. Cette voiture partage beaucoup plus clairement sa conception avec plusieurs autres marques du groupe et ne constitue pas un simple restylage de la ZA/ZB. La Mark IV apparue en 1961 reçoit notamment un B-Series porté à 1 622 cm3.

Le nom Magnette est en réalité bien plus ancien que la berline de 1953. MG l’avait déjà appliqué à certaines sportives des années 1930, avant de le réutiliser pour cette nouvelle quatre portes. La ZA reste néanmoins un jalon technique précis : première MG de série monocoque, elle précède de plusieurs années la MG Mgb, qui adoptera à son tour une structure autoporteuse lorsqu’elle remplacera la MGA en 1962.

La disparition de la ZB en décembre 1958 clôt ainsi une famille très identifiable dans l’histoire de MG. Derrière son allure de berline britannique classique, la Magnette ZA/ZB concentre plusieurs transformations du début de l’ère BMC : généralisation de la coque monocoque, arrivée du moteur B-Series chez MG et rapprochement industriel entre plusieurs marques, tout en conservant suffisamment de spécificités mécaniques et stylistiques pour ne pas se réduire à une simple berline de groupe rebadgée.

Découvrez d'autres Modèles Mg

Tous les