Maserati 4cl

Maserati 4cl

Apparue en 1939, la Maserati 4CL est une monoplace de compétition conçue pour la catégorie internationale des voiturettes de 1,5 litre. Elle succède dans cette mission à la Maserati 6CM, dont elle conserve certains principes de châssis tout en adoptant un nouveau quatre cylindres suralimenté. Avec environ 220 ch pour un poids proche de 630 kg, elle représente une évolution importante des voitures de course de Modène à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Sa carrière est particulière puisqu’elle traverse deux périodes très différentes du sport automobile. Lancée face aux meilleures voiturettes européennes en 1939, elle voit sa progression interrompue par la guerre, puis retrouve les circuits dès 1946. Cette longévité en fait un trait d’union entre les Maserati de compétition des années 1930 et les monoplaces plus sophistiquées de l’après-guerre.

Une nouvelle Maserati pour la catégorie 1,5 litre

À la fin des années 1930, les voiturettes ne constituent plus une catégorie secondaire. Alfa Romeo avec la 158 et les constructeurs britanniques comme ERA imposent un niveau technique élevé. Maserati possède déjà une solide expérience de la compétition, entamée sous son propre nom avec la Maserati Tipo 26, mais doit faire évoluer sa monoplace de 1,5 litre pour rester compétitive.

La réponse est la 4CL. Ernesto Maserati est associé à son développement dans une période particulière pour l’entreprise. La famille Orsi a racheté Maserati en 1937, tandis que les frères Maserati continuent temporairement à apporter leurs compétences techniques à la marque. Le nouveau modèle reprend une architecture de châssis conventionnelle proche de celle de la 6CM, avec deux longerons reliés par des traverses, mais reçoit une mécanique entièrement différente.

Le nom 4CL résume une partie de cette évolution. Le moteur est désormais un quatre cylindres en ligne de 1 491 cm3, avec double arbre à cames en tête et quatre soupapes par cylindre. Maserati associe cette distribution à un compresseur Roots. La puissance atteint environ 220 ch à 8 000 tr/min dans la spécification initiale, un niveau remarquable pour une cylindrée aussi réduite en 1939.

La recherche de performances ne passe pas seulement par le moteur. La voiture est basse, étroite et légère, avec une carrosserie monoplace en alliage. Sa voie est élargie par rapport à la 6CM et son centre de gravité abaissé. La suspension avant indépendante contraste avec l’essieu arrière rigide, une combinaison caractéristique de cette génération de voitures de course.

Des débuts remarqués au Grand Prix de Tripoli

La 4CL apparaît sur la scène internationale en 1939 et se fait immédiatement remarquer au Grand Prix de Tripoli. Pour cette épreuve extrêmement rapide, Maserati prépare notamment une spectaculaire carrosserie aérodynamique souvent désignée sous le nom de Streamliner. Contrairement à la 4CL habituelle à roues découvertes, cette variante possède un habillage beaucoup plus enveloppant destiné à réduire la traînée.

Luigi Villoresi place la Maserati en pole position à Tripoli, démontrant le potentiel du nouveau modèle face à une opposition comprenant notamment les Mercedes-Benz W165. La course est moins favorable en raison de problèmes mécaniques, mais la performance en qualification confirme que le quatre cylindres Maserati possède la vitesse recherchée.

Les succès arrivent rapidement. John Peter Wakefield apporte à la 4CL sa première victoire à Naples, puis s’impose également au Grand Prix de Picardie et au Grand Prix d’Albi en 1939. Ces résultats installent la monoplace parmi les références de la catégorie voiturette dès sa première saison.

Fiche technique de la Maserati 4cl

CaractéristiqueDonnée
Année d’apparition1939
TypeMonoplace de compétition, catégorie voiturette 1,5 litre
Moteur4 cylindres en ligne essence
ImplantationLongitudinale avant
Cylindrée1 491 cm3
Alésage x course78 x 78 mm
DistributionDouble arbre à cames en tête, 4 soupapes par cylindre
SuralimentationCompresseur Roots, un étage sur la spécification initiale
PuissanceEnviron 220 ch à 8 000 tr/min
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports
ChâssisLongerons à section caissonnée reliés par des traverses
Suspension avantIndépendante, barres de torsion et amortisseurs à friction
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts à lames et amortisseurs à friction
FreinsTambours hydrauliques aux quatre roues
EmpattementEnviron 2 500 mm
LongueurEnviron 3 830 mm
LargeurEnviron 1 480 mm
HauteurEnviron 1 100 mm
PoidsEnviron 630 kg
Vitesse maximaleEnviron 235 à 250 km/h selon configuration et sources historiques

La victoire à la Targa Florio en 1940

La saison 1940 apporte à la 4CL l’un de ses résultats les plus marquants. Le 23 mai, Luigi Villoresi remporte la Targa Florio au volant de la Maserati. L’épreuve est alors disputée sur le circuit du Parco della Favorita à Palerme, et non sur le long parcours routier sicilien généralement associé à la Targa Florio.

Villoresi réalise une moyenne de 142,288 km/h et établit également une moyenne record au tour de 147,201 km/h. Maserati occupe les quatre premières places avec Villoresi devant Franco Cortese, Giovanni Rocco et Ettore Bianco. Cette victoire constitue la quatrième victoire consécutive de la marque dans l’épreuve.

La guerre interrompt ensuite brutalement la trajectoire sportive de la 4CL. Cette coupure explique une partie de la complexité de son histoire industrielle. Les chiffres publiés sur sa production divergent fortement, certaines sources comptant seulement les premières voitures tandis que d’autres incluent des châssis construits, modifiés ou reconstruits après le conflit. Un total unique ne peut donc pas être retenu avec suffisamment de certitude.

Une seconde carrière après la guerre

Lorsque les compétitions européennes reprennent, la 4CL est toujours suffisamment performante pour retrouver les premières places. En avril 1946, Luigi Villoresi remporte notamment le Grand Prix de Nice. Raymond Sommer, Reg Parnell et Tazio Nuvolari figurent également parmi les pilotes associés aux succès de la 4CL pendant cette période.

Ce retour en piste accompagne la transformation de Maserati elle-même. La marque prépare de nouvelles automobiles et lance en 1947 la Maserati A6, tandis que le département compétition poursuit le développement des monoplaces. La 4CL devient alors autant une voiture de course opérationnelle qu’une base permettant d’expérimenter des solutions destinées à la génération suivante.

Certaines voitures évoluent notamment vers une suralimentation plus poussée et des structures différentes. Cette phase est à l’origine d’une confusion fréquente entre 4CL et 4CLT. La 4CL de 1939 possède un châssis conventionnel à longerons et, dans sa définition initiale, un compresseur à un étage. La 4CLT introduite en 1948 adopte au contraire un véritable châssis tubulaire, ce que rappelle la lettre T de sa désignation, ainsi qu’une suralimentation à deux étages. Les caractéristiques de la 4CLT ne doivent donc pas être appliquées rétrospectivement à la 4CL originelle.

Une monoplace immédiatement reconnaissable

Dans sa carrosserie standard, la 4CL conserve les proportions caractéristiques d’une monoplace de Grand Prix de la fin des années 1930. Son long capot étroit précède un cockpit ouvert fortement reculé. Les roues restent entièrement découvertes, tandis que la calandre verticale forme le principal élément visuel de la face avant. Les roues à rayons et l’échappement latéral complètent une silhouette conçue avant tout autour des contraintes mécaniques et aérodynamiques de la compétition.

La Streamliner de Tripoli constitue une exception spectaculaire. Son habillage enveloppant transforme les volumes de la voiture et témoigne de l’importance déjà accordée à l’aérodynamique sur les circuits rapides. Elle ne doit toutefois pas servir de référence pour identifier toutes les 4CL, dont la carrosserie habituelle reste celle d’une monoplace à roues découvertes.

La mécanique constitue finalement le caractère distinctif le plus important du modèle. En adoptant quatre soupapes par cylindre, Maserati introduit sur la 4CL une solution appelée à devenir essentielle sur les moteurs de compétition à haut rendement. Le quatre cylindres carré de 78 x 78 mm permet aussi à la marque d’obtenir une puissance élevée sans dépasser la limite réglementaire de 1,5 litre.

De la 4CL aux Maserati de course des années 1950

Le remplacement de la 4CL par la 4CLT ne met pas fin à l’évolution de la compétition chez Maserati. Les années suivantes voient la marque développer des voitures destinées à différentes disciplines, des monoplaces aux voitures de sport. La Maserati A6GCS illustre cette nouvelle génération de machines de course au début des années 1950, avec une conception adaptée aux épreuves pour voitures de sport plutôt qu’aux Grands Prix.

En monoplace, cette continuité technique et sportive conduira quelques années plus tard à la Maserati 250F. Entre les deux, les règlements, les moteurs et les châssis changent profondément, mais la 4CL occupe une position déterminante dans cette chronologie : lancée dans le monde des voiturettes d’avant-guerre, elle reprend la compétition après six années d’interruption et sert de point de départ aux développements qui conduisent à la 4CLT.