Dodge Charger R/T

Dodge Charger R/T

La Dodge Charger R/T apparaît en 1968 comme la version hautes performances de la deuxième génération de la célèbre muscle car américaine. Équipée de série d’un V8 440 Magnum développant 375 chevaux SAE bruts, elle peut également recevoir le légendaire moteur 426 HEMI de 425 chevaux. Avec sa silhouette sculpturale, ses phares dissimulés et ses performances impressionnantes pour l’époque, elle devient rapidement l’une des automobiles les plus emblématiques de l’âge d’or des muscle cars.

Issue de la Dodge Charger lancée en 1966, la version R/T, pour Road/Track, associe la puissance des grosses motorisations Chrysler à une présentation sportive et à un équipement relativement confortable. Le millésime 1968 constitue le point de départ de cette appellation sur la Charger, avant plusieurs évolutions qui prolongeront sa carrière jusqu’en 1971.

Origines et lancement de la Dodge Charger R/T en 1968

Au milieu des années 1960, les constructeurs américains se livrent une concurrence intense sur le marché des voitures sportives accessibles. Pontiac, Chevrolet, Ford et Dodge multiplient les modèles capables d’offrir des accélérations spectaculaires grâce à des moteurs V8 de forte cylindrée. Chrysler entend renforcer sa présence dans ce segment avec une gamme de véhicules associant performances, style et caractère.

La première Charger, commercialisée pour le millésime 1966, se distingue par sa carrosserie fastback et son habitacle original. Malgré son positionnement ambitieux, ses ventes diminuent en 1967. Dodge décide alors de transformer profondément le modèle pour 1968, tout en conservant son architecture technique générale.

La nouvelle Charger repose sur la plateforme Chrysler B-body, également utilisée par la Dodge Coronet. Cette dernière avait déjà inauguré l’appellation R/T en 1967. Dodge applique donc une formule sportive éprouvée à sa nouvelle Charger, en lui attribuant une motorisation puissante, une suspension renforcée et des éléments de présentation spécifiques.

Le dessin de cette deuxième génération est généralement attribué au styliste Richard Sias, au sein du département de design Dodge dirigé par Bill Brownlie. La carrosserie abandonne le long toit fastback de la première génération au profit d’une silhouette plus agressive, caractérisée par des ailes prononcées et une lunette arrière encaissée entre deux larges montants.

Présentée pour le millésime 1968, la Charger R/T se positionne au sommet de la gamme sportive régulière. Elle ne constitue pas une voiture de compétition homologuée pour la route, mais un coupé puissant destiné aux automobilistes recherchant des performances élevées sans renoncer à l’habitabilité et aux équipements d’une grande américaine.

Son lancement accompagne une progression spectaculaire des ventes de la Charger, toutes versions confondues. Le nouveau dessin rencontre un accueil nettement plus favorable que celui du modèle précédent et installe durablement cette génération parmi les grandes références stylistiques de Dodge.

Un design emblématique des muscle cars américaines

La Dodge Charger R/T 1968 se reconnaît immédiatement à sa silhouette longue, basse et large. Son capot étiré, son habitacle relativement reculé et ses ailes arrière puissamment galbées lui donnent des proportions particulièrement expressives. Le profil adopte le style dit « Coke bottle », caractérisé par un resserrement visuel de la carrosserie au niveau des portes et des volumes plus marqués autour des roues.

À l’avant, une large calandre noire occupe presque toute la largeur du véhicule. Les quatre projecteurs sont dissimulés derrière des panneaux mobiles qui prolongent visuellement la grille lorsqu’ils sont fermés. Cette disposition contribue fortement à l’identité de la Charger de deuxième génération.

La partie arrière présente quatre feux circulaires intégrés dans un bandeau horizontal. Cette configuration constitue un repère important pour distinguer le millésime 1968 des versions suivantes. Le pavillon hardtop, dépourvu de montant central entre les vitres latérales, accentue quant à lui l’élégance du profil lorsque les glaces sont abaissées.

La finition R/T reçoit des emblèmes spécifiques et peut arborer une large bande transversale sur les ailes arrière et le coffre, couramment appelée « bumblebee stripe ». Cette décoration sportive était proposée dans différentes présentations et pouvait être supprimée à la commande. Son absence sur un exemplaire d’origine ne signifie donc pas nécessairement qu’il s’agit d’une Charger standard.

Les roues de 14 pouces, les pneus à flanc rouge disponibles et le double échappement complètent la présentation. Contrairement à certaines restaurations contemporaines, la Charger R/T 1968 ne possède pas d’origine de jantes surdimensionnées, de carrosserie élargie ou d’imposant compresseur dépassant du capot.

L’habitacle conserve une orientation plus confortable que celle d’une sportive européenne traditionnelle. Le tableau de bord regroupe une instrumentation complète, tandis que la sellerie, la console centrale et différents équipements dépendent de la configuration commandée. La direction assistée et plusieurs accessoires de confort figurent parmi les possibilités offertes aux acheteurs.

Motorisations V8 440 Magnum et 426 HEMI

La particularité mécanique de la Charger R/T 1968 réside dans sa dotation moteur. Contrairement à la Charger standard, qui peut recevoir des motorisations plus modestes, la R/T dispose d’emblée du V8 440 Magnum. Ce moteur de 7,2 litres appartient à la famille Chrysler RB et utilise un carburateur quadruple corps, une distribution à arbre à cames central et des soupapes commandées par culbuteurs.

Avec son couple particulièrement élevé, le 440 Magnum privilégie les reprises vigoureuses et les accélérations à bas et moyen régimes. Il correspond parfaitement à la philosophie des muscle cars américaines : obtenir des performances importantes grâce à une grosse cylindrée atmosphérique plutôt qu’à un moteur tournant à très haut régime.

Pour les clients recherchant davantage de puissance, Dodge propose le 426 Street HEMI en option. Ce V8 de 7,0 litres se distingue par ses chambres de combustion hémisphériques, ses deux carburateurs quadruple corps et une conception issue du programme de moteurs hautes performances de Chrysler. Plus coûteux, il transforme la Charger R/T en une automobile particulièrement recherchée par les amateurs de performances.

Les puissances annoncées à l’époque sont exprimées selon la norme américaine SAE brute, mesurée dans des conditions différentes de celles utilisées aujourd’hui. Elles ne doivent donc pas être directement comparées aux puissances normalisées des voitures modernes.

La transmission aux roues arrière s’effectue par une boîte automatique Chrysler TorqueFlite à trois rapports, montée de série avec le 440 Magnum, ou par une boîte manuelle à quatre rapports disponible en option. Plusieurs rapports de pont permettent d’adapter le comportement de la voiture aux préférences du conducteur, entre accélérations et utilisation routière.

Le châssis conserve une suspension avant indépendante à barres de torsion et un essieu arrière rigide guidé par des ressorts à lames. La finition R/T bénéficie de composants renforcés adaptés au poids et au couple des grosses motorisations. Cette architecture privilégie la robustesse et les accélérations en ligne droite plutôt que la précision de conduite d’une sportive légère.

Fiche technique de la Dodge Charger R/T

CARACTÉRISTIQUEDODGE CHARGER R/T 440 MAGNUM (1968)DODGE CHARGER R/T 426 HEMI (1968)
ConstructeurDodge, Chrysler CorporationDodge, Chrysler Corporation
Année de lancement19681968
CarrosserieCoupé hardtop 2 portesCoupé hardtop 2 portes
PlateformeChrysler B-bodyChrysler B-body
StructureMonocoque en acierMonocoque en acier
Architecture moteurV8 à 90°, atmosphériqueV8 à 90°, atmosphérique
ImplantationAvant longitudinaleAvant longitudinale
Cylindrée7 206 cm³ (440 ci)6 981 cm³ (426 ci)
DistributionArbre à cames central, 16 soupapesArbre à cames central, 16 soupapes, chambres hémisphériques
Alimentation1 carburateur quadruple corps2 carburateurs quadruple corps
Puissance maximale375 hp SAE bruts à 4 600 tr/min425 hp SAE bruts à 5 000 tr/min
Couple maximal651 Nm à 3 200 tr/min664 Nm à 4 000 tr/min
TransmissionPropulsionPropulsion
Boîtes de vitessesAutomatique TorqueFlite 3 rapports ou manuelle 4 rapports en optionAutomatique 3 rapports ou manuelle 4 rapports
DifférentielSure Grip disponible selon configurationSure Grip disponible selon configuration
Suspension avantIndépendante à barres de torsionIndépendante à barres de torsion
Suspension arrièreEssieu rigide à ressorts à lamesEssieu rigide à ressorts à lames
DirectionÀ boîtier, assistance optionnelleÀ boîtier, assistance optionnelle
FreinageTambours, disques avant optionnelsTambours, disques avant optionnels
Roues14 pouces14 pouces
Pneus d’époqueF70-14 selon équipementF70-14 selon équipement
Longueur5 283 mm5 283 mm
Largeur1 946 mm1 946 mm
Hauteur1 351 mm1 351 mm
Empattement2 972 mm2 972 mm
Voie avant1 511 mm1 511 mm
Voie arrière1 504 mm1 504 mm
PoidsEnviron 1,7 à 1,9 tonne selon équipementVariable selon transmission et options
0 à 60 mphEnviron 6 à 7 secondes selon essaisEnviron 5 à 6 secondes selon essais
Quart de mileEnviron 14 à 15 secondesEnviron 13 à 14 secondes
CarburantEssenceEssence
Production 1968Environ 17 109 exemplaires par différence475 exemplaires recensés

Évolutions de 1969 à 1971 et place dans la gamme Dodge

Après son lancement réussi, la Charger R/T évolue régulièrement sans abandonner immédiatement son architecture fondamentale. Le millésime 1969 reçoit une calandre modifiée, désormais divisée par un élément central, ainsi qu’un dessin différent des feux arrière. La silhouette générale reste très proche de celle de 1968, ce qui explique les confusions fréquentes entre les deux années.

La compétition joue alors un rôle important dans le développement de la famille Charger. Dodge cherche à améliorer les performances aérodynamiques de ses voitures engagées en NASCAR, notamment sur les circuits rapides. Cette démarche conduit à la Charger 500, puis à la Dodge Charger Daytona 1969, équipée d’un nez allongé et d’un spectaculaire aileron arrière. Ces modèles spécifiques ne doivent pas être confondus avec la Charger R/T routière de 1968.

En 1970, la Charger adopte une nouvelle face avant caractérisée par un pare-chocs entourant la calandre. La gamme mécanique évolue également, avec notamment la disponibilité du V8 440 Six Pack à trois carburateurs double corps. Cette motorisation ne faisait pas partie de l’offre initiale de la Charger R/T 1968.

Le millésime 1971 marque une transformation plus importante. La Charger entre dans sa troisième génération, avec une carrosserie entièrement redessinée, aux formes plus arrondies. La finition R/T subsiste pendant cette année, avant de disparaître de la gamme pour 1972 dans le cadre d’une réorganisation des versions sportives.

La Charger R/T occupe une position particulière dans l’univers Dodge. Elle propose une approche plus imposante et plus confortable que certaines muscle cars concurrentes, tout en conservant un potentiel mécanique élevé. La Dodge Super Bee, apparue également en 1968, suit une philosophie différente : offrir de fortes performances dans une présentation plus dépouillée et à un tarif généralement plus accessible.

À partir de 1970, la Dodge Challenger R/T élargit encore l’offre sportive de la marque. Construite sur la plateforme E-body, elle adopte des proportions plus compactes et peut elle aussi recevoir de puissants V8, notamment les 440 et 426 HEMI. Les deux modèles partagent ainsi une identité Road/Track, mais appartiennent à des familles techniques distinctes.

Production, rareté et valeur en collection

La production de la Charger R/T 1968 est généralement établie à 17 584 exemplaires, dont 475 équipés du moteur 426 HEMI. Ces chiffres montrent que la R/T représente une fraction de la production totale de Charger, tandis que la version HEMI constitue une configuration particulièrement rare.

Parmi les 475 Charger R/T HEMI recensées pour 1968, 211 auraient reçu une boîte manuelle et 264 une transmission automatique. Cette répartition contribue à l’intérêt des exemplaires conservant leur combinaison mécanique d’origine. Les statistiques historiques présentent parfois de légers écarts suivant les publications, mais ces volumes restent les plus fréquemment recoupés.

À sa sortie, la Charger R/T 440 affiche un prix de base américain voisin de 3 480 dollars. Le moteur HEMI, les transmissions et les nombreux équipements optionnels peuvent sensiblement augmenter la facture. La voiture se situe ainsi dans une catégorie où les performances restent relativement accessibles au regard de celles de modèles sportifs plus exclusifs.

Sur le marché de la collection, les exemplaires authentiques de 1968 sont recherchés pour leur esthétique et leur place dans l’histoire des muscle cars. Les versions 426 HEMI bénéficient généralement d’un intérêt supérieur en raison de leur faible production, mais l’état de conservation, la conformité mécanique et la documentation restent déterminants.

L’authentification constitue un point essentiel lors de l’achat. Le numéro d’identification, les codes de carrosserie, la plaque constructeur et, lorsqu’elle existe, la feuille de fabrication permettent de vérifier la configuration initiale. Une Charger standard transformée extérieurement en R/T ne possède pas la même provenance qu’un exemplaire sorti d’usine avec cette finition.

La corrosion mérite également une attention particulière. Comme sur de nombreuses automobiles américaines de cette période, les planchers, les passages de roues, les bas de caisse et certaines parties structurelles peuvent avoir subi des réparations importantes. Une restauration de qualité doit préserver autant que possible les caractéristiques de construction et les éléments spécifiques au millésime.

La Dodge Charger R/T au cinéma et dans la culture automobile

La Charger R/T 1968 possède une notoriété exceptionnelle grâce au cinéma. Elle apparaît notamment dans le film Bullitt, sorti en 1968, où une Charger noire affronte la Ford Mustang conduite par Steve McQueen au cours d’une célèbre poursuite dans les rues de San Francisco. Cette séquence contribue à installer durablement la silhouette de la Charger dans la culture populaire.

La voiture utilisée dans Bullitt est associée au moteur V8 440 Magnum et à une boîte manuelle à quatre rapports. Sa carrosserie sombre, sa calandre dissimulant les projecteurs et son allure massive illustrent parfaitement l’identité du modèle original, sans nécessiter les transformations spectaculaires souvent associées aux muscle cars de cinéma.

La génération suivante du millésime 1969 devient également célèbre grâce à la série télévisée The Dukes of Hazzard, avec la General Lee orange. Bien que très proche visuellement, cette Charger possède des détails de carrosserie différents de ceux de la R/T 1968. La Charger noire de Dominic Toretto dans Fast & Furious est, quant à elle, basée sur un modèle de 1970 fortement modifié.

L’appellation R/T réapparaît sur les Charger modernes à partir du retour du modèle au milieu des années 2000. Ces nouvelles voitures adoptent une carrosserie à quatre portes et un V8 HEMI de 5,7 litres, renouant avec la tradition des grandes Dodge performantes tout en proposant une architecture très différente du coupé classique.

Au-dessus de ces versions prennent place des déclinaisons comme la Dodge Charger SRT, dont les motorisations et les équipements sont développés pour des performances supérieures. La gamme moderne poursuit ainsi une diversification que la Charger originale avait amorcée avec ses différentes configurations V8.

La Dodge Charger Hellcat pousse cette évolution encore plus loin avec un V8 HEMI suralimenté. Malgré son appellation commune, elle appartient à une époque mécanique et technologique très éloignée de celle de 1968, avec des systèmes électroniques, des transmissions et des niveaux de puissance sans équivalent direct sur la Charger R/T historique.

La fin de production des Charger V8 traditionnelles en 2023 marque une nouvelle rupture. Le nom R/T revient ensuite sur une génération utilisant un six cylindres en ligne biturbo de 3,0 litres et une transmission intégrale. Cette évolution montre que l’appellation Road/Track n’a jamais été liée exclusivement à une cylindrée ou à un type de moteur, mais désigne avant tout une orientation sportive au sein de la gamme Dodge.