L’Austin-Healey 100-6 est un roadster sportif britannique produit de 1956 à 1959 par British Motor Corporation (BMC), en collaboration avec Donald Healey Motor Company. Succédant à la première Austin-Healey 100, elle introduit un moteur six cylindres en ligne de 2 639 cm³ et une carrosserie à l’empattement allongé. Commercialisée sous les désignations BN4 et BN6, elle marque une évolution importante de la famille des Big Healeys, ces voitures de sport britanniques réputées pour leur ligne élégante, leur mécanique robuste et leur vocation de grand tourisme.
La 100-6 se distingue notamment par sa prise d’air sur le capot, sa calandre ovale à barres horizontales et son pare-brise fixe. D’abord proposée en configuration 2+2, elle retrouve une version strictement deux places en 1958. Son développement mécanique, particulièrement l’adoption d’une nouvelle culasse en 1957, transforme sensiblement son comportement et ses performances. Elle prépare ainsi l’arrivée de l’Austin-Healey 3000, qui lui succède en 1959.
Origines et développement de l’Austin-Healey 100-6
Au milieu des années 1950, British Motor Corporation souhaite faire évoluer sa gamme de voitures de sport tout en rationalisant l’utilisation de ses moteurs. L’Austin-Healey 100, lancée en 1953, a établi la réputation de la marque grâce à son quatre cylindres de 2 660 cm³, sa silhouette basse et ses performances convaincantes. Mais son architecture commence à montrer certaines limites face aux attentes du marché, notamment aux États-Unis, principal débouché commercial des Austin-Healey.
Le développement de la 100-6 répond à deux objectifs. Le premier consiste à remplacer le moteur quatre cylindres par un six cylindres issu de la famille C-Series de BMC. Le second vise à rendre le roadster plus polyvalent grâce à un habitacle capable d’accueillir deux petites places supplémentaires. Cette transformation nécessite d’allonger l’empattement de deux pouces, soit environ 51 mm, pour atteindre 2 337 mm.
Le nouveau modèle conserve l’essentiel de l’architecture de son prédécesseur : moteur longitudinal avant, propulsion, châssis séparé et suspension arrière à essieu rigide. Donald Healey et ses équipes privilégient une évolution de la formule existante plutôt qu’une rupture technique. Le dessin original, associé au styliste Gerry Coker, est également conservé dans ses grandes proportions, mais plusieurs modifications donnent à la voiture une identité nouvelle.
La production commence à Longbridge, près de Birmingham, en août 1956. L’Austin-Healey 100-6 est officiellement annoncée à la fin du mois de septembre. Sa première désignation d’usine est BN4, correspondant à une carrosserie 2+2. Cette configuration représente un changement notable par rapport aux premières Austin-Healey 100, exclusivement deux places.
L’arrivée du six cylindres ne constitue cependant pas un progrès immédiat sur tous les plans. Plus lourd que le moteur précédent, le nouveau groupe propulseur doit entraîner une voiture elle-même alourdie par son empattement supérieur et son aménagement intérieur. Malgré une puissance annoncée de 102 bhp, la première 100-6 ne surpasse pas systématiquement la 100 BN2 en accélération. Cette situation conduit BMC à revoir rapidement la mécanique.
Évolution du moteur six cylindres et versions BN4 et BN6
La première Austin-Healey 100-6 reçoit un moteur BMC C-Series de 2 639 cm³, alimenté par deux carburateurs SU. Ce six cylindres à soupapes en tête développe initialement 102 bhp à 4 600 tr/min. Il privilégie une délivrance de puissance progressive et un fonctionnement plus souple que celui du quatre cylindres précédent, mais son rendement reste limité par la conception de sa culasse.
En 1957, BMC introduit une modification mécanique déterminante. Une nouvelle culasse à six conduits, associée à des collecteurs redessinés et à des carburateurs de plus grand diamètre, améliore la respiration du moteur. La puissance atteint alors 117 bhp, soit une augmentation d’environ 15 %. Cette évolution améliore les reprises et les accélérations, donnant à la 100-6 des performances davantage conformes à son positionnement sportif.
Les premières voitures équipées de cette mécanique améliorée sont parfois associées à l’appellation « Mille Miglia », utilisée dans le contexte de la promotion du modèle. Il ne s’agit toutefois pas d’une série indépendante comparable à une version spéciale produite sur toute la carrière de la voiture. Le changement intervient pendant la production de la BN4, qui existe donc avec deux configurations mécaniques distinctes.
À la fin de 1957, la fabrication est transférée de l’usine Austin de Longbridge vers celle de MG à Abingdon, dans l’Oxfordshire. Ce déplacement s’inscrit dans la réorganisation industrielle de BMC et rapproche la production des Austin-Healey des installations spécialisées dans les voitures de sport du groupe.
En 1958 apparaît la BN6, une version strictement deux places. Elle répond à la demande des amateurs préférant l’aménagement traditionnel des roadsters sportifs. Contrairement à ce que pourrait laisser penser sa carrosserie, la BN6 ne retrouve pas l’empattement court de l’ancienne Austin-Healey 100 : elle conserve la structure allongée de la BN4.
La suppression des sièges arrière permet de modifier l’aménagement de l’espace situé derrière les occupants. La BN6 reçoit directement le moteur amélioré de 117 bhp et se distingue essentiellement de la BN4 par son organisation intérieure. Les deux versions partagent la même silhouette générale et les principales caractéristiques mécaniques.
Parallèlement, Austin-Healey élargit sa gamme vers le bas avec l’Austin-Healey Sprite, lancée en 1958. Plus compacte, plus légère et moins coûteuse, cette dernière s’adresse à une clientèle différente. La 100-6 conserve ainsi sa place de roadster de plus grande cylindrée, destiné aux conducteurs recherchant davantage de puissance et de capacités routières.
Design extérieur et habitacle : les particularités de la 100-6
L’Austin-Healey 100-6 reprend les proportions caractéristiques des premières Big Healeys : long capot, ailes arrondies, habitacle reculé et arrière relativement court. Sa carrosserie basse conserve l’élégance du modèle original, mais plusieurs éléments permettent de la reconnaître immédiatement.
La modification la plus visible concerne la face avant. La calandre ovale, plus large et plus basse que celle de la première Austin-Healey 100, reçoit des barres horizontales. Au-dessus, une prise d’air proéminente apparaît sur le capot pour accompagner l’installation du six cylindres. Ces deux détails constituent les principaux signes distinctifs de la 100-6.
Les phares ronds restent intégrés aux ailes avant, tandis que les pare-chocs chromés et les lignes fluides prolongent le style des roadsters britanniques des années 1950. Les roues à rayons, disponibles selon les équipements, participent également à son apparence classique. Certaines voitures reçoivent des combinaisons de couleurs bicolores, particulièrement appréciées sur les Austin-Healey de cette période.
Le pare-brise fixe constitue une autre différence importante avec l’Austin-Healey 100 originale, dont le pare-brise pouvait être rabattu. La 100-6 conserve néanmoins une présentation très ouverte, avec une capote souple et des écrans latéraux amovibles plutôt que des vitres descendantes conventionnelles.
À bord, l’instrumentation analogique rassemble les principales informations de conduite dans une planche de bord traditionnelle. Le volant de grand diamètre, la position de conduite basse et la proximité de la transmission rappellent la vocation sportive du modèle. L’habitacle reste relativement étroit et les protections contre les intempéries demeurent rudimentaires par rapport à celles d’une voiture de tourisme classique.
Sur la BN4, les deux places arrière sont surtout adaptées à des trajets occasionnels ou à de jeunes passagers. Leur espace limité ne permet pas de considérer la voiture comme une véritable quatre places. La BN6 privilégie au contraire une configuration plus sportive, avec un espace arrière destiné aux bagages et aux effets personnels.
Il est parfois difficile de distinguer extérieurement une 100-6 tardive d’une première Austin-Healey 3000. Les deux voitures partagent une silhouette très proche. L’identification d’un exemplaire nécessite donc de vérifier ses caractéristiques mécaniques et ses numéros d’origine plutôt que de se fier uniquement à son apparence.
Fiche technique de l’Austin-Healey 100-6
| Caractéristique | Austin-Healey 100-6 |
|---|---|
| Marque | Austin-Healey |
| Constructeur | British Motor Corporation (BMC) |
| Années de production | 1956 à 1959 |
| Versions | BN4 (2+2), BN6 (2 places) |
| Type | Roadster sportif |
| Carrosserie | Découvrable, 2 portes |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Moteur | BMC C-Series, 6 cylindres en ligne |
| Cylindrée | 2 639 cm³ |
| Distribution | Soupapes en tête, arbre à cames latéral et culbuteurs |
| Alimentation | 2 carburateurs SU |
| Puissance initiale | 102 bhp à 4 600 tr/min |
| Puissance après évolution de 1957 | 117 bhp, environ 119 ch DIN équivalents en unités métriques de puissance, sans conversion de norme |
| Couple initial | Environ 193 Nm à 2 400 tr/min |
| Couple moteur amélioré | Environ 202 Nm selon certaines fiches techniques |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports |
| Surmultiplication | Overdrive électrique Laycock en option |
| Transmission | Aux roues arrière |
| Structure | Châssis séparé en acier |
| Suspension avant | Roues indépendantes, triangles et ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques |
| Amortisseurs | Hydrauliques à leviers |
| Direction | À crémaillère, sans assistance |
| Freins | Tambours hydrauliques avant et arrière |
| Roues | Roues en acier ou à rayons selon équipement |
| Pneumatiques | Dimension 5.90-15 fréquemment indiquée |
| Longueur | Environ 4 000 mm |
| Largeur | Environ 1 524 à 1 537 mm |
| Hauteur | Environ 1 270 mm |
| Empattement | 2 337 mm |
| Poids | Environ 1 100 à 1 125 kg selon version et équipement |
| Vitesse maximale | Environ 165 à 175 km/h selon version et essai |
| 0 à 60 mph (96,6 km/h) | Environ 12 s pour la première version, 10,7 s mesurées sur une BN6 de 1959 |
| Consommation mesurée | Environ 13,6 L/100 km lors d’un essai d’époque de la BN6 |
| Sites de production | Longbridge puis Abingdon, Royaume-Uni |
Comportement routier et performances
L’Austin-Healey 100-6 appartient à une génération de voitures de sport où les sensations de conduite reposent autant sur la mécanique que sur la légèreté relative et la simplicité du châssis. Son six cylindres apporte une souplesse appréciable sur route, tandis que la propulsion et la boîte manuelle permettent une conduite directe, sans assistance électronique.
Le comportement évolue sensiblement entre les premières BN4 et les voitures équipées de la culasse améliorée. La version initiale souffre du poids supplémentaire introduit par le nouveau moteur et l’allongement du châssis. La puissance de 102 bhp ne suffit pas à compenser totalement cette augmentation de masse, ce qui explique certaines critiques formulées à son lancement.
Avec 117 bhp, la seconde configuration offre une réponse plus convaincante. Le six cylindres gagne en capacité à monter en régime et améliore les accélérations. L’overdrive disponible en option permet également de réduire le régime moteur à vitesse de croisière, un avantage appréciable lors des longs déplacements.
Un essai publié par le magazine britannique The Motor en avril 1959 permet de situer les performances d’une BN6. La voiture atteint 103,9 mph, soit environ 167 km/h, et passe de 0 à 60 mph en 10,7 secondes. Ces mesures illustrent les capacités d’un roadster sportif de la fin des années 1950, sans correspondre nécessairement à celles de toutes les 100-6 produites.
Le train avant indépendant assure le guidage des roues, tandis que l’essieu arrière rigide et ses ressorts à lames conservent une conception traditionnelle. Cette architecture favorise la robustesse et la simplicité mécanique, mais elle limite le confort sur les chaussées dégradées. La direction à crémaillère offre un lien direct avec la route, au prix d’un effort plus important lors des manœuvres à faible vitesse.
Le freinage repose sur quatre tambours hydrauliques. Adapté aux performances de l’époque, ce système exige davantage d’anticipation qu’un équipement moderne, particulièrement lors d’une utilisation soutenue. L’absence de freins à disque constitue l’une des principales différences techniques avec le modèle qui lui succédera.
Compétition automobile et engagements sportifs
Comme les autres modèles développés autour de Donald Healey, la 100-6 bénéficie d’une image sportive entretenue par des participations à des compétitions internationales. Son moteur six cylindres, son châssis éprouvé et son potentiel de préparation en font une base utilisée dans différentes épreuves routières et sur circuit.
En 1957, une Austin-Healey 100-6 BN4 est notamment engagée à la Mille Miglia avec Tommy Wisdom et Cecil Winby. Des historiques spécialisés lui attribuent une victoire de catégorie et une 37e place au classement général. Cette participation illustre la présence des Austin-Healey dans les grandes épreuves européennes d’endurance routière, où la fiabilité et la régularité comptent autant que la vitesse pure.
La même année, des 100-6 préparées participent aux 12 Heures de Sebring, aux États-Unis. L’une des voitures, modifiée notamment au niveau de son alimentation, est créditée d’une deuxième place de catégorie dans les récapitulatifs historiques consacrés au modèle. Les compétitions américaines représentent un terrain important pour Austin-Healey, dont les ventes reposent largement sur le marché nord-américain.
La 100-6 apparaît également dans des épreuves organisées sous l’égide du Sports Car Club of America. Le pilote Dick Thompson est associé à plusieurs résultats obtenus au volant de voitures de cette famille à la fin des années 1950. En Europe, des engagements en rallye, notamment dans les grandes épreuves alpines, contribuent à entretenir la réputation sportive de la marque.
Il convient néanmoins de distinguer les voitures de série des exemplaires spécialement préparés pour la compétition. Les modifications de carburation, de moteur, de suspension ou d’équipement peuvent rendre leurs performances très différentes de celles d’une 100-6 routière. Les records établis par d’autres Austin-Healey, notamment les 100 et 100S, ne doivent pas non plus être attribués à la 100-6.
Production, fin de carrière et place en collection
La carrière industrielle de l’Austin-Healey 100-6 s’étend sur moins de trois ans. Sa production commence à Longbridge en 1956 avant de se poursuivre à Abingdon à partir de la fin de 1957. Les deux sites fabriquent la BN4, tandis que la BN6 apparaît après le transfert industriel.
Les décomptes historiques ne sont pas parfaitement concordants. Plusieurs clubs spécialisés indiquent 11 294 BN4 et 4 150 BN6, soit 15 444 voitures, tandis que d’autres publications avancent un total inférieur, notamment 14 436 exemplaires. Cette différence impose de distinguer les registres de production des estimations reprises dans les fiches encyclopédiques. Le chiffre de 15 444 exemplaires constitue un total fréquemment cité par les clubs de propriétaires, sans être universellement retenu.
La BN6 représente une part plus limitée de la production et attire particulièrement les amateurs de roadsters strictement deux places. La BN4 conserve néanmoins son intérêt historique, puisqu’elle correspond à la configuration inaugurale du modèle et témoigne de la volonté de BMC d’élargir la clientèle des Austin-Healey.
En 1959, la 100-6 cède sa place à l’Austin-Healey 3000. La nouvelle voiture reprend l’architecture générale et une carrosserie extérieure très proche, mais adopte un six cylindres porté à 2 912 cm³ ainsi que des freins à disque à l’avant. Cette évolution prolonge directement le développement engagé avec la 100-6, tout en améliorant les performances et les capacités de freinage.
Sur le marché de la collection, l’identification précise d’une 100-6 repose notamment sur la correspondance entre son numéro de châssis, sa désignation BN4 ou BN6 et sa configuration mécanique. La présence d’une culasse à six conduits ne suffit pas, à elle seule, à identifier une BN6, puisque les dernières BN4 en bénéficiaient déjà. Les certificats établis à partir des archives industrielles britanniques permettent de vérifier les caractéristiques de fabrication d’un exemplaire, sa configuration d’origine et, lorsque les registres le précisent, ses équipements et sa destination initiale.


