Bizzarrini 5300 GT

Bizzarrini 5300 GT

La Bizzarrini 5300 GT est une voiture de grand tourisme italienne produite principalement entre 1965 et 1968. Conçue par l’ingénieur Giotto Bizzarrini, elle associe un puissant moteur V8 Chevrolet à une carrosserie basse et aérodynamique, développée selon des principes directement issus de la compétition. Avec son architecture à moteur avant-central, sa construction artisanale et ses performances élevées, elle figure parmi les GT les plus singulières des années 1960.

Issue de l’Iso Grifo A3/C, la 5300 GT devient un modèle à part entière lorsque Giotto Bizzarrini poursuit son développement sous sa propre marque en 1965. Proposée en versions routières et sportives, elle conserve une conception radicale qui privilégie l’efficacité mécanique et le comportement dynamique. Sa carrière est également marquée par une victoire de catégorie aux 24 Heures du Mans 1965, obtenue par une voiture directement issue de cette lignée.

Origines et histoire de la Bizzarrini 5300 GT

L’histoire de la Bizzarrini 5300 GT commence au début des années 1960, lorsque Giotto Bizzarrini quitte Ferrari après avoir notamment participé au développement de la célèbre 250 GTO. L’ingénieur italien collabore ensuite avec plusieurs constructeurs avant de rejoindre le projet automobile de Renzo Rivolta, fondateur d’Iso Rivolta.

À cette époque, Iso souhaite développer une gamme de grandes routières sportives utilisant des moteurs américains. Cette association permet de combiner les qualités d’un châssis et d’une carrosserie conçus en Italie avec la puissance, la disponibilité et la robustesse mécanique des V8 Chevrolet.

Deux interprétations de la future Iso Grifo apparaissent progressivement. La première, l’A3/L, privilégie le grand tourisme et le confort. La seconde, l’A3/C, est pensée pour la compétition. Giotto Bizzarrini joue un rôle déterminant dans le développement de cette dernière, dont le prototype est présenté au Salon de Turin en 1963.

L’Iso Grifo A3/C possède déjà les caractéristiques essentielles de la future 5300 GT : moteur V8 fortement reculé, carrosserie profilée, centre de gravité bas et structure adaptée aux contraintes de la course. Ses premières participations à des épreuves d’endurance permettent d’éprouver la conception avant le lancement de la voiture sous une nouvelle identité.

En 1965, des divergences stratégiques conduisent à la séparation entre Renzo Rivolta et Giotto Bizzarrini. Ce dernier poursuit le développement de la sportive sous sa propre marque. La Bizzarrini 5300 GT naît ainsi directement de l’A3/C, avec une production organisée autour de l’entreprise de l’ingénieur à Livourne, en Italie.

Le modèle reste fabriqué artisanalement, avec l’intervention de plusieurs carrossiers et sous-traitants spécialisés. Sa production limitée et son positionnement très sportif l’empêchent de rivaliser commercialement avec les grands constructeurs de voitures de prestige. La fabrication cesse généralement en 1968, peu avant la disparition de l’entreprise historique.

Design et architecture : une GT conçue pour la vitesse

La Bizzarrini 5300 GT se distingue immédiatement par sa silhouette extrêmement basse, son long capot plongeant et son habitacle rejeté vers l’arrière. Son dessin initial est attribué à Giorgetto Giugiaro, alors chez Bertone, tandis que Piero Drogo et sa Carrozzeria Sports Cars participent au développement et à la réalisation des carrosseries issues du programme A3/C.

La partie avant présente des ailes galbées, des projecteurs intégrés sous des protections transparentes et une prise d’air destinée au refroidissement mécanique. Les flancs comportent des ouvertures permettant d’évacuer l’air chaud du compartiment moteur. Le pare-brise fortement incliné prolonge une ligne de toit très basse, tandis que la poupe courte favorise une silhouette ramassée.

Avec une hauteur proche de 1,11 mètre, la voiture possède des proportions particulièrement radicales pour une GT homologuée pour la route. Son habitacle à deux places est compact, l’accès à bord exige une certaine souplesse et la visibilité reste conditionnée par la position de conduite très basse.

La disposition mécanique constitue l’une des principales originalités du modèle. Le V8 Chevrolet est installé longitudinalement, très en arrière de l’essieu avant. Cette implantation avant-centrale rapproche une partie importante de la masse du centre de la voiture et favorise l’équilibre du châssis. Le recul du moteur est tel que certains éléments d’allumage peuvent être accessibles depuis une trappe aménagée dans la planche de bord.

La structure associe des éléments en acier à une construction semi-monocoque, avec des panneaux métalliques participant à la rigidité de l’ensemble. De nombreuses voitures reçoivent une carrosserie en aluminium, choisie pour réduire la masse. Les méthodes de fabrication et certains détails de structure évoluent toutefois selon les séries et les variantes.

À l’intérieur, l’équipement reste relativement dépouillé. L’instrumentation analogique, le volant sportif et les commandes mécaniques traduisent une conception tournée vers le pilotage. Le tunnel central occupe une place importante et l’isolation acoustique demeure limitée. Contrairement à une GT luxueuse traditionnelle, la 5300 GT conserve une proximité évidente avec les voitures d’endurance.

Fiche technique de la Bizzarrini 5300 GT

CaractéristiqueBizzarrini 5300 GT historique
ConstructeurAutomobili Bizzarrini
Pays d’origineItalie
Année de lancement1965 sous la marque Bizzarrini
Période de production1965 à 1968 principalement
CatégorieGrand tourisme sportif
CarrosserieCoupé 2 portes, 2 places
MoteurChevrolet small-block V8 à 90°
Cylindrée327 pouces cubes, environ 5 354 à 5 359 cm³ selon les conventions de conversion
DistributionArbre à cames central, culbuteurs, 16 soupapes
Alésage x course101,6 x 82,55 mm environ
AlimentationCarburateur quadruple corps sur la Strada ; préparations spécifiques sur la Corsa
PuissanceEnviron 350 à 365 hp sur la Strada ; autour de 400 hp sur certaines Corsa
CoupleEnviron 508 à 511 Nm sur certaines configurations routières
RefroidissementLiquide
Position du moteurLongitudinale avant-centrale
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports, notamment Borg-Warner T-10
DifférentielAutobloquant selon configuration
StructureConstruction semi-monocoque en acier, carrosserie notamment en aluminium
Suspension avantIndépendante à doubles triangles, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques
Suspension arrièreEssieu de Dion, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs
DirectionMécanique, système Burman documenté sur la Strada
FreinageQuatre freins à disque, disques arrière montés près du différentiel sur certaines versions
Jantes15 pouces, notamment en alliage Campagnolo
PneumatiquesDimensions variables selon les versions, notamment 6.00L-15 à l’avant et 7.25L-15 à l’arrière
LongueurEnviron 4 370 à 4 460 mm
LargeurEnviron 1 727 à 1 760 mm
HauteurEnviron 1 110 à 1 117 mm pour la Strada
EmpattementEnviron 2 440 à 2 450 mm
Voie avantEnviron 1 410 mm
Voie arrièreEnviron 1 435 mm
PoidsEnviron 1 150 à 1 270 kg selon les configurations et les sources
Vitesse maximaleEnviron 260 à 290 km/h selon version et préparation
Accélération de 0 à 100 km/hEnviron 6,5 à 6,7 secondes dans les fiches historiques
ProductionEnviron 133 exemplaires selon l’histoire officielle du constructeur, total discuté

Moteur V8 Chevrolet et comportement routier

Le moteur de la Bizzarrini 5300 GT provient de la famille Chevrolet small-block 327, également utilisée sur les Corvette contemporaines. Ce choix répond à une logique technique et économique : disposer d’un V8 puissant et relativement compact, sans supporter les coûts de développement d’un moteur entièrement nouveau.

Contrairement aux mécaniques italiennes à haut régime de certaines concurrentes, le V8 américain privilégie une cylindrée généreuse et un couple important. Il permet des reprises vigoureuses et une accélération soutenue, tout en conservant une architecture mécanique relativement simple. Les préparations de compétition reçoivent des modifications de l’admission, de l’alimentation et d’autres composants destinés à augmenter les performances.

La puissance transmise aux roues arrière passe par une boîte manuelle à quatre rapports. Cette transmission correspond aux standards des grandes sportives de l’époque, mais son association avec le couple du V8 donne à la 5300 GT un caractère mécanique particulièrement affirmé.

Le comportement dynamique repose autant sur la répartition des masses que sur la puissance disponible. L’implantation reculée du moteur réduit la concentration du poids sur le train avant. La suspension avant à doubles triangles assure le guidage des roues, tandis que l’essieu de Dion arrière permet de limiter les masses non suspendues par rapport à un pont rigide traditionnel.

Cette conception favorise la stabilité à haute vitesse et la motricité, deux qualités essentielles pour une voiture destinée à parcourir de longues distances rapidement. Le freinage à quatre disques complète un ensemble technique avancé pour son époque.

La 5300 GT n’est cependant pas une sportive particulièrement facile à utiliser au quotidien. La position de conduite basse, la visibilité limitée, la chaleur dégagée par le moteur et la fermeté de ses commandes rappellent ses origines compétitives. Ses performances impressionnantes s’accompagnent d’une expérience de conduite exigeante, davantage destinée à un conducteur expérimenté qu’à un amateur de grand tourisme confortable.

Versions Strada, Corsa, America et Spyder

La gamme historique comprend plusieurs déclinaisons qui partagent une architecture générale, mais diffèrent par leur équipement, leur carrosserie et leur destination. Ces variantes expliquent une partie des écarts rencontrés dans les fiches techniques et les historiques de production.

La Bizzarrini 5300 GT Strada représente la version destinée à la route. Elle conserve le V8 Chevrolet et les principes de construction de la voiture de compétition, mais reçoit des aménagements permettant un usage civil. Son habitacle reste spartiate par rapport à celui des grandes GT de luxe contemporaines, et ses performances demeurent proches de celles des voitures de course dont elle dérive.

La 5300 GT Corsa est développée pour les épreuves sportives. Elle bénéficie de préparations mécaniques plus poussées, d’un allègement et d’équipements spécifiques à la compétition. Certaines configurations utilisent notamment une alimentation par carburateurs Weber et des réglages adaptés aux circuits. Il ne s’agit pas d’une version entièrement indépendante : les voitures de course et de route partagent une origine technique commune.

La 5300 GT America apparaît dans le cadre des efforts de Bizzarrini pour rationaliser la fabrication. Elle est notamment associée à l’emploi de matériaux composites pour la carrosserie, en remplacement de l’aluminium sur certaines réalisations. L’objectif consiste à simplifier une production artisanale coûteuse, sans abandonner les caractéristiques fondamentales du modèle.

Une version Spyder est également réalisée en très petit nombre. L’histoire officielle de la marque évoque trois exemplaires, comprenant un prototype ouvert et deux voitures à configuration de toit différente. Cette rareté, associée aux variations de carrosserie, impose de distinguer les voitures individuelles plutôt que de considérer la Spyder comme une série classique.

Parallèlement à la 5300 GT, le constructeur développe la Bizzarrini 1900 GT Europa, une sportive plus compacte utilisant une mécanique Opel. Présentée en 1967, elle doit élargir la clientèle de la marque avec une proposition plus accessible que la grande GT à moteur Chevrolet.

La Bizzarrini 5300 GT en compétition

La compétition occupe une place essentielle dans l’histoire de la 5300 GT, puisque le modèle dérive directement d’une voiture conçue pour l’endurance. Avant même l’apparition officielle de la marque Bizzarrini sur cette GT, l’Iso Grifo A3/C participe à plusieurs grandes épreuves internationales.

Aux 24 Heures du Mans 1964, l’Iso Grifo A3/C pilotée par Pierre Noblet et Edgar Berney termine à la quatorzième place du classement général et remporte sa catégorie. Ce résultat valide une partie des choix techniques de Giotto Bizzarrini, notamment la combinaison du moteur américain et du châssis italien.

L’année suivante apporte le résultat le plus célèbre de cette lignée. Aux 24 Heures du Mans 1965, la voiture pilotée par Régis Fraissinet et Jean de Mortemart termine neuvième au classement général et remporte sa catégorie. Ce succès intervient pendant la période de transition entre l’Iso Grifo A3/C et la Bizzarrini 5300 GT, ce qui explique les différences d’appellation rencontrées dans les archives.

Le châssis 0222, associé à cet engagement, occupe une place particulière dans l’histoire du constructeur. La victoire démontre qu’une petite structure italienne peut obtenir un résultat significatif en endurance face à des concurrents disposant de moyens industriels beaucoup plus importants.

La carrière sportive se poursuit en 1966, notamment au Mans, mais les résultats ne reproduisent pas le succès précédent. Une voiture engagée avec Sam Posey et Massimo Natili est disqualifiée à la suite d’une infraction liée à la procédure de sécurité dans les stands.

Giotto Bizzarrini explore alors une architecture différente avec la Bizzarrini P538, prototype de compétition à moteur arrière-central. Cette évolution illustre les ambitions sportives du constructeur, même si les difficultés financières et les ressources limitées empêchent le développement d’un programme d’endurance durable.

Production limitée, rareté et renaissance du modèle

La Bizzarrini 5300 GT n’a jamais été une voiture produite en grande série. Sa fabrication repose sur un assemblage artisanal, avec des carrosseries réalisées par des entreprises spécialisées et des configurations parfois adaptées aux demandes des clients. Cette organisation explique les différences visibles entre certains exemplaires, notamment au niveau des ouvertures de carrosserie, des équipements et des finitions.

Le nombre total de voitures historiques demeure discuté. L’histoire officielle de Bizzarrini mentionne environ 133 exemplaires, toutes variantes confondues, tandis que d’autres publications avancent des totaux différents. Les difficultés de décompte tiennent notamment à la transition entre les Iso Grifo A3/C et les voitures commercialisées sous la marque Bizzarrini, ainsi qu’aux transformations réalisées au cours de leur existence.

Cette production restreinte fait aujourd’hui de la 5300 GT une automobile de collection recherchée. L’authenticité du châssis, la provenance, la configuration d’origine et la qualité des restaurations jouent un rôle déterminant dans l’évaluation d’un exemplaire. Les voitures dotées d’une carrosserie en aluminium ou d’un historique sportif documenté présentent un intérêt particulier pour les collectionneurs.

En 2013, une 5300 GT Strada Alloy de 1965, portant le numéro de châssis IA3 0234, a notamment été vendue 693 000 dollars lors d’une vente RM Sotheby’s. Ce résultat historique illustre l’intérêt porté au modèle, sans constituer une référence de prix applicable à l’ensemble des voitures.

Après plusieurs décennies d’absence, la marque Bizzarrini est relancée au XXIe siècle. Cette renaissance donne naissance à la Bizzarrini 5300 GT Revival, une continuation moderne inspirée de la Corsa historique. Limitée à 24 exemplaires, elle reprend les grandes lignes de la voiture des années 1960 tout en bénéficiant d’une fabrication contemporaine. Ces automobiles ne font pas partie de la production originale.

La marque présente également la Bizzarrini Giotto, une supercar moderne portant le prénom de son fondateur. Contrairement à la 5300 GT Revival, elle ne cherche pas à reproduire une voiture historique, mais propose un nouveau modèle inspiré de l’identité sportive et du savoir-faire italien associés à Bizzarrini.

Marque Bizzarrini

Année de sortie 1965

Catégories