La Chevrolet Caprice est une grande automobile américaine produite par Chevrolet entre 1965 et 1996 dans sa lignée nord-américaine historique. D’abord proposée comme une finition luxueuse de la Chevrolet Impala, elle devient une série à part entière dès le millésime 1966. Avec ses carrosseries imposantes, ses moteurs six ou huit cylindres selon les époques et son architecture traditionnelle à propulsion, elle incarne plusieurs décennies d’évolution des grandes berlines américaines.
Commercialisée en berline, coupé et break selon les générations, la Caprice occupe une place privilégiée dans la gamme Chevrolet. Elle traverse la période des grands V8 des années 1960, les bouleversements énergétiques des années 1970 et la modernisation automobile des années 1990. Son histoire comprend quatre grandes générations américaines, auxquelles s’ajoutent des modèles ultérieurs d’origine australienne commercialisés sous le même nom.
Origines de la Chevrolet Caprice : une Impala plus luxueuse
En 1965, Chevrolet cherche à renforcer sa présence sur le marché des grandes voitures américaines haut de gamme. La marque possède déjà une gamme particulièrement étendue, allant de la Chevrolet Biscayne, relativement économique et dépouillée, jusqu’à l’Impala, réputée pour son confort et sa présentation plus soignée.
La Caprice apparaît au cours du millésime 1965 sous la forme d’un ensemble de finition réservé à l’Impala Sport Sedan quatre portes hardtop. Elle se distingue par une sellerie plus raffinée, des garnitures spécifiques, des équipements supplémentaires et une présentation extérieure plus prestigieuse. L’objectif est de proposer une grande Chevrolet capable de rivaliser avec les berlines américaines luxueuses sans atteindre les tarifs des marques de prestige du groupe General Motors.
Pour 1966, la Caprice devient une série distincte, positionnée au sommet de la gamme full-size. Elle se situe notamment au-dessus de la Chevrolet Bel Air et propose plusieurs carrosseries, dont un coupé hardtop à pavillon formel, une berline et un break. La Ford LTD figure parmi ses concurrentes directes.
La première génération, commercialisée jusqu’en 1970, conserve les grandes proportions caractéristiques des Chevrolet de l’époque. Long capot, larges surfaces chromées, calandre horizontale et habitacle spacieux définissent son identité. Les moteurs V8 dominent l’offre, depuis les small-block destinés à un usage quotidien jusqu’aux imposants big-block proposés sur certaines configurations.
Les motorisations comprennent notamment des V8 de 283, 327, 396 et 427 pouces cubes selon les années. Ces cylindrées correspondent approximativement à 4,6, 5,4, 6,5 et 7,0 litres. Les versions les plus puissantes illustrent une époque où une grande automobile familiale pouvait recevoir un moteur habituellement associé à des performances élevées.
1971-1976 : la Caprice devient une grande routière imposante
La deuxième génération apparaît pour le millésime 1971. Chevrolet adopte une carrosserie profondément renouvelée, plus massive et particulièrement représentative du style américain du début des années 1970. Les dimensions généreuses favorisent l’espace intérieur et le confort, tandis que les suspensions privilégient la souplesse plutôt que la précision sportive.
Les berlines, coupés et breaks continuent de répondre à des usages différents. Le coupé mise sur une silhouette élégante et un équipement luxueux, tandis que le break Estate privilégie le volume de chargement et la capacité à transporter une famille nombreuse. Les carrosseries possèdent des dimensions et parfois des empattements distincts.
La Chevrolet Caprice Classic, introduite pour 1973, renforce le positionnement haut de gamme du modèle. Cette appellation devient particulièrement importante au cours des années suivantes, avec des finitions intérieures valorisantes, des équipements de confort et une présentation extérieure spécifique.
Les motorisations restent dominées par les V8 essence, notamment les blocs de 350, 400 et 454 pouces cubes, soit environ 5,7, 6,6 et 7,4 litres. Le moteur de 454 pouces cubes représente l’une des plus grosses cylindrées proposées dans cette famille. Toutefois, les puissances diminuent progressivement sous l’effet des normes antipollution, des changements de taux de compression et des adaptations aux carburants.
Une autre évolution complique les comparaisons historiques : au début des années 1970, les constructeurs américains passent des puissances SAE gross, mesurées dans des conditions favorables sur banc moteur, aux puissances SAE net, plus représentatives d’un moteur équipé pour son installation dans le véhicule. Une baisse de puissance affichée ne correspond donc pas nécessairement à une diminution mécanique équivalente.
Les pare-chocs deviennent également plus volumineux pour satisfaire les nouvelles exigences américaines de résistance aux chocs à basse vitesse. Ces transformations accentuent le caractère imposant de la Caprice, alors que la crise pétrolière de 1973 commence à modifier les attentes des automobilistes.
1977-1990 : une troisième génération plus compacte et rationnelle
Le millésime 1977 marque l’une des transformations les plus importantes de l’histoire de la Chevrolet Caprice. General Motors entreprend une réduction des dimensions de ses grandes voitures afin de répondre à la hausse du prix du carburant et à l’évolution du marché américain. La Caprice devient sensiblement plus courte et plus légère, sans abandonner sa vocation de grande automobile familiale.
La nouvelle carrosserie adopte des lignes rectilignes, un capot horizontal, un toit relativement haut et des surfaces vitrées généreuses. Malgré ses dimensions réduites, l’aménagement intérieur reste spacieux. Cette réussite technique et commerciale contribue à l’attribution du titre de Car of the Year 1977 par le magazine américain Motor Trend.
L’architecture demeure traditionnelle, avec un moteur longitudinal à l’avant, une transmission aux roues arrière et un châssis séparé. La suspension avant indépendante et l’essieu arrière rigide à ressorts hélicoïdaux sont conservés, avec des réglages destinés avant tout au confort et à la stabilité.
La gamme mécanique se diversifie. Des moteurs six cylindres apparaissent aux côtés des V8, tandis que les cylindrées et les systèmes d’alimentation évoluent régulièrement. Chevrolet propose notamment des V8 de 267, 305 et 350 pouces cubes, correspondant approximativement à 4,4, 5,0 et 5,7 litres. Certaines années voient également l’utilisation d’un V8 diesel de 5,7 litres d’origine Oldsmobile.
Les transmissions automatiques deviennent progressivement incontournables. Les boîtes à trois rapports sont complétées puis remplacées sur de nombreuses configurations par des transmissions à quatre rapports avec surmultiplication, permettant de réduire le régime moteur sur autoroute.
Au fil des années 1980, la Caprice reçoit des modifications de calandre, d’optiques, de garnitures et d’équipements. Son apparence générale reste néanmoins très stable. Cette continuité explique la forte identification de cette génération à la silhouette carrée des grandes berlines américaines de l’époque.
La disparition de l’Impala classique après le millésime 1985 renforce la place de la Caprice dans la gamme. Elle devient également un choix fréquent pour les taxis, les administrations et les services de police, qui apprécient son habitabilité, sa robustesse et son architecture mécanique éprouvée.
1991-1996 : dernière génération américaine et moteurs LT1
Pour 1991, Chevrolet transforme radicalement l’apparence de la Caprice. La quatrième génération abandonne les lignes anguleuses au profit d’une carrosserie très arrondie, caractérisée par des flancs bombés, un capot plongeant et des surfaces vitrées plus fluides. Cette esthétique, typique du début des années 1990, améliore l’aérodynamique tout en donnant au modèle une identité immédiatement reconnaissable.
Sous cette nouvelle carrosserie, la Caprice conserve l’architecture B-body à propulsion et châssis séparé. Les berlines et breaks restent conçus pour transporter confortablement plusieurs occupants sur de longues distances. Le modèle bénéficie de nouveaux équipements de sécurité et de confort, notamment l’antiblocage des roues au freinage.
La Caprice Classic LTZ reçoit le titre de Car of the Year 1991 décerné par Motor Trend. Cette récompense souligne le renouvellement du modèle, même si sa conception mécanique demeure volontairement traditionnelle.
Les premières années utilisent principalement des V8 essence de 5,0 et 5,7 litres. En 1994, Chevrolet introduit deux nouvelles motorisations : le L99 de 4,3 litres développant 200 hp SAE net et le LT1 de 5,7 litres affichant 260 hp, soit environ 264 ch métriques.
Le LT1 constitue une évolution particulièrement marquante. Dérivé de la famille de moteurs utilisée sur la Corvette, il reçoit une configuration adaptée à la Caprice, avec des caractéristiques de culasses, d’arbre à cames et de gestion moteur spécifiques. Son couple de 330 lb-ft, environ 447 Nm, convient particulièrement à une grande berline relativement lourde.
La transmission automatique électronique à quatre rapports 4L60-E accompagne ces motorisations. Les versions équipées du LT1 bénéficient de performances nettement supérieures à celles des Caprice ordinaires des années précédentes, sans renoncer au confort d’une grande routière américaine.
Cette base mécanique est également utilisée par la Chevrolet Impala SS de 1994 à 1996. Cette dernière se distingue par une présentation sportive, des éléments de carrosserie spécifiques, des roues particulières et des réglages de châssis adaptés. Elle ne constitue pas simplement une Caprice Classic rebadgée.
La carrosserie de la Caprice évolue discrètement pendant cette dernière période. En 1993, les passages de roues arrière des berlines sont modifiés. Pour 1995, les vitres latérales arrière adoptent une forme différente, facilitant l’identification des derniers millésimes.
La production américaine prend fin en décembre 1996, lorsque General Motors cesse notamment l’assemblage des grandes voitures B-body dans son usine d’Arlington, au Texas. La Chevrolet Lumina, à traction avant, appartient alors à une autre orientation technique de la gamme et ne constitue pas une succession directe de la Caprice traditionnelle.
Fiche technique de la Chevrolet Caprice
| Caractéristique | Données techniques |
|---|---|
| Constructeur | Chevrolet, General Motors |
| Première apparition | 1965, finition de l’Impala |
| Gamme indépendante | À partir du millésime 1966 |
| Production américaine historique | 1965-1996 |
| Nombre de générations américaines | 4 grandes générations |
| Segment | Grande automobile full-size |
| Carrosseries | Berline, coupé, hardtop et break selon génération |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Structure | Châssis séparé, plateforme GM B-body |
| Moteurs des premières générations | V8 essence small-block et big-block, notamment 4,6 à 7,4 litres selon année |
| Moteurs 1977-1990 | Six cylindres essence, V8 essence et V8 diesel selon millésime |
| Moteurs 1991-1993 | V8 essence 5,0 et 5,7 litres |
| Moteur L99 1994-1996 | V8 essence 4,3 litres à injection, 200 hp SAE net |
| Moteur LT1 1994-1996 | V8 essence 5,7 litres à injection, 260 hp SAE net, environ 264 ch |
| Couple LT1 | 330 lb-ft, environ 447 Nm |
| Boîtes de vitesses | Manuelles à 3 ou 4 rapports sur certaines anciennes versions ; automatiques à 2, 3 ou 4 rapports selon année |
| Transmission finale 1994-1996 | Automatique électronique 4L60-E à 4 rapports |
| Suspension avant | Indépendante à bras superposés et ressorts hélicoïdaux sur les générations classiques |
| Suspension arrière | Essieu rigide, bras de guidage et ressorts hélicoïdaux |
| Direction | À boîtier, assistance hydraulique selon équipement et millésime |
| Freinage | Tambours sur certaines anciennes versions ; disques avant et tambours arrière courants sur les générations récentes, ABS selon millésime |
| Empattement 1966-1970 | 3 023 mm pour les principales berlines et coupés |
| Empattement 1971-1976 | 3 086 mm pour plusieurs berlines et coupés |
| Empattement 1977-1996 | 2 946 mm pour les principales berlines |
| Longueur 1966-1970 | Environ 5,41 à 5,49 m selon version |
| Longueur 1977-1990 | Environ 5,39 à 5,42 m selon millésime |
| Longueur 1991-1996 | Environ 5,44 m pour plusieurs berlines |
| Largeur 1991-1996 | Environ 1,98 m pour les berlines |
| Roues | Jantes acier ou spécifiques, principalement 14 et 15 pouces selon génération |
| Poids | Variable selon génération et carrosserie ; environ 1,8 à 2 tonnes pour de nombreuses versions tardives |
| Sites de fabrication | Plusieurs usines General Motors aux États-Unis et au Canada selon millésime |
Caprice Police, Caprice Classic et modèles australiens
La carrière de la Chevrolet Caprice dépasse largement celle d’une simple berline familiale. Son architecture à propulsion, son habitacle spacieux et ses moteurs relativement simples à entretenir expliquent son succès auprès des administrations américaines. Les versions destinées aux forces de l’ordre occupent une place particulière dans son histoire.
La Chevrolet Caprice Police est notamment associée au code d’équipement 9C1, qui désigne des configurations adaptées aux services de police. Selon les années, ces véhicules peuvent recevoir des suspensions renforcées, un refroidissement amélioré, des composants électriques spécifiques, des pneus adaptés et des équipements conçus pour un usage intensif.
Les versions civiles Classic privilégient au contraire le confort et la présentation intérieure. Selleries plus raffinées, équipements électriques, climatisation et insonorisation renforcée contribuent à leur vocation de grandes routières. Les breaks Estate répondent à une autre demande, celle des familles recherchant un important volume de chargement sans adopter un véhicule utilitaire.
Après la disparition de la Caprice américaine en 1996, l’appellation subsiste sur certains marchés internationaux. Des modèles dérivés des grandes Holden australiennes sont notamment commercialisés sous le nom Chevrolet Caprice au Moyen-Orient. Ces voitures utilisent des plateformes et des carrosseries différentes de celles des anciennes Caprice américaines.
Entre 2011 et 2017, Chevrolet propose également aux forces de police américaines la Caprice PPV, pour Police Patrol Vehicle. Assemblée en Australie et dérivée de la Holden Caprice, elle repose sur une architecture moderne à propulsion de la famille Zeta. Malgré son nom historique, elle ne constitue pas une cinquième génération directe de la Caprice B-body produite jusqu’en 1996.
Design, reconnaissance des générations et place en collection
La Chevrolet Caprice possède une identité visuelle particulièrement évolutive. Les premiers modèles se reconnaissent à leurs longues lignes horizontales, à leurs ornements chromés et à leurs carrosseries hardtop. Le coupé de 1966, avec son pavillon formel, illustre le positionnement luxueux adopté dès la naissance de la gamme indépendante.
La deuxième génération privilégie une présentation beaucoup plus imposante. Ses grandes surfaces de carrosserie, ses pare-chocs volumineux et ses proportions généreuses sont caractéristiques des voitures américaines du début et du milieu des années 1970. Les différences entre les millésimes concernent notamment les calandres, les optiques et les éléments décoratifs.
Les Caprice de 1977 à 1990 présentent une silhouette nettement plus géométrique. Leur habitacle haut, leurs lignes droites et leur calandre presque verticale les distinguent immédiatement des modèles précédents. Cette génération demeure particulièrement représentative des berlines utilisées par les administrations et les taxis américains pendant les années 1980.
À l’inverse, les modèles de 1991 à 1996 adoptent une carrosserie très arrondie. Le dessin de leurs ailes arrière et l’évolution des surfaces vitrées constituent des indices utiles pour identifier les différentes années de production. Les berlines LT1 des derniers millésimes suscitent un intérêt particulier en raison de leur moteur performant et de leur proximité technique avec l’Impala SS.
Sur le marché de collection, les coupés anciens à gros V8, les Caprice Classic préservées, les breaks Estate et les authentiques versions 9C1 présentent des intérêts distincts. L’originalité mécanique, la corrosion du châssis, l’état des éléments de carrosserie et la conformité des équipements sont des critères essentiels pour évaluer un exemplaire.
L’identification d’une Caprice ancienne exige également de vérifier les numéros de série, les codes de carrosserie et les documents d’époque. Cette précaution est particulièrement importante pour les modèles de 1965, dont l’appellation correspondait encore à une finition de l’Impala, ainsi que pour les véhicules de police ayant parfois reçu des modifications après leur retrait du service.




