Chevrolet El Camino

Chevrolet El Camino

Le Chevrolet El Camino est un coupé utilitaire américain produit par Chevrolet de 1959 à 1960, puis de 1964 à 1987. À mi-chemin entre une voiture particulière et un pick-up, il associe une cabine à deux portes, un long capot et une benne ouverte intégrée à la carrosserie. Son originalité repose sur cette double vocation : offrir le confort et les qualités routières d’une automobile tout en permettant le transport de marchandises. Au fil de cinq générations, l’El Camino évolue d’un imposant utilitaire dérivé des berlines Chevrolet vers un véhicule plus compact, parfois équipé des puissants V8 caractéristiques des muscle cars américains.

Lancé en réponse au Ford Ranchero, commercialisé dès 1957, l’El Camino occupe une place particulière dans l’histoire de General Motors. Il ne s’agit ni d’un pick-up traditionnel ni d’une simple voiture transformée artisanalement. Chevrolet conçoit un modèle de série doté d’une carrosserie spécifique, capable de séduire aussi bien les professionnels que les automobilistes recherchant un véhicule polyvalent et original.

Origines du Chevrolet El Camino : la première génération de 1959 à 1960

À la fin des années 1950, les constructeurs américains explorent de nouvelles catégories automobiles. Le succès initial du Ford Ranchero encourage Chevrolet à développer un véhicule comparable. Présenté à l’automne 1958 pour le millésime 1959, l’El Camino reprend l’architecture des grandes voitures Chevrolet, notamment celle de la Chevrolet Bel Air. Sa conception s’appuie également sur des éléments du break Brookwood à deux portes, adaptés pour recevoir une benne arrière.

Le modèle partage ainsi une grande partie de son identité technique et stylistique avec les Chevrolet full-size de l’époque, dont la Chevrolet Biscayne. Il conserve un moteur longitudinal à l’avant, une transmission aux roues arrière et un châssis séparé. Cette architecture permet d’obtenir un comportement routier proche de celui des automobiles particulières tout en supportant les contraintes d’un véhicule utilitaire léger.

Le dessin du millésime 1959 constitue l’une des caractéristiques les plus reconnaissables de l’El Camino. La carrosserie très large, les chromes abondants, le pare-brise panoramique et les immenses ailerons arrière horizontaux reflètent le style américain de cette période. Les feux arrière allongés, intégrés aux extrémités des ailes, renforcent son apparence spectaculaire. La benne s’inscrit directement dans la continuité des panneaux latéraux, sans rupture visuelle comparable à celle d’un pick-up classique.

Chevrolet accorde une attention particulière à la fonctionnalité de la partie arrière. La benne bénéficie d’une construction à double paroi et d’un plancher métallique protégé par des bandes d’acier. Le constructeur annonce une charge utile pouvant atteindre environ 522 kg selon la configuration. Cette capacité confirme que l’El Camino ne se limite pas à un exercice de style : il possède de véritables aptitudes utilitaires.

La gamme mécanique comprend un six cylindres en ligne de 235 pouces cubes, soit environ 3,9 litres, ainsi que plusieurs V8. Le 283 ci de 4,6 litres constitue une motorisation importante de l’offre, tandis que le 348 ci de 5,7 litres permet d’accéder à des performances nettement plus élevées. Les puissances dépendent du carburateur, du taux de compression et des équipements retenus.

En 1960, Chevrolet modifie profondément l’apparence de ses grandes voitures. L’El Camino adopte des ailerons moins prononcés, une nouvelle calandre et des feux arrière ronds. Malgré ces évolutions, les ventes diminuent : après 22 246 exemplaires produits pour 1959, la production tombe à 14 163 unités pour 1960. Chevrolet retire alors le modèle de son catalogue. Aucun El Camino de série n’est commercialisé pour les millésimes 1961, 1962 et 1963.

Le retour sur la plateforme Chevelle de 1964 à 1967

Chevrolet relance l’El Camino en 1964 avec une formule sensiblement différente. Plutôt que de repartir d’une grande voiture full-size, le constructeur utilise la nouvelle plateforme intermédiaire de la Chevrolet Chevelle. Cette décision permet de réduire les dimensions extérieures et d’obtenir un véhicule mieux adapté à une utilisation quotidienne. Le nouvel El Camino conserve sa cabine deux portes et sa benne intégrée, mais ses proportions deviennent plus équilibrées.

Cette deuxième génération adopte un empattement de 115 pouces, soit environ 2,92 mètres. Les lignes sont plus sobres que celles du modèle original, avec des surfaces relativement rectilignes, une calandre horizontale et des optiques rondes. La carrosserie suit les évolutions annuelles de la gamme Chevelle, tout en conservant une partie arrière spécifique.

Les motorisations proposées reflètent le positionnement polyvalent du véhicule. Les six cylindres en ligne conviennent aux usages économiques et professionnels, tandis que les V8 de 283 et 327 pouces cubes répondent aux attentes des conducteurs recherchant davantage de souplesse et de puissance. Chevrolet élargit progressivement l’offre mécanique, notamment avec l’arrivée du V8 big-block 396 ci au cours de cette génération.

Les versions les plus puissantes contribuent à transformer l’image de l’El Camino. Initialement présenté comme un utilitaire confortable, il devient également une alternative originale aux coupés sportifs américains. Il conserve cependant une vocation pratique : la benne permet de transporter des équipements volumineux sans renoncer à une mécanique performante.

Les millésimes 1966 et 1967 adoptent des lignes plus affirmées et des faces avant renouvelées. La disponibilité de moteurs V8 de forte cylindrée rapproche davantage l’El Camino de l’univers des muscle cars. Il faut toutefois distinguer les motorisations réellement proposées sur l’utilitaire de celles disponibles sur les Chevelle sportives, les deux catalogues n’étant pas systématiquement identiques.

Chevrolet El Camino SS et troisième génération : l’apogée des V8 de 1968 à 1972

En 1968, Chevrolet présente une troisième génération entièrement redessinée. L’El Camino adopte une silhouette plus musclée, caractérisée par un long capot, des ailes sculptées et une ligne de caisse dynamique. Son empattement atteint 116 pouces, soit environ 2,95 mètres. Le modèle reste étroitement apparenté aux voitures intermédiaires Chevrolet, notamment à la Chevrolet Malibu, avec laquelle il partage de nombreux composants mécaniques et éléments de présentation.

Cette génération correspond à la période la plus emblématique de l’El Camino sportif. Les versions SS, pour Super Sport, mettent en valeur les motorisations V8 les plus puissantes, avec des équipements et des détails esthétiques spécifiques selon les années. L’El Camino SS 396 de 1968 associe ainsi la carrosserie utilitaire à un moteur big-block de 6,5 litres, dans une configuration particulièrement représentative de la culture automobile américaine de la fin des années 1960.

Les évolutions se poursuivent en 1969 et 1970. La face avant, la calandre, les feux et les éléments décoratifs suivent les changements stylistiques de la Chevelle. La gamme mécanique comprend notamment des V8 small-block de 307 et 350 pouces cubes, ainsi que des big-block de cylindrée supérieure.

Le millésime 1970 occupe une place particulière dans cette histoire. L’El Camino SS peut recevoir le V8 454 ci, soit environ 7,4 litres. Dans sa configuration LS6, ce moteur développe une puissance annoncée de 450 hp SAE bruts à 5 600 tr/min et un couple de 500 lb-ft, soit environ 678 Nm, à 3 600 tr/min. Il s’agit de l’une des mécaniques les plus impressionnantes associées au modèle.

Cette puissance doit être replacée dans son contexte historique. Les valeurs SAE brutes utilisées à l’époque sont mesurées dans des conditions différentes de celles des puissances SAE nettes adoptées ensuite. Elles ne permettent donc pas une comparaison directe avec les chiffres des voitures modernes. De plus, tous les El Camino SS 454 ne disposent pas du moteur LS6 : plusieurs configurations de puissance existent selon les options et les millésimes.

Les performances des versions les plus puissantes sont remarquables pour un véhicule équipé d’une benne. Certains essais d’époque rapportent des temps sur le quart de mile proches de ceux des muscle cars les plus rapides. Ces résultats dépendent toutefois de la motorisation, de la transmission, du rapport de pont et des conditions de mesure.

À partir de 1971, les exigences antipollution et l’évolution des carburants entraînent des modifications mécaniques. Le passage progressif à l’affichage des puissances SAE nettes contribue également à la baisse apparente des chiffres annoncés. La troisième génération s’achève en 1972, après avoir durablement associé le nom El Camino aux gros V8 Chevrolet.

De 1973 à 1987 : confort, modernisation et dernière génération

La quatrième génération apparaît en 1973 sur la nouvelle architecture intermédiaire A-body de General Motors. Plus volumineuse, elle privilégie le confort, l’insonorisation et les équipements. Les pare-chocs deviennent plus imposants pour répondre aux nouvelles réglementations américaines, tandis que les lignes de carrosserie s’arrondissent. L’El Camino conserve son principe de coupé utilitaire, mais son caractère évolue vers celui d’une automobile de loisirs polyvalente.

Les motorisations restent variées, avec un six cylindres et plusieurs V8 selon les millésimes. Les versions SS demeurent présentes, mais leur définition évolue : l’appellation sportive ne correspond plus nécessairement aux configurations mécaniques extrêmes du début de la décennie. Les finitions plus luxueuses gagnent en importance, accompagnées d’équipements de confort et de présentations intérieures plus élaborées.

En 1978, Chevrolet lance la cinquième et dernière génération. Le véhicule bénéficie de la réduction des dimensions des voitures intermédiaires de General Motors. Sa carrosserie devient plus courte, plus étroite et surtout beaucoup plus anguleuse. L’El Camino conserve néanmoins un empattement relativement long, d’environ 2,97 mètres, afin de préserver un espace de chargement utile.

Cette génération partage son architecture avec plusieurs modèles intermédiaires GM, dont la Chevrolet Monte Carlo. Les ressemblances concernent notamment certains éléments de châssis, de suspension et de présentation. Durant les années 1980, l’entreprise Choo Choo Customs réalise des conversions particulières d’El Camino, reconnaissables à leur face avant inspirée de la Monte Carlo SS. Ces transformations ne doivent pas être confondues avec les anciennes versions SS 396 ou SS 454 d’usine.

L’offre mécanique reflète les nouvelles priorités du marché américain. Les V6 essence occupent une place croissante, accompagnés de V8 de cylindrée plus modérée. Certains millésimes proposent également un V8 diesel Oldsmobile de 5,7 litres. Les boîtes automatiques se généralisent, et certaines versions tardives bénéficient d’une transmission à quatre rapports avec surmultiplication.

Le millésime 1982 apporte une importante évolution stylistique, notamment au niveau de la face avant. La gamme continue ensuite avec différentes finitions, dont Classic, Conquista et des présentations décoratives particulières. Malgré ces adaptations, le marché américain évolue progressivement vers les pick-up compacts et les utilitaires à carrosserie traditionnelle.

Le Chevrolet S-10, lancé pour 1982, illustre cette transformation. Contrairement à l’El Camino, dérivé d’une voiture intermédiaire, le S-10 possède une architecture de pick-up conventionnel, avec une cabine et une caisse de chargement distinctes. Les deux véhicules coexistent pendant plusieurs années, mais répondent à des besoins différents.

La production de l’El Camino s’arrête avec le millésime 1987. Les derniers exemplaires sont associés à l’assemblage de Ramos Arizpe, au Mexique. Certaines livraisons ou immatriculations interviennent en 1988, sans correspondre à une nouvelle génération. Chevrolet ne commercialise pas de successeur direct. Bien plus tard, le Chevrolet SSR reprend une partie de l’esprit du pick-up de loisirs à caractère sportif, avec une conception et une carrosserie très différentes.

Fiche technique de la Chevrolet El Camino

CaractéristiqueDonnées
ConstructeurChevrolet, General Motors
OrigineÉtats-Unis
Première année-modèle1959
Production1959-1960 et 1964-1987
Nombre de générations5
CarrosserieCoupé utilitaire deux portes avec benne arrière ouverte
PlacesGénéralement 2 ou 3 selon la banquette et la configuration
Implantation mécaniqueMoteur avant longitudinal
TransmissionPropulsion, roues arrière motrices
StructureChâssis séparé, plateformes GM B-body, A-body puis architecture intermédiaire A/G-body selon génération
Moteurs essenceSix cylindres en ligne, V6 et V8 selon millésime
Cylindrées principalesEnviron 3,2 à 7,4 litres selon moteur et génération
Motorisation emblématiqueV8 Chevrolet 454 ci (7,4 litres)
Puissance maximale historiquement annoncée450 hp SAE bruts pour le V8 LS6 de 1970
Couple du V8 LS6500 lb-ft, environ 678 Nm à 3 600 tr/min
AlimentationPrincipalement carburateurs sur les générations historiques, avec systèmes d’alimentation évoluant selon les motorisations tardives
Moteur dieselV8 Oldsmobile 350 ci (5,7 litres) sur certains millésimes de la dernière génération
Boîtes manuelles3 ou 4 rapports selon année et version
Boîtes automatiquesPowerglide à 2 rapports, Turbo-Hydramatic à 3 rapports et transmissions à 4 rapports sur certaines versions tardives
Suspension avantRoues indépendantes, ressorts hélicoïdaux
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts hélicoïdaux et bras de guidage selon génération
DirectionÀ boîtier, assistance disponible selon millésime et équipement
FreinageTambours sur les premières versions, puis disques avant et tambours arrière sur de nombreuses configurations ultérieures
RouesJantes en acier ou présentations sportives selon finition et options
Empattement 1959-19603 023 mm
Empattement 1964-19672 921 mm
Empattement 1968-19772 946 mm
Empattement 1978-1987Environ 2 972 mm
Longueur du modèle 1959Environ 5 357 mm
Largeur et hauteurVariables selon génération et millésime
Charge utile annoncée en 1959Jusqu’à environ 522 kg selon configuration
Volume de benne annoncé en 1959Environ 0,96 m³
Production 195922 246 exemplaires
Production 196014 163 exemplaires
Prix d’époque documenté en 19592 352 dollars pour une configuration V8 283 ci présentée par GM Heritage

Design, versions de collection et authenticité

Le Chevrolet El Camino possède une identité visuelle qui change profondément selon les générations. Les modèles 1959 sont immédiatement reconnaissables à leurs ailerons spectaculaires, tandis que les exemplaires de 1964 à 1967 présentent les lignes plus sobres des premières Chevelle. Les versions 1968-1972 se distinguent par leur allure de muscle car, avec des ailes prononcées et une face avant agressive. Les générations suivantes privilégient progressivement le confort, avant l’apparition du style anguleux caractéristique des années 1980.

Cette diversité explique les différences importantes entre les véhicules proposés aujourd’hui sur le marché de la collection. Un El Camino 1959 entièrement restauré, un modèle 1970 équipé d’un V8 big-block et un exemplaire de 1985 ne répondent pas aux mêmes critères de recherche. L’état de la carrosserie, la qualité des réparations, l’authenticité mécanique et la présence des éléments d’origine jouent un rôle essentiel dans leur appréciation.

Les versions SS demandent une attention particulière. Au fil des années, l’appellation Super Sport a désigné des configurations mécaniques et des ensembles d’équipements différents. Un véhicule portant des emblèmes SS n’est donc pas nécessairement sorti d’usine avec une motorisation sportive. Certains exemplaires ont été transformés, équipés d’un moteur plus puissant ou restaurés avec des éléments provenant d’autres millésimes.

Pour identifier précisément un El Camino, les numéros de série, les codes moteur, les plaques de carrosserie et les documents d’origine constituent les éléments les plus utiles. Les catalogues Chevrolet et les archives de production permettent de vérifier la cohérence entre l’année-modèle, la carrosserie, la transmission et les équipements. Sur les modèles les plus recherchés, notamment ceux équipés de gros V8, une documentation historique complète apporte une valeur supplémentaire.

La corrosion représente également un point de contrôle important. Les bas de caisse, les passages de roues, les planchers, les supports de carrosserie et les parties inférieures de la benne doivent être examinés attentivement. La présence d’une benne ouverte expose certaines zones aux infiltrations et à l’humidité, particulièrement sur les véhicules ayant longtemps servi au transport de charges.

Enfin, les transformations personnalisées font partie intégrante de l’histoire de l’El Camino. Peintures spécifiques, suspensions modifiées, moteurs remplacés et conversions esthétiques sont fréquents. Un exemplaire personnalisé peut présenter un réel intérêt, mais son identification doit rester distincte de celle d’une configuration Chevrolet d’origine. Pour les conversions Choo Choo Customs des années 1980, la présence d’une documentation attestant la transformation permet notamment de différencier un véhicule authentique d’une reproduction réalisée ultérieurement.