La Dodge Stealth est un coupé sportif grand tourisme commercialisé en Amérique du Nord de 1990 à 1996, pour les millésimes 1991 à 1996. Développée dans le cadre de la coopération entre Chrysler et Mitsubishi, elle partage sa base technique avec la Mitsubishi 3000GT, tout en adoptant une carrosserie spécifique dessinée pour Dodge. Fabriquée au Japon, cette GT à quatre places associe un moteur V6 de 3,0 litres à une architecture moderne pour son époque. Sa version la plus performante, la Stealth R/T Turbo, se distingue par son moteur biturbo, sa transmission intégrale permanente et ses quatre roues directrices.
Avec ses lignes basses, ses ailes élargies et ses technologies avancées, la Dodge Stealth représente une approche différente de la sportive américaine traditionnelle. Proposée en plusieurs finitions, de la version atmosphérique à traction avant à la R/T Turbo de 320 hp, elle occupe une place particulière dans l’histoire de Dodge et des coupés japonais des années 1990.
Histoire de la Dodge Stealth : une sportive américaine née au Japon
À la fin des années 1980, Chrysler cherche à renforcer la présence de Dodge sur le marché des voitures sportives. Le constructeur entretient alors des relations industrielles étroites avec Mitsubishi Motors, partenaire avec lequel il développe plusieurs modèles destinés au marché nord-américain. Cette coopération permet de proposer des véhicules techniquement sophistiqués sans supporter seul l’ensemble des coûts de développement.
La Dodge Stealth naît de cette stratégie. Elle repose sur la même architecture que la Mitsubishi GTO, commercialisée sous le nom de 3000GT sur les marchés internationaux. Les deux voitures partagent leurs principales caractéristiques mécaniques, notamment le V6 Mitsubishi 6G72, les transmissions et une grande partie de leur structure. En revanche, Chrysler développe une identité extérieure propre à la Stealth, avec des boucliers, des panneaux de carrosserie et un traitement arrière spécifiques.
Présentée en 1990, la Stealth arrive dans les concessions pour le millésime 1991. Sa fabrication est assurée par Mitsubishi au Japon, dans son complexe industriel d’Okazaki, dans la région de Nagoya. Contrairement à certaines autres voitures issues de la coopération Chrysler-Mitsubishi, elle n’est donc pas assemblée dans l’usine américaine Diamond-Star Motors.
Cette origine japonaise distingue la Stealth des coupés Dodge historiques. La Dodge Challenger des années 1970 incarnait notamment la tradition américaine des coupés à moteur longitudinal et propulsion. La Stealth privilégie une architecture à moteur transversal, des motorisations V6 et, dans sa version supérieure, une transmission intégrale associée à des dispositifs électroniques de contrôle du châssis.
La Stealth précède également l’arrivée de la Dodge Viper de série en 1992. Les deux modèles coexistent pendant plusieurs années, mais répondent à des philosophies opposées. La Stealth est une GT 2+2 relativement polyvalente, tandis que la Viper est une sportive biplace à V10 atmosphérique et propulsion, conçue autour d’une expérience de conduite plus radicale.
La collaboration entre Chrysler et Mitsubishi se poursuit avec d’autres modèles, notamment la Dodge Avenger Coupé, lancée pour le millésime 1995. Cette dernière appartient toutefois à une catégorie plus accessible et utilise une architecture différente. Elle ne constitue pas une remplaçante technique directe de la Stealth.
Les versions Dodge Stealth : Base, ES, R/T et R/T Turbo
Au lancement, Dodge propose quatre principales déclinaisons de la Stealth. Cette gamme permet de couvrir plusieurs niveaux de performances et d’équipement, tout en conservant une carrosserie commune.
La Dodge Stealth Base constitue la version d’accès. Elle reçoit un V6 atmosphérique de 3,0 litres à simple arbre à cames en tête par rangée de cylindres et 12 soupapes. Développant 164 hp SAE, elle utilise une transmission aux roues avant et peut recevoir une boîte manuelle à cinq rapports ou une transmission automatique à quatre rapports. Son positionnement privilégie le style sportif et le confort d’utilisation.
La Dodge Stealth ES adopte un V6 de même cylindrée, mais équipé de deux arbres à cames en tête par rangée et de 24 soupapes. Sa puissance atteint 222 hp SAE. Cette version intermédiaire propose des performances supérieures à celles de la Base, sans disposer de la transmission intégrale de la Turbo. Elle disparaît de la gamme lors du remaniement du millésime 1994.
La Dodge Stealth R/T reprend le V6 atmosphérique de 222 hp, associé à une présentation plus sportive. Elle se distingue notamment par ses équipements, ses éléments de carrosserie et ses roues. Malgré son appellation R/T, elle reste une traction avant : le badge ne signifie pas automatiquement que la voiture possède quatre roues motrices.
Au sommet de la gamme, la Dodge Stealth R/T Turbo reçoit une évolution biturbo du V6 3,0 litres. Sa puissance atteint initialement 300 hp SAE, avant de passer à 320 hp pour le millésime 1994. Contrairement aux autres versions, elle dispose d’une transmission intégrale permanente et de quatre roues directrices. Elle est exclusivement proposée avec une boîte manuelle, à cinq rapports jusqu’en 1993 puis à six rapports.
Cette hiérarchie explique les différences importantes de comportement et de performances entre les Stealth. Une Base et une R/T Turbo partagent une silhouette et une origine industrielle, mais leurs caractéristiques mécaniques correspondent à des usages sensiblement différents.
Fiche technique de la Dodge Stealth
| Caractéristique | Données techniques |
|---|---|
| Marque | Dodge, Chrysler Corporation |
| Modèle | Stealth |
| Première apparition | 1990 |
| Millésimes commercialisés | 1991 à 1996 |
| Fabrication | Mitsubishi Motors, Japon |
| Usine | Okazaki, préfecture d’Aichi |
| Carrosserie | Coupé grand tourisme 2 portes avec hayon |
| Nombre de places | 4, configuration 2+2 |
| Structure | Carrosserie autoporteuse en acier |
| Implantation moteur | Avant transversal |
| Famille moteur | Mitsubishi 6G72 |
| Architecture moteur | V6 à 60° |
| Cylindrée | 2 972 cm³ |
| Alésage x course | 91,1 x 76 mm |
| Alimentation | Injection électronique multipoint |
| Moteur Base | V6 SOHC 12 soupapes atmosphérique |
| Puissance Base | 164 hp SAE à 5 500 tr/min, environ 166 ch |
| Couple Base | 251 Nm à 4 000 tr/min |
| Moteur ES et R/T | V6 DOHC 24 soupapes atmosphérique |
| Puissance ES et R/T | 222 hp SAE à 6 000 tr/min, environ 225 ch |
| Couple ES et R/T | 273 Nm à 4 500 tr/min |
| Moteur R/T Turbo | V6 DOHC 24 soupapes, deux turbocompresseurs et deux échangeurs |
| Puissance R/T Turbo 1991-1993 | 300 hp SAE, environ 304 ch |
| Couple R/T Turbo 1991-1993 | 416 Nm |
| Puissance R/T Turbo 1994-1996 | 320 hp SAE, environ 324 ch |
| Couple R/T Turbo 1994-1996 | 427 Nm |
| Régime de puissance maximale Turbo | 6 000 tr/min |
| Régime de couple maximal Turbo | 2 500 tr/min |
| Taux de compression Turbo | 8,0:1 |
| Transmission Base, ES et R/T | Traction avant |
| Transmission R/T Turbo | Intégrale permanente |
| Répartition nominale du couple Turbo | 45 % avant, 55 % arrière |
| Boîte manuelle atmosphérique | 5 rapports |
| Boîte automatique atmosphérique | 4 rapports selon version |
| Boîte manuelle R/T Turbo 1991-1993 | 5 rapports |
| Boîte manuelle R/T Turbo 1994-1996 | 6 rapports |
| Suspension avant | Indépendante, type MacPherson |
| Suspension arrière | Indépendante, multibras |
| Direction | Assistée |
| Quatre roues directrices | R/T Turbo |
| Freinage | Disques aux quatre roues, système renforcé sur Turbo |
| ABS | Selon version et millésime |
| Roues R/T Turbo | 17 pouces sur les premiers millésimes, 18 pouces disponibles ultérieurement |
| Longueur | Environ 4 550 à 4 580 mm selon version et millésime |
| Largeur | Environ 1 840 mm |
| Hauteur | Environ 1 250 mm |
| Empattement | 2 470 mm |
| Poids à vide | Environ 1 395 kg pour une Base manuelle 1991 ; 1 722 kg pour une R/T Turbo 1994 |
| 0 à 100 km/h R/T Turbo 1994 | Environ 5,5 secondes, estimation calculée |
| Consommation combinée R/T Turbo 1994 | Environ 13,1 L/100 km, conversion de la valeur EPA |
| Capacité du réservoir | Environ 75 litres |
Une GT sophistiquée : transmission intégrale et quatre roues directrices
La Dodge Stealth R/T Turbo se distingue surtout par l’association de plusieurs technologies de pointe pour le début des années 1990. Son moteur V6 biturbo utilise deux turbocompresseurs et deux échangeurs thermiques afin d’augmenter la puissance tout en conservant une cylindrée relativement modérée.
La transmission intégrale permanente répartit le couple entre les essieux avant et arrière. Elle permet d’exploiter plus efficacement la puissance du moteur, notamment lors des accélérations et sur chaussée peu adhérente. Cette architecture différencie profondément la R/T Turbo des Stealth atmosphériques à traction avant.
La direction aux quatre roues constitue une autre particularité importante. À vitesse élevée, les roues arrière peuvent pivoter légèrement dans le même sens que les roues avant. Le système cherche ainsi à améliorer la stabilité lors des changements de direction rapides plutôt qu’à faciliter les manœuvres de stationnement.
La Stealth bénéficie également de suspensions indépendantes aux quatre roues, avec une architecture avant de type MacPherson et un train arrière multibras. Certaines versions disposent d’un amortissement à commande électronique, permettant d’adapter les caractéristiques de suspension aux conditions de conduite.
Cette sophistication s’accompagne d’un poids élevé, particulièrement sur la R/T Turbo. Le moteur suralimenté, les éléments de transmission intégrale et les équipements supplémentaires contribuent à une masse nettement supérieure à celle des versions atmosphériques. La Stealth privilégie ainsi la stabilité, la motricité et les performances de grand tourisme plutôt que la légèreté d’une sportive minimaliste.
Il convient toutefois de distinguer les équipements de la Dodge Stealth de ceux de sa cousine Mitsubishi 3000GT VR-4. Les deux voitures partagent de nombreuses solutions techniques, mais certains dispositifs aérodynamiques actifs et équipements électroniques de la Mitsubishi ne sont pas systématiquement présents sur la Dodge.
Design et évolutions de la Dodge Stealth de 1991 à 1996
Le style de la Dodge Stealth repose sur une silhouette particulièrement basse, un capot plongeant, des ailes prononcées et une partie arrière large. La carrosserie conserve les proportions générales de la Mitsubishi 3000GT, mais reçoit une identité Dodge spécifique, reconnaissable notamment à ses boucliers, à ses panneaux latéraux et à son traitement arrière.
Les modèles des millésimes 1991 à 1993 possèdent des projecteurs escamotables, caractéristiques des sportives de cette période. Leur face avant présente des lignes arrondies et des prises d’air intégrées au bouclier. Les versions R/T adoptent une présentation plus affirmée, avec des éléments aérodynamiques et des jantes spécifiques.
Le millésime 1994 marque la principale transformation esthétique et technique du modèle. Les projecteurs escamotables disparaissent au profit de phares fixes intégrés dans une face avant redessinée. Les boucliers évoluent également, tandis que l’habitacle reçoit notamment un airbag passager en complément de celui du conducteur.
Cette même année, la R/T Turbo bénéficie d’une augmentation de puissance, passant de 300 à 320 hp SAE. Sa boîte manuelle à cinq rapports est remplacée par une transmission à six rapports. Ces modifications renforcent les performances de la version supérieure sans modifier fondamentalement son architecture.
La gamme se simplifie progressivement au cours des dernières années. La finition ES disparaît pour 1994, tandis que les autres déclinaisons poursuivent leur carrière avec des ajustements d’équipement et de présentation. Des roues de 18 pouces deviennent notamment disponibles sur la R/T Turbo.
Le millésime 1996 constitue la dernière année de commercialisation. Il se distingue notamment par un nouvel aileron arrière couleur carrosserie. La production s’arrête alors que la Mitsubishi 3000GT poursuit sa carrière sur plusieurs marchés.
Production, Indianapolis 500 et carrière commerciale
La Dodge Stealth connaît une carrière relativement courte, limitée à six millésimes. Les compilations de production les plus couramment citées recensent environ 65 303 exemplaires toutes versions confondues. Ce total doit être considéré comme une estimation historique documentée plutôt que comme un chiffre officiellement certifié par Mitsubishi dans les archives publiques disponibles.
La production est particulièrement importante au début de la carrière, avec près de 20 000 exemplaires recensés pour le millésime 1992. Elle diminue ensuite progressivement, jusqu’à quelques centaines de voitures pour 1996. Les versions R/T Turbo sont moins nombreuses que les déclinaisons atmosphériques, et les derniers millésimes sont particulièrement peu courants.
L’un des épisodes les plus connus de l’histoire du modèle se déroule lors des 500 Miles d’Indianapolis de 1991. La Dodge Stealth avait initialement été envisagée comme voiture de sécurité officielle de la course. Son origine industrielle japonaise provoque toutefois des critiques dans un événement fortement associé à l’industrie automobile américaine.
Chrysler choisit finalement de confier ce rôle à la Dodge Viper RT/10, alors en phase de lancement. La Stealth conserve néanmoins une présence dans les festivités de l’Indianapolis 500, notamment parmi les véhicules associés à l’organisation de l’événement. Cet épisode illustre les difficultés rencontrées par Dodge pour concilier son image de constructeur américain avec une sportive entièrement fabriquée au Japon.
Malgré ses qualités techniques, la Stealth ne reçoit pas de successeur direct après son retrait du catalogue. Son positionnement de GT sophistiquée, relativement coûteuse à produire et issue d’une coopération internationale, correspond à une période particulière de l’industrie automobile. Dodge poursuit ensuite le développement de modèles sportifs fondés sur d’autres architectures.
La Dodge Neon SRT-4, commercialisée à partir du millésime 2003, illustre notamment une autre approche de la performance avec un quatre cylindres turbocompressé et une transmission aux roues avant. Elle ne possède cependant aucune filiation technique directe avec la Stealth.
Sur le marché des voitures de collection, la Stealth R/T Turbo attire particulièrement l’attention en raison de sa mécanique biturbo, de sa transmission intégrale et de ses équipements spécifiques. L’état du système de suralimentation, de la transmission, de la direction arrière et des dispositifs électroniques constitue un élément essentiel lors de l’examen d’un exemplaire. Les voitures conservées dans leur configuration d’origine, accompagnées d’un historique d’entretien précis, permettent également de mieux apprécier les caractéristiques techniques propres à chaque millésime.




