Facel Vega Facellia

Facel Vega Facellia

Présentée en septembre 1959 et commercialisée à partir de 1960, la Facel Vega Facellia est une voiture de sport française conçue pour rendre l’univers du grand tourisme Facel Vega accessible à une clientèle plus large. Contrairement aux prestigieux modèles V8 de la marque, elle reçoit un moteur quatre cylindres de 1 646 cm³ développé avec Pont-à-Mousson. Proposée en cabriolet et en coupé, elle associe une carrosserie élégante, un habitacle luxueux et une mécanique ambitieuse pour son époque.

Produite jusqu’en 1963 à environ 1 045 exemplaires, la Facellia reste également connue pour les difficultés de fiabilité de son moteur. Ces problèmes entraînent de nombreuses interventions sous garantie et contribuent aux difficultés financières du constructeur. Malgré cette carrière mouvementée, elle occupe une place particulière dans l’histoire de l’automobile française, comme l’une des dernières tentatives de créer une véritable sportive nationale de prestige.

Une sportive française pour élargir la gamme Facel Vega

À la fin des années 1950, Facel Vega s’est imposé comme un constructeur de voitures de grand tourisme haut de gamme. Fondée par Jean Daninos, la marque s’appuie sur un savoir-faire français en matière de carrosserie et sur de puissantes mécaniques américaines. La Facel Vega FV, apparue en 1954, a posé les bases de cette identité, caractérisée par des lignes élégantes, des finitions soignées et des performances élevées.

Cette orientation permet à Facel Vega de séduire une clientèle internationale, mais limite ses volumes de vente. Les grandes GT comme la Facel Vega HK500 restent coûteuses à produire et à acquérir. Jean Daninos envisage alors un modèle plus compact, capable de concurrencer les Porsche 356, Alfa Romeo Giulietta et autres sportives européennes de cylindrée moyenne.

Le développement de la Facellia commence en 1957. L’objectif est de conserver le raffinement et le caractère exclusif des grandes Facel tout en proposant une automobile plus légère et moins chère. Les ambitions commerciales sont importantes pour une entreprise de cette dimension, avec des prévisions qui atteignent environ 2 500 voitures par an.

Le choix du moteur constitue l’une des principales difficultés du projet. Facel Vega souhaite disposer d’une mécanique française adaptée à une sportive moderne, mais les solutions existantes ne répondent pas à ses exigences. Le constructeur se tourne finalement vers Pont-à-Mousson, déjà fournisseur de boîtes de vitesses pour ses grandes automobiles.

Le nouveau quatre cylindres est développé à partir de travaux précédemment consacrés à un moteur six cylindres. Cette solution permet de préserver l’identité française du projet, mais impose la mise au point d’une mécanique spécifique dans des délais relativement courts.

La Facellia est officiellement dévoilée le 28 septembre 1959 au musée Jacquemart-André, à Paris, lors d’une présentation prestigieuse à laquelle participe le pilote britannique Stirling Moss. Elle apparaît ensuite au Salon de l’automobile de Paris. Le cabriolet constitue la première carrosserie présentée, avant l’élargissement de la gamme aux coupés.

Design et carrosseries : une petite Facel au style affirmé

La Facellia reprend les principaux codes esthétiques de Facel Vega dans des proportions plus compactes. Son capot allongé, sa silhouette basse et ses surfaces soigneusement dessinées évoquent les grandes voitures de la marque, sans donner l’impression d’une simple réduction de leurs dimensions.

La face avant conserve la calandre centrale verticale caractéristique de Facel, accompagnée d’ouvertures latérales et d’une disposition particulière des projecteurs. Les premières Facellia FA se reconnaissent notamment à leurs optiques séparées. Les évolutions ultérieures adoptent progressivement une présentation différente, avec notamment les ensembles Marchal Mégalux.

Le cabriolet deux places possède une ligne particulièrement équilibrée, avec un pare-brise relativement bas, une capote repliable et une partie arrière courte. Il correspond à la vocation sportive initiale du modèle. Deux autres carrosseries complètent progressivement l’offre : un coupé 2+2 doté de places arrière d’appoint et un coupé quatre places offrant une habitabilité supérieure.

Le traitement des détails témoigne des ambitions de la marque. Les éléments chromés, les pare-chocs et les enjoliveurs participent à une présentation luxueuse, tandis que les proportions restent celles d’une automobile de sport européenne. La Facellia se distingue ainsi des grandes berlines de prestige comme la Facel Vega Excellence, dont la vocation est davantage tournée vers le confort des passagers.

À bord, l’instrumentation circulaire évoque les tableaux de bord aéronautiques. Les premières voitures possèdent une planche de bord noire, tandis que les versions suivantes reçoivent progressivement une décoration imitant le bois, réalisée selon une technique de peinture caractéristique de Facel Vega. La sellerie et les garnitures reflètent le positionnement haut de gamme de la voiture.

La Facel Vega Facel II, présentée en 1961, illustre la continuité stylistique entre les différentes familles du constructeur. Toutefois, la Facellia possède une architecture mécanique et des dimensions adaptées à un segment nettement inférieur. Son identité ne repose donc pas uniquement sur une ressemblance esthétique avec les grandes GT à moteur V8.

Fiche technique de la Facel Vega Facellia

CaractéristiqueFacel Vega Facellia
ConstructeurFacel Vega, Facel S.A.
Pays d’origineFrance
Première présentation1959
Production1960 à 1963
Types principauxFA, F2 et F2B
CarrosseriesCabriolet 2 places, coupé 2+2, coupé 4 places
ArchitectureMoteur avant longitudinal, propulsion
MoteurPont-à-Mousson, 4 cylindres en ligne atmosphérique
CarburantEssence
Cylindrée1 646 cm³
Alésage x course82 x 78 mm
Bloc moteurFonte
CulasseAluminium
DistributionDouble arbre à cames en tête, 8 soupapes
Vilebrequin5 paliers
AlimentationCarburation Solex, configuration variable selon version
RefroidissementLiquide
Puissance FA115 ch SAE à 6 400 tr/min
Puissance F2115 ch annoncés selon les archives de l’Amicale Facel Vega
Puissance F2B105 ch à 6 000 tr/min
Couple FAEnviron 142 à 144 Nm vers 4 500 tr/min
Boîte de vitessesManuelle Pont-à-Mousson à 4 rapports synchronisés
TransmissionAux roues arrière
StructureStructure en acier avec éléments tubulaires intégrés
Suspension avantRoues indépendantes, triangles, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques et amortisseurs
DirectionMécanique à boîtier Gemmer
FreinageDisques Dunlop à l’avant ; configuration arrière à distinguer selon les versions et les documentations
Pneumatiques d’époque5.90 x 14 selon certaines fiches techniques
Longueur4 120 mm environ
Largeur1 580 mm environ
Hauteur1 270 à 1 290 mm environ selon carrosserie
Empattement2 450 mm
PoidsEnviron 990 à 1 050 kg selon version et méthode de mesure
Vitesse maximaleEnviron 180 à 185 km/h pour les versions courantes
0 à 100 km/hEnviron 13,2 s dans une fiche spécialisée
Consommation indicativeEnviron 10 à 10,5 L/100 km dans certaines données historiques
Production totale1 045 exemplaires selon l’Amicale Facel Vega

Le moteur Pont-à-Mousson et les problèmes de fiabilité

La mécanique constitue la principale originalité technique de la Facellia, mais aussi sa plus grande faiblesse. Contrairement aux grandes Facel Vega, qui utilisent des V8 Chrysler éprouvés, la petite sportive reçoit un moteur français spécialement développé pour elle. Ce quatre cylindres de 1,6 litre possède une distribution à deux arbres à cames en tête, une architecture sophistiquée pour une automobile de cette catégorie au début des années 1960.

La puissance annoncée permet d’envisager des performances intéressantes compte tenu du poids relativement contenu de la voiture. La boîte mécanique Pont-à-Mousson à quatre rapports participe à son caractère sportif, tandis que le châssis associe des roues avant indépendantes à un essieu arrière rigide, une solution courante à l’époque.

Cependant, les premières voitures rencontrent rapidement des problèmes mécaniques importants. Les défaillances rapportées concernent notamment le refroidissement, les chemises de cylindres, la consommation d’huile et certains organes internes du moteur. Des casses parfois graves affectent la réputation du modèle alors que sa commercialisation vient de commencer.

Facel Vega engage d’importantes opérations de correction, avec des modifications successives et des remplacements de moteurs sous garantie. L’entreprise spécialisée Le Moteur Moderne participe aux travaux destinés à améliorer la fiabilité. Ces interventions représentent une charge financière considérable pour un constructeur dont les capacités industrielles restent limitées.

La situation est d’autant plus délicate que la Facellia devait permettre d’augmenter les volumes de vente. Au lieu de soutenir rapidement la rentabilité de l’entreprise, elle entraîne des dépenses imprévues et mobilise une partie importante de ses ressources techniques.

Les moteurs survivants ne présentent toutefois pas tous la configuration d’origine. Certains exemplaires ont reçu des modifications d’époque, des reconstructions ultérieures ou des améliorations apportées au cours de restaurations. Pour une voiture de collection, l’historique de ces interventions constitue un élément essentiel de son identification mécanique.

Facellia FA, F2 et F2B : les évolutions de 1960 à 1963

La Facellia FA correspond à la première version commercialisée en 1960. Elle conserve la présentation initiale du modèle et le moteur Pont-à-Mousson dans sa première définition de série. Son esthétique se caractérise notamment par les optiques avant séparées et les premiers détails de finition spécifiques.

En 1961 apparaît la Facellia F2, destinée à répondre aux critiques adressées à la première série. Les modifications concernent principalement le moteur, mais également plusieurs éléments de présentation et d’équipement. Certaines voitures reçoivent une direction revue, de nouveaux sièges et des commandes modifiées.

La Facellia F2B, introduite à partir de septembre 1961 selon les archives de l’Amicale Facel Vega, poursuit cette évolution. Sa mécanique bénéficie de nouvelles corrections, avec une puissance annoncée de 105 ch. Cette diminution par rapport aux premières versions accompagne les efforts de fiabilisation du quatre cylindres.

Les évolutions esthétiques ne correspondent pas toujours à une rupture nette entre les types. Les ensembles optiques Marchal Mégalux, les poignées de porte modifiées et les nouvelles finitions intérieures apparaissent progressivement. L’identification d’un exemplaire nécessite donc de croiser ses caractéristiques visuelles avec son numéro de châssis et son historique.

Une version sportive généralement désignée F2S apparaît également dans certaines documentations. Elle est associée à une puissance supérieure et à des performances plus élevées. Sa diffusion limitée et les incertitudes concernant son statut exact imposent de la distinguer des principales versions commerciales FA, F2 et F2B.

Malgré les améliorations, la Facellia ne parvient pas à effacer complètement les difficultés rencontrées lors de ses débuts. La réputation de sa mécanique demeure fragile, tandis que les dépenses engagées pour corriger les premières séries continuent de peser sur les finances de Facel Vega.

Production, compétition et carrière commerciale

La production totale de la Facellia est généralement établie à 1 045 exemplaires par l’Amicale Facel Vega. Ce chiffre comprend 616 cabriolets, 48 coupés 2+2 et 381 coupés quatre places. Certaines publications comptabilisent séparément deux prototypes de 1959, ce qui explique de légères divergences dans les chiffres attribués au cabriolet.

Le cabriolet représente ainsi la carrosserie la plus répandue, tandis que le coupé 2+2 constitue la variante la plus rare en nombre d’exemplaires produits. Cette répartition reflète l’orientation initiale du projet vers une sportive ouverte, avant l’élargissement de l’offre à des carrosseries fermées.

La fabrication mobilise plusieurs implantations industrielles françaises, notamment Puteaux, Colombes et Dreux, pour les opérations mécaniques, l’assemblage et les finitions. Cette organisation témoigne du fonctionnement particulier de Facel Vega, constructeur de petite série disposant d’un savoir-faire important en carrosserie, mais dépendant de partenaires pour plusieurs composants essentiels.

La Facellia connaît également quelques engagements sportifs. Une victoire de catégorie au Rallye Monte-Carlo 1961 est rapportée pour un équipage néerlandais associant Maurice Gatsonides et Van Noordwijk. Des performances sur le kilomètre lancé sont aussi mentionnées dans la presse automobile d’époque, avec notamment une vitesse de 193,340 km/h rapportée en mai 1960.

Ces résultats montrent les ambitions sportives du modèle, mais ne suffisent pas à compenser les difficultés commerciales provoquées par les problèmes mécaniques. Les premières commandes avaient pourtant confirmé l’intérêt d’une clientèle pour une sportive française élégante et relativement compacte.

En 1963, Facel Vega abandonne finalement le moteur Pont-à-Mousson. La Facel Vega Facel III reprend alors l’essentiel du concept avec une motorisation Volvo B18 de 1 780 cm³, déjà éprouvée sur les automobiles du constructeur suédois. Cette évolution vise à restaurer la confiance des acheteurs tout en conservant les qualités esthétiques de la petite Facel.

La famille se prolonge brièvement avec la Facel Vega Facel 6, apparue en 1964 avec un moteur six cylindres. Cette dernière évolution intervient alors que l’entreprise traverse une crise financière qui conduit à la cessation de son activité automobile la même année.

La Facel Vega Facellia sur le marché de la collection

La Facellia occupe aujourd’hui une place particulière parmi les automobiles françaises de collection. Sa production limitée, sa carrosserie élégante et son appartenance à l’histoire de Facel Vega lui confèrent un intérêt patrimonial évident. Elle reste cependant différente des grandes Facel à moteur V8, tant par son comportement que par les contraintes liées à sa mécanique.

La rareté varie fortement selon la carrosserie. Le cabriolet est le plus représenté dans la production, tandis que le coupé 2+2 est particulièrement peu courant. Le coupé quatre places possède pour sa part une vocation de grand tourisme plus affirmée, avec une silhouette et une habitabilité distinctes.

La valeur d’un exemplaire dépend principalement de son authenticité, de son état structurel, de la qualité de sa restauration et de l’historique de son moteur. Une Facellia équipée d’une mécanique correctement reconstruite peut présenter un intérêt différent d’une voiture entièrement d’origine mais nécessitant d’importants travaux. Une vente aux enchères de 2023, rapportée à 66 752 euros pour une Facellia FA, illustre l’existence d’un marché spécialisé sans constituer une cote applicable à toutes les versions.

Avant l’acquisition, l’examen de la mécanique doit porter sur le refroidissement, la lubrification, l’étanchéité et les éventuelles modifications réalisées au fil du temps. La disponibilité de certaines pièces spécifiques peut compliquer les interventions. La corrosion de la structure en acier, l’état des éléments de carrosserie et la qualité des ajustements demandent également une attention particulière.

La documentation historique représente un autre enjeu important. Les registres de l’Amicale Facel Vega permettent de mieux situer les voitures dans leur série de fabrication et de confronter leurs caractéristiques à leur configuration d’origine. Les changements de moteur, les transformations esthétiques et les restaurations anciennes doivent être examinés pour établir l’identité exacte d’un exemplaire.

Pour les collectionneurs souhaitant conserver une Facellia dans une configuration historiquement cohérente, les archives de fabrication, les factures d’intervention et les références des composants mécaniques constituent donc des documents aussi importants que l’état visible de la carrosserie.

Marque Facel Vega

Année de sortie 1959

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