La Morris 1300 est une berline compacte britannique lancée en octobre 1967 par British Motor Corporation (BMC). Évolution de la Morris 1100, elle appartient à la famille ADO16 et reçoit un moteur quatre cylindres de 1 275 cm³, associé à une architecture à traction avant particulièrement moderne pour son époque. Avec sa suspension Hydrolastic, son habitacle spacieux et ses dimensions contenues, elle représente l’une des expressions les plus abouties de la petite familiale britannique des années 1960.
Commercialisée principalement jusqu’en 1971 sous sa forme berline Morris, la 1300 accompagne le restylage Mark II de la gamme ADO16. Elle se distingue de la 1100 par sa cylindrée supérieure, ses performances améliorées et plusieurs évolutions de présentation. Son histoire s’inscrit dans celle d’une famille automobile qui a rencontré un succès considérable au Royaume-Uni, avec plus de deux millions d’exemplaires produits sous différentes marques.
Origines et développement de la Morris 1300
La Morris 1300 trouve ses origines dans le programme ADO16, développé par BMC sous la direction technique d’Alec Issigonis. Après avoir profondément renouvelé la conception des petites automobiles britanniques, le constructeur souhaite appliquer les mêmes principes à une voiture familiale plus grande, capable d’accueillir confortablement cinq personnes sans atteindre les dimensions d’une berline traditionnelle.
Ce projet aboutit en août 1962 avec la présentation de la Morris 1100. La nouvelle voiture adopte un moteur transversal, une transmission aux roues avant et une carrosserie monocoque particulièrement bien étudiée. Son empattement généreux par rapport à sa longueur totale permet d’obtenir un habitacle spacieux, tandis que la suspension Hydrolastic contribue à son confort de roulement.
Le succès commercial de cette première version encourage BMC à développer la gamme. Plusieurs marques du groupe commercialisent des automobiles dérivées de l’ADO16, notamment Austin, MG, Riley, Wolseley et Vanden Plas. Chacune possède sa propre présentation, ses équipements et parfois des réglages mécaniques spécifiques, mais toutes partagent une architecture fondamentale commune.
Au milieu des années 1960, l’augmentation des performances de la concurrence rend nécessaire une motorisation plus puissante. Le moteur Série A de 1 098 cm³ demeure économique et fiable, mais son agrément peut être limité lorsque la voiture transporte plusieurs passagers ou circule sur les routes rapides. BMC décide donc d’étendre l’utilisation du quatre cylindres de 1 275 cm³, déjà développé pour d’autres modèles du groupe.
La Morris 1300 apparaît en octobre 1967, simultanément au restylage Mark II de la famille ADO16. Elle conserve l’essentiel de la structure de la 1100, mais bénéficie d’une motorisation plus souple et d’une présentation extérieure actualisée. Sa diffusion sur le marché britannique se développe surtout au cours de l’année 1968, après une introduction progressive tenant notamment compte des besoins des marchés d’exportation.
La Morris 1300 ne constitue donc pas une nouvelle génération automobile indépendante. Elle représente une évolution mécanique et stylistique d’un modèle existant, destinée à prolonger la compétitivité de l’ADO16 face aux nouvelles berlines compactes britanniques.
Design extérieur et habitabilité
Le dessin de la Morris 1300 reprend les proportions caractéristiques de l’ADO16, dont le style extérieur a été développé avec la participation de Pininfarina. La carrosserie associe un capot relativement court, un habitacle largement vitré et un coffre arrière distinct. Les lignes sont sobres, avec des surfaces légèrement arrondies qui reflètent les tendances automobiles du début des années 1960.
La version Mark II introduit plusieurs modifications destinées à moderniser cette silhouette. La face avant conserve deux phares circulaires, mais reçoit une calandre redessinée, plus large et dotée de barrettes horizontales. Les pare-chocs chromés, les enjoliveurs et les entourages de vitres participent à une présentation classique, sans rechercher une apparence sportive.
À l’arrière, les évolutions concernent notamment le dessin des ailes et les blocs optiques. La Morris 1300 conserve néanmoins une silhouette facilement reconnaissable, avec une partie centrale haute et de grandes surfaces vitrées. Les versions à deux et quatre portes répondent à des besoins différents, la berline quatre portes offrant un accès plus pratique aux places arrière.
L’un des principaux atouts du modèle réside dans son rapport entre encombrement extérieur et espace intérieur. Malgré une longueur d’environ 3,73 mètres, la Morris 1300 dispose d’un empattement proche de 2,38 mètres. L’implantation transversale du moteur réduit la place occupée par la mécanique, tandis que l’absence d’arbre de transmission vers l’arrière facilite l’aménagement de l’habitacle.
La présentation intérieure reste fonctionnelle. Selon la finition et le millésime, la voiture reçoit différents revêtements de sièges, habillages de portes et équipements de confort. L’instrumentation privilégie la lisibilité, avec des commandes simples et une planche de bord conforme aux standards britanniques de l’époque.
La visibilité constitue également un avantage important. Les montants relativement fins et la surface vitrée généreuse facilitent les manœuvres et contribuent à la sensation d’espace. Cette conception répond à l’objectif initial d’Issigonis : offrir les qualités pratiques d’une automobile familiale dans une carrosserie compacte.
Moteur 1275 cm³, traction avant et suspension Hydrolastic
La principale nouveauté mécanique de la Morris 1300 est son quatre cylindres en ligne de 1 275 cm³ appartenant à la famille BMC Série A. Ce moteur atmosphérique à soupapes en tête utilise une distribution par arbre à cames latéral, avec tiges et culbuteurs. Dans sa configuration standard à carburateur SU simple, il développe environ 58 bhp, soit près de 59 chevaux métriques.
Par rapport au moteur de 1 098 cm³, cette augmentation de cylindrée apporte davantage de couple et améliore les reprises. La voiture devient plus agréable à conduire avec plusieurs occupants, notamment sur les routes vallonnées. Elle conserve toutefois une vocation familiale, privilégiant la souplesse et l’utilisation quotidienne plutôt que les accélérations sportives.
Son architecture reprend les principes popularisés par la Morris Mini, avec un moteur installé transversalement à l’avant et une boîte de vitesses disposée sous le bloc moteur. Cette organisation particulièrement compacte permet de réserver une proportion importante de la longueur totale aux passagers et aux bagages.
La transmission manuelle comporte quatre rapports. La période de lancement correspond à une évolution de la gamme vers une synchronisation complète des vitesses, dont la disponibilité dépend des dates de fabrication. Certaines configurations peuvent également recevoir une boîte automatique AP à quatre rapports, solution relativement élaborée pour une voiture de cette catégorie à la fin des années 1960.
La suspension Hydrolastic représente une autre caractéristique fondamentale de la Morris 1300. Développé par l’ingénieur Alex Moulton, ce système repose sur des éléments de suspension contenant un fluide hydraulique, interconnectés entre les roues avant et arrière d’un même côté. Il permet de contrôler certains mouvements de tangage tout en préservant un bon niveau de confort.
Contrairement à une suspension conventionnelle utilisant uniquement des ressorts métalliques et des amortisseurs séparés, l’Hydrolastic exploite les déplacements du fluide entre ses éléments. La voiture bénéficie ainsi d’un comportement relativement stable sur les irrégularités de la chaussée, même si le système impose des procédures d’entretien particulières.
La Morris 1300 possède également une direction à crémaillère et des freins à disque à l’avant, complétés par des tambours à l’arrière. L’ensemble constitue une solution technique cohérente pour une compacte de cette époque, associant maniabilité, confort et sécurité de conduite.
Fiche technique de la Morris 1300
| Caractéristique | Morris 1300 Mark II standard (1967) |
|---|---|
| Constructeur | Morris / British Motor Corporation |
| Famille technique | BMC ADO16 |
| Année de lancement | 1967 |
| Période de commercialisation britannique | 1967-1971 pour la berline Morris 1300 |
| Catégorie | Berline compacte familiale |
| Carrosserie | Berline 2 ou 4 portes |
| Nombre de places | 5 |
| Structure | Monocoque en acier |
| Motorisation | BMC Série A, essence atmosphérique |
| Architecture moteur | 4 cylindres en ligne |
| Cylindrée | 1 275 cm³ |
| Alésage x course | 70,63 x 81,33 mm |
| Distribution | Arbre à cames latéral, soupapes en tête, tiges et culbuteurs |
| Nombre de soupapes | 8 |
| Alimentation | Carburateur SU simple |
| Refroidissement | Liquide |
| Puissance maximale | Environ 58 bhp, soit 43 kW |
| Régime de puissance | Environ 5 250 tr/min |
| Couple maximal | Environ 96 Nm |
| Implantation moteur | Transversale avant |
| Roues motrices | Avant |
| Boîte manuelle | 4 rapports |
| Boîte automatique | AP à 4 rapports selon version |
| Suspension avant | Indépendante, système Hydrolastic |
| Suspension arrière | Indépendante à bras tirés, système Hydrolastic |
| Direction | À crémaillère |
| Freins avant | Disques |
| Freins arrière | Tambours |
| Roues | Jantes en acier de 12 pouces |
| Longueur | Environ 3 727 mm |
| Largeur | Environ 1 534 mm |
| Hauteur | Environ 1 350 mm |
| Empattement | 2 375 mm |
| Masse à vide | Environ 830 à 840 kg selon configuration |
| Vitesse maximale | Environ 139 km/h |
| 0 à 100 km/h | Environ 16 à 18 secondes selon les estimations |
| Consommation moyenne indicative | Environ 9,2 l/100 km, estimation non homologuée |
Versions, finitions et Morris 1300 GT
La Morris 1300 est proposée avec différents niveaux de finition, dont les appellations et équipements évoluent selon les années et les marchés. Les versions standard privilégient une présentation simple et un prix accessible, tandis que les variantes mieux équipées reçoivent des améliorations de sellerie, d’habillage intérieur et de présentation extérieure.
La gamme comprend également une déclinaison break, commercialisée sous l’appellation Morris 1300 Traveller. Cette carrosserie trois portes offre un espace de chargement plus polyvalent et prolonge la tradition des breaks britanniques associés au nom Morris Traveller. Elle appartient cependant à la famille ADO16 et ne doit pas être confondue avec les breaks Morris Minor Traveller, dont la structure et le dessin sont différents.
En octobre 1969, BMC enrichit la gamme avec la Morris 1300 GT. Cette version se distingue par une présentation plus sportive et une motorisation développant environ 70 bhp. Le quatre cylindres de 1 275 cm³ reçoit deux carburateurs SU, permettant d’améliorer ses performances par rapport à la berline standard.
La GT adopte également des éléments visuels spécifiques, notamment une calandre noire et des détails de finition destinés à renforcer son caractère dynamique. Certaines présentations comportent un toit recouvert de vinyle noir. La suspension Hydrolastic bénéficie d’un réglage légèrement abaissé, contribuant à une tenue de route plus ferme.
Cette variante répond à l’intérêt croissant des automobilistes britanniques pour les berlines compactes à vocation sportive. Elle conserve les qualités pratiques de l’ADO16 tout en proposant des performances supérieures. Ses caractéristiques ne doivent toutefois pas être confondues avec celles de la Morris 1300 standard, notamment en matière de puissance, d’accélération et de présentation extérieure.
Les modèles commercialisés sous les marques Austin, MG, Riley, Wolseley et Vanden Plas possèdent également leurs propres versions à moteur 1 275 cm³. Bien qu’ils partagent de nombreux composants, leurs différences d’équipement, de réglage et de carrosserie justifient de les considérer comme des déclinaisons distinctes de la famille ADO16.
Positionnement commercial et fin de production
À la fin des années 1960, la Morris 1300 occupe une place centrale dans l’offre familiale de BMC. Elle s’adresse aux automobilistes recherchant une voiture relativement compacte, capable d’assurer aussi bien les déplacements urbains que les trajets routiers avec plusieurs passagers. Son moteur plus puissant renforce son intérêt face aux concurrentes britanniques, notamment les Ford Escort et Vauxhall Viva.
Dans la gamme Morris, elle cohabite avec la Morris Minor 1000, dont la conception remonte à l’après-guerre. La comparaison souligne l’évolution technique du constructeur : alors que la Minor utilise un moteur longitudinal et une propulsion arrière, la 1300 bénéficie d’une architecture à traction avant permettant une meilleure exploitation de l’espace intérieur.
Au sein de l’offre familiale du groupe, l’ADO16 se situe également en dessous des modèles de la catégorie supérieure ADO17, connus principalement sous les appellations Austin 1800 et Morris 1800 selon les marchés. Ces automobiles plus grandes reprennent plusieurs principes techniques apparentés, notamment la traction avant, le moteur transversal et la suspension Hydrolastic.
Le succès de la famille ADO16 dépasse largement celui d’une seule version. Entre 1962 et 1974, plus de deux millions de voitures sont produites sous différentes marques. Les Morris 1100 et 1300 contribuent fortement à cette réussite, mais les statistiques globales ne permettent pas d’isoler avec précision le nombre de Morris 1300 standard fabriquées.
En 1968, le prix britannique d’une Morris 1300 est indiqué autour de 805 livres sterling, taxes comprises, dans les références historiques consacrées à la gamme. La Morris 1300 GT, présentée en 1969, affiche un tarif supérieur, proche de 958 livres. Ces montants reflètent le positionnement respectif d’une berline familiale courante et d’une variante plus sportive.
Malgré sa popularité, la Morris 1300 doit progressivement faire face au vieillissement de sa conception et à la réorganisation industrielle de British Leyland, groupe constitué en 1968. La multiplication des marques et des versions apparentées devient difficile à maintenir dans un contexte de rationalisation des gammes.
En 1971, la Morris Marina prend commercialement le relais des berlines Morris 1100 et 1300. Contrairement à ces dernières, elle adopte une architecture plus conventionnelle à moteur longitudinal et propulsion arrière. Ce changement répond à une stratégie industrielle et commerciale différente, davantage orientée vers une fabrication simplifiée et une concurrence directe avec les berlines Ford.
La disparition de la Morris 1300 ne marque cependant pas la fin immédiate de l’ADO16. Certaines versions break Morris poursuivent leur carrière pendant une période supplémentaire, tandis que les déclinaisons Austin et Vanden Plas restent commercialisées jusqu’en 1974. L’Austin Allegro, lancée en 1973, reprend progressivement le rôle de familiale compacte à traction avant dans la gamme British Leyland.
La Morris 1300 comme voiture de collection
La Morris 1300 présente aujourd’hui un intérêt particulier pour les amateurs d’automobiles britanniques classiques. Elle conserve une architecture technique originale, une carrosserie représentative des années 1960 et un moteur Série A largement connu des spécialistes. Sa vocation familiale explique toutefois que de nombreux exemplaires aient été utilisés quotidiennement pendant de longues années.
La corrosion constitue l’un des principaux points à examiner sur une voiture ancienne de cette famille. Les bas de caisse, les planchers, les passages de roues, les points d’ancrage de suspension et les parties inférieures de la carrosserie nécessitent une inspection attentive. Une peinture extérieure satisfaisante ne garantit pas l’absence de dégradations structurelles.
Le système Hydrolastic demande également une attention spécifique. Son état dépend notamment de l’étanchéité des éléments, des conduites hydrauliques et de la possibilité de maintenir une pression correcte. Une voiture présentant une assiette anormalement basse ou déséquilibrée doit faire l’objet d’un contrôle adapté, car certaines interventions nécessitent un équipement spécialisé.
Le moteur Série A possède l’avantage d’une conception relativement simple et d’une importante communauté de spécialistes. Les contrôles portent notamment sur les fuites d’huile, le refroidissement, l’alimentation par carburateur et le fonctionnement de la transmission. La boîte de vitesses partageant son lubrifiant avec le moteur, la qualité de l’entretien mécanique joue un rôle important dans sa longévité.
L’authenticité constitue enfin un critère essentiel pour distinguer une Morris 1300 standard d’une 1300 GT ou d’une autre ADO16. La calandre, les insignes, les garnitures, les équipements intérieurs et les références mécaniques doivent correspondre à la version et à l’année de fabrication. Les nombreuses pièces communes à la famille ont facilité les réparations au fil des décennies, mais elles peuvent aussi expliquer la présence de composants provenant de modèles différents sur certains exemplaires conservés.




